Hydra (en grec : , ), connue dans l’Antiquité sous le nom d’Hydréa (grec ancien : , dérivé de , « eau »), est une île grecque du golfe Saronique, au sud d’Athènes, dans la mer Égée, en face de la péninsule de l’Argolide. Ses marchands contribuèrent à en faire l’une des grandes puissances navales de la mer Méditerranée à l’époque moderne. Ses armateurs et ses navires jouèrent un rôle déterminant lors de la guerre d'indépendance grecque. Elle forme aujourd’hui l’essentiel du territoire de la municipalité qui porte son nom.

Géographie thumb|220px|left|La côte inhospitalière d’Hydra

Généralités Hydra est avant tout une chaîne de montagnes plongeant dans la mer, d’une vingtaine de kilomètres de long sur 2 à de large. Son point le plus haut, le mont Éros ou Vigla, culmine à . Hormis trois anses, la côte est rocheuse et inhospitalière aux navires, ce qui a jadis favorisé la défense de l’île. L’intérieur, montagneux, est rocailleux et couvert de maquis, plus propice à l’élevage extensif qu’aux cultures. Les collines grises se terminent souvent en falaises littorales. L’eau est insuffisante et les sources rares et intermittentes, malgré le nom de l’île (Hydra ou Hydréa, la « bien arrosée »), peut-être hérité du climat antique, qui a connu des épisodes plus humides qu’aujourd'huiRégime d'érosion, nombre d'anciennes sources asséchées, traces de cultures antiques sur des pentes aujourd'hui sèches et toponymes témoignent tout autour de la Méditerranée s'épisodes plus humides : voir par exemple Jacques-Léopold Brochier, Jean-Luc Borel et Jean-Claude Druart : Les variations paléoenvironnementales de 1000 avant à 1000 après J.C. et la question des « optima » climatiques de l’Antiquité tardive et du Moyen Âge, in : "Quaternaire", revue de l'association française d'étude du Quaternaire, Volume 18 Numéro 3 de 2007 : le climat a été globalement plus sec et froid qu'aujourd'hui aux s et de 500/400 à 750-700 avant notre ère, puis de 890-895 à 1040 , et globalement plus chaud et humide qu'aujourd'hui aux s avant notre ère (optimum de second âge du Fer), aux s (optimum de l’Antiquité tardive) et aux s (« embellie de l'an Mil »). Voir aussi George Ochoa, Jennifer Hoffman et Tina Tin : Climate, the force that shapes our world and the future of life on earth, Emmaus, Rodale, Pennsylvanie, 2005, ..

Hydra est séparée de l'Argolide par le golfe d'Hydra.

Transports Hydra est à 37 milles marins du Pirée. On y va en flying dolphin, des hydrojets et hydroptères, en flying cat ou en simple ferry. Les ferrys mettent trois heures à effectuer le trajet, les autres moitié moins de temps. L’île est aussi reliée à Égine, Poros, Spetsès, Nauplie, Hermione et Monemvasia. Cette île est sans voituresMarcel Robert, Iles sans voitures, 2013.

Villes et villages La ville d’Hydra est le principal port et la seule ville de l’île, qui abrite aussi deux hameaux et des fermes isolées. Au fond d’une baie qu’on ne découvre qu’en y entrant, la ville s’étage en amphithéâtre autour de l’anse. Elle était protégée, à l’entrée du port, par des canons que l’on peut encore voir. La demeure historique des Tombazis abrite une annexe de l’École des Beaux-Arts d'Athènes. Sur le quai, le monastère de la Kimissis Theotokou abrite la principale église de l’île. À quinze minutes de marche vers l’ouest se trouve Kaminia, un hameau de pêcheurs. Mandraki, à une trentaine de minutes à pied d’Hydra vers l’Est, est le port où se trouvaient les chantiers navals aux .

Curiosités thumb|Les voitures sont interdites sur Hydra ; les seuls moyens de transport sont l'âne ou le vélo. On trouve à proximité de la ville une grotte donnant sur la mer, surplombée d’une falaise d’où l’on peut plonger d’une hauteur d'environ . Le bord de mer, rocheux, est aménagé et en partie bétonné. Un escalier borde la mer pour ceux qui veulent apprendre à plonger.

