Le Charivari est un journal français et le premier quotidien illustré satirique du monde., qui parut de 1832 à 1926, puis à un rythme hebdomadaire jusqu'en 1937.

Fondé le par Charles Philipon comme un journal d'opposition républicaine à la monarchie de Juillet, le journal satirique à vocation distractive s'affirma au cours de son histoire tantôt radical, conservateur, républicain ou encore anti-clérical. Ses auteurs les plus notables furent notamment Taxile Delord ou encore Agénor Altaroche et ses caricaturistes les plus marquants furent entre autres Philipon, Gavarni, Nadar, Gustave Doré, Honoré Daumier, et Cham.

En baisse d'audience, le journal prend un virage très nettement à droite à partir de , avant de disparaître en , peu de temps après avoir été l'un des périodiques ayant participé à une campagne de calomnie contre le ministre Roger Salengro.

Historique thumb|left|Daumier caricature Louis-Philippe en poire (d'après Charles Philipon). Lancé le , sous le règne de Louis-Philippe, par le journaliste républicain Charles Philipon et l'éditeur Gabriel Aubert, il devient rapidement un moyen de communication de l’opposition, dans le même mouvement railleur que l’hebdomadaire La Caricature inauguré en par le même duo. Le quotidien illustré ridiculise avec entrain la monarchie de Juillet et la bourgeoisie et fut souvent condamné par les tribunaux.

Le lancement fut précédé par une série de prospectus imprimés à la fin du mois de , entre autres illustrés par des bois de Tony Johannot, et promet un « journal publiant chaque jour un nouveau dessin » sous la forme d'une lithographieLes Essentiels : Le Charivari, BNF, en ligne.. Louis Desnoyers est présenté comme rédacteur en chef, dont les bureaux sont situés au 16 rue du Croissant.

La loi sur la presse du 9 septembre 1835, faisant suite aux grèves et aux émeutes de 1833 et 1834, permet de condamner plusieurs journaux dont La Gazette, La Quotidienne, La Tribune, Le Réformateur et Le Charivari, qui est astreint à un cautionnement de francs et doit soumettre ses dessins à l’examen de la censure.

En , Armand Dutacq, directeur-fondateur du journal Le Siècle, rachète Le Charivari, mais Philipon reste aux commandes. Ces lois entraînent de lourdes peines d’emprisonnement et de fortes amendes pour les gérants des journaux, ainsi Aubert avait-il subi les conséquences de ces lois (échappant de peu à la prison), alors que la direction du journal revient à Agénor Altaroche, qui fait appel à Eugène Guinot, H. Lucas, Albéric Second, Alphonse Esquiros, Émile de La Bédollière, et les poètes Hegesippe Moreau et Louis-Agathe Berthaud. En 1838 de nouvelles modifications sont apportées à la direction du journal, Altaroche reste rédacteur en chef et s’adjoint comme collaborateurs Albert Cler, Taxile Delord, Clément Caraguel, Laurent-Jan, Félix Pyat, Philibert Audebrand et Moléri.

Sous le règne de Louis-Philippe Le Charivari subit vingt procès, en le gouvernement de François Guizot saisit plusieurs journaux, avec parmi eux Le Charivari, La Réforme et La Gazette. La Caricature, après noël 1843, fusionne avec Le Charivari.

alt=Carte de visite sur laquelle figure des portraits-caricatures de grands contributeurs du journal : journalistes et caricaturistes assis dans un auditorium.|vignette|Carte de visite du Charivari, le 2 janvier 1867 avec des portraits des contributeurs, par Paul Hadol.

Au début des années 1850, Arnauld de Vresse devient l'éditeur des albums commandés à Cham.

La loi du abroge le de l'article 32 du décret du , qui supprimait tout journal ayant eu dans un délai de deux ans deux condamnations ou contraventions, tandis que le sénatus-consulte du interdit toute remise en cause de la constitution impériale ainsi que la publication de pétitions ayant pour objet sa modification. En mai suivant, Le Charivari comme bien d'autres journaux est averti, subissant ainsi les sanctions du gouvernement, Napoléon III ne voulant entendre parler d'une possible liberté de la presse.

