L’ido est une langue construite dérivée de l'espéranto ( signifie « fils/fille, descendant » en espéranto, on utilise aussi le terme d'« espérantide »), proposée en 1907 par une commission à l'initiative du Français Léopold Leau. Elle est également inspirée de l'Idiom Neutral.
L'élaboration de la langue dura plusieurs années et ce n'est qu'en 1912 qu'elle arriva à maturité. Par la suite, la langue ne subit que des modifications mineures. L'élan des premières années fut brutalement interrompu par la Première Guerre mondiale. Une nouvelle impulsion fut donnée au début des années 1920 puis au début des années 1930.
Historique
L’ido fut créé au début du . De nombreux projets de langues construites précédèrent la création de l'ido. Parmi les précurseurs dans ce domaine, citons Galien, Blaise Pascal, René Descartes, Gottfried Wilhelm Leibniz, mais surtout Johann Martin Schleyer, inventeur du volapük et Louis-Lazare Zamenhof, père de l'espéranto. Il y eut également de nombreux projets qui firent suite à la création de l'ido tels que l'italico, le latin-ido, le weltdeutsch...
La Délégation pour l'adoption d'une langue auxiliaire internationale Au début du , le besoin d'une langue internationale était ressenti par de nombreuses personnalités, notamment parmi les scientifiques et les philosophes. Cette période correspond aussi à une floraison de nouveaux projets de langue internationale. À l'initiative du mathématicien français Léopold Leau, se mit en place à partir du une Délégation pour l'adoption d'une langue auxiliaire internationale, qui reçut le soutien de nombreux savants. En 1906, la Délégation avait reçu le soutien de plus de membres d'académies et d'universités de différents pays et de plus de 300 sociétés savantes.
En , la délégation soumit la question à l'Association internationale des Académies à Vienne, laquelle se déclara incompétente par 12 voix contre 8 et une abstention. En conséquence, la délégation forma un comité de travail dont les membres furent élus par 242 voix sur un total de 253. Ce Comité comprenait des scientifiques de renom tels que les linguistes Jespersen, Schuchardt et Baudouin de Courtenay ou encore le chimiste Ostwald. Par cooptation, d'autres personnalités furent admises, comme le mathématicien italien Peano. Léopold Leau et Louis Couturat furent les secrétaires du comité.
Le comité se réunit au Collège de France à Paris durant le mois d' et examina de nombreux projets de langue internationale, présentés la plupart du temps par leurs auteurs. Il parvint rapidement à la conclusion qu'il n'existait que deux projets de langue internationale dignes d'intérêt. Le premier était l'espéranto, inchangé depuis son apparition en 1887 ; le second était l'Idiom Neutral, développé par l'ancienne Académie du Volapük. La délégation décida finalement de choisir l'espéranto, mais en y appliquant des réformes définies par le projet connu sous le nom d'«ido».
Ce projet, dont l'auteur était anonyme au moment de sa présentation, était une sorte de synthèse entre l'espéranto et l'idiom neutral. Ainsi que le rapporte le linguiste danois Otto Jespersen, membre du comité de la délégation :
Il est peu probable que Wilhelm Ostwald fût satisfait de l'ido, car il se retira de la présidence de la commission et créa en 1916 sa propre langue construite, le Weltdeutsch. Le , dans le quotidien Vossische Zeitung, il s’expliqua sur la nécessité de créer une nouvelle langue internationale pour remplacer l'ido .
Une paternité controversée
La paternité du projet « ido » est controversée. Cependant, le témoignage d'Otto Jespersen, membre du comité de travail, puis de la commission permanente, établit clairement qu'il s'agissait de Louis de Beaufront. Le philosophe français Louis Couturat connaissait probablement l'identité de l'auteur du projet. Comme le projet ido reprenait bon nombre de ses thèses sur la dérivation, l'idée se répandit qu'il en était l'auteur..
