La « biosurveillance humaine » (ou « surveillance biologique humaine ») est définie dans le domaine de la santé publique environnementale comme l'évaluation de l'exposition humaine à une substance chimique de l'environnement à travers la mesure de cette substance, de son (ses) métabolite(s), ou produit(s) de réactions biochimiques, dans le sang humain, l'urine, le lait, la salive, le tissu adipeux, ou d'autres tissus, chez plusieurs individus pris séparément, mais en général considérés ensemble de façon à constituer une populationNeedham LL, Calafat AM, Barr DB, 2007. Int J Hyg Environ Health. 210(3-4):229-38.
Origine de la biosurveillance humaine La biosurveillance humaine connu un grand développement au cours des deux dernières décennies, mais son origine remonte à bien plus loin encore. Les premières évaluations de l’exposition humaine aux substances chimiques aux travers des fluides biologiques furent dans le cadre de la médecine du travail pour la protection de la santé des travailleurs exposés. C’est le cas dans des études américaines dès les années 1930 ayant mesuré les niveaux de plomb et de métabolites du benzène dans le sang et dans l’urine chez des travailleurs professionnellement exposés Kehoe RA, Thamann F, Cholack J, 1933. Lead absorption and excretion in certain trades. J. Ind. Hyg. 15, 306–319 Yant WP, Schrenk HH, Sayers RR, Howarth AA, Reinhart WA, 1936. Urine sulfate determination as a measure of benzene exposure. J. Ind. Hyg. Toxicol. 18, 69. Il s’agissait là de premiers exemples de biosurveillance humaine en milieu professionnel.
Au début des années 1960, des techniques analytiques puissantes permettant de mesurer de très faibles concentrations de substances chimiques dans le sang et l'urine ont fait leur apparition dans les laboratoires. Ces techniques donnaient la possibilité de déterminer des concentrations beaucoup plus faibles de substances chimiques dans des fluides corporels humains causées par l'exposition de l'environnement. C’est ainsi par exemple que par l’utilisation de la spectroscopie d’absorption atomique, il s'est avéré que la population générale des pays industrialisés était exposée à des niveaux de plomb bien plus élevés que ceux jusque-là évalués et que cela nécessitait des actions immédiates en matière de santé publique. La réduction de la teneur en plomb dans l'essence permit de constater au fil des années une nette diminution des niveaux de plomb dans les populations. Ce fut là l'un des premiers exemples d’utilisation de la biosurveillance humaine dans de grandes études de population afin non seulement déterminer les niveaux d’imprégnation à une substance chimique de l’environnement mais également de contrôler le succès des mesures prises pour réduire les niveaux observés Angerer J, Ewers U, Wilhelm M, 2007. Human biomonitoring: state of the art. Int. J. Hyg. Environ. Health. 210(3-4):201-28 .
De nos jours, la biosurveillance humaine s’impose progressivement comme un puissant outil pour l’évaluation de l’exposition humaine à divers polluants de l’environnement, le suivi dans le temps et l’établissement des politiques de santé publique, tant au niveau de différentes structures nationales mais également d’organismes internationaux. À titre d'exemple, l’OMS suit depuis 1997 l'exposition humaine à certaines dioxines et PCB via le lait maternel.
Objectifs et utilité de la biosurveillance humaine La biosurveillance humaine est de plus en plus utilisée et intégrée dans les approches épidémiologiques voire éco-épidémiologiques, qui consistent à examiner la relation de cause à effet entre les problèmes de santé et l'exposition aux substances chimiques dans l'environnement. Elle consiste à évaluer la présence de certaines substances indésirables ou toxiques dans l'organisme humain comme on le fait déjà dans les plantes, champignons, animaux, bactéries. pour mieux évaluer leur « biodisponibilité » spécifique pour l'homme (en particulier pour l'enfant ou d'autres groupes vulnérables) Colloque européen sur la biosurveillance humaine : « des biomarqueurs à la biosurveillance humaine comme instrument de soutien à la politique de santé environnementale » - Dossier de presse, Ministère de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative, 4-5 novembre 2008 , 18 pages . Elle permet éventuellement de détecter des effets synergiques entre plusieurs produits (synergies positives ou négatives).
La biosurveillance humaine est une très grande utilité dans le cadre de la santé publique environnementale. Il s'agit pour elle de : mieux détecter, connaitre et comprendre afin de les mieux traiter (quand cela est possible) les impacts des substances listées ci-dessus (produits chimique le plus souvent) ainsi que des produits qui en découlent (produits de dégradation, ou métabolites) ; permettre une surveillance permanentes de l'état de santé de la population ; contribuer à la veille vigilance et alerte sanitaire ; anticiper, améliorer et évaluer la gestion de crise sanitaire ; évaluer l'efficacité des mesures (pour la santé mais aussi pour l'état de l'environnement). Ces enquêtes permettent aussi d'avoir des références nationales plus précises de taille, poids, tension, facteurs génétique ou environnementaux de prédisposition, etc.
Les cibles de la biosurveillance humaine Ce sont des espèces chimiques connues, suspectées ou à découvrir, ou éventuellement des pathogènes. Les polluants les plus souvent ciblés et recherchés dans les années 1990-2010 sont :
métaux lourds (plomb, mercure, cadmium et quelques autres moins fréquemment) radionucléides (en Biélorussie et Ukraine) : iode, strontium, césium phtalates biphényls polychlorés (BPC) ignifugeants bromés pesticides (organochlorés (Lindane par ex)) métabolites d'insecticides organophosphorés herbicides (phenoxy par ex) cotinine composés perfluorés bisphénol A (utilisé en particulier dans la composition de biberons ou, plus généralement, de contenants de liquides) perchlorate (en Amérique du Nord) amines aromatiques hétérocycliques mycotoxines etc.
