vignette| Le Bal des ardents : Charles VI à gauche tente de se cacher sous la jupe de Jeanne II d'Auvergne ; au centre des danseurs en feu (manuscrits Gruuthuse).

Les Chroniques de Jehan Froissart sont des chroniques médiévales écrites au en moyen français par Jean Froissart ; elles constituent un récit en prose de la guerre de Cent Ans. Les Chroniques s'ouvrent sur les événements qui ont précédé la déposition d'Édouard II en 1326 et couvrent la période allant jusqu'à 1400. L'auteur y décrit les événements survenant en Europe de l'Ouest, principalement en Angleterre, en France, en Écosse, aux Pays-Bas et dans la péninsule Ibérique, et mentionne plus rarement d'autres pays et régions tels que l'Italie, l'Allemagne, l'Irlande, les Balkans, Chypre, la Turquie et l'Afrique du Nord.

Présentation Les Chroniques de Froissart couvrent les années 1322 à 1400 et décrivent les évènements de la première moitié de la Guerre de Cent Ans. Reçu à la cour des princes et des rois, en France, en Angleterre et en Écosse, l'auteur a pu y recueillir de nombreux témoignages et les a relatés, ce qui donne à son ouvrage une telle précision. Il s'est basé sur les Histoires du chroniqueur Jean Lebel et en a généralement suivi le plan, comme il le reconnaît dans son prologue : Les Chroniques de Jean Froissart, sont une source essentielle pour la connaissance du et de l'histoire de la guerre de Cent Ans. Elles constituent l'expression principale de la culture chevaleresque de l'Angleterre et de la France au . L'œuvre de Froissart est perçue comme étant d'une importance vitale pour comprendre le européen, en particulier la guerre de Cent Ans. Mais les historiens modernes reconnaissent aussi de nombreuses limites aux Chroniques en tant que source historique : elles contiennent des dates erronées, des indications géographiques incorrectes, elles donnent des estimations inexactes sur la taille des armées et des victimes de la guerre, et peuvent être biaisées en faveur des mécènes de l'auteur. Froissart est parfois répétitif ou couvre des sujets apparemment insignifiants, mais ses descriptions de batailles sont vives et entraînantes. Pour les périodes antérieures, Froissart a basé son travail sur d'autres chroniques existantes, mais ses propres expériences, combinées avec celles des témoins interrogés, fournissent une grande partie du fond des derniers livres. Froissart n'a jamais assisté à une bataille, mais il a visité en 1386 le site des deux batailles de L'Écluse (celle de 1340 et celle de 1385) et a vu les préparatifs d'une invasion de l'Angleterre. Il était présent à certains événements importants tels que le baptême de Richard II à Bordeaux en 1367, le couronnement du roi Charles V le Sage à Reims en 1380, le mariage du duc Jean de Berry et de Jeanne II d'Auvergne à Riom et la « joyeuse entrée » de la reine Isabeau de Bavière à Paris, tous deux en 1389.

Froissart n'évoque que rarement la plèbe, mais c'est en grande partie la conséquence de son objectif déclaré d'écrire une histoire des exploits chevaleresques pendant les guerres entre la France et l'Angleterre. Froissart n'était pas indifférent aux effets des guerres sur le reste de la société. Son livre II décrit largement les révoltes populaires dans différentes parties de l'Europe occidentale (France, Angleterre et Flandre), et dans cette partie des Chroniques l'auteur fait souvent preuve d'une bonne compréhension des facteurs qui influencent les économies locales et leurs effets sur la société ; il semble également avoir beaucoup de sympathie en particulier pour les couches les plus pauvres des populations urbaines de Flandre. Les deux derniers de ses quatre livres sont plus passionnants, parce qu'écrits à chaud : « la chronique a rattrapé la réalité » ; il transforme ainsi ses chroniques en mémoires.

Les Chroniques sont une œuvre très imposante : avec près de 1,5 million de mots, elles sont parmi les plus longs ouvrages écrits en prose française à la fin du Moyen Âge. Enguerrand de Monstrelet continue les Chroniques jusqu'en 1440, et Jean de Wavrin en incorpore une grande partie dans son propre ouvrage. Aux , les Chroniques ont été traduites en néerlandais, anglais, latin, espagnol, italien et danois. Le texte des Chroniques de Froissart est conservé dans plus de 150 manuscrits, dont beaucoup sont illustrés, certains abondamment.

Synopsis vignette|Les ducs du Berry et de Bourgogne quittent Paris pour rencontrer le duc de Bretagne.

vignette|La Bataille de Poitiers (1356), mélange d'arrière-plans à motif et naturaliste (Manuscrit KB 72 A 25, vers 1410). vignette|alt=Enluminure médiévale représentant un navire portant les armoiries de l'Angleterre approchant de la rive d'une rivière où se trouvent de nombreux hommes en armes. Une ville est visible à l'arrière-plan dans un paysage vallonné et forestier|Richard II rencontre les rebelles le (manuscrits Gruuthuse). vignette|Révolte des paysans ; Richard II à la révolte des paysans et mort de Wat Tyler, 1381.

L'édition de Siméon Luce comporte une numérotation des rubriques des Chroniques en paragraphes, numérotation reprise dans les éditions ultérieures. Le premier des livres comporte pas moins de 800 paragraphes.