Selon Otto Jespersen, le projet ido fut présenté à l'assemblée lors de sa dernière séance par Couturat à la place de l'auteur. Personne, parmi les membres du comité, ne savait quoi que ce fût au sujet de l'auteur, si ce n'est que ce n'était ni Couturat, ni Leau, ni aucun autre membre du comité.
Beaufront et les relations avec le monde de l'espéranto La relation entre Beaufront et l'espéranto est complexe :
Beaufront, favorable à l'espéranto Reconnu comme le représentant de Zamenhof, Beaufront fut l'un des pionniers de l'espéranto en France. Il déclara :
L'affaire Hachette En 1901, Zamenhof s’était fait représenter par Beaufront auprès des éditions Hachette pour publier des ouvrages d’espéranto. Cependant, la rancœur le gagna lorsque Carlo Bourlet et Théophile Cart avertirent Zamenhof du caractère excessif des pouvoirs qu’il avait accordés à Beaufront et Hachette.
Zamenhof se serait trouvé définitivement lié à Hachette tandis que Beaufront, de concert avec l’éditeur, aurait disposé d’un droit de regard absolu sur tous les ouvrages en espéranto ou concernant cette langue, quels qu'en soient les auteurs. En faisant capoter cette affaire, Cart et Bourlet évincèrent Beaufront de son rôle de premier plan et évitèrent ainsi que l’édition en espéranto ne devienne un monopole de Hachette.
Beaufront et le monde de l'ido Beaufront est considéré comme un traître par les espérantophones dans la mesure où il était censé représenter l'espéranto et où il présenta l'ido le dernier jour, « à la sauvette ».
Jespersen devint président de l’Académie de l'ido et, dans la revue Progreso, participa activement aux discussions qui visaient une amélioration constante de la langue. Toutefois, après quelques années, son activité cessa subitement, en partie parce qu’il était mécontent de la manière dont Couturat et les autres voulaient faire évoluer l’ido, mais surtout parce qu’il suspectait que Couturat exploitait de façon éhontée son autorité et ne le considérait que comme une marionnetteInterlingvistiko kaj Esperantologio, Dr W. Manders. p. 22. NL-Purmerend.¬:J. Muuses. 1950..
Élaboration Le comité de la délégation décida de nommer, le , une commission permanente chargée Extrait des procès-verbaux officiels du Comité de la Délégation.. Les membres de cette commission furent Louis Couturat, Wilhelm Ostwald, Otto Jespersen, Baudouin de Courtenay et Léopold Leau. Louis de Beaufront fut ultérieurement coopté .
Une Union des amis de la langue internationale () comprenant une Académie et un comité directeur fut fondée et une revue mensuelle, , fut lancée en 1908 pour publier les discussions linguistiques et les décisions de l'Académie de l'ido. Ce sont les travaux de la commission permanente qui développèrent la langue, laquelle prit le nom d'« ido » après que Zamenhof eut refusé toutes les dénominations utilisant le mot « espéranto ».
Pour l'essentiel, l'élaboration de la langue fut achevée en 1910 avec la publication des premiers manuels et dictionnaires d'ido , comme l'atteste une déclaration de la commission signée par tous ses membresCouturat Louis et De Beaufront Louis, Dictionnaire français-ido, Paris, 1915.. Sa mission achevée, la délégation s'est dissoute régulièrement le après avoir fondé l.
Les principales modifications apportées à l'espéranto dans l'élaboration de l'ido sont les suivantes (telles qu'elles ont été énoncées par le Comité de la Délégation) :
Suppression des lettres accentuées, permettant d'imprimer partout des textes dans cette langue, conservant l'orthographe phonétique et rétablissant souvent l'orthographe internationale ; Suppression de quelques traits morphosyntaxiques (accusatif, accord de l'adjectif en nombre et en cas) ; Régularisation de la dérivation, seul moyen d'empêcher l'invasion des idiotismes et de fournir une base solide à l'élaboration du vocabulaire scientifique et technique, indispensable à la propagation de la langue internationale dans le monde savant ; Enrichissement du vocabulaire par l'adoption de racines nouvelles soigneusement choisies suivant le principe du maximum d'internationalitéCouturat Louis et De Beaufront Louis, Dictionnaire français-ido, Paris, 1915. et Dyer, , Londres, 1923..
