Le Tibet a connu, dans son histoire millénaire, des famines dont l'ampleur exacte (aire concernée et mortalité) reste à déterminer, y compris la famine de 1960-1962, ou encore la famine sous la révolution culturelle à la fin des années 1960.
La représentation de l'ancien Tibet (le « Tibet politique », avant son incorporation à la république populaire de Chine, joint au « Tibet ethnographique » des anciennes provinces du Kham et de l'Amdo)Sur les définitions du Tibet, cf Melvyn C. Goldstein, What is Tibet? – Fact and Fancy, extrait de Change, Conflict and Continuity Among a Community of Nomadic Pastoralists — A Case Study from western Tibet, 1950-1990, in Resistance and Reform in Tibet (sous la direction de Barnett et Akiner), Londres, Hurst & Co., 1994 (téléchargeable depuis ). émanant du gouvernement tibétain en exil est celle d'un pays qui n'avait pas connu la famine avant l'invasion chinoise, même s'il y avait pu avoir des années de mauvaises récoltes où il était possible d'emprunter dans les réserves de l'État, des monastères, des aristocrates, et des fermiers riches Height of Darkness: Chinese Colonialism on the World’s Roof, Tibetan Response to Beijing’s White Paper of 8 November 2001 on Tibet’s March Toward Modernization, Department of Information and International Relations, Central Tibetan Administration, Dharamsala 176215, December 2001, page 11, .
En 1996, des dizaines de milliers de nomades menacés de famine à la suite de graves tempêtes de neige dans la préfecture autonome tibétaine de Yushu (Qinghai), furent secourus grâce à l'intervention de l'armée et d'équipes médicales chinoises et l'aide de Médecins sans Frontières.
Une étude médicale effectuée d' à a constaté que la malnutrition affectait plus de la moitié des enfants de nomades, d'agriculteurs et des zones urbaines et périurbaines vivant à de hautes altitudes dans la région autonome du Tibet.
Définition La famine est une situation de crise dans laquelle la totalité ou une partie de la population d'une zone géographique donnée, est menacée de mort ou est en train de mourir en raison de la disparition de son approvisionnement en nourriture.
Épisodes de famine dans l'histoire du Tibet
La notion de famine (mu-ge) est présente dans les légendes et la culture populaire tibétaines. De même, l'histoire du Tibet (depuis le milieu du ) recèle des épisodes de famine, mentionnés par diverses sources : un évangélisateur (ayant lui-même survécu à la famine), une spécialiste de la religion tibétaine, un tibétologue et une biographe du dalaï-lama.
Le tibétologue américain Melvyn C. Goldstein, dans son livre The Snow Lion and the Dragon, publié en 1997, fait allusion, ne serait-ce que vaguement, à des famines : For well over a thousand years of recorded history, through wars and conquest, famines and natural disasters, Tibet remained the exclusive home of a people Melvyn C. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon. China, Tibet, and the Dalai Lama, University of California Press, Berkeley - Los Angeles - Oxford, 1997, chap. The Post-Mao Era, p. 98.. Ces famines sont liées à la guerre, à la sécheresse, aux inondations et à la grêle d'après les épisodes relatés.
Après l'effondrement du Royaume de Tubo
Le plateau tibétain connut une succession de famines à la suite de la destruction de l'agriculture par les guerres consécutives à la chute du Royaume de Tubo ( - milieu du ). Ces divisions politiques durèrent 400 ans Lhokha History, sur le site TibetTravel.info ; . Le Royaume de Tubo ou empire tibétain s'effaça au profit de féodalités, situation qui dura jusqu'à l'arrivée des Mongols au ..
À l'époque de Jigten Sumgon ()
La biographie de Jigten Sumgon (1143-1217), le fondateur de la lignée Drikung Kagyu (une des 5 grandes traditions contemporaines du bouddhisme tibétain), rapporte que ce dernier, par des dons de nourriture, sauva la vie de nombreuses personnes qui mouraient de faim à la suite d'une sécheresse dans le Kham A Brief Biography of Lord Jigten Sumgon, site officiel de l'ordre Drikung Kagyu ; .
Au Tibet central ()
Selon son hagiographie, à l'occasion d'une sécheresse et d'une famine au Tibet, Thang-stong rGyalpo, le célèbre adepte bouddhiste, médecin et architecte, écrivit « une prière pour éliminer la famine » dans le temple de Jokhang à Lhassa. La famine devait cesser peu de temps après Brief Introduction to Great Bodhisattva H.E. Tangtong Gyalpo Bodhisattva, in The Wish-Fulfilling Jewel Mirror : ..
La « grande famine de l'empire moghol, du Tibet et du Cachemire » de 1635
En 1635, une « grande famine » affecta l'empire moghol, le Tibet et le Cachemire. Elle est mentionnée par le père jésuite Ippolito Desideri dans son livre sur les missions chrétiennes au Tibet aux : « En 1635, le père Nuño Coresma quitta Goa avec ses compagnons, dont le père Caldeira, Pedro de Freytas et le frère Faustino Barreiros, pour essayer de relancer la Mission (à Tsaparang, dans le Tibet occidental). Mais en raison de la grande famine dans l'empire moghol, le Tibet et le Cachemire, suivie de la grippe, cinq des Pères moururent avant d'atteindre le Tibet » The Travels of Ippolito Desideri of Pistoia S. I. 1712-1727, with an introduction by C. Wessels, 1996, 498 p., chap. XVI (An Account of the Mission founded in Thibet by the Society of Jesus from the Beginning until the Author Left Thibet), p. 110 ; ..
