Rabbi Chlomo ben Itzhak HaTzarfati ( Rabbi Salomon fils d'Isaac le Français), plus connu sous les noms de Rachi, Rabbi Salomon et Salomon de Troyes, né vers à Troyes où il est mort le , est un rabbin, exégète, talmudiste, poète, légiste et décisionnaire français.

Il est l’auteur de commentaires sur la quasi-totalité de la Bible hébraïque (seuls le Livre de Daniel et les Chroniques ne sont pas commentés) et la majeure partie du Talmud de Babylone. Devenus des outils indispensables à la bonne intelligence de ces textes du vivant de leur auteur, ils sont diligemment répandus dans l’ensemble du monde juif et lui assurent une place de choix au sein des autorités rabbiniques du Moyen Âge. Ils en font de plus un témoin privilégié de la France septentrionale au , car Rachi atteste par ses gloses et écrits divers où l’hébreu rabbinique se mêle à l'ancien français, de la saveur et l'état de la langue orale et véhiculaire d'alors. Ils en font enfin l’un des rares savants juifs à avoir influencé le monde non juif car son commentaire biblique a inspiré, outre ses lecteurs et supercommentateurs juifs, Pierre Abélard, Nicolas de Lyre et la traduction de la Bible par LutherCarlo Ginzburg, « La Lettre tue. Sur quelques implications de la deuxième épître aux Corinthiens, 2, 3.6 », Critique, -770, 2011...

Famille

Peu de faits historiques sûrs et avérés sont parvenus concernant la vie de Rachi. La date de sa mort, le jeudi 29 tammouz 4865 selon le calendrier hébraïque., est connue avec précision car elle apparaît dans plusieurs manuscrits médiévaux. Un manuscritParis, Bibliothèque nationale de France Hébreu 73, f. 344v. du conservé à la Bibliothèque nationale de France comporte ainsi une partie du texte de la Torah (les trois derniers livres), suivi du commentaire de Rachi. Il se termine par : Cette date figure également dans le manuscrit de Parme (de Rossi 175) conservé à la Bibliothèque palatine (daté de l'année 1305) de Rossi 175..

Son père est désigné dans le manuscrit par le nom « le saint rabbi Isaac ». Cela pourrait signifier qu'il est mort en martyr en refusant d'abjurer sa foi. On ignore s'il était un érudit. Rachi le cite une seule fois dans son commentaire du Talmud sur Avoda Zara (« mon père mon maître »), encore qu'il existe un doute sur l'auteur du texte, puisqu'il peut s'agir d'un passage écrit par son petit-fils, Rashbam, mon père désignant alors Rabbi Meïr plutôt que le père de Rachi. Le premier commentaire de Rachi sur le Pentateuque s'ouvre sur les mots amar Rabbi Itshaq (« Rabbi Itshaq a dit »). Cependant, il ne s'agit pas d'un enseignement du père de Rachi mais d'un midrash issu du recueil Tanhouma Yashan.

Son oncle maternel, Simon l'Ancien, a étudié à Mayence auprès de Rabbenou Guershom ben Yehouda, le luminaire de l’exil. ou lumière de la diaspora. De 20 à 30 ans, le futur Rachi suit entre autres l'enseignement en études talmudiques ashkénazes.

Si les noms de sa mère et de sa femme sont inconnus, on connait les noms de ses trois filles. Il leur enseigna son savoir, ce qui dénotait une ouverture d'esprit exceptionnelle au Moyen Âge. Il les maria avec ses meilleurs élèves qui reprirent le flambeau de la transmission et du commentaire. Myriam, sa fille aînée, épousa rabbi Judah ben Nathan (le Rivan), qui acheva le commentaire du traité talmudique sur lequel travaillait Rachi avant sa mort. Yokheved épousa Meïr ben Samuel, et donna naissance à de nombreux enfants, dont trois commentateurs célèbres qui laissèrent leur trace dans l'histoire : le Rashbam, Rabbénou Tam et le Rivam. Les fils de Myriam et Yokheved font partie des Tossafistes. Leur fille Hanna écrivit un responsum sur les lois de l'allumage des bougies, le Shabbat. Elle épousa Samuel ben Simha de Vitry, le fils de Simha ben Samuel de Vitry, et est la mère d'Isaac ben Samuel de Dampierre (surnommé le Ri haZaqen). Rachel (Belleassez) épousa et divorça de Rabbi Eliézer ben Shemaiah.