Entre stabilité et changement Les « idistes » se trouvèrent vite confrontés à un grave dilemme : certes, la poursuite des travaux linguistiques améliorait la qualité de la langue mais, en même temps, elle entraînait des changements incessants qui rendaient difficile sa diffusion auprès du grand public.
Un débat opposa les partisans de la stabilité pour diffuser la langue et ceux qui souhaitaient d'abord achever le travail linguistique. C'est dans ce contexte que Louis Couturat défendit dans la revue Progreso une voie médiane :
Finalement, après plusieurs années de travail intense, une période de stabilité de dix ans fut décidée en 1914 afin de faire connaître la langue le plus largement possible.
Le coup d'arrêt de la Première Guerre mondiale C'est en pleine croissance que le mouvement idiste fut frappé de plein fouet par deux événements tragiques. Le , Louis Couturat mourut dans un accident de voiture, le jour même où l'Allemagne déclara la guerre à la France. La disparition du plus actif défenseur de l'ido, suivie du déchaînement des nationalismes et des destructions de la première guerre mondiale, porta un coup terrible à l'ido et à l'idée même de langue internationale. Le mouvement idiste ne survécut véritablement que dans les pays neutres, tels que la Suisse (avec notamment l'activité de Schneeberger, secrétaire de l'Uniono por la Linguo Internaciona Ido) et la Suède (avec Ahlberg, éditeur de la revue idiste Mondo)Cornioley Hans, 30 yari Ido, Progreso, juillet-septembre 1938. Juste Andreas, Rinasko, Progreso, 300, janvier-avril 1994.. La revue Progreso, dont Couturat était à la fois l'éditeur et le rédacteur en chef, cessa de paraître en 1914.
La renaissance des années 1920 Après la guerre, le mouvement idiste se reconstitue lentement. En 1918, le linguiste français Antoine Meillet, professeur au Collège de France, loue l'ido, et plus généralement l'idée de langue internationale, dans son livre Les Langues dans l'Europe nouvelle :
En 1920, Schneeberger, président de l'Académie de l'ido, annonce la reprise des travaux de l'AcadémieCornioley Hans, 30 yari Ido, Progreso, juillet-septembre 1938.. Louis de Beaufront publie en 1925 sa « Grammaire complète » (Kompleta Gramatiko Detaloza), qui demeure encore au début du une œuvre de référence sur la grammaire de l'ido. Plusieurs congrès idistes sont organisés : Vienne (1921), Dessau (1922), Kassel (1923), Luxembourg (1924), Turin (1925) et Prague (1926). Plusieurs revues idistes paraissentJuste Andreas, Rinasko, Progreso, 300, janvier-avril 1994..
La crise de 1927 En 1927, de sérieuses dissensions divisent le mouvement idiste. L'apparition en 1922 d'une autre langue auxiliaire, l'occidental, et le renouveau du dilemme entre stabilité et changement affaiblissent l'ido. De vifs débats opposent les conservateurs aux réformateurs. De son côté, Otto Jespersen, qui s'était détaché du mouvement idiste, publie en 1928 son propre projet linguistique, le novial. Jespersen explique les raisons de son éloignement de l'ido :
Le novial, qui reprend de nombreux traits de l'ido tout en éliminant les caractères les plus marquants de l'espéranto (tels que les finales -o des substantifs, -a des adjectifs ou encore la conjugaison en -is, -as, -os), attira un certain nombre d'idistes comme Ahlberg, dont la revue idiste Mondo se transforma en revue novialiste.
La réunification du mouvement idiste Le congrès idiste de Zurich de 1928 marque le début de la réunification du mouvement idiste. L'Uniono por la Linguo internaciona Ido est réactivé et un bulletin officiel est édité. La revue Progreso reparaît à partir de 1931 et sans interruption jusqu'à aujourd'hui. Le secrétaire et rédacteur Matejka déclare à ce propos :