Calvin et Hobbes () est une bande dessinée américaine (ou comic strip) écrite et illustrée par Bill Watterson, qui met en scène les aventures humoristiques de Calvin, un enfant imaginatif de six ans, et de Hobbes, son tigre en peluche sarcastique. Par ironie, les noms des deux personnages sont tirés du nom de deux penseurs aux philosophies radicalement différentes : le théologien Jean Calvin et le matérialiste Thomas Hobbes Calvin and Hobbes Trivia. Visité le 12 mai 2007..
Créée le , la série s'est terminée le , après dix ans de parutions à raison d'une bande par jour, et d'une planche hebdomadaire en couleur. Elle a, durant cette période, connu un succès fulgurant, et été publiée par plus de de par le monde.. À ce jour, plus de trente millions d'albums ont été imprimés, et Calvin et Hobbes sont devenus une nouvelle référence de la culture populaire.
La série se déroule quelque part dans le Midwest des États-Unis à la périphérie d'une banlieue, un endroit probablement inspiré de la maison d'enfance de Watterson à Chagrin Falls dans l'Ohio. Calvin et Hobbes apparaissent dans la plupart des strips, très peu étant focalisés uniquement sur les autres membres de l'entourage de Calvin. La série décrit le quotidien de Calvin, enfant plutôt solitaire et très imaginatif, du double point de vue de Calvin lui-même et de son environnement, le comique naissant souvent de la différence de vision entre les protagonistes. Aux yeux de Calvin, sa peluche, Hobbes, est une sorte de tigre anthropomorphe doué de parole et d'une personnalité propre alors que tous les autres personnages le voient comme un simple jouet. La série joue souvent sur cette double nature de Hobbes et l'ambiguïté n'est volontairement jamais levée.
Histoire thumb|right|Exemple de disposition des cases d'une planche de bande dessinée afin de tenir sur la moitié d'une page de périodique.
Bill Watterson commence à dessiner à ses moments perdus durant la période où il travaille comme publicitaire, un travail qu'il déteste Bill Watterson at Kenyon College!.. Il expérimente plusieurs idées que les éditeurs rejettent. Toutefois il reçoit une réponse positive du United Feature Syndicate à des dessins mettant en scène un enfant et un tigre imaginaire. Le dessinateur s'engage alors dans ce sujet Neely Tucker, The Tiger Strikes Again, Washington Post, . mais United Feature Syndicate rejette ses nouveaux dessins et il essuie par la suite plusieurs réponses négatives. Finalement, c'est le Universal Press Syndicate qui accepte d'aider Bill Watterson Andrew Christie, An Interview With Bill Watterson: The Creator of Calvin and Hobbes on Cartooning, Syndicates, Garfield, Charles Schulz, and Editors, Honk magazine, janvier 1987..
C'est dans un journal américain que Calvin et Hobbes est publié pour la première fois, le . Très vite la série connaît le succès. Début 1986, 130 journaux publient la série contre 350 à la fin de cette même année.. Dans la foulée, l'auteur remporte également un Reuben Award par la National Cartoonists Society NCS Reuben Award winners (1975–present). National Cartoonists Society., devenant le plus jeune lauréat de ce prix. En 1988, il en gagne un second tandis que la série est diffusée sur 600 supports.
En 1991, 1800 journaux publient la série et celle-ci reçoit un premier prix au festival de Barcelone. C'est aussi cette année-là que la série commence à être éditée intégralement en France. En 1992, alors que la série n'est éditée en France que depuis un an, l'album En avant tête de thon reçoit l'Alph'Art du meilleur album étranger au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême.. En même temps, il est une troisième fois nommé pour un Reuben Award. De mai 1991 à février 1992, puis d'avril à décembre 1994, Watterson décide de s'accorder quelques mois sabbatiques. Durant ces périodes, de nombreux journaux republient des gags des premières années de la série. Au retour de son premier congé, Watterson impose aux journaux une publication à l'italienne des planches du dimanche pour renouer avec une pratique disparue qui laissait beaucoup plus de place à chaque série. Ce format s'applique aussi aux albums à partir de The Days Are Just Packed. Ces contraintes n'empêchent pas la diffusion de la série puisque journaux la diffusent en 1993.
