vignette|Partie centrale du retable de Saint Georges, du début du (actuellement au Victoria and Albert Museum de Londres) qui représente la bataille d'el Puig dans laquelle apparaît le roi Jaume I (avec la ), accompagné de San Jorge (avec sa croix distinctive), en combattant aux musulmans de Balansiya (bien qu'en réalité Jacques I ne fût pas présent dans cette bataille) La conquête du royaume de Valence est un ensemble de manœuvres militaires menées par le roi d'Aragon et comte de Barcelone Jacques qui conduisirent à l'annexion du territoire de la taïfa de Valence et d'une partie de celle de Murcie à la couronne d'Aragon, constituant à partir de 1238 le nouveau royaume de Valence.
Histoire La défaite du roi d'Aragon et comte de Barcelone Pierre II à la bataille de Muret (1213) mit fin au projet d'expansion de la couronne d'Aragon de l'autre côté des Pyrénées, qui à partir de ce moment orienta ses intérêts vers le sud, profitant de la faiblesse du pouvoir musulman dans Al-Andalus après la défaite de l'Empire almohade à la bataille de Las Navas de Tolosa l'année précédente , ouvrant la dite troisième période de taifas. gauche|vignette| Carte de la péninsule ibérique en 1230. La taïfa de Valence, la taïfa de Dénia et la taïfa de Murcie, dont les territoires seront conquis par Jacques , formeront une grande partie du nouveau royaume de Valence. Les troubles internes survenus durant la période de minorité de Jacques retardèrent l'offensive prévue vers le sud. Elle reprit en 1225 avec la , qui échoua en raison du manque de collaboration de la noblesse aragonaise. Cependant, le gouverneur almohade de Valence, Abu Zayd, craignant une attaque majeure depuis Teruel, s'accorda avec Jacques sur le paiement d'un tribut annuel très élevé, équivalent à un cinquième des revenus publics de Valence et de Murcie, ce qui provoqua le mécontentement de la population et une révolte de la noblesse locale dirigée par Zayyan ibn Mardanish à la fin de 1228 ou au début de 1229, qui le força à fuir à Segorbe, près de la frontière chrétienne - à peu près au même moment où Ibn Hud prenait le pouvoir dans la taïfa de Murcie, qu'il étendrait jusqu'en Andalousie. Peu de temps après, Zayyan, profitant du fait que Jacques était occupé à conquérir Majorque, attaqua la région d'Amposta et Tortosa, à l'extrême sud de la principauté de Catalogne, probablement dans le but d'asseoir son pouvoir à la tête de la taïfa de Valence. Cet épisode, qui resta sans conséquence, servit néanmoins à Jacques pour justifier et légitimer son attaque contre Valence dans sa chronique, le Llibre dels feits del rei en Jacme.
À ce moment, le roi avait cédé l'initiative aux nobles et aux milices communales du royaume d'Aragon, à qui il avait accordé la propriété de tous les châteaux et villes qu'ils pouvaient occuper en territoire musulman. En 1231, Blasco de Alagón prit Morella, et l'année suivante, les fantassins de Teruel conquirent Ares del Maestrat. Après ces succès aragonais, Jacques décida de prendre personnellement le commandement de la conquête, craignant probablement la formation de seigneuries pratiquement indépendantes comme . Il se réunit à Alcañiz avec Blasco de Alagón et le maître de l'ordre des Hospitaliers pour mettre au point la stratégie à suivre : attaquer les noyaux les plus importants situés dans la plaine, comme Borriana et Valence elle-même, au lieu de prendre successivement les différents lieux fortifiés. vignette|Chronologie de la conquête du royaume de Valence, y compris les rattachements faits au cours du . Dans la conquête, personnellement commandée par Jacques , on distingue généralement trois phases :
