Philippe-Charles Schmerling est un médecin et anthropologue, à la fois paléontologue et préhistorien belge né à Delft le Liliane Henderickx dans « Philippe Charles Schmerling (1790-1836) révèle l'antiquité de l'homme grâce aux dépôts antédiluviens des grottes liégeoises » (Revue d'archéologie et de paléontologie, 10, Centre d'archéologie et de paléontologie, Plainevaux, 1991, 24-66) corrige, grâce à l'extrait de naissance, l'erreur de Charles Morren qui a donné la date du 24 février 1791 dans sa « Notice sur la vie et les travaux de Philippe-Charles Schmerling » ; en 5, il y expliquait que lors du discours qu’il prononça à l’enterrement de Schmerling, il cita la date de 1790, ce qui fut repris par plusieurs journaux, mais qu’il eut ensuite connaissance de la date du 24 février 1791 par le médecin personnel de Schmerling qui se trompait donc. et mort à Liège le .

Universitaire et membre assidu de sociétés savantes, il fut le premier anthropologue à découvrir et identifier des ossements humains comme étant les restes d'une espèce d'hommes préhistoriques disparue. Dans ses Recherches sur les ossements fossiles découverts dans les cavernes de la province de Liège, écrit paru en 1833, il affirme l'existence de l'Homme au Quaternaire ancien. Ce fait reçu et admis par diverses sociétés savantes de province, bien souvent isolées, n'a été admis par la communauté paléontologique et préhistorique internationale qu'à partir de 1856 sous l'impulsion des géologues anglo-saxons, après la découverte du fossile éponyme de l'homme de Néandertal et surtout la lente reconnaissance de l'imparable preuve stratigraphique de la vie humaine préhistorique apporté par le douanier Jacques Boucher de Perthes en 1844.

Il n'est par ordre chronologique que le second chercheur à avoir découvert des restes d'un homme reconnu ensuite comme fossile. Le premier homme fossile découvert, l'Homo sapiens dénommé dame rouge de Paviland l'avait été au Pays de Galles en 1823.

Ses recherches ont été fondamentales en paléontologie, paléoanthropologie, paléopathologie et géologie.

Biographie thumb|350px|Le vallon des grottes Schmerling aux Awirs en Belgique, lieu des premières découvertes de paléoanthropologie en 1829 thumb|alt= Dans le haut de la gravure est représenté le crâne Engis I de profil et de face ; Dans le bas, de gauche à droite, une incisive supérieure humaine de très grande taille, un fragment d’une mâchoire supérieure humaine, les os maxillaires d'un individu jeune (Engis 2) et un fragment d’une mâchoire inférieure humaine.|Planche I de Recherches sur les ossemens fossiles. La figure 5 représente les os maxillaires d'un individu jeune, donc de Engis 2. Les autres, notamment la boîte crânienne, sont des vestiges Homo sapiens, Engis 1; voir également illustration ci-dessous, qui est une photo contemporaine de la boite crânienne, les autres restes étant figurés par leur contour. Philipus Carel, plus tard Philippe Charles, Schmerling est le fils de Jan Carel Schmerling (1753-1832), un commerçant de Delft, natif de Bois-le-Duc ('s-Hertogenbosch, Brabant-Septentrional) et de Lucia van Koijck (1747-1820), native de Dordrecht.

Il fait ses études à Delft et Leyde puis chez le qui possède à La Haye un cabinet de pièces anatomiques. Nommé officier de santé en 1812, Schmerling entre dans la nouvelle armée des Pays-Bas l’année suivante et reste en garnison à Venlo jusqu’en 1816, puis exerce dans le civil comme chirurgien et accoucheur, et épouse le la fille d’un lieutenant-colonel, Sara, Henriette, Élisabeth (de)Son épouse est fréquemment nommée « de Douglas » mais Liliane Hendrickx, dans « Philippe Charles Schmerling (1790-1836) révèle l'antiquité de l'homme grâce aux dépôts antédiluviens des grottes liégeoises », Revue d'archéologie et de paléontologie, 10, Centre d'archéologie et de paléontologie, Plainevaux, 1991, 24-66, donne le texte de l'acte de mariage où le nom de la jeune femme est « Sara Henriette Elisabeth Douglas ». Douglas qui va lui donner deux filles en 1823 et 1825.