Cependant, le « Tibet » que seuls le père Nuño Coresma et le père Correa atteignent donc en juin ou , est en fait le Royaume de GugeLe Royaume de Gugé était un royaume du Tibet occidental à cheval sur la frontière tibéto-indienne, et qui s'étendait du Lahul-Spiti et du Zanskar au xian de Zanda, à l'extrémité sud-ouest de l'actuelle région autonome du Tibet. et sa capitale TsaparangVictor Chan, TIBET. Le guide du pèlerin, Editions Olizane, 1998, p. 468. (proche de la région du Garhwal, également évoquéCitation originale : A terrible famine which made itself felt as far as far as Garhwal and Tibet raised the cost of living to such a point that the journey from Surat to Tsaparang cost no less than 3,000 rupees. [...] "Of my six companions, only one reached Chaparangue with me".), d'où ils reviennent pour atteindre Âgrâ le Ippolito Desideri, Filippo De Filippi, An Account of Tibet: The Travels of Ippolito Desideri of Pistoia, S.J. 1712-1727 , Routledge, 2004, , pages 12 à 15.. La famine évoquée frappe donc en fait la région située à l'extrême nord de l'Inde ou à l'extrême sud-ouest du Tibet actuelCe « Tibet occidental » comprenait entre autres le Royaume de Gugé, qui incluait les actuels Zanskar, Lahaul et Spiti, qui font partie de l'État indien de l'Himachal Pradesh. Omacanda Hāṇḍā, Tabo Monastery and Buddhism in the trans-Himalaya, Indus Publishing, 1994, p. 42., sans qu'on puisse en déduire que le reste du Tibet ait été aucunement concerné.
Une cause de pénurie et de famine dans le Tibet oriental au milieu du
Dans un article intitulé Notes on Eastern Tibet et publié en 1855 dans Journal of the Asiatic Society of Bengal (Calcutta), Arthur Campbell, médecin britannique en poste à Darjeeling, fait allusion à une cause de pénurie et de famine dans le Tibet oriental : les gelées précoces se produisant avant les moissons et gâtant le grain alors que l'herbe, au même moment, est grillée. Il précise que les marchands de grain font alors fortune, en ouvrant leurs greniers à grain. Ces gelées précoces sont annoncées par des nuits claires répétées, lesquelles sont très redoutées des habitants à l'époque des moissons Dr. A. Campbell, Notes on Eastern Tibet, in Journal of the Asiatic Society of Bengal, Calcutta, 1855, 24 (1), pp. 215-240 (publié à nouveau dans The Phoenix, No 7, 1871) : . Cet article est fait à partir des témoignages recueillis par l'auteur auprès de Tibétains venus en Inde pour le commerce ou pour un pèlerinage (cf Julie G. Marshall, Alastair Lamb, Britain and Tibet 1765-1947: a select annotated bibliography of British relations with Tibet and the Himalayan states including Nepal, Sikkim and Bhutan, édition révisée, annotée, Routledge, 2005, p. 248)..
Au cours de la du
Dans sa biographie du dalaï-lama, Patricia Cronin Marcello rapporte que dans le village natal de ce dernier, Taktser (dans le secteur de Xining contrôlé après 1928 par le seigneur de la guerre hui pro-Kuomintang Ma Bufang), dans le Qinghai (l'ancienne province de l'Amdo), les récoltes avaient été détruites par la grêle, juste avant la naissance (en 1935) de Lhamo Dhondup (le futur Tenzin Gyatso et dalaï-lama), ce qui avait entraîné une famine durant 3 ans et le départ de nombreuses familles vers d'autres parties du Tibet. La famille Dhondup survécut à cette crise grâce aux dons en lentilles, riz et petits pois du monastère de Kumbum Patricia Cronin Marcello, The Dalai Lama. A Biography (extrait), Jaico Great Lives Series, Jaico Publishing House, Mumbai, 2009, p. 8 ; . Par la même occasion, Patricia Cronin Marcello mentionne que lors d'une terrible famine dans une région de Chine avoisinante, 2 mendiants chinois se présentèrent à la ferme de la famille du dalaï-lama, portant le corps de leur bébé mort. La mère du dalaï-lama leur offrit de la nourriture et demanda s'ils avaient besoin d'aide pour l’enterrement. Quand elle s'aperçut qu’ils avaient l'intention non pas d'enterrer l'enfant mais de le manger, elle donna toutes les provisions de la famille au couple ; .
Selon Lobsang Tenzin Jigme Yeshi Gyantso, le Kirti Rinpoché, en 1935 au cours de la longue marche, lorsque l'Armée rouge a défilé dans Ngaba, l'armée chinoise a détruit le monastère de Lhateng, qui abritait plus de deux mille moines. Ils ont alors marché sur Muge Gonchen où de nombreux moines et civils ont été tués ou blessés. L'armée a convoqué une réunion dans le monastère de Muge et plus tard a confisqué des objets de valeur et des stocks de grains à Gyarong Choktse, Kyomkyo, Japhuk et au monastère de Datsang, entrainant la première famine au Tibet. C'était la première fois que les Tibétains dans cette région ont survécu en mangeant des feuilles des arbresTestimony of Kirti Rinpoche, Chief Abbot of Kirti Monastery to the Tom Lantos Human Rights Commission.
Après 1951 Destruction des récoltes par les inondations d'août 1954 à Shigatsé