Ngapo Ngawang Jigmé ( ; sinogramme: 阿沛·阿旺晋美; pinyin: Āpèi Āwàng Jìnměi), né le à Lhassa au Tibet, mort le à Pékin, est un haut dirigeant tibétain qui occupa diverses fonctions militaires et politiques. Il est surtout connu pour avoir signé l'accord en 17 points qui affirma la souveraineté chinoise sur le Tibet Obituary: Kasur Ngapo Ngawang Jigme, 23 décembre 2009, International Campaign for Tibet : . Ngapoi Ngawang Jigme 1910-2009, Tibet Sun, Dharamsala, Inde, 23 décembre 2009 : ..
Il est nommé ministre du gouvernement tibétain dès 1936, en 1950, gouverneur du Kham et commandant-en-chef de l'armée tibétaine à Chamdo Senior Chinese legislator, political advisor passes away, www.chinaview.cn, 23 décembre 2009 : . Après l'entrée de l'armée chinoise au Tibet, il se rallie aux Chinois. En 1951, il est choisi comme chef de la délégation tibétaine chargée des pourparlers de paix avec le gouvernement chinois. Il est resté ministre du dalaï-lama jusqu'à son départ en exil en .
Il occupe par la suite de hautes fonctions politiques dans la région autonome du TibetAnne-Marie Blondeau et Katia Buffetrille, Le Tibet est-il chinois ?, Albin Michel, coll. Sciences des religions, 2002. : commandant-en-chef adjoint de l'armée populaire de libération au Tibet, président de la région autonome du Tibet, vice-président du comité permanent de l'Assemblée nationale populaire Wang Ruowang, A Chinese View on Self-determination for Tibetans (extrait de The Status of Tibet: Recalling a Visit to Lhasa in Tibet Through Dissident Chinese Eyes, 1998, Ed. Cao Changching and James D. Seymour, reproduit par Campagne internationale pour le Tibet : ..
Origines Ngapo Ngawang Jigme était le fils naturel d'une nonne appartenant à l'une des plus importantes familles nobles du Tibet, les Horkhang et était devenu membre de la famille Ngapo en épousant la veuve de Ngapo Shapé, son père adoptif Tsering Shakya, The Dragon in the Land of Snows. A History of Modern Tibet Since 1947, Columbia University Press, 1999 : Michael Harris Goodman, Le Dernier Dalaï-Lama ?, p. 146. Il passait pour être le descendant de l'un des tout premiers rois du Tibet Tseten Dolkar, John Windsor, Girl from Tibet, Loyola University Press, 1971, , p. 27 : Gary Wilson, It was no Shangri-La: Hollywood Hides Tibet's True History, in Workers World Newspaper, December 4, 1997 : .
Études Après avoir étudié la littérature tibétaine traditionnelleNgapoi Ngawang Jigme 1910 - 2009, Tibet Sun, 23 December 2009., Ngabo Ngawang Jigme fut envoyé poursuivre ses études en Angleterre, d'où il revint en 1932 (à l'âge de 22 ans). Son père adoptif était gouverneur de Chamdo et commandant des forces tibétainesJacques de Goldfiem, Personnalités chinoises d'aujourd'hui, Éditions L'Harmattan, 1989, en part. pp. 189-190 ..
Carrière vignette|Ngabo ( à partir de la gauche), en compagnie des trois autres ministres du gouvernement du Tibet dans le jardin de Dekyi Lingka. Dans les années 1930, il est le chef du village de Ngabö, dans le KongpoYangzom Brauen, Across Many Mountains, p. 43. Après son retour, il servit (à partir de 1936) dans l'armée comme officier ainsi que dans le gouvernement tibétain en tant que ministre du gouvernement tibétain, membre du cabinet Senior Chinese legislator, political advisor passes away, op. cit. : Ngapoi Ngawang Jigme, , Illustrated White Paper: Fifty Years of Democratic reform in Tibet, Beijing : . Ngapo Ngawang Jigme, 1910-2009, tibetinfonet.net jusqu'en 1959. En , il fut nommé gouverneur du Kham et arriva à Chamdo début septembre, prenant la succession de Lhalu qui partit à la fin du mois.
