Eugène Labiche est un dramaturge français, né le à Paris et mort le dans le Acte de décès à Paris , , vue 19/31..

Il est élu membre de l'Académie française en 1880 au fauteuil 15, à la suite du journaliste Ustazade Silvestre de Sacy. Il demeure célèbre pour sa contribution au genre du vaudeville et à ses pochades passionnelles et domestiques.

Biographie Enfance et adolescence Né à Paris, au 67 rue de la Verrerie, Eugène Marin Labiche est issu d'une famille bourgeoise aisée. Son père Jacques-Philippe Labiche (1786-1864) et sa mère Marie-Louise Falempin (1787-1833) tiennent une épicerie en gros prospère rue de la Verrerie à Paris. Jacques-Philippe pressent le blocus économique lors du retour de Napoléon de l'île d'Elbe et achète des stocks de sucre en perspective de la pénurie, intuition qui est le début de sa fortune. Il poursuit son développement dans le commerce des sucreries en exploitant une petite usine de fabrication de glucose à Rueil-Malmaison, dans la banlieue ouest de Paris.

Eugène fait des études de jeune homme de bonne famille : il fréquente le collège BourbonLycée Condorcet et le Lycée ChaptalAcadémie de Paris, et il obtient facilement son baccalauréat de lettres à , en 1833. Il n’entame pas immédiatement des études supérieures. D’une part, le décès de sa mère cette année-là lui a procuré des revenus convenables et une maison à Paris, et, d’autre part, il est attiré par l’écriture littéraire. L’année suivante, en 1834, son père l’autorise à entreprendre le Grand Tour en Italie avec quelques camarades (l'un d’entre eux, Alphonse Leveaux, sera l'ami de toute une vie et comptera aussi plus tard parmi ses collaborateurs en adoptant le pseudonyme d'Alphonse Jolly pour éviter l'association Labiche/LeveauxEugène Labiche (édition de Henry Gidel), Théâtre, Classiques Garnier, Bordas, 1991, tome I, IX note 2.).

Carrière théâtrale Au retour du voyage, qui a duré plus de six mois, il entame des études de droit, qu’il poursuit jusqu’à la licence, tout en faisant publier dans de petits magazines de courtes nouvelles. Il rencontre ainsi Auguste Lefranc et Marc-Michel, avec lesquels il fonde une association en vue de créer des pièces de théâtre. Ils prennent le pseudonyme collectif de Paul DandréEugène Labiche (édition de Jacques Robichez), Théâtre, coll. Bouquins, Robert Laffont, 1991, tome I, XI..

À leur grande surprise, leurs pièces sont acceptées immédiatement et sans le moindre problème. Labiche confiera plus tard : Il est possible que la parenté d'Auguste Lefranc avec Eugène Scribe (ils étaient cousins) ait beaucoup aidé les choses, sans même que Labiche s'en soit rendu compte.

Considérant sans doute la comédie comme un genre inférieur comparé au drame, ils favorisent plutôt ce genre dans leurs premières productions. Appartenant à la bande d'hernanistes, ils s'éloignent des pièces romantiques au succès mitigé pour se tourner exclusivement vers la comédie, ses sous-types (vaudeville, farce, pochade, revues) et leurs hybrides qui sont plus à la mode en raison de leur caractère gai et fantaisiste..

Débutant en 1837, la production de Labiche est tout d’abord modeste : deux ou trois pièces en moyenne par an, parfois aucune pour cause de voyages à l’étranger, en fait le rythme d’un jeune bourgeois dilettante aimant l’écriture théâtrale, mais n’en ayant pas véritablement besoin pour vivre. C'est durant cette période qu'il publiera son seul roman, La Clé des champs (1839). Mais, à partir de 1848, cette production s’accélère, puisqu’il fait jouer en moyenne près de dix pièces par an jusqu’en 1859, son plus grand succès sur la période étant Un chapeau de paille d'Italie en 1851.