Le Charivari suspend sa publication, pour la première fois, durant une partie du siège de Paris. Honoré Daumier y publie sa dernière planche le .

Après 1909, et le départ de Henri Maigrot, les administrateurs de la Nouvelle Société de journaux humoristiques qui possède désormais le titre, dirigée par Édouard Rullier de Bettex (1877-1959), décident de changer radicalement la une du journal. Elle adopte une illustration pleine page et une titraille modernisée — la comparaison avec L'Assiette au beurre s'impose. Le sous-titre indiqué est « Illustré, satirique, politique, financier ». Il est alors qualifié de « doyen des journaux satiriques ».

Le titre disparaît momentanément fin , avant de renaître deux semaines plus tard sous la forme d'un hebdomadaire de 18 pages illustrées, animé par Jean Sennep qui n'y restera qu'une année. Le titre a été racheté par la Société française des périodiques illustrés, dirigée par des proches de l'Action française. Jusqu'en , les unes sont majoritairement illustrées par Ralph Soupault et BiBGuillaume Doizy, « Le Charivari de Sennep, Bib et Ralph Soupault (1926-1937) », Caricatures & Caricature, 20 novembre 2011..

En 1936, Le Charivari participe, au côté notamment de Gringoire, à la campagne de calomnies à l'encontre de Roger Salengro, alors ministre de l'Intérieur du Front populaire. Roger Salengro était accusé à tort d'avoir déserté en 1916 et la campagne calomnieuse menée à son encontre le fragilisa et le conduisit au suicide en . Par ailleurs, le journal accueille, jusqu'à sa disparition, de nombreux propos antisémites et s'acharne contre le Front populaire, offrant des unes virulentes à Ralph SoupaultLa Mayenne, 18 août 1936, — sur Retronews., attitude que dénonce entre autres André Wurmser.

Tirage, prix et ventes Durant les premières années, Le Charivari est un quotidien illustré de quatre pages vendu par abonnement uniquement, au prix de 6 francs par mois (Paris et Province), soit 20 centimes par numéro. Il était possible d'acheter le quotidien chez Aubert. Le , le prix marqué au numéro apparaît, s'établissant à 20 centimes pour 4 pages. Le , le prix au numéro passe à 25 centimes. En , devenu hebdomadaire, il est vendu 1 franc.

Tombé à 800 exemplaires quotidiens vendus en 1836, le journal se relève à plus de exemplaires l'année suivante. En 1846, le tirage moyen du Charivari est de , contre les du journal Le Siècle (vendu 15 centimes par numéro), et son nombre présumé d’abonnés en province est de , tandis que le Siècle en compte .

En , Le Charivari tire à , et en , il se place dans la majorité d’opposition aux côtés de l’Opinion nationale, de la Presse, de la Revue nationale et de le Siècle, avec exemplaires sur un total de pour l’opposition progressiste, alors que la presse officielle impérialiste tire à .

Son tirage, loin d’égaler celui du Siècle, ne dépasse pas les . En 1866, il est en effet de , le quotidien est donc mineur dans le paysage de la presse parisienne.

Propriétaires et direction vignette|Jean Théophile Gustave Lesestre (1815-1873), Les trois hommes d'État du Charivari (les trois rédacteurs-en-chef du Charivari dans les années 1830-1840 : Agénor Altaroche, Louis Desnoyers, Albert Cler), gravure, 1842, collection particulière. Gabriel Aubert et Charles Philipon (déc. 1832 à déc. 1836) Armand Dutacq (déc 1836 à juil. 1856) et Charles Philipon (jusqu'en 1862) Louis Huart (1860-1865) Pierre Véron (déc. 1865 - )Démission de Pierre Véron, L'Éclair, 2 avril 1899, — sur Retronews Henriot ( - 1909) Édouard Rullier, dit de Bettex (1909 - juil. 1926) - Nouvelle Société de journaux humoristiquesAnnales des établissements thermaux, cercles, casinos, eaux minérales : revue de jurisprudence, législation & statistique, décembre 1926, — sur Gallica. Sennep ( - été 1927)Le Ruy Blas, Paris, 15 juin 1926, — sur Retronews. Georges Larpent - Société française des périodiques illustrés (1926-1937)Les Annonces de la Seine, 14 avril 1930, — sur Gallica.

