Lhistoire du département de la Charente-Maritime, en tant qu'entité administrative, commence le par un décret de l'Assemblée constituante. Ce dernier n'entre cependant en vigueur que quelques mois plus tard, le . Fondé sur des considérations géographiques le département est alors nommé « Charente-Inférieure », appellation conservée jusqu'en 1941, date à laquelle il prendra le nom de « Charente-Maritime », dénomination soulignant sa situation sur le littoral atlantique.
Le département comprend d'une part la majeure partie de l'ancienne province de la Saintonge (amputée du Cognaçais et du Barbezilien, lesquels sont rattachés au département de la Charente, et du duché-pairie de Frontenay-Rohan-Rohan, rattaché au département des Deux-Sèvres), et d'autre part la quasi-totalité de l'ancienne province de l'Aunis, et le Pays d'Aulnay, détaché de l'ancienne province du Poitou.
De nombreux sites attestent un peuplement très ancien du territoire charentais-maritime, où des hommes ont vécu dès le paléolithique. Le peuple celte des Santons s'installe dans la région, peut-être au cours de la période du second âge du Fer (dit période de La Tène), développant artisanat et commerce. La romanisation consécutive à la Guerre des Gaules est rapide et permet notamment le développement de Mediolanum Santonum (Saintes), promue capitale de l'Aquitaine augustéenne. La Saintonge mérovingienne puis carolingienne est un comté appartenant à une Aquitaine organisée tantôt en royaume, tantôt en duché, aux frontières variables. L'effondrement du pouvoir carolingien marque le début d'une période d'instabilité, au cours de laquelle le pays d'Aunis se dote d'une identité propre.
Au , Aliénor d'Aquitaine, par son remariage, fait entrer la région dans l'Empire Plantagenêt. En dépit de révoltes seigneuriales ponctuelles, la région s'enrichit, notamment par son commerce avec les ports anglais. La guerre de Cent Ans cause de nombreux ravages, et se solde par la prise de Montguyon par les Français en 1451. Le est quant à lui marqué par les progrès de la Réforme en Aunis et Saintonge, et les combats fratricides des Guerres de Religion.
La Révolution est l'occasion de grands espoirs, mais prend une tournure dramatique avec l'épisode des pontons de Rochefort, tandis que le département nouvellement créé apparaît comme pris en étau entre l'insurrection vendéenne et l'insurrection girondine. Le est marqué par un retour à l'ordre et, à partir du Second Empire, par une période de prospérité économique reposant essentiellement sur la production de cognac, qui s'effondre avec la crise du phylloxéra.
La Seconde Guerre mondiale apparaît comme le tournant majeur du . À la fin du conflit, les Allemands s'enferment dans des « poches » de résistance centrées autour de La Rochelle et Royan. Cette dernière ville est rasée en 1945, quelques mois avant la signature de l'armistice du 8 mai 1945.
La seconde moitié du est caractérisée par un développement du tourisme, du tertiaire supérieur et des nouvelles technologies, mais aussi par la persistance d'une crise agricole et rurale dans certaines parties du département. Cependant, la Charente-Maritime aborde le dans la modernité disposant d'atouts importants, malgré des troubles climatiques de grande ampleur.
Préhistoire Paléolithique
Les premières traces d'occupation humaine de l'actuelle Charente-Maritime remontent au paléolithique inférieur (Acheuléen). En témoignent les nombreux bifaces collectés dans les environs de Gémozac. Également ceux retrouvés dans la région de Pons, en bord de Seugne et de Soute). Une industrie lithique de type acheuléen a aussi été découverte dans les environs de Saint-Genis-de-Saintonge, au lieu-dit Les Thibauderies.