En tout, la série fut diffusée dans journaux à travers le monde, traduite dans une quarantaine de langues, et vendue à près de trente millions d'albums, dont plus de deux millions et demi en France.. En 1995, Bill Watterson annonce, dans une lettre à ses éditeurs, la fin de la série à la fin de l'année. Il considérait en effet qu'il avait fait tout ce qu'il pouvait dans les contraintes de temps et d’espace qu'impose une diffusion dans la presse quotidienne et qu'il était temps pour lui de s'arrêter.
Calvin et Hobbes prend ainsi fin le Andrews McMeel Press Release. Visité le 3 juin 2006., avec la parution de la et dernière planche dans le Washington Post. Celle-ci dépeint Calvin et Hobbes émerveillés par le spectacle d'un paysage fraîchement recouvert par la neige : « C'est un monde magique, vieux frère !… ». La dernière case montre Calvin et Hobbes descendant en luge une colline et Calvin s'exclamant «… allons l'explorer ! » Newspaper cutout of the last Calvin and Hobbes strip. CNN. Visité le 19 mars 2006..
Des albums inédits parurent en France jusqu'en 2005.
Style et influences thumb|upright=1.2|Exposition « À la Recherche de Calvin et Hobbes » d'œuvres et de matériel de dessin de Watterson, Festival de bande dessinée d'Angoulême, 2015. Calvin et Hobbes se caractérise surtout par l'humour, une critique sociale et politique, appuyés par divers personnages. Ce style de bande dessinée existait déjà auparavant avec Peanuts de Charles Monroe Schulz, Skippy de Percy Crosby, Bloom County de Berkeley Breathed, Krazy Kat de George Herriman et Mafalda de Quino. Les racines de l'usage de la bande dessinée humoristique comme critique sociopolitique par Watterson proviennent de Pogo, de Walt Kelly. Schulz et Kelly en particulier ont influencé le regard de l'auteur sur les bandes dessinées Andrew Christie. An Interview With Bill Watterson : The creator of Calvin and Hobbes on cartooning, syndicates, Garfield, Charles Schulz, and editors, Honk magazine, janvier 1987.. Les éléments distinctifs du style de Watterson se font dans la diversité des personnages et parfois l'exagération des expressions (surtout lorsqu’il s’agit de Calvin), l'imagination élaborée et étrange de Calvin, et l'usage fréquent de blagues visuelles et de métaphores. Dans les dernières années de la série, Watterson s'est exprimé avec plus de liberté, avec des histoires sans dialogues et un plus grand usage du blanc, car il disposait de plus d'espace pour ses histoires. L'auteur a également choisi de ne pas montrer certains éléments de l’univers de Calvin et Hobbes en n'y faisant qu'allusion, faisant ainsi appel à l'imagination du lecteur. Watterson travaille d'abord avec un simple crayon à dessin (bien que la planche dominicale requît un travail plus long), puis une brosse et de l'encre de Chine pour compléter le dessin. Il portait une grande attention à l'usage des couleurs, mettant parfois beaucoup de temps à choisir les bonnes couleurs à utiliser pour l’histoire publiée le dimanche Calvin and Hobbes Sunday Pages 1985 - 1995. Andrews McMeel. 2001. ..
Dans l'ordre original de publication des strips, l'environnement de Calvin correspondait à celui de l'hémisphère nord. Calvin joue dans la neige dans les strips publiés l'hiver, et est en grandes vacances pendant l'été. Les strips de Noël et d'Halloween étaient également dessinés pendant cette période de l'année. Bien que la série dépeigne de nombreuses années scolaires et divers séjours de vacances, et que les personnages semblent conscients de ces années écoulées, Calvin ne vieillit jamais et n'apparaît jamais célébrant son anniversaire (le seul anniversaire vu dans la série est celui de Susie Derkins). Il participe également à de nombreux réveillons de Noël. Calvin reste éternellement âgé de six ans. Ce genre de distorsion temporelle est très fréquent dans l'univers de la bande dessinée, comme dans les Peanuts où l'âge des personnages n'évolue quasiment pas. Ironiquement, dans un des premiers strips, le père de Calvin remarque que son fils pense qu'il aura toujours six ans.