Une première phase, commencée au printemps 1233, qui amena la conquête des comarques septentrionales de la taïfa de Valence. Jacques quitta Teruel pour descendre vers la côte en suivant la vallée du Palancia et en comptant sur l'alliance de l'ancien gouverneur almohade Abu Zayd, établi là et opposé à Zayyan. Borriana tomba le , après un siège difficile, et la plupart des châteaux situés plus au nord, tels que Peníscola, Polpís, Alcalatén ou Vilafamés, se rendirent. Dès lors, Borriana devint le centre logistique de la conquête : résidence de la cour royale et point de départ des raids à travers la huerta de Valence et la . La deuxième phase, développée en 1237 et 1238, consista en la conquête de la ville de Valence. Pour réunir les ressources nécessaires, Jacques convoqua les Cortes du royaume d'Aragon et les Cortes catalanes en à Monzón, promettant de distribuer les terres conquises à ceux qui y participeraient. Il demanda également l'appui du pape Grégoire IX, qui, au début de l'année suivante, accorda le caractère de croisade à la campagne militaire avec les indulgences qui en découlaient pour ceux qui allaient combattre les « ennemis du Christ ». La première étape fut l'occupation de la petite tour de guet d'El Puig, tout près de Valence, au printemps 1237. Le eut lieu la bataille décisive d'El Puig, où la victoire revint à la petite garnison que Jacques avait laissée là contre l'armée beaucoup plus nombreuse que Zayyan avait rassemblée dans une dernière tentative désespérée pour stopper l'avancée chrétienne. C'est au printemps de l'année suivante que débuta un , après que Jacques eut rejeté l'offre de Zayyan du paiement d'un lourd tribut annuel et de la cession de tous les châteaux au nord du Turia en échange de la paix. Valence capitula le et Jacques fit son entrée solennelle dans la ville le - le même jour, la mosquée principale fut consacrée comme cathédrale chrétienne , devenant un symbole de la « croisade ». Après la chute de Valence, la frontière avec les musulmans fut établie au niveau du Xúquer. À la fin de 1238 ou au début de 1239, Jacques prit Cullera, située à son embouchure. La troisième phase consista en la conquête des territoires au-delà du Xúquer, détenus par Zayyan après la mort d'Ibn Hud en 1238. Elle commença par la conquête d'Alzira en 1242, suivie l'année suivante par la prise de Dénia et de Xàtiva, et se termina par la prise de Biar en , où fut établie la frontière sud du nouveau royaume, mettant en œuvre ce qui avait été prévu dans le traité d'Almizra, signé l'année précédente par les couronnes de Castille et d'Aragon.
Incorporation des comarques méridionales (1296-1305) vignette| Traité d'Almizra de 1244 qui fixait la frontière sud entre la couronne de Castille (orange) et la couronne d'Aragon (gris) sur la ligne Biar - Busot . En 1264 éclata une révole des musulmans de Murcie et Jacques vint en aide à son gendre, le roi de Castille Alphonse X « le Sage », et (Alicante, Elche, Orihuela et Murcie). Ils ne furent pas annexés au royaume de Valence mais devinrent une partie du royaume de Murcie, intégré à la Couronne de Castille. Trente-deux ans plus tard, Jacques II d'Aragon, petit-fils de Jacques , profita de la crise dynastique qui se produisait en Castille après la mort d'Alphonse X et entra dans le royaume de Murcie, prenant Alicante, Elche, Orihuela, Murcie et Carthagène en quelques mois seulement. La guerre se poursuivit pendant les cinq années suivantes et en 1301 Jacques II occupa également Mula et Lorca, proches de la frontière avec le royaume nasride de Grenade. Finalement, des représentants des deux Couronnes se réunirent en 1304 à Torrellas où ils parvinrent à un accord de paix, connu comme la Sentence arbitrale de Torrellas, par lequel ils divisèrent le royaume de Murcie. Le nord, d'Alicante à Carthagène, resterait aux mains de Jacques II, et le sud, y compris la capitale Murcie, reviendrait à la Castille. Un nouvel accord signé à Elche l'année suivante cédait Carthagène à la Castille et établissait définitivement Guardamar comme frontière méridionale du royaume de Valence.