Histoire thumb|Drapeau de l'île de Hydra en 1821. Bien que certainement déjà habitée, Hydra fut peuplée par des Samiens fugitifs, au temps de PolycrateDictionnaire universel d'Histoire et de Géographie, éd. Hachette, année 1860, page 863.. Elle est longtemps restée en marge des grands évènements de l’histoire, de l’Antiquité au Moyen Âge. Elle fut souvent plus proche d'Argos, de Corinthe et de Sparte, que des Athéniens, fut échangée entre Trézène, Égine et Samos, et devint définitivement romaine en -63, après les Guerres pontiques. Le christianisme semble y être établi au : Hydra fait désormais partie du monde byzantin. L’île, dépeuplée comme beaucoup d'autres au cours du Moyen Âge, se repeuple d'Arvanites à partir de la fin du , puis devient, à partir du , une puissance marchande et navale. Au début du , au faîte de sa fortune, la marine hydriote comptait 125 navires et plus de marins.

Préhistoire, Antiquité et période byzantine La présence d’habitats paysans (agriculteurs et bergers) est attestée dans le deuxième moitié du troisième millénaire avant notre ère sur les quelques petites plaines invisibles depuis la mer. De l’obsidienne en provenance de Milo a été retrouvée sur Hydra.

Durant la période mycénienne, Hydra a peut-être servi de base navale aux royaumes continentaux, car des fragments de vases, des outils et une tête d’idole furent retrouvés sur le Mont Chorissa. Le grand mouvement de population amenant les Doriens en Grèce vers le avant notre ère entraîna le dépeuplement de l’île. Elle aurait été repeuplée par des paysans et bergers, peut-être par le port continental d'Hermione, vers le avant notre ère.

Durant l’Antiquité, il semble qu’aucun dieu, aucun héros, aucun événement mythologique ne se rattache à l’île d'HydraPierre Grimal, Dictionnaire de mythologie grecque et romaine, PUF.. La seule légende que l’on y raconte, et qui servit de trame à des films modernes, est celle du garçon qui se lia d’amitié avec un dauphin, animal qui était dans l’Antiquité considéré comme le messager de Poséidon, et dont Théophraste et Aulu-Gelle faisaient déjà un ami du genre humainAulu-Gelle, Nuits Attiques, 6, Ch. VIII : ce comportement des dauphins isolés, chassés de leur groupe, amical envers les humains mais aussi envers d’autres cétacés, est assez fréquent et a souvent été observé à l’époque contemporaine ; il facilite leur dressage. ; cette légende se rencontre dans bien d’autres lieux autour de la Méditerranée.

Hérodote nous apprend que vers le avant notre ère, l’île appartenait à Hermione qui la vendit à Samos qui à son tour la céda à TrézèneHérodote, III, 59..

L'île était peuplée durant la longue période romano-byzantine (vases et monnaies découverts au lieu-dit Episkopi). Il semblerait qu’Hydra se soit totalement dépeuplée lors de la période de domination franque, principalement à cause du danger pirate. Les habitants des îles se repliaient alors vers l’intérieur des terres, or comme ce n’était pas possible sur Hydra, trop petite, le seul salut était de se réfugier dans les montagnes du Péloponnèse.

L’île fut repeuplée à la fin du par des Albanais orthodoxes (Arvanites) venus du Péloponnèse, et n’apparut dans les registres ottomans qu’en 1670Sophia Laiou, Patronage Networks in the Aegean Sea, End of the -Beginning of the Century, in New Trends in Ottoman Studies-CIEPO 2012 .

Puissance commerciale et navale L’île présentant peu d’intérêt agricole ou minier, fut relativement épargnée par la domination turque. Son développement naval et commercial aurait permis l’ouverture de la première école de marine marchande vers 1645Iles grecques, Guide Bleu, Hachette, 1998. .. Il semblerait que le premier navire construit sur l’île ait été lancé en 1657.