Commandant en chef de l'armée tibétaine à Chamdo (1950) L'armée populaire de libération (APL) s'apprêtant à investir la région de Chamdo dans l'est du KhamTsering Shakya, Dragon In The Land Of Snows: The History of Modern Tibet since 1947, p. 66-68, Ngabo Ngawang Jigmé n'était pas enthousiaste à l'idée d'être renvoyé au Kham où il avait déjà été en fonction, car son père adoptif, chef de la famille Ngapo, était mort en défendant Chamdo contre Liu Wenhui Sam van Schaik, Tibet: A History, 2011, p. 208 : .
Fin , Lhalu quitta Chamdo et prit ses quartiers à Pembar Dzong, laissant à Ngabo la responsabilité des affaires civiles et militaires de la ville. Sur place, il y avait six régiments de chacun et plus de mais aucun approvisionnement alimentaire de prévu. Les gens du cru n'avaient, pour beaucoup d'entre eux, plus rien à manger. Ngabo ordonna la dissolution de la milice Jasper Becker, , in South China Morning Post, 2 avril 1998, reproduit sur le site World Tibet News : .
Alors que son prédécesseur avait établi des plans et des fortifications et obtenu du Kashag davantage de soldats et d'armes, Ngabo fit enlever les fortifications, refusa d'engager des guerriers Khampa et d'installer deux postes de téléphonie sans fil, étant d'avis qu'il valait mieux négocier Bhuchung D. Sonam, Ngabo — Yes Tibetan, No Patriot, Phayul.com, 26 décembre 2009. À ses yeux, toute résistance contre les communistes chinois était futile. Ceux-ci avaient vaincu une armée nationaliste pourtant forte de 8 millions d'hommes et soutenue par l'Amérique. De plus, les Tibétains n'avaient ni les armes, ni l'entraînementJasper Becker, : .
Ngabo affirme avoir eu le soutien de Lhassa pour ouvrir des négociations avec les ChinoisJasper Becker, : .. Selon l'opérateur radio britannique Robert W. Ford, Ngabo avait demandé à Lhassa l'autorisation de se rendre, celle-ci lui avait été refuséeRobert Ford, Tibet rouge : capturé par l'armée chinoise au Kham, Olizane, 1999, p. 147 ..
Le , le général chinois Zhang Guohua, à la tête de , franchit le Drichu. Apprenant la nouvelle avec plusieurs jours de retard, Ngapo fait envoyer par Ford un message à Lhassa : aucune réponse. Même chose le lendemain et le surlendemain. Enfin, le , une réponse lui parvient : étant au picnic annuel du Kashag, des festivités qui durent plusieurs jours, les ministres ne pourront répondre qu'une fois celles-ci terminées ! Quelques jours plus tard, averti que l'APL marche sur Chamdo, Ngapo demande à Lhassa s'il doit se rendre ou s'enfuir. Réponse : s'enfuir. Ngapo et ses subordonnés font leurs valises le soir même et s'enfuient avant l'aube, laissant Ford derrière euxSam Van Schaik, , p. 211..
Il n'y eut guère de bataille. Ainsi que l'avait affirmé Ngabo avant son départ pour Chamdo, « les troupes tibétaines » furent « incapables de faire front à l'APL qui [...] avait libéré l'ensemble du pays en triomphant de millions de militaires du Kuomingtang »Puncog Zhaxi, La libération pacifique du Tibet comme je l'ai vécue, in Jianguo Li (ed.), Cent ans de témoignages sur le Tibet : reportages de témoins de l'histoire du Tibet, 2005, 196 p., pp. 72–82, en part. p. 72.. Nombre de soldats tibétains passèrent dans le camp de l'APL, ce qui facilita la prise de ChamdoGary Wilson, : . Ken Herold, Tibet and the United States of America : An Annotated Chronology of Relations Since 1900, Internet Edition, 2008 : .. Des familles s'enfuirent. Selon Patrick French, Ngabo, « qui avait perdu tout sang froid voulut aussi s'enfuir »Patrick French, Tibet, Tibet, une histoire personnelle d'un pays perdu, traduit de l'anglais par William Oliver Desmond, Albin Michel, 2005, p. 197., il décida de quitter la région à la tête de ses troupes après avoir détruit l'arsenal. L'armée populaire de libération cerna les TibétainsKim Yeshi, Tibet. Histoire d'une tragédie, Édition La Martinière, février 2009, , p. 69..