Échelles des études de biosurveillance humaine spatiale : les études de biosurveillance humaine peuvent porter sur un quartier, une ville, une région, un pays, un continent ou toute la planète ; temporelle : les études peuvent durer de quelques années à une période sans date-butoir précisée ; de populations : les études peuvent concerner toute une population ou une sous-population (femmes, enfants, personnes âgées, origine ethnique particulière, population vulnérable ou supposée surexposée, etc. pour déterminer des niveaux d'exposition et de risque pour ces groupes particuliers.
L'être humain comme bioindicateur ? L’homme, le spermatozoïde, la fertilité humaine, la durée moyenne de vie, ou le taux de cancers (et leur nature) ou d'autres maladies peuvent faire partie des batteries d'indicateurs évaluant l'état de l'Environnement.
Ce sont les « intégrateurs naturels » les plus objectifs d'un état environnemental, et donc des impacts des activités humaines combinés à d’éventuels aléas bio-géo-climatiques naturels... (ce qui les rend éventuellement plus facilement contestables).
Avantages : ils traduisent une réalité biologique. Ils peuvent confirmer ou infirmer les indices de performance. Inconvénients : ils sont parfois frustrants pour l’utilisateur, car s’ils mettent en évidence un problème et ses symptômes, ils n'en désignent pas avec certitude (avant expérience de confirmation) les causes (souvent multiples).
Les bioindicateurs ne sont pas une agrégation d’indicateurs mesurés. Ils intègrent naturellement l’extrême complexité, les synergies et les inerties propres aux écosystèmes. La bioindication est cependant utile ou nécessaire à de nombreux protocoles d'évaluation, et parfois à l’application du précaution.
La commission européenne en 2007, après quatre ans de discussions sur le thème Santé-Environnement a validé un projet pilote de biosurveillance chez l'homme.
La biosurveillance humaine en Europe Une stratégie européenne (adopté en 2003) en matière d’Environnement et de Santé vise à réduire les maladies environnementales en Europe, et a été suivie d'un plan d'action européen 2004-2010 en faveur de l'environnement et de la santé intégrant notamment un « système d’information intégré sur l’environnement et la santé », et une biosurveillance humaine que les États-membres doivent coordonner en veillant à harmoniser leurs pratiques pour aboutir à l'inter-comparabilité de leurs résultats. Mi-2008 le parlement européen à la suite d'une première évaluation du plan d’action, considérant , et a recommandé Rapport : sur "l'Évaluation à mi-parcours du plan d'action européen en matière d'environnement et de santé 2004-2010" - Commission de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire, rapporteur: Frederique Ries, 15 pages, 17 juin 2008 Ce même rapport rappelle que était la seconde recommandation du parlement pour le Plan d'action environnement et santé.
La biosurveillance humaine dans différents pays
En Allemagne La German Environmental Survey (GerES) lancée par l’Agence fédérale allemande de l’environnement (Umweltbundesamt Site de l’Agence fédérale (Umweltbundesamt)) examine à intervalles réguliers un pool de volontaires, pour mesurer l'exposition des allemands à certains polluants, et leurs impacts sanitaires (y compris dans l'environnement intérieur, et pour le bruit). La GerES IV porte sur un sous-échantillon de (3 à ) choisis dans le pool German Health Interview and Examination Survey (GHIES) (sang et urine sont analysés. Des audiométries sont aussi faites chez une partie des enfants depuis 1991 par le Robert Koch InstituteRobert Koch Institute). De à de ont été suivis par la GHIES. La Commission nationale de biosurveillance, créée en 1992, accompagne ces projets en validant les protocoles, critères et valeurs guides.
En Belgique La Région Flamande soutient la biosurveillance via l’Institut flamand de recherche technologique (VITO) avec un suivi de la population générale et localement de populations exposés à des sites pollués. Un programme de biosurveillance sur cinq ans a démarré en 2002, couvrant 5 % du territoire et de la population avec suivi de plusieurs biomarqueurs d’exposition et d’effets sur et pour trois classes d’âges. Un plan d’action associe des experts aux parties prenantes et vise à évaluer d'éventuelles anomalies dans les biomarqueurs et à prioriser les problèmes, rechercher l'origine des polluants et le cas échéant traiter les problèmes. Les données recueillies de 2007 à 2011 en Flandres ont permis de proposer des valeurs de référenceValeurs de référence et études de cas pour les nouveau-nés, adolescents et adultes pour des métaux lourds, polluants organiques persistants, phtalates, bisphénol A, composés perfluorés, retardateurs de flamme...)Communication et consultation.
Au Canada L'enquête canadienne sur les mesures de la santé (Canadian Health Measures Survey) est nationale, conduite Statistique Canada et Santé Canada ; son (2007 - 2009) comprend une étude de biosurveillance de l'exposition humains à certaines substances chimiques chez de six à (avec sang et urine analysé chez une partie de ces volontaires)Site La biosurveillance des substances chimiques dans l'environnement à l'intérieur de l'Enquête canadienne sur les mesures de la santé. Le deuxième rapport contient des données du recueillies entre et auprès de quelque âgés de sur à l’échelle du Canada. Le comprend chimiques présentes dans l’environnement dont 42 ont aussi été mesurées lors du ..
En Corée du Sud