À la suite de Raimond Martin, des auteurs chrétiens du Moyen Âge ont mal interprété l'acronyme RaShI et l'ont lu Rabbi Salomon Yarhi, croyant que Lunel (désignée dans les sources juives médiévales à partir du mot hébreu yareah « lune ») était la ville de naissance de Rashi. Cette erreur a conduit au nom Jarchi qui a aussi été utilisé pour désigner Rashi...

De nombreuses traditions populaires existent à propos de Rachi et de sa famille, notamment sur la rencontre de son père avec de grands sages, ou sur les miracles survenus lorsque sa mère était enceinte..

Études et enseignement

Enfant, Rachi se distingue sûrement par sa mémoire prodigieuse, et passe pour un maître accompli à 20 ans. À 18 ans, il part étudier dans les écoles talmudiques rhénanes. Il étudie d'abord six ans à Mayence auprès de Rabbi Yaakov ben Yakar. Rachi est fortement influencé par ce sage qu'il nomme « mon vieux Maître », doté d'un caractère modeste et se tenant à l'écart des activités publiques. Après la mort de Yaakov ben Yakar en 1064 (4824), il continue un temps ses études à Mayence avec Rabbi Itshaq ben Judah qui dirige alors la yechiva. Il étudie également avec rabbi David Halévi (« mon Maître ») avec lequel il correspondra après son retour en Champagne.

À la même époque, Itshaq Halévi haQadosh est à la tête de la yeshivah de Worms. Celle-ci connaît son apogée à la fin du et attire de nombreux maîtres. C'est probablement ce qui décida Rachi à venir y étudier. Rabbi Itshaq Halévi a une personnalité assez différente de Yaakov ben Yakar. Non seulement il dirige la yeshivah de Worms, mais il est aussi le chef de la communauté juive florissante de cette ville et son représentant devant les autorités. Pendant les 3 à 5 ans que Rachi étudie à Worms, il rencontre un autre étudiant brillant, Salomon ben Samson, qui deviendra le chef de la yeshivah pendant le dernier quart du . Par la suite, ces deux sages suivront des voies différentes car Rabbi Salomon ben Samson était beaucoup plus conservateur que Rachi. Les sources gardent des traces de la tension qui régnait entre ces deux maîtres.

Ces années passées en Allemagne ont permis à Rachi d'étudier dans les plus importants centres d'études talmudiques d'Europe et avec les plus grands maîtres. Pendant cette période, Rachi connaît des difficultés pour sa subsistance et celle de sa famille. Il est, semble-t-il, déjà marié et avait au moins une fille. Avant ses 30 ans, il revient à Troyes et commence son activité littéraire et publique.

Il fonde une école talmudique qui attire rapidement des élèves de toute l'Europe. Malgré sa renommée, il refuse de tirer profit de sa charge de rabbin et gagne peut-être sa vie comme négociant. Il possédait des vignes, ainsi qu'il transparaît dans un de ses responsa, où il s'excuse de sa brièveté, étant pris par les vendanges, revue du livre .. La vigne semble encore peu développée dans la région à cette époque, mais la production et la consommation familiale ou communautaire de vin conforme à la cacherout, et la commercialisation des vins dans les foires régionales ou internationales sont des thèmes évidents.

Un siècle avant Maïmonide, sa renommée est au moins aussi grande. Maïmonide s’exprime plutôt pour l’élite, alors que Rachi reste simple et modeste, refusant d'arbitrer les cas qui ne relevaient pas de sa communauté, admettant son ignorance, tant dans ses responsa que dans ses commentaires. Rachi est à la portée du débutant comme de l'érudit.

La fin de sa vie est marquée par les Croisades et les massacres des communautés juives qui les accompagnèrent. Rachi est protégé par le comte de Champagne, mais pas un jour ne se passe sans qu'il entende une mauvaise nouvelle émanant de ses chères communautés rhénanes.