Arrestation par l'armée populaire de libération thumb|Robert W. Ford, lors de son arrestation par des soldats de l'armée populaire de libération le 19 octobre 1950 Capturé avec Robert Ford, qui avait rattrapé les fuyards, Ngabo Ngawang Jigmé Samten G. Karmay, Authenticating Tibet: Answers to China's 100 Questions, ed. Anne-Marie Blondeau, Katia Buffetrille, p. 58Robert Ford, , p. 154, se rendit aux Chinois, le Sumit Ganguly, The Kashmir Question: Retrospect and Prospect, p. 156, dans le monastère où il s'était réfugiéSam Van Schaik, , p. 212..
Selon Gary Wilson, il fut surpris d'être bien traité. Convaincu par les explications de l'ennemi sur la politique de la Chine à l'égard des minorités, il changea de camp Gary Wilson, : . Pour Laurent Deshayes et Claude Arpi, Ngabo Ngawang Jigme a été « rééduqué » ou endoctriné dans les prisons chinoises après la capitulation de Chamdo. À la suite de quoi, il fut promu vice-président du nouveau comité de libération du secteur et intervint auprès de Lhassa pour engager une négociation, affirmant que les Chinois poursuivaient comme objectif de « rendre service au peuple tibétain »Laurent Deshayes, Histoire du Tibet, 1997, Fayard, pp. 323 et 325. Claude Arpi, Born in Sin: The Panchsheel Agreement, 2004, , p. 34 : : .
Pour le gouvernement tibétain en exil, il était un prisonnier de guerre quand il quitta Chamdo pour participer aux discussions à Pékin Department of Information and International Relations, ‘Agreement on Measures for the Peaceful Liberation of Tibet’ or the ‘17-Point Agreement’ Context and Consequences, Dharamsala - 2001 : .
En moins d'un an, il se retrouva commandant en chef adjoint des forces de l'APL au Tibet. Il devait devenir non seulement l'un des dirigeants du Tibet mais aussi du parti communiste chinois au Tibet, selon Gary WilsonGary Wilson, : ..
Chef de la délégation tibétaine aux négociations de paix de Pékin (1951)
Nommé à la tête de la délégation tibétaine aux négociations de paix à Pékin en 1951Sam Van Schaik, Tibet. A History, 2011, p. 214 : Ngapoi recalls the founding of the TAR, www.chinaview.cn, 2005-08-30 : , Ngabo Ngawang Jigmé conclut avec le gouvernement communiste chinois l'Accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet - The Demise of the Lamaist State: 1912-1951, University of California Press, 1989, p. 813..
La question des pleins pouvoirs
L'Autrichien Heinrich Harrer rapporte dans son livre de mémoires que cette délégation avait les pleins pouvoirs pour négocier Heinrich Harrer, Seven Years in Tibet, with a new epilogue by the author. Translated from the German by Richard Graves. With an introduction by Peter Fleming, First Tarcher/Putnam Hardcover Edition, 1997 : ..
Selon Sambo Rimshi, un des négociateurs tibétains Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet - The Calm before the Storm: 1951-1959, University of California Press, 2007, p. 87, pp. 96, note 32., la délégation tibétaine se rendit à Pékin munie de l'autorisation et des consignes du dalaï-lama, dont la recommandation suivante : « Voici dix points. Je suis convaincu que vous ne ferez rien de mal, vous devez donc y aller et obtenir tout ce que vous pourrez » Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet - The Demise of the Lamaist State: 1912-1951, University of California Press, 1989, pp. 758-759.Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet - The Calm before the Storm: 1951-1959, op. cit., p. 87, pp. 95-98..
En 1990, le dalaï-lama a affirmé que les délégués et Ngapo n'avaient pas les pouvoirs plénipotentiaires, et que ce dernier n'était pas habilité à signer en son nomTenzin Gyatso, Au loin la liberté, Fayard 1990, Livre de poche 1993, pp. 203-204 ..
Le tibétologue Laurent Deshayes affirme que les « délégués de Lhassa n'avaient aucun pouvoir de décision et devaient continuellement informer leur gouvernement de l'évolution des débats ».
Pour Vijay Kranti, auteur d'une série de 2 articles publiés sur le site phayul.com, Ngabo s’est pratiquement nommé lui-même chef de la délégation tibétaine et a signé le traité, bien qu’il n’ait pas eu l’autorité pour le faire Vijay Kranti, Loosing distinction between a ‘traitor’ and patriots, sur le site phayul.com, 30 décembre 2009 et Ngabo : 'Traitor' or a 'Patriot' - Part-2, 28 janvier 2010..