Le régime de Vichy est le régime politique autoritaire, antisémite et collaborationniste avec l'Allemagne nazie instauré en France à la suite de la défaite française et de l'armistice du 22 juin 1940 durant la Seconde Guerre mondiale. Ce régime a à sa tête le maréchal Philippe Pétain, secondé par le chef du gouvernement Pierre Laval en 1940 et de 1942 à 1944, ainsi que par l'amiral François Darlan de 1940 à 1942. Le régime de Vichy exerce le gouvernement de la France métropolitaine du au 1 pendant la Seconde Guerre mondiale et durant l’occupation du pays par le Troisième Reich. Le régime est ainsi dénommé car le gouvernement siégeait à Vichy, dans l'Allier, dans la zone libre non occupée, alors que de jure la capitale était toujours Paris.
Après le vote des pleins pouvoirs constituants à Philippe Pétain, le , par l’Assemblée nationale (réunion de la Chambre des députés et du Sénat), la mention « République française » disparaît des actes officiels ; dès lors le régime s'auto-désigne comme « État français »..
Une partie de l'empire colonial français se sépare de l'autorité de Vichy dès 1940 et revient dans le camp des Alliés en se ralliant à la France libre, dirigée par le général de Gaulle ; le reste de l'empire passe sous contrôle des Alliés puis de la France libre après le débarquement anglo-américain en Afrique française du Nord, en , ce qui amène aussi les Allemands à étendre leur occupation à la zone sud et mettre fin à l'armée d'armistice conservée par le régime de Vichy. L'Indochine française passe progressivement sous la tutelle de l'empire du Japon qui l'occupe entièrement en 1945. L'Alsace-Moselle, annexée de fait par le Reich, échappe également à l'autorité de Vichy à partir de 1940.
Du fait de son aspect particulier dans l’histoire de France, ce régime illégitime« Ordonnance du relative au rétablissement de la légalité républicaine sur le territoire métropolitain – version consolidée au », actuellement en vigueur, sur le site legifrance.gouv.fr, consulté le . est le plus souvent désigné sous les appellations « régime de Vichy », « gouvernement de Vichy », « France de Vichy » ou simplement par métonymie « Vichy ».
Le Troisième Reich, qui occupe d’abord le Nord et l’Ouest du territoire métropolitain et, à partir du , avec les Italiens, la métropole tout entière, laisse l’administration française sous l’autorité du gouvernement français de Vichy, dirigé par Philippe Pétain. Nommé le , en pleine débâcle, président du Conseil par le président Albert Lebrun, Pétain se substitue en juillet 1940 au président de la République, qui, bien que n'ayant pas démissionné de son mandat, se retire de la fonctionAttribué au général Pierre Héring, Les Silences du Maréchal (documents inédits en annexe), Les Éditions nouvelles, , Paris, 1948, 279 p., , ; . Pétain se nomme lui-même « chef de l’État français »« Acte constitutionnel 1 du », sur le site de l’université de Perpignan, mjp.univ-perp.fr, consulté le ., puis met en œuvre une politique de collaboration avec les nazis et instaure des lois antisémites.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, cette collaboration prend plusieurs formes : coopération économique, arrestations de résistants, de francs-maçons et d'opposants politiques (notamment communistes), rafles de Juifs français et étrangers, réfugiés en France avec la montée du nazisme dans les années 1930, sur le territoire métropolitain, remis aux Allemands et déportés vers les camps d'extermination nazis. Sur le plan militaire, le régime n’est pas un allié officiel du Troisième Reich mais le gouvernement Laval reconnaît la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF) comme une association d’utilité publiqueLivret de la LVF et décret gouvernemental. et contribue aussi à l’effort de guerre allemand au moyen de la collaboration de son industrie militaire. Il fournit en outre à l’occupant une force armée supplétive de répression en métropole, avec la Milice française, responsable d'exactions meurtrières sur tout le territoire. Au regard du peu de troupes d'occupation allemandes réparties sur un territoire aussi grand que la France, l'ordre nazi n'aurait pu s'exercer sans la totale implication de toute la machine étatique, policière et administrative française alors sous les ordres du régime de Vichy, ce qui reste un exemple unique dans les pays d'Europe occupés.