La guerre navale et terrestre entre Venise et l’Empire ottoman au limita l’essor de la marine marchande jusqu’en 1718 et le traité de Passarowitz. Dans la première moitié du , Hydra construisit les mêmes caïques que les autres îles de l’Égée : le sachtouri (15 à 20 tonneaux) et le ladinadiko (40 à 50 tonneaux). Les Hydriotes se contentaient alors de naviguer en Égée, poussant parfois jusqu’à Constantinople et, pour les plus audacieux et seulement en été, jusqu’aux bouches du Danube, à la recherche de blé, de bois et de toile. Le grand changement survint en 1757, lorsqu’un navire de 250 tonneaux fut lancé. L’île devint alors un port commercial important. En 1771, 50 navires venus de toute la Grèce furent recensés en même temps dans sa rade. En 1781, l’île armait Georgios Voyatis, Le Golfe Saronique, .. Contrairement à sa voisine Spetsès, Hydra ne participa pas à la révolution d'Orloff et ne subit ainsi pas de représailles de la part des Ottomans ; en récompense de son aide au cours de la guerre contre les russes elle reçut en 1778 le droit de collecter elle-même les taxes dues à l'empire.

Mais l’essor commercial d’Hydra reste bloqué par l’Empire ottoman, sur plusieurs plans. Les impôts et taxes très lourds exigés par la « Sublime Porte » limitent les possibilités de développement. La liberté de commerce est elle-même limitée par l’administration ottomane. Les Détroits (Dardanelles et Bosphore) donnant accès à la Mer Noire et au blé des Principautés danubiennes sont bloqués à la circulation maritime non-ottomane et, pour les navires ottomans (comme ceux d’Hydra), soumise au bon vouloir des Kapoudan-Pacha des détroits. Le Traité de Koutchouk-Kaïnardji (1774) modifie cet état de fait. La Russie obtient de l’Empire ottoman le droit de « protéger » les chrétiens orthodoxes de l’Empire. Cette « protection » religieuse a un corollaire très commercial : les Hydriotes peuvent dès lors arborer le pavillon russe et profiter de la libre circulation commerciale que le Traité institue dans les Détroits. Hydra étend alors son aire commerciale qui va du Sud de la Russie aux ports italiens d'Ancône et Livourne, transportant toute sorte de marchandises : ambre de la Baltique, cuirs et fourrures de Russie, blé d’Ukraine, soieries, épices et parfums de l’Empire ottoman, porcelaine et joaillerie italienne...

À partir de 1785, les armateurs d’Hydra se lancent dans l’investissement commercialOn lira avec intérêt la description qu’Adamantios Koraïs donne de l'histoire et de la marine d’Hydra, dans son Mémoire sur l’état actuel de la civilisation dans la Grèce (janvier 1803), 26-33 : lire en ligne. Chaque navire devient une petite entreprise commerciale. Très vite, les échanges commerciaux du Levant dépendent des navires d’Hydra, de Spetsès et de Psará.

thumb|Andreas Miaoulis. Pendant les guerres révolutionnaires et napoléoniennes, les navires de commerce d’Hydra brisent régulièrement le blocus britannique pour livrer du blé du Péloponnèse à Marseille. La fortune des armateurs de l’île s’accroit alors considérablement. Les bénéfices (partagés équitablement entre les armateurs, les capitaines et les marins) peuvent alors atteindre 400 % des sommes investies au départ.

Guerre d’indépendance grecque Hydra joua un rôle déterminant lors de la guerre d'indépendance grecque. Elle fournit la plus grande part des navires de la flotte grecque, armés par les grandes familles d’armateurs, comme les Koundouriotis, qui jouèrent un rôle politique important. L’ancien marchand Andréas Miaoúlis joua le rôle d’amiral pendant une grande partie de la guerre, au cours de laquelle les brûlots hydriotes firent beaucoup de dégâts à la flotte ottomane.

La rivalité et les intérêts divergents entre les îles d’armateurs et le continent conduisirent souvent à des dissensions, voire des guerres civiles. La nomination de Geórgios Koundouriótis au gouvernement entre 1824 et 1826 fut la période où les insulaires eurent le plus d’influence.

Au cours du gouvernement de Ioánnis Kapodístrias, l’île fut le centre d'une insurrection contre le pouvoir central, qui aboutit à l'été 1831 à la destruction de la flotte grecque.

Après l’indépendance