Puis le rythme se ralentit progressivement, ce qui peut s’expliquer par les événements : Labiche se marie le avec une riche héritière de , Adèle Hubert, dont le père est un riche minotier ; il achète en 1853 le château de Launoy à Souvigny-en-Sologne, avec neuf cents hectares de terre qu’il exploite lui-même, n'a qu'un seul enfant né le , et enfin est nommé maire de Souvigny en 1868. À cette occasion, il déclare modestement qu’il a été nommé (les maires n'étaient pas élus) parce qu'il était le seul de la commune à posséder et à utiliser un mouchoirEugène Labiche (éd. de Henry Gidel), , tome I, .. Il s'était déjà aventuré en politique en comme candidat républicain à l'assemblée constituante. Battu, il s'était par la suite rallié à Louis-Napoléon Bonaparte et avait été l'un des premiers, dans le monde du spectacle, à approuver son coup d'État en 1851Pierre Milza, Napoléon III, Perrin, coll. Tempus, 2006, . Ce soutien au prince-président, puis Empereur lui permit alors de bénéficier de nombreux appuis pour promouvoir son œuvre théâtralePierre Milza, supra, . En 1858, il présente ainsi devant et son épouse au palais de Compiègne sa pièce Un Gendre en surveillance.

Dans les années 1860, il connaît son apogée avec une série de succès parmi lesquels Le Voyage de monsieur Perrichon (1860), La Poudre aux yeux (1861), La Station Champbaudet (1862) et La Cagnotte (1864) . Il est sollicité par Jacques Offenbach, alors directeur des Bouffes-Parisiens, pour écrire le livret d'une opérette, L'Omelette à la Follembuche, mise en musique par un compositeur débutant : Léo Delibes. Il écrit aussi les livrets de plusieurs opéras-comiques : Le Voyage en Chine en 1865, Le Fils du brigadier en 1867 et Le Corricolo en 1868, tous trois créés à l'Opéra-Comique en collaboration avec Alfred Delacour.

En 1864, sa comédie Le Point de mire est présentée en première à la Cour à Compiègne avant d'être jouée à Paris au théâtre du Gymnase. Sa comédie-vaudeville La Grammaire (1867) est également jouée à Compiègne par le Prince impérial et ses amis devant leurs parents. thumb|upright|Buste à Souvigny-en-Sologne. La guerre de 1870 et les événements de la Commune mettent un frein, comme pour la plupart des auteurs dramatiques, à la production de Labiche, sans en altérer pour autant la qualité comme en témoigne Doit-on le dire ? en 1872. En 1874, un nouveau projet d'opéra bouffe avec Offenbach, qui dirige désormais le théâtre de la Gaîté, est abandonné à la suite de la faillite de ce dernier. Labiche recycle son livret en une comédie-vaudeville qui connaîtra un certain succès, Les Trente Millions de Gladiator, suivi d'un autre en 1876 avec Le Prix Martin. Arrive enfin 1877, date de sa dernière pièce, La Clé. Labiche avait dit auparavant : « J’ai toujours pensé qu’il y avait quelque chose de plus difficile à faire jouer que la première pièce… C’est la dernière. Songez au vieil auteur démonétiséEugène Labiche (éd. de Henry Gidel), , tome I, XXVII.… »

Dernières années Après le relatif échec de La Clé, Labiche prend la décision de ne plus écrire, et il s’y tient. Il a alors .

Il lui reste à vivre encore une dizaine d’années, ponctuées par de nombreuses reprises de ses pièces, certaines triomphales, des joies et des deuils : élection à l’Académie française le , succédant au fauteuil 15 à Ustazade Silvestre de Sacy, malgré l'indignation de Ferdinand Brunetière qui déplore « l'invasion des genres inférieurs », et le refus de Victor Hugo de voter pour lui ; mariage de son fils en 1882 et naissance de ses petits-fils en 1883 et 1884 ; décès de sa belle-fille en 1885.

En 1886, Labiche encourage le jeune Georges Feydeau lors de la représentation de sa première grande pièce Tailleur pour dames, qui triomphe au théâtre de la Renaissance.

Souffrant depuis plusieurs années de sérieux problèmes cardiaques, il meurt le à son domicile parisien au 67 rue de Caumartin, à l'âge de . Ses obsèques ont lieu au cimetière de MontmartreDivision 17.. Ludovic Halévy prononce l'éloge funèbre au nom de la Société des auteurs et maître Edmond Rousse au nom de l’Académie française. Henri Meilhac lui succède au fauteuil 15.

Son fils, André Marin Labiche, devenu maître des requêtes au Conseil d'État et qui épousera Madeleine Flandin (fille du député Anatole Flandin), puis Lucie Guiard (sœur d'Émile Guiard et nièce d'Émile Augier), meurt en 1897.