En 1822Liliane Henderickx, « Philippe Charles Schmerling (1790-1836) révèle l'antiquité de l'homme grâce aux dépôts antédiluviens des grottes liégeoises », Revue d'archéologie et de paléontologie , 10, Centre d'archéologie et de paléontologie, Plainevaux, 1991, 24-66., le couple s’établit à Liège où Schmerling reprend des études ; il devient docteur en médecine le ou le Charles Morren, « Notice sur la vie et les travaux de Philippe-Charles Schmerling », in Annuaire de l’Académie royale de Belgique, Bruxelles, 4, 1838, 130-150. (Google Books) en présentant la thèse et va pratiquer jusqu’à sa mort, dispensant souvent des soins gratuits pour les personnes démunies.

En 1827, Schmerling s’installe avec sa famille dans une vaste maison contiguë à l’église des Augustins, boulevard d'Avroy ; il va y demeurer jusqu’à la fin de sa vie.

En 1829, il se rend dans la région de Flémalle, dans la vallée de la Meuse, entre Liège et Huy pour soigner un malade. Il y remarque un groupe d'enfants qui jouent avec des ossements qui l’interpellent, selon Charles Morren et la légende. Il s’agit en fait d’os trouvés par des ouvriers déblayant un flanc de rocher et dont ils pensent qu’ils proviennent de chevaux enterrés làPhilippe Charles Schmerling, Recherches sur les ossemens fossiles découverts dans les cavernes de la province de Liège, I, P.-J. Collardin, Liège, 1833, 213 p., 24 et 126.. Il les identifie comme étant fossiles et en recherche davantage dans une soixantaine de grottes calcaires des provinces de Liège et du Luxembourg pendant les années suivantes, tout en prenant des leçons auprès de l’anatomiste Vincent Fohmann, en consultant les ouvrages des scientifiques, et en consacrant à ses travaux des sommes importantes (estimées à 20 ou francs de l’époque).

Il explore notamment les grottes de Engis, Engihoul, Fond de Forêt (lieu-dit à Trooz, à une dizaine de kilomètres de Liège) et Goffontaine qu’il décrit longuement dans son œuvre principale Recherches sur les ossemens fossiles découverts dans les cavernes de la province de Liège publiée en 1833 avec de très nombreuses planches illustratives.

Il est chargé du cours de zoologie à l'université de Liège en 1834 ; le de la même année, il est nommé membre correspondant de l’Académie royale des sciences de Bruxelles. Déjà membre de la Société géologique de France, il devient l'un des membres fondateurs de la Société des sciences de Liège en 1835.

Il souffre de la poitrine et du cœur ; il s’épuise à mener de front son métier, ses explorations, ses écrits qu’il rédige de 9 heures du soir à 9 heures du matin. Il participe au congrès scientifique de Liège avec une communication sur ses recherches des polypiers fossiles de Maestricht, au tout début , puis se rend à Strasbourg voir ses deux filles et en revient plus malade. Il expire dans son sommeil, le , juste après avoir encore rédigé des notes sur des fémurs trouvés.

Schmerling est enterré dans un cimetière public en présence de nombreuses personnalités, d'amis et d'étudiants qui assistent au discours prononcé par Ch. Morren, mais on ne sait exactement où.

Madame Schmerling étant en état d'aliénation depuis très longtemps, les scellés sont posés et un conseil de famille est réuni pour désigner un tuteur pour les deux enfants.