Le Paléolithique moyen est caractérisé par le développement des civilisations moustériennes. Leurs productions ont été mises au jour en plusieurs endroits du département, notamment dans la vallée de la Charente (grotte du Gros-Roc au Douhet, stations de Port-d'Envaux, du lycée de Pons et de Saint-Sever-de-Saintonge). À Saint-Porchaire, les grottes bordant le vallon du Bruant ont sans doute été occupées dès cette époque, comme semble l'attester une collection de silex taillés découverts dans la grotte de La Baraude au Exposés au musée de Saint-Porchaire..
En 1979, la découverte du squelette d'une néandertalienne au site de la Roche à Pierrot à Saint-Césaire, a permis de démontrer que les derniers hommes de Néandertal ont été, vers ans AP), les contemporains des hommes de Cro-Magnon.. Un centre d'interprétation de la préhistoire (Paléosite) a été inauguré en 2005 à côté du site.
À Saint-Porchaire, des fouilles dans les grottes du Bouil-Bleu et du Triangle mirent au jour trois pierres gravées datées des périodes aurignaciennes et magdaléniennes. La plus ancienne des trois, découverte en 1924, représente un troupeau de mammouths ; elle serait la plus ancienne gravure préhistorique retrouvée à ce jour dans la région..
À Saint-Germain-du-Seudre et à Bois, des sites de surface ont permis de récolter des pointes de silex en feuille de laurier ou en feuille de saule de la période solutréenne..
Révolution néolithique
La « révolution » néolithique atteint les régions charentaises aux alentours du Les populations se sédentarisent et développent agriculture et élevage, mais aussi des activités artisanales comme la céramique et le tissage.
thumb|L'allée couverte de Pierre-Folle, à Montguyon.
Le Néolithique moyen marque le début de la culture chasséenne. Cette période voit l'apparition des premiers monuments mégalithiques (dolmens, allées couvertes, menhirs). Les dolmens étaient à l'origine recouverts d'un tumulus, le plus souvent disparu de nos jours. Beaucoup de ces monuments ont souffert des outrages du temps (ou des hommes) ; il en subsiste quelques exemplaires remarquables à La Vallée (dolmen de la Pierre-Levée de La Roche), à Montguyon (allée couverte de Pierre-Folle), à La Jarne (dolmen de la Pierre-Levée), à Antezant-la-Chapelle (dolmen de la Grosse-Pierre), à Benon (tumulus de champ Châlons), à Chaillevette (pierre de Beauregard, reste du dolmen de la Grosse Borne), à Saint-Pierre-d'Oléron (« Cuillère de Gargantua »). Dans l'est du département, sur le territoire de la commune de Chives, se trouve le plus important menhir de Charente-Maritime (menhir de Viviers-Jusseau)..
Aux et millénaires se développent les civilisations des Matignons (Île d'Oléron, Soubise, Barzan, Semussac) et de Peu-Richard. (Thénac, Saint-Hippolyte, Barzan, Berneuil). Les populations se regroupent alors, dans des camps fortifiés circulaires, dotés de fossés et d'entrées en chicane, ceints à l'origine, de palissades et de murs de pierre sèche. Au début du , la civilisation de Peu-Richard laisse la place à la civilisation d'Artenac, laquelle introduit la métallurgie du cuivre dans la région.
Antiquité
Le temps des Santons de l'indépendance
Dès l'âge du bronze, les habitants de la Saintonge entretiennent des relations à longue distance avec les populations de l'arc atlantique, des îles Britanniques à la péninsule Ibérique, dont témoignent par exemple les objets de bronze du dépôt découvert à Meschers.. Au cours du premier âge du Fer, une tombe de Courcoury témoigne de rapports avec le monde méditerranéen, avec un bassin en bronze étrusque et une coupe grecque..
Pendant la période de la Tène (second âge du Fer), les Santons, dont la date d'installation est discutée, s’organisent politiquement autour de l'oppidum de Pons. Lieu qui devient l'oppidum capitale des Santons de l'indépendance« Le site de Pons, reconnu par L. Lassarade, était peut-être l'oppidum des Santons de l'indépendance », Jean Glénisson, Aunis, Saintonge, Christine Bonneton Éditeur, 1987, 16. Ceci ferait d'ailleurs de Pons une des plus vieilles villes de Charente-Maritime. Place commerciale et artisanale, Pons est aussi un centre stratégique, aux dimensions d'un gros village fortifié.. En effet, les Santons contribuent à développer la civilisation des oppida, dont Pons est un illustre exemple.
thumb|upright|Géographie probable du pays santon pendant la domination romaine.
