thumb|upright=1.5|Pays selon leur richesse totale en (milliers de milliards de dollars USD), selon le Crédit Suisse. thumb|Richesse totale des grandes régions du monde (en milliers de milliards de dollars USD), 2018. thumb|upright=1.5|Le PIB nominal par habitant permet de mesurer la création de richesse annuelle moyenne par individu dans chaque paysSource : FMI ; à défaut, Banque Mondiale..

La richesse est la valeur de l'ensemble des biens détenus (patrimoine) par un agent économique (ménage, individu, nation, etc.) pouvant être soit produite par un revenu ou une plus-valueTrésor de la langue française informatisé, entrée richesse., soit acquise par un legs ou une donation.

Un individu, communauté ou pays qui possède une abondance de biens et d'actifs possédés est couramment défini comme « riche ». À l'opposé lorsqu'un individu possède peu de biens ou d'actifs on parle de pauvreté, notamment lorsque cette situation ne lui permet pas de vivre dignement. Le concept de richesse est très central dans le domaine de l’économie. La production de richesse dans un pays (et non la richesse directement) et la croissance de cette production sont mesurées respectivement par le produit intérieur net (PIN) et son taux de croissance ou, si on ne tient pas compte des amortissements et des dépréciations des actifs, par le produit intérieur brut (PIB) et son taux de croissance.

Historique La répartition de la richesse a fait l'objet de réflexions de la part de penseurs depuis l'Antiquité. Selon Platon, la richesse devait être distribuée de façon égalitaire, alors que selon Aristote, elle devait être distribuée proportionnellement à l'effort de chacunLes deux formes d'acquisition des richesses selon Aristote. En introduisant la notion de chrématistique, Aristote a condamné la pratique visant à l'accumulation de richesses pour elles-mêmes, et non en vue d'une fin autre que le plaisir personnel.

Au Moyen Âge, saint Thomas d'Aquin a cherché à réconcilier la pensée d'Aristote avec la doctrine chrétienne, et a ainsi développé la philosophie scolastique. Dans ce cadre, il a repris les idées d'Aristote sur l'économie, et a tenté de faire évoluer la pensée de l'Église dans le domaine des taux d'intérêt.

Du jusqu'au milieu du , la doctrine économique du mercantilisme a prôné l'enrichissement des États-nations d'abord au moyen de l'or importé des colonies (bullionisme développé surtout en Espagne et au Portugal), puis du commerce, mais aussi de l'industrialisation.

Dans la deuxième moitié du , Adam Smith, fondateur de l'école dite classique d'économie, a critiqué le mercantilisme, et en particulier le bullionisme, en déniant à l'or et à l'argent leur valeur de mesure de la richesse, et soulignant qu'il s'agit d'une richesse essentiellement princière. Il explique que l'origine de la richesse des nations vient plutôt du travail (concept de division du travail), de l'accumulation du capital, et de la taille du marchéAdam Smith, La Richesse des Nations, livre IV.

Par la suite, la production de richesses sera associée à la notion de facteurs de production, qui sont essentiellement le capital et le travail.

Évolution des théories La nature et la mesure de la richesse ont varié avec le temps. Elles sont liées tant à la structure économique de l'époque qu'aux valeurs qui y prédominentPerrin, .

Les mercantilistes Le voit le développement de la navigation. L'or et l'argent importés d'Amérique apportent la richesse aux pays européens. Pour les mercantilistes la richesse d'un pays est celui de l'État. Elle est mesurée par les stocks d'or et d'argent qu'il possède. L'ouverture des voies maritimes promeut le commerce de nouvelles marchandises. Les excédents commerciaux accroissent les stocks d'or et d'argent. La suprématie commerciale est assurée par la puissance militaire. L'ordre surnaturel issu des conceptions économiques de l'Église est remplacé par l'ordre marchand.

Les physiocrates Les physiocrates considèrent que la richesse d'un pays n'est plus seulement celle de l'État mais de tous ses habitantsPerrin, . Ils mettent l'accent sur la production agricole, seule productrice de richesses. La mesure de la richesse d'une nation est donnée par la production agricole non consommée par les agriculteurs. L'ordre naturel succède à l'ordre marchand.

Les classiques Les classiques apparaissent avec l'émergence de la société industrielle. Le travail devient la valeur fondamentale. Ce sont les valeurs d'usage qui constituent la richesse. Des lois universelles et intemporelles gouvernent la production et l'échange de richesse. L'ordre naturel régit les comportements humains.

Les marxistes Karl Marx recherche les lois spécifiques de la production capitaliste. Comme les classiques (mais en apportant diverses corrections à leurs raisonnements) il pense que la valeur des marchandises et donc, le prix du marché qui oscille autour d'elle, est fondamentalement déterminée par la quantité de travail nécessaire en moyenne à la production d'un bien. Pour lui la représentation de la société que se font les personnes est directement liée à leur activité matériellePerrin, . L'ordre est déterminé par les contextes historiques et les rapports sociaux.

Les néo-classiques La société est vue par les néoclassiques comme une somme d'individus. Selon Friedrich Hayek l'économie est régie par des ordres spontanés. Ces ordres ont été fixés à travers le temps par la sélection des comportements permettant à la société de fonctionner de façon satisfaisante. Les hommes n'ont aucun pouvoir sur eux. La richesse se mesure par la valeur monétaire des biens et services (valeur d'échange).