Quelques événements importants relatés dans les Chroniques :

Livre I 1322–1377

Exécution de Hugues le Despenser (1326) Déposition d'Édouard II et accession d'Édouard III (1327) Campagne d'Édouard III en Écosse (1327) Mariage d'Édouard III et de Philippa de Hainaut (1328) Hommage féodal d'Édouard III à Philippe VI de Valois (1331) Édouard III cherche des alliés dans les Pays-Bas contre Philippe VI de Valois Campagne de Thiérache (1339) Bataille de L'Écluse (1340) Siège de Tournai (1340) Guerre de Succession de Bretagne (1340-1364) Campagne du Comte de Derby en Gascogne (1344-1345) Bataille de Crécy (1346) Siège de Calais (1346-1347) Bataille de Neville's Cross (1346) Bataille de L'Espagnols sur Mer (1350) Bataille de Poitiers (1356) Étienne Marcel dirige la révolte des marchands à Paris (1358) La Grande Jacquerie (1358) Les Grandes compagnies Campagne d'Édouard de Woodstock dans le sud de la France Campagne d'Édouard III à Reims (1359-1360) Traité de Brétigny (1360) Mort de Jean II le Bon (1364) Bataille de Cocherel (1364) Bataille d'Auray (1364); fin de la Guerre de Succession de Bretagne Première guerre civile de Castille (1366-1369): campagne d'Édouard de Woodstock dans la péninsule ibérique Bataille de Nájera (1367) Bataille de Montiel (1369) Le Sac de Limoges (1370) Bataille de Chizé (1373) Morts du Prince Noir et d'Édouard III ; accession de Richard II (1377)

vignette|Bataille de Brignais, 1362 (manuscrits Gruuthuse). vignette|droite |Bataille de Beverhoutsveld. vignette|droite|Bataille d'Otterburn 1388.

Livre II 1376–1385 Le Grand schisme d'Occident (1378-1417) Bataille de Roosebeke (1382) Révolte des paysans en Angleterre (1381) Mariage de Charles VI (roi de France) et Isabeau de Bavière (1385)

Livre III 1386–1388 : Du voyage en Béarn à la cour de Gaston Fébus à la campagne en Gascogne Meurtre du jeune Gaston de Foix par son propre père Le démon familier prédisant l'avenir du seigneur de Coarraze Préparations françaises d'une invasion de l'Angleterre Duel judiciaire ordonné par la cour de justice entre Jean de Carrouges et Jacques Le Gris (1386) Richard II en conflit avec ses oncles Bataille d'Otterburn (1388)

Livre IV 1389–1400 Le Bal des ardents lors d'une fête en honneur d'Isabeau de Bavière Tournoi à Smithfield avec Richard II La mort de Gaston III de Foix-Béarn La folie de Charles VI (roi de France) Déposition de Richard II et accession de Henri IV Bataille de Nicopolis et massacre des prisonniers

Composition et sources

Avant d'écrire les Chroniques, Froissart a écrit une chronique en vers pour la reine anglaise Philippa de Hainaut, qu'il lui a présentée en 1361 ou 1362. Le texte de ce premier ouvrage historique, que Froissart lui-même mentionne dans le prologue de ses Chroniques, est généralement considéré comme perdu, mais certains chercheurs ont soutenu qu'un manuscrit du contenant une chronique en vers, dont des fragments sont maintenant conservés dans les bibliothèques de Paris et de Berlin, peuvent être identifiées comme étant ce qu'on appelle la « chronique perdue ».

Livre Ier Froissart commence à écrire le Livre I des Chroniques après 1370, peut-être vers 1379-1381, et peut-être à la demande de Robert de Namur, à qui cette première version a été dédicacée. Dans le prologue de cette version du texte, en prose, Froissart justifie sa nouvelle entreprise par son désir d'améliorer ses premières tentatives d'écrire un récit historique des premières années de la guerre de Cent Ans. En particulier, il désavoue sa précédente chronique de vers, et il admet que son exactitude n'avait pas toujours été aussi bonne que des sujets aussi importants que la guerre et les prouesses chevaleresques l'exigent. Ce texte est la « première rédaction proprement dite » ou rédaction « A ». Il est conservé dans de nombreux manuscrits, y compris le manuscrit 864 de la Bibliothèque municipale de Besançon. Afin d'améliorer la qualité et l'exactitude historique de son travail, Froissart déclare son intention de suivre dorénavant comme sa source principale les Vrayes Chroniques de Jean le Bel, qui avait exprimé une critique féroce sur les rimes comme un support approprié à une historiographie sérieuse. Froissart a également utilisé d'autres textes, tels que La Vie du Prince Noir par Chandos le héraut, en particulier pour la campagne du Prince Noir en Espagne en 1366-1367. Il insère aussi dans son texte des documents officiels, parmi lesquels l'acte d'hommage féodal de Édouard III au roi Philippe VI de Valois (1331) et la version anglaise du Traité de Brétigny (1360). vignette|Bataille de Montiel, Henri II et mort de Pierre Ier de Castille. Besançon, Manuscrit 864 .

Le Bel avait écrit sa chronique pour Jean de Beaumont (1288-1356), oncle de Philippa de Hainaut, qui avait été un partisan de la reine Isabelle de France et de l'invasion de l'Angleterre (1326) qui a conduit à la déposition d'Édouard II en 1326. Jean de Hainault avait également participé à plusieurs des premières batailles de la Guerre de Cent Ans, d'abord du côté anglais, puis du côté français. Son petit-fils Guy II de Blois-Châtillon devint plus tard le principal protecteur des Chroniques de Froissart. Jean Le Bel lui-même, tout au long de son travail, exprimait une grande admiration pour Édouard III, dans la campagne de 1327 et la Bataille de Stanhope Park contre les Écossais. Pour toutes ces raisons, Froissart doit avoir hautement apprécié la chronique de Le Bel comme source d'informations fiables sur les événements qui ont conduit au déclenchement de la guerre entre la France et l'Angleterre et sur les premières phases de la guerre de Cent Ans. La comparaison du Livre I de Froissart avec l'œuvre de Le Bel montre que pour les premières parties des Chroniques (jusqu'à 1360), Froissart a souvent directement copié et développé de très grandes parties du texte de Le Bel.