Pendant les siècles d’indépendance celte, les Santons connaissent une civilisation essentiellement rurale, hiérarchisée et dominée par une aristocratie foncière.. Cette société rurale est formée par de petites communautés villageoises vivant en autarcie et rassemblant des paysans, artisans, commerçants, et pêcheurs. Près des villages et de l'oppidum de Pons, des nécropoles à enclos funéraires sont établies..
Le long du littoral charentais, alors parsemé d'innombrables petites îles et troué de larges golfes peu profonds, les Santons développent la production du sel marin dans de très nombreux sites d'extraction. Celle-ci demeure toutefois, à un stade semi-artisanal et fort archaïque. Sur l'estuaire de la Gironde qui prolonge la Garonne — axe privilégié pour le trafic commercial par voie fluviale avec les Romains — les Santons, habiles commerçants, établissent un emporium actif à Novioregum, dont les vestiges sont en cours d'exhumation dans la commune de Barzan. Par ce port estuarien, ils établissent des échanges fructueux avec la civilisation romaine qui, dans le dernier quart de siècle , ne tarde pas à s'intéresser de près à cette région encore marginale et présentant certaines richesses.
Haut Empire romain et période gallo-romaine
thumb|left|L'arc de Germanicus à Saintes. Au , le projet des Helvètes de s'installer dans la région inquiète certains peuples gaulois, en premier lieu les Séquanes et les Éduens. Ces derniers lancent un appel à leur allié romain. En sa qualité de proconsul des Gaules cisalpine et transalpine, Jules César intervient pour stopper cette migration. Les Helvètes sont défaits par les légions romaines à Bibracte en 58 . Prenant conscience des dissensions entre peuples gaulois à la suite de cet épisode, Jules César y voit une occasion pour sa carrière politique. Ainsi débute la guerre des Gaules, qui dure de 58 à 51 Pierre Grimal, L'Empire romain, éditions du Fallois, 1993, 29 et 30.. L'attitude des Santons durant cette série de campagnes est ambiguë ou partagée : si l’on retrouve la flotte santonne aux côtés des Romains lors de la campagne contre les Vénètes en 56 , un contingent de guerriers santons et pictons combat à Gergovie en 52 Vercingetorix demande un renfort de pour l'armée de secours lors du siège d'Alésia..
thumb|L'amphithéâtre de Saintes.
Après la conquête, le territoire gaulois est réorganisé en profondeur. Les Santons perdent le contrôle d'une partie de leur territoire au profit des Bituriges Vivisques. Sous le principat d'Auguste, cette perte est compensée par la création de la province d'Aquitaine« Lorsque la politique d'Auguste, rompant les vieilles associations gauloises, donna au pays une nouvelle division, les Santons passèrent de la Celtique dans l'Aquitaine », extrait de Léopold Delayant, Histoire du département de la Charente-Inférieure, H. Petit, libraire-éditeur, La Rochelle, 1872, 34., qui va de la Loire aux Pyrénées et de l'Atlantique aux contreforts auvergnats. Mediolanum Santonum, l'actuelle ville de Saintes, devient la première capitale de ce vaste ensemble, ainsi que le chef-lieu de la civitas et du pagus santonum. L'agglomération, reliée par la Via Agrippa à la capitale des Gaules, Lugdunum (Lyon), se pare de nombreux monuments sous le règne des Julio-Claudiens, des Flaviens et des Antonins. Datent de cette époque : l'amphithéâtre, l'arc votif, les basiliques, forums, thermes et aqueducs.
left|thumb|Fanal d'Ébéon.