Colonisation La colonisation du territoire par les chrétiens venus du nord ne suivit pas les phases de la conquête de manière linéaire, de sorte que de nombreuses zones ne furent pas occupées immédiatement , mais seulement après les grandes révoltes de 1247 et 1276 menées par Al-Azraq, qui se soldèrent par l'expulsion ou la relocalisation des anciens Andalous devenus mudéjars.
Dans une première étape, entre 1232 et 1236, fut colonisé le nord de la taïfa de Valence, entre Morella et Borriana, malgré la persistance de quelques centres musulmans, comme Cervera, Peníscola et Xivert. Dans cette zone, la noblesse joua un rôle prépondérant, avec des domaines aussi étendus que ceux de Blasco de Alagón ou ceux des ordres militaires du Temple et des Hospitaliers, supérieurs à ceux du patrimoine royal, limité aux villes les plus importantes. La méthode utilisée était l'octroi de chartes de peuplement, octroyées à la fois par la couronne et par les seigneurs laïcs et ecclésiastiques. vignette| Peinture murale du château d'Alcañiz représentant l'entrée de Jacques à Valence. Lors de la colonisation de la ville de Valence, sa huerta, et les comarques voisines, le système suivi fut le même qui avait été utilisé lors de la conquête de Majorque, celui des donations spécifiques et individuelles, enregistrées dans le Llibre del Repartiment. Dans le cas de la ville de Valence, les maisons et les domaines de ses habitants (expulsés) furent distribués entre les conquérants en fonction de leur statut social. Les nobles reçurent les biens de l'aristocratie andalouse, qui comprenaient les meilleures maisons et les domaines voisins mais la répartition des terres, gérée par des proches du roi dans son intérêt, fut faite de sorte à limiter la constitution de grands domaines susceptibles de constituer une menace pour son pouvoir.
La colonisation du territoire au sud du Xúquer ne commença véritablement qu'après l'écrasement de la révolte musulmane menée par Al-Azraq en 1247, qui fut suivie d'expulsions massives et à des déplacements forcés de la population musulmane, qui jusqu'alors avait été la majorité absolue .
Dans les zones méridionale, la couronne exerçait les pleins pouvoirs sans ingérence de la noblesse. La colonisation prétendait superviser le territoire dans une optique militaire. Les colons étaient installés dans des noyaux denses et fortifiés. Le nombre de colonies restait faible vers 1250-1260, avec seulement une douzaine au sud de Xàtiva (comme Gandia, Dénia ou Alcoi). Après les révoltes musulmanes de 1276, de nouveaux colons chrétiens arrivèrent, tandis que les populations musulmanes étaient déplacées vers les zones montagneuses intérieuresJordi Bolòs, Diccionari de la Catalunya medieval (ss. VI-XV), Éditions 62, Collection El Cangur / Diccionaris, , Barcelone, avril 2000 , p. 255 – 256.. Le flot de colons de divers horizons se poursuivit de façon irrégulière mais continue au cours des siècles suivants.
Les premiers colons chrétiens furent les troupes militaires, fantassins et chevaliers, qui participèrent à la conquête, suivis par les paysans, les marchands, les artisans, les prêtres, etc., tous venus en grande majorité de Catalogne et d'Aragon .
Pendant un temps, la croyance commune était que les colons venus de Catalogne s'étaient installés sur la côte et ceux d'Aragon à l'intérieur, ce qui permettait d'expliquer la partition linguistique du Pays valencien entre d'une part les comarques côtières catalanophones et d'autre part celles de l'intérieur hispanophones, une piste qui a été explorée par de nombreux auteurs.
Cependant, rien n’indique en réalité que l’origine des colons ait déterminé leur lieu d’installation. Catalans et Aragonais se sont établis aussi bien sur la côte qu’à l’intérieur, aussi bien sur les terres royales que seigneuriales, regroupés par provenance ou non. La langue utilisée dans différents documents émis par des municipalités contredit également cette supposition (on trouve des documents rédigés en catalan dans des zones aujourd'hui hispanophones et inversement).