vignette|Toits en lauze de l'église Saint-Jacques-le-Majeur de Brousse-le-Château. vignette|Couverture en lauzes épaisses () d'un chalet en construction situé en Haute-Maurienne.
La lauze (lause, ou encore lave en Bourgogne, Franche-Comté, Champagne-Ardenne) est une roche utilisée pour la couverture des toituresLes plus épaisses ont également été utilisées pour construire des escaliers volants, en porte-à-faux sur des murs en pierre sèche.. Les roches sédimentaires sont très utilisées dans le Sud-Ouest et le Centre de la France, et notamment le calcaire ou le grès, alors que les roches métamorphiques remportent la préférence des régions de montagne (Savoie, val de Suse, Tessin, Valais Central, Vallée d'Aoste, vallées surplombant la région de Coni pour ne citer que celles-ci). Cela est dû à la proximité des différents types de roches disponibles. Granite, calcschiste (dite de Bergame), orthogneiss (dite de Luserne) voire quartzite (dite de Norvège), ont la préférence dans les Alpes et autres massifs montagneuxles différentes lauzes utilisées pour la couverture en montagne.
La surface importante par rapport à l'épaisseur est obtenue généralement par clivage (pierre schisteuse) et utilisée principalement pour les toitures et les dallages.
Les lauzes sont extraites généralement de carrières dites « lauzières » (« lavières » en Bourgogne et Franche-Comté). La lauze a un débit centimétrique et est plus épaisse que l'ardoise au débit millimétrique. Certaines lauzes peuvent être faites de phonolite, notamment dans le Massif central, ou de pierre de Brando en Haute-Corse (pour le dallage et le pavage).
Étymologie Le terme est attesté en français pour la première fois en 1801 au sens de « pierre plate utilisée comme dalle ou tuile » (Stendhal, Journal, )CNRTL, lauze .
D'après le Littré (1867), le terme lause serait un emprunt à l'ancien provençalPar « ancien provençal », on entend l'ensemble des dialectes qui sont aujourd'hui connus sous le nom générique d'occitan. lauza, « dalle, pierre plate », issu du gaulois (celtique) *lausa (losange).
Pierre-Yves Lambert donne une origine également celtique au mot *lausā > lauze (tout comme au terme ardoise)Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, éditions Errance (1994), .. Il reprend en cela les études antérieures qui lui attribuent cette origine, cependant qu'Alain Rey remonte encore plus haut à une langue pré-celtiqueDictionnaire Le Robert..
En occitan, lausa désigne : 1/ une pierre plate pour couvrir (une lauze) ou pour daller (une dalle), 2/ une ardoise ; le diminutif est lauseta, l'augmentatif lausàs ; lausar, c'est : 1/ couvrir de lauses ou de dalles, 2/ couvrir d'ardoises ; lausaire est le couvreur ou l'ardoisier« Vocabulaire occitan-français de l'architecture rurale en pierre sèche » in L'architecture vernaculaire rurale, 1980 ; aussi L'architecture vernaculaire, tome 16, 1992 (réédition). ; lausejar, c'est « carreler ». En francoprovençal, on trouve loze pour « ardoise, lauze ».
Toponymie En toponymie, nombreux sont les lieux-dits du Sud de la France représentant le nom de la lausa, « la plaque de pierre », « la dalle », mais aussi « le terrain maigre et pierreux » : La Lauze à Belvédère dans les Alpes-Maritimes, La Lauze à Saint-Pons dans les Alpes-de-Haute-Provence, La Lauze Nègre et le Pas de la Lauze dans l'Hérault, etc. Jacques Astor note la forme marseillaise lava, de même sens que lausa, et le dérivé gascon lavàs, lavassa désignant la roche schisteuse, représentés par Le Pic de Labas-Blanc dans les Hautes-Pyrénées, et le nom de commune Labassère, dans le même départementJacques Astor, Dictionnaire des noms de familles et noms de lieux du Midi de la France, Éditions du Beffroi, 2002, rubrique LAUZE, ..
Répartition géographique et mise en œuvre France Inventaire du Patrimoine culturel immatériel
Le savoir-faire de la couverture d'un toit en lauzes est répertorié à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France. Pour autant, la fiche d'inventaire concerne un artisan en particulier, basé à Saint-Geniès en DordogneFiche d’inventaire de la « Lauzerie » au patrimoine culturel immatériel français, "(A)Identification et localisation", . (consultée le 18 septembre 2015). Cet artisan intervient essentiellement sur des bâtiments classés Monuments historiques comme le château de Saint-GenièsFiche d’inventaire de la « Lauzerie » au patrimoine culturel immatériel français, "(D)Intérêt patrimonial et mise en valeur", . (consultée le 18 septembre 2015)..
Pour autant, les lauzes sont également employées dans les Alpes (en Savoie, en Vallée d'Aoste, au Tessin, Cévennes ou en Valais ainsi que dans de nombreux villages des Alpes du sud), où les pouvoirs publics incitent à l'utilisation de ce matériau pour la construction ou la rénovationUne aide pour les restaurations de toitures traditionnelles.