Son épouse, Adèle, meurt en 1909.

Propriétaire d'une maison à Croissy-sur-Seine, il donne son nom à l'allée Eugène-Labiche. La rue Eugène-Labiche, dans le , est également baptisée en son hommage.

L'œuvre vignette|Médaille d'Eugène Labiche par Jean-Désiré Ringel d'Illzach. Labiche a écrit , ce qui peut paraître un nombre considérable de nos jours, mais il n'en a écrit seul qu'un très petit nombre (selon les auteurs, ce chiffre varie entre six et huit), faisant appel à des collaborateurs réguliers ou occasionnels. Il s'agissait pour l'époque d'une production honorable sans plus. Sans la concurrence du cinéma et de la télévision, les théâtres étaient fortement sollicités par un public désirant se distraire et les directeurs de théâtre étaient constamment demandeurs de spectacles nouveaux. Des auteurs en vogue purent faire jouer plus de deux cents pièces, comme Anicet-Bourgeois, Bayard, Scribe () ou Clairville (). On a pu recenser créées durant le soit presque une pièce par jour.

En dépit de ses succès, parfois même de ses triomphes, Labiche ne fut jamais pleinement satisfait de ses œuvres. Il ne se considère que comme un auteur de vaudevilles, genre peu considéré des gens de lettres. Il fait même jouer à l’occasion des genres encore inférieurs : des pochades, des farces ou des revues écrites à la commande, des « roustissures »« Voilà comment on se trouve poussé et pour ainsi dire entraîné dans de déplorables roustissures qui vous demandent plus de temps à faire qu'une bonne pièce et ne vous procurent aucun honneur. ». Lettre de Labiche à Leveaux du à propos de la pièce Espagnolas et Boyardinos citée in Eugène Labiche (éd. de Jacques Robichez), , tome I, VII. comme il les appelle. Il écrit ainsi à son ami Leveaux : « Le théâtre du Palais-Royal m’aura fait bien du mal, il aura confisqué au profit de la farce les quelques éléments de comédie que je peux avoir dans la cervelleLettre du de Labiche à Leveaux citée in Eugène Labiche (éd. de Henry Gidel), , tome I, XXI.. »

Il aspire à quelque chose de supérieur, non le drame, qu’il a essayé à ses débuts et qui ne lui a pas réussi, non la « haute comédie »« La « haute comédie », pour sa part, se réclamait de la tradition de Molière. […] Son lieu d'élection était évidemment le Théâtre-Français, honneur suprême pour celui que son redoutable comité de lecture en jugeait digne. À défaut, se faire jouer au Gymnase pouvait consoler les recalés de notre scène nationale. ». Cité in Eugène Labiche (éd. de Henry Gidel), , tome I, XXX. ingénieusement versifiée, pratiquée par un Casimir Bonjour, mais au moins la comédie de mœurs. Il aurait aimé quitter définitivement le monde du théâtre du Palais-Royal et de sa grosse rigolade« Je vais suivre tout à fait le conseil que tu me donnes depuis longtemps, c'est-à-dire abandonner complètement le Palais-Royal et travailler à la douce dans un genre plus élevé. Je ferai une pièce ou deux par an. » Lettre du de Labiche à Leveaux citée in Eugène Labiche (éd. de Henry Gidel), , tome I, XXII., pour n’écrire que pour le théâtre du Gymnase au genre plus relevé ou, mieux encore, pour la Comédie-Française« Mais il écrira aussi des pièces qui font une place à l'étude des mœurs et à la peinture des caractères sans que le comique de farce en soit totalement absent. De cette inspiration relèvent ainsi [...] et surtout Moi, pièce avec laquelle il entre enfin à la Comédie-Française. ». Cité in Eugène Labiche (éd. de Henry Gidel), , tome I, XXIII.« Je crois avoir acquis le droit de me reposer. Il n'y a qu'une chose qui pourrait me faire sortir de mon trou, ce serait de faire une pièce avec Augier pour le Théâtre-Français. » Lettre du de Labiche à Leveaux in Eugène Labiche (éd. de Gilbert Sigaux), Œuvres complètes, Au club de l'honnête homme, Paris, 1966, tome VIII, ..