Contributeurs thumb|Clément Caraguel par Disdéri.

Plumes

Caricaturistes Bien dans l’optique originelle du journal, les caricaturistes ont la part belle puisqu'ils doivent produire quotidiennement des dessins traduits sur la pierre lithographique du moins pendant les cinquante premières années. Le titre du périodique est agrémenté, à partir du , d'une composition de Grandville, qui perdurera, comme marque de fabrique, jusqu'à la veille de la Première Guerre mondialeG. Solo, 2004, ..

Cham et Daumier sont qualifiés de « Michel-Ange de la caricature » par Théodore de Banville dans La Revue de Paris en ; néanmoins, la présence d’Amédée de Noé, fils du marquis de Noé, dit Cham, aristocrate paraissait insolite, au côté de Daumier dans ce journal très ancré à gauche de l'échiquier politique.

Ligne politique thumb|Page couverture du Charivari du annonçant le verdict d'un procès contre lui avec un calligramme en forme de poireBNF 2006 Plantu, « je ne dois pas dessiner Mahomet ».. Le Charivari apparaît à première vue comme un journal républicain dans la même veine que Le Siècle, donc un journal politique ; or de par sa présentation, largement illustrée et son ton léger, il s’apparente plus à la presse à vocation purement distractive. Les débuts du journal sont marqués par le raillant du fondateur Philippon qui s’estompe avec le changement entraîné par le rachat du journal par Dutacq. Le , Le Charivari s’engage dans une nouvelle voie d’attaque contre les révolutionnaires, les chefs de club, et tournant en dérision les excentricités de l’époque, dans un dessein « Conservateur, mais sincèrement libéral ».

L’élection de Louis-Napoléon Bonaparte met un frein, pendant un court moment, au mordant du journal, qui reparaît sous la rédaction nouvelle de Louis Huart, Delord, Caraguel et Arnaud Fremy ; le Second Empire marqua une période moins politique pour le journal, dans une veine plus distractive. À la fin du Second Empire, Le Charivari s’illustre dans ses positions anticléricales et républicaines, dirigé par Henry Haret, Leroy, Philibert Audebrand, Charles Bataille, avec comme principaux caricaturistes Cham, Daumier, Darjour, Paul Hadol et Valère Morland. Veron s’attaquera à Haussmann dans Le Charivari du , comparant son projet de translation des cimetières parisiens à une « expropriation de la mort », et le le journal publie une caricature de Stop représentant des ecclésiastiques armés de fouets menaçants afin de dénoncer les sévices perpétrés par les Frères de la Doctrine Chrétienne à Lyon.

Léon Bienvenu, journaliste au Charivari, définira le concile du Vatican comme une

Ainsi, la fin du Second Empire marque un tournant dans la ligne d’édition du Charivari qui délaisse la presse anodine et distrayante, pour une ligne plus politique marquée par la caricature de Daumier du qui représente la rentrée au pensionnat international, où la Paix attend les élèves et ne voit revenir que l’Allemand et l’Italien :

Postérité vignette|Fête du cinquantenaire du Charivari chez son directeur et rédacteur en chef, Pierre Véron (1883). Le journal britannique Punch subit son influence avec pour sous-titre, dès 1841, « The London Charivari ». D'autres pays voit l'apparition de « charivari » sous forme de journaux illustrés de caricatures comme l'Espagne, la Pologne, etc.

Pendant la guerre de 1870, certains journaux tels que Le Charivari, La Gazette de France, Le Mot d’ordre et La Mercuriale des Halles et Marchés cessent de paraître en raison de leur patriotisme. Et lors de la Commune de Paris, Le Charivari s’illustre dans le mouvement de réprobation du Comité central, ainsi l’ensemble de la presse condamne les élections que le Comité central organise et enjoint à ses lecteurs d'obéir aux décrets de l’Assemblée nationale.

Bien que le journal perdît lentement son audience, il survécut jusqu’en 1937. Il apporta à Jean Sennep sa renommée de caricaturiste.