Les institutionnalistes Pour les institutionnalistes les institutions jouent un rôle central dans l'économie. Elles permettent un meilleur fonctionnement du système et déterminent les comportements des acteurs économiquesAlternatives économiques, . L'unité d'analyse n'est pas l'individu mais le groupe social. L'utilité sociale doit être réintroduite dans l'analyse économique. La richesse d'une société s'évalue par ses valeurs sociales.

Nouvelles théories Recherche d'indicateurs Le PIB, indicateur de la production annuelle de richesse d'un pays De nos jours le produit intérieur brut (PIB) sert d'indicateur de la création de richesse par un pays au cours d'une année. La richesse créée est évaluée par la valeur d'échange (valeur de marché). Le PIB est contesté à la fois sur sa pertinence économique et sur sa validité en tant qu'indicateur de création de richesse. La commission Stiglitz a fait état des « doutes quant au bien-fondé des mesures actuelles des résultats économiques, notamment celles fondées sur le PIB »Stiglitz, . L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a reconnu que la critique du PIB en tant qu'indicateur de production annuelle de richesse était fondée et qu'il y avait lieu de s'engager dans une autre directionDartiguepeyrou, . Les reproches portent sur les insuffisances concernant principalement la durabilité dans les domaines économique, environnemental et social.

La richesse au sens de l'entreprise Pour Daniel Bachet la richesse produite par l'entreprise n'est pas le profit mais la valeur ajoutée. Cette richesse doit ensuite faire l'objet d'un partage entre les parties prenantesDaniel Bachet, Les Fondements de l'entreprise, Les Éditions de l'Atelier, 2007, .

L'utilité sociale Pour André Orléan Orléan, . Pour Catherine Dartiguepeyrou Dartiguepeyrou, . Un tel débat nécessite la création de nouveaux indicateurs. L'Union européenne s'est dotée de 155 indicateurs classés en dix thèmes relevant de questions sociales et écologiquesPerrin, . De nombreux autres indicateurs économiques existent, tenant compte des insuffisances du PIB. Mais aucune tentative de les regrouper dans un indicateur synthétique unique n'a pu s'imposer.

Richesses non marchandes La recherche de nouveaux indicateurs de richesse ouvre un espace pour le non-marchand et la gratuité, sources de qualité de la vie, de lien social et de solidarité. La nature elle-même est aussi source de richesse. Le concept de richesse englobe et dépasse donc celui de valeur économiqueAttac, Le Petit Alter, dictionnaire altermondialiste, Mille et une nuits, 2006, .

La richesse de la contribution est souvent illustrée par Wikipédia ou les logiciels open source, mais on peut aussi citer les exemples de la micro-informatique, d'Internet ou de la planche à voile, dont les mécanismes d'« innovation collective » ont été décrits par Eric von Hippel.

La richesse de la coopération découle des pratiques de Cocréation, Coconception et Coopétition.

La richesse relationnelle correspond à la capacité de séduction et d'interactions de l'entreprise avec son milieu.

La richesse collective découle de la dynamique d'un groupe. Elle est mesurée et amplifiée par des pratiques managériales comme celles de General Electric, Criteo, ou les entreprises libérées.

La richesse sociale dépend de la qualité d'un réseau de relations d'interconnaissance ou d'interreconnaissance, de liaisons permanentes et utiles.

La richesse environnementale, valeur du patrimoine naturel, augmente avec l'aménagement de la nature, la sobriété de la consommation et la maîtrise des déchets.

Flux et stocks Pour la science économique actuelle, la richesse économique correspond à l'ensemble des biens dont l'usage ou la propriété correspond à la satisfaction de besoins. Elle est donc constituée par le stock d'actifs économiques détenus par un ou plusieurs agents économiques Donald Rutherford, Routledge Dictionary of Economics, Routledge, 1995, .. La richesse s'analyse économiquement à travers plusieurs dichotomies : on peut analyser la richesse au niveau d'un individu, d'un ménage, d'une entreprise, d'une nation ou encore de l'humanité entière ; on peut analyser soit la richesse détenue (le patrimoine), soit la création de richesses (le revenu). Autrement dit, on peut étudier soit le stock de richesses, soit le flux de richesses nouvellesC.-D. Échaudemaison (dir.), Dictionnaire d'économie et de sciences sociales, , Nathan, 2006, . ; on peut analyser soit la richesse financière (titre de propriété ou créance donnant droit à un revenu), soit la richesse « réelle » (biens) des agents économiques.

Au-delà de la richesse financière et de la richesse en biens, et dans un contexte de raréfaction des ressources naturelles, la richesse des nations en matières premières et en minerais doit également être prise en considération.

Richesse personnelle Lloyd Shapley et Alvin Roth, lauréats 2012 du prix Nobel d'économie délivré par la Banque royale de Suède, considèrent que la richesse personnelle s'identifie à la satisfaction que procurent les biens acquis. Avant tout achat s'effectue la comparaison entre sacrifice et satisfactionLe Monde du 17 octobre 2012.