Marketing thumb|200px|Vue humoristique de la série mettant en scène les vrais Calvin et Hobbes.
Malgré le succès de la série et les récompenses qui ont suivi, Watterson a toujours préféré rester discret et a opté pour un refus strict de tout marchandisage afin de préserver l'intégrité de ses idées, de son univers et de sa série Calvin and Hobbes Creator Draws On the Simple Life. Paul Dean. Los Angeles Times. .. Quelques exceptions plus ou moins légales existent cependant A Concise Guide To All Legitimate (and some not-so-legitimate) Merchandise. Visité le 16 mars 2006.. La série reste donc relativement peu commercialisée, Watterson estimant qu'il est du devoir de l'artiste de protéger sa création. En 2005, il déclare qu'il n'était pas forcément hostile au marchandisage au début de la série, mais que chaque produit dérivé lui semblait en contradiction avec l'esprit de la série et avec le message qu'il voulait véhiculer issu de Fans From Around the World Interview Bill Watterson.Andrews McMeel. 2005..
En dehors des livres, de deux calendriers (1988-1989 et 1989-1990), d'un livre Teaching with Calvin and Hobbes et d'un T-shirt, aucun produit dérivé sur la série n'est théoriquement autorisé. Watterson refuse également de vendre ses originaux. Ce choix lui a souvent causé de nombreux désaccords avec son agence de presse et avec les journaux qui le publient. Ainsi, dès 1988, avec le succès fortement croissant de Calvin et Hobbes, Bill Watterson doit lutter avec son éditeur qui veut lui imposer des produits dérivés. En effet, le droit d'auteur américain est favorable à celui qui finance la création. Le contrat signé par Watterson en 1985 l'oblige à céder tous ses droits à l'agence de presse Universal Press Syndicate. Après de nombreuses oppositions, l'auteur récupère les droits de ses personnages vers 1990 et peut ainsi mettre un terme à toutes les propositions de produits dérivés qui lui étaient faites.. De même, Watterson a longtemps refusé toute exposition : il rejette les festivals, les signatures, les expos (une en 2001), les interviews, les photos. Un gros volume, The Calvin and Hobbes Tenth Anniversary Book, apparaît en 1995 où il s'explique. En 2014, il accepte une exposition organisée par le Billy Ireland Cartoon Library Museum (Colombus, Ohio, USA), qui présente une sélection d'originaux qu'il a donnés à ce musée. Cette exposition est montrée au festival international de la bande dessinée d'Angoulême en 2015, après que son œuvre eut reçu le grand prix 2014.. ; selon la tradition, il est l'auteur de l'affiche du festival 2015. Le catalogue de l'exposition. contient un entretien original dans lequel il parle librement de son travail. Depuis la fin de la série, des rumeurs de films d'animation circulent régulièrement mais rien ne prouve leur véracité. En 1989, Watterson réfléchissait déjà à la question, mais le projet n'a jamais abouti.
Une œuvre critique Critiques sociales Watterson profite aussi de la série pour critiquer la société américaine et occidentale. À de rares exceptions près, la série évite les références à de quelconques personnalités ou évènements contemporains pour mieux généraliser. Watterson exprime ses frustrations sur la société de consommation, la décadence et l'apathie du public, sa sujétion aux médias de masse. Calvin est souvent vu rivé devant la télévision, où il se laisse fortement influencer par les messages publicitaires et les images de sexe et de violence qu'elle diffuse, alors que son père, qui exprime fréquemment l'avis de l'auteur, s'acharne à tenter de faire passer ses valeurs à son fils.