Le règlement de la succession donne l’évaluation de la collection d’ossements fossiles, par Charles Davreux, à quelque francsLiliane Henderickx, entrée « Schmerling Philippe-Charles », dans Nouvelle biographie nationale, III, Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, Bruxelles, et Mardaga, Liège, 1994, 288-291.. Cette collection, acquise par l’État belge en 1848Selon Le Roy, 1869, col. 552 ss et 1133-1134, mais Liliane Hendrickx n'a pu retrouver aucun document d'archives, est conservée à l’université de Liège. En 1837, le conseil de famille avait pourtant décidé que la collection serait mise en vente, avec une forte publicité .

thumb|200px|Monument Philippe-Charles Schmerling situé aux Awirs, buste réalisé par Léon Mignon (1847-1898)

Un portrait de Schmerling, destiné à la notice de l’Annuaire de l’Académie, a été gravé par Éric Corr. En 1885, Léon Mignon a sculpté un buste en marbre de Schmerling pour l’Académie royale de Belgique ; une copie de l’exemplaire conservé au Laboratoire de Paléontologie animale de l’université de Liège a été placée aux Awirs, marquant le début de la Balade Schmerling qui relie cette commune à celle d’Engis et passe tout près de l’emplacement des grottes d’Engis. Celles-ci sont classées patrimoine immobilier exceptionnel de Wallonie, à titre de site à caractère exceptionnel à fossiles humains néandertaliens, depuis 1938, sous l’appellation grottes Schmerling.

Un découvreur pluridisciplinaire Les découvertes et recherches de Schmerling concernent et ont marqué différents secteurs scientifiques :

Paléontologie et paléoanthropologie thumb|alt=Le crâne se détache, bien éclairé, posé sur plan horizontal brun ou sont dessinés les contours de fragments osseux, du fond brun foncé de la photographie.|Engis 1, un des deux crânes découverts à Engis/Awirs par Schmerling - Collection du Grand Curtius Outre des os taillés en aiguille et perforés, des bois de cervidés également taillées et des silex taillés et polis à deux faces, Schmerling découvre de nombreux restes de mammifères depuis longtemps disparus de la région (rhinocéros, mammouths, ours) mais aussi des espèces nouvelles (qu’il nomme Ursus leodiensis - ours liégeois, Felis engiholiensis - lynx d’Engihoul et Cattus minuta) ; les restes humains trouvés dans le même contexte stratigraphique que ceux des espèces animales éteintes, avec un même degré de décomposition et de couleur, lui permettent d’affirmer l’existence d’un homme fossile contemporain de ces espèces disparues. Il s’oppose ainsi à l’opinion généralement professée par les scientifiques de son temps, dont Georges Cuvier, qui n’envisagent l’apparition de l’homme que telle qu'elle est décrite dans l’Ancien Testament. Schmerling affirme bien que l’homme et le mammouth se trouvent ensemble dans un même dépôt de terres, mais il fait des réserves sur le fait qu’ils aient habité dans ces grottes :

Schmerling découvre en particulier deux crânes humains, dits Engis 1 et Engis 2, dans les excavations qu’il atteint à partir du plateau des Fagnes d’Engis (classées patrimoine exceptionnel de Wallonie, au , sous l’appellation « grottes Schmerling »), et un autre dans une grotte proche de la grande caverne d’Engihoul qui fut appelée ensuite « Grotte Lyell ».

Ses découvertes et ses publications attirent l’attention des scientifiques. Charles Lyell lui rend visite (en 1833), William Buckland et Johann Jacob Nöggerath font de même. Il reçoit le soutien d’Alexander von Humboldt mais peine à convaincre de nombreux savants. Lyell, dans L’ancienneté de l’homme prouvée par la géologie et remarques sur les théories relatives à l’origine des espèces par variationCharles Lyell, L’Ancienneté de l’homme prouvée par la géologie et remarques sur les théories relatives à l’origine des espèces par variation, trad. M. Chaper, J.B. Baillière et fils, Paris, 1864, 70 à 72., en donne une explication. Il raconte que lors de sa visite à Schmerling en 1833, il a exprimé son mais que dès l’année suivante il a cité l’opinion de Schmerling dans ses Principes de Géologie (p. 161, 1834) Reconnaissant que Schmerling , il explique l’incrédulité : Après avoir ensuite décrit les conditions de travail de Schmerling, il ajoute : .