Considérant que la République française n’a jamais cessé d’exister, le général de Gaulle déclare le régime de Vichy « illégitime, nul et non avenu » à la Libération de la métropole à l'été 1944. La responsabilité de l'État français dans la persécution et la déportation des Juifs durant l'occupation n'est reconnue qu'en 1995 par Jacques Chirac.
Les circonstances Deux gouvernements (Daladier et Reynaud) vont se succéder pour laisser place le au gouvernement de Pétain qui met fin à la Troisième République le et instaure le régime de Vichy le . Entretemps, l'appel du 18 Juin du général de Gaulle crée la France libre.
Gouvernement Daladier : drôle de guerre
En réponse à l'invasion de la Pologne par les troupes d'Adolf Hitler, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre au . Adoptant alors une stratégie défensive, les deux alliés n'engagent pas le combat contre l'Allemagne alors qu'une grande partie de la Wehrmacht est déployée en Pologne, face à des troupes polonaises qui se défendent avec acharnement. Les Français restent donc derrière la ligne Maginot et temporisent, en espérant pouvoir s'appuyer sur un blocus maritime, comme celui qui contribua à l'effondrement allemand en 1918. C'est la « drôle de guerre » qui causa la mort d'environ français des 3 armes (terre-mer-air). Mais à la suite de la guerre d'Hiver contre la Finlande lancée par l’URSS, et de la non-intervention de la France, le cinquième gouvernement Daladier est renversé le . Paul Reynaud est nommé président du Conseil et ministre des Affaires étrangères le .
Gouvernement Reynaud : invasion allemande et défaite
Grâce à sa victoire à l'Est et au pacte germano-soviétique, Hitler a les mains libres pour pouvoir mettre toutes ses forces en ordre de bataille vers l'ouest. Le , il envahit les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique. Le commandement français s'y attendait et lance ses troupes à la défense de la Belgique, comme prévu. Utilisant à plein les concepts novateurs de 1918 des Français, ignorés par leur propre commandement (choc et rapidité, binôme char-avion, concentration), le fer de lance de l'armée allemande (une dizaine de divisions blindées) traverse le massif des Ardennes, jugé impénétrable par les généraux français (et donc mal défendu, et mal soutenu lorsque l'attaque apparut évidente) et encercle du sud vers le nord l'armée franco-britannique engagée en Belgique.
Début juin, défendue autour de Dunkerque par quelques divisions françaises qui se sacrifient, la British Expeditionary Force regagne la Grande-Bretagne lors de l'opération Dynamo. Le gouvernement quitte Paris pour Bordeaux le . Les réfugiés qui fuient la Belgique et le Nord de la France sont alors rejoints par deux millions de réfugiés de la région parisienne. Selon l'historien Jean-Pierre Azéma, entre le et le , au moins six millions de Français abandonnent leur domicile. Participant à l'« exode de 1940 », ils se retrouvent sur les routes sous les attaques de la Luftwaffe, et ruinent la logistique militaire française. La bataille de France est perdue, en dépit de la résistance acharnée de nombreuses unités. La campagne militaire cause côté français ( et ) et côté allemand. Les troupes du Reich font ( entre le et le et entre le 18 et le ), dont resteront en captivité en Allemagne.