Commentateur : Que dit Rachi ? vignette|Page de Talmud (ici de Babylone) où le corps du texte est encadré par des commentaires dont à droite celui de Rachi (et de Tossafot, à gauche, et autres additions dans la marge). La petite histoire veut que Rachi ait eu l'idée de son commentaire en entendant dans une synagogue un père se tromper en donnant à son fils l'explication du sens littéral (pshat) d'un verset. Rachi a l’idée de réunir dans un commentaire toutes les réponses aux questions qu'un enfant de cinq ans pourrait se poser en restant aussi concis que possible (« une goutte d'encre vaut de l'or »). Il veut trouver le sens littéral du verset.

Si la Torah a toujours été commentée, on ne se concentrait jusque-là que sur le drash des versets : lorsqu'une difficulté se présente, que ce soit dans la compréhension textuelle ou contextuelle de la section lue, les maîtres tendent à donner des réponses indirectes. Qu'elles soient allégoriques, poétiques, politiques, philosophiques, voire mystiques, elles extraient souvent un verset de son contexte et le dénaturent quelque peu. Ainsi en est-il du fameux « Ne lis pas banaïkh ("tes fils") mais bonaïkh ("tes bâtisseurs") ». Tout exacts que soient ces propos, ce n'est pas là l'intention du verset.

En commentant le Tanakh et le Talmud, Rachi ne souhaite ni se lancer dans des discussions savantes, ni débattre de questions philosophiques ou théologiques ardues, mais seulement restituer les moyens de comprendre un texte fondamental écrit dans une langue qui n'est plus parlée et qui est au centre de la vie juive.

Pour ce faire, il a transmis les opinions des Anciens, des maîtres de la tradition prophétique, puis rabbinique, en sélectionnant dans l'immense corpus de midrashim celui qui semble correspondre le mieux au sens littéral du texte. Il recherche avant tout la clarté de pensée et la clarté de style, n’hésitant pas à employer des termes en langue d'oïl, la langue vernaculaire de la Champagne du (signalée par bela'az, « en laaz ») pour clarifier son propos, ou à insérer une explication tirée de son vécu à Troyes afin d'illustrer son commentaire. vignette|Livre des Prophètes assorti des commentaires de Rachi. Le diagramme illustre la vision d'Ezekiel au chapitre 45 pour la division de la Terre promise dont l'original a été probablement dessiné par Rachi pour clarifier son propos, France ?, Cette recherche de la concision, tant dans la forme que dans le fond de la formulation, est un trait typiquement français selon Emmanuel Levinas ou Léon Ashkenazi.

Doué d'une mémoire et d'une connaissance encyclopédiques, il parvient à reconstituer par sa seule intuition la disposition du Tabernacle.. Il souligne les explications connues mais erronées. Il a recours à des midrashim choisis et éclaire le sens obvie des versets en introduisant des remarques de grammaire, d'orthographe ou de cantillation.

Rachi traite rarement de points de théologie. Pour éclairer les Psaumes 49:11 « Ils remarquent pourtant que les sages meurent (yamoutou), tout comme périssent (yovedou) le fou et le sot, en laissant leurs biens à d’autres. », Rachi explique la différence de terme entre mita s’appliquant au sage, dont seul le corps meurt, tandis qu’aveda est pour le fou ou le sot, dont ce n'est pas seulement le corps mais l’âme qui disparaît.

Son commentaire sur le Shema Israël (Deutéronome 6:4) illustre cependant sa capacité à intégrer un midrash à portée théologique tout en éclairant le sens du verset. Il y propose une lecture diachronique : « YHWH qui est actuellement notre Dieu et non le Dieu des nations est destiné à devenir YHWH un », s'appuyant sur Sophonie 3:9 et Zacharie 14:9. L'expression « notre Dieu » n'est pas une simple qualification mais un élément temporel : Israël témoigne que Celui qui est actuellement son Dieu sera reconnu par toutes les nations dans l'avenir. Cette interprétation, fondamentale dans la liturgie juive, structure notamment la prière AleinuMeir Buzaglo, Écoute Israël, Puyméras, Éditions Localement Transcendantes, 2025, p. 83-85..

Rachi n'hésite pas à dire « je ne sais pas ». Modestement, il rapporte les différentes explications possibles en soulignant que les opinions sont partagées ou qu'elles correspondent à plusieurs niveaux de lectures.