Le , Mussolini, allié d'Hitler, déclare la guerre à la France (sa démarche étant qualifiée de « coup de poignard dans le dos »William L. Shirer, The Rise and Fall of the Third Reich : A History of Nazi Germany, Simon & Schuster, New York, 1960, ; trad. Le Troisième Reich, des origines à la chute, éd. Stock, Paris, 1959-1960 ; : rééd. sous le titre : La Chute du nazisme, CAL, L'encyclopédie contemporaine, Paris, 1963, 163-164.Giorgio Rochat, (trad. Anne Pilloud), , Revue historique des armées, , 2008, , sur le site du Service historique de la Défense, rha.revues.org. Mis en ligne le , consulté le .Citée par L'Écho de la Falaise, , l'expression serait de Roosevelt selon Denis Mack Smith, Mussolini, éd. Knopf (première édition américaine), 1982 , .), mais ne parvient pas à faire avancer ses troupes à travers les Alpes bien défendues par l'armée des Alpes du général Olry. Franco, sollicité, mais prudent, refuse d'entrer en guerre contre la France, même lorsque l'effondrement français est patent.
C'est la panique en France dans le monde politique et militaire. Certains veulent poursuivre la lutte alors que d'autres veulent demander l'armistice, en violation de l'engagement interallié du . À la dernière réunion du Conseil suprême interallié du , à Tours, Reynaud, démoralisé, demande à Churchill de délier la France de son engagement à ne pas signer de paix séparée : Churchill, après discussion avec son cabinet dans le jardin, répond sans la moindre équivoque par la négativeLes responsables de Vichy, en particulier Paul Baudoin et Jean Prouvost, ont ensuite prétendu que Churchill avait accepté de délier la France de son serment. Mais le procès-verbal de la réunion, en anglais comme en français, est clair (). Churchill dans ses mémoires contredit expressément ce point (), de même que Reynaud lors du procès de Pétain ().. Il réaffirme que l'Angleterre se battra jusqu'au bout tout en faisant preuve, selon de Gaulle, d'une "compréhension apitoyée".
Paul Reynaud, bien qu'étant pour la poursuite de la guerre, n'agit pas de manière ferme. Pourtant appuyé sans réserve par le ministre de la Marine et des Colonies, le ministre de l'Armement et le sous-secrétaire d’État à la Guerre Charles de Gaulle, et soutenu de façon relative par le président de la République Albert Lebrun, la majorité du Conseil des ministres et quelques militaires, il ne parvient pas à constituer un « cabinet de guerre » à l'anglaise.
C'est le deuxième camp, soutenu par le général Weygand, Philippe Pétain, Pierre Laval et l'amiral Darlan, qui l'emporte. Le général de Gaulle, partisan de la poursuite de la guerre, rejoint Londres pour chercher du soutien auprès des Britanniques. Le président du Conseil Paul Reynaud, qui voulait continuer la lutte, choisit finalement de démissionner le .
Le président de la République Albert Lebrun nomme alors le maréchal Pétain président du Conseil.
Gouvernement Pétain : demande d'armistice
vignette|gauche|Philippe Pétain vers 1940. Le , après un bref séjour à Tours, le maréchal Pétain reforme son gouvernement à Bordeaux, puis annonce à la radio que la France doit cesser le combat et demander l'armistice. Le lendemain, le général de Gaulle prononce depuis Londres son « appel du 18 Juin » devenu célèbre (mais passé relativement inaperçu dans le chaos ambiant). Le mouvement de la France libre s'organise au Royaume-Uni avec d'autres volontaires français. Voir : France libre – Chronologie de la France libre.
Le , la délégation française doit aller signer l'armistice, dans la clairière de Rethondes, dans la voiture de chemin de fer qui avait servi de cadre à l'armistice de la Première Guerre mondiale et devant le monument qui évoquait l'« orgueil criminel de l'Empire allemand vaincu par les peuples qu'il voulait asservir ». Hitler fait ensuite exploser le monument devant les caméras. Quant à la voiture de chemin de fer, elle est envoyée en Allemagne, où elle sera détruite en 1945Voir l'article : Wagon de l'Armistice – En Allemagne.. L'Allemagne entend ainsi effacer la défaite de la Première Guerre mondiale et humilier la France.