Elles sont également présentes dans le Massif central (notamment en Lozère et dans l'Aveyron, dans la partie du Mézenc-Meygal en Haute-Loire), en Dordogne, dans le Lot, en Côte-d'Or, dans la Haute-Saône, et dans la partie schisteuse de la Corse.
Ce type de couverture se retrouve également dans les Pyrénées des deux côtés de la frontière, ainsi qu'en Andorre.
Massif central Pour la couverture d'un bâtiment dans le Massif central, plusieurs poses existent selon les ressources en matériaux disponibles : thumb|left|Toit-citerne couvert de lauses calcaires (lausás de caūsses) à Montredon, commune de La Roque-Sainte-Marguerite dans le Larzac, sud de l'Aveyron. thumb|right|Lauses de schiste (lausás de sistre) sur le toit d'une ancienne auberge (« chez Brengues ») dans le sud de l'Aveyron. Les Cévennes utilisent les lauzes d'abord percées d'un ou deux trous puis accrochées par des chevilles de châtaignier sur les liteaux de la charpente. Les causses et vallées de l'Aveyron et de la Lozère utilisent les lauzes posées sur une volige clouée sur de courtes pannes généralement de chêne ou sur l'extrados d'une voûte. Dans les deux cas, ces lauzes sont stabilisées par un mortier de terre et de cailloux.
Sud-Est En Savoie comme dans de nombreuses régions alpines européennes (principalement France, Italie et Suisse), les lauzes sont souvent utilisées brutes. On les retrouve surtout dans les hautes vallées alpines de la Maurienne, de la Vallée d'Aoste du Valais, ou encore du canton du Tessin pour ne citer que des régions où le bois devient rare à cause de l'altitude. Elles offrent une bonne résistance mécanique à la neige ainsi qu'aux intempéries.
En Savoie, comme en Vallée d'Aoste, de nombreuses communes imposent son utilisation dans leur document technique unifié (DTU), et certaines offrent des subventions pour contrebalancer le coût élevé de ce matériau.
Les lauzes en orthogneiss (dite de Luserne) provenant d'Italie, et en particulier des carrières de Barge et Bagnolo Piemonte et celles en micaschiste (dite de Morgex) provenant du Valdigne (haute Vallée d'Aoste), supplantent de plus en plus la lauze dite de Bergame, qui est une ardoise sombre, extrêmement dure et fine en calcschiste, et qui provenait des gisements locaux des massifs de schistes lustrés. La protection environnementale élevée de la région, du fait de sa proximité immédiate du parc national de la Vanoise, a fait disparaître les carrières exploitant cette gamme de lauzes locales. Du fait de leur poids important, le platelage, préparé avec soin, est constitué d'une armature de sapin ou d'épicéa, reconnu pour son élasticité à la charge, et recouvert de lambourdes de mélèze pour garantir une excellente tenue à l'humidité et aux attaques fongiques.
En Corse et dans les Cévennes, il est plus courant de tailler et d'amincir les lauzes. Elles se posent sur une volige, et un mortier les y fait adhérer, puis elles sont clouées.
Dans les Pyrénées (Val d'Aran par exemple), elles sont calibrées et minutieusement disposées sur le toit, de sorte qu'elles ressemblent visuellement à des couvertures en ardoises.
En Bugey et dans le massif du Vercors, les lauzes sont utilisées en rive de toiture et sur les rampants des murs pignons où elles forment un motif d'escalier ou pas d'oiseau. Leur fixation se fait alors en les maçonnant directement sur le haut de la maçonnerie. Ce type de motif, suscitant fréquemment des infiltrations d'eau pluviale, et les veines d'extraction étant presque toutes abandonnées ou épuisées, est en régression dans l'architecture locale. Plus épaisses et fichées verticalement, elles sont également utilisées comme clôtures pour le bétail ou comme limites des propriétés.
À Viens, dans le Vaucluse, subsistent quelques anciennes granges à grain des , , bâtiments rectangulaires allongés, en maçonnerie liée au mortier de chaux, à la toiture à deux pentes couvertes en lauzes calcaires sur une voûte clavée en berceauLes granges de Viens (Vaucluse) : étude architecturale et morphologique..
Dans la montagne de Lure, dans les Alpes-de-Haute-Provence, des bergeries en pierre de la fin du ont une couverture de lauzes sur voûte clavée en berceau : pour éviter que le bout apparent des claveaux ne vienne poinçonner les lauzes qui les recouvrent, le couvreur a répandu sur l’extrados une couche de petites pierres et d’argile mêlées, obtenant ainsi une meilleure répartition du poids des lauzes sur les claveaux tout en assurant aux lauzes une assise stableVocabulaire de la maçonnerie à pierres sèches, rubrique « Poinçonnement »..
Nord-Est
Plus au nord, sur le plateau de la Vôge, entre les départements des Vosges et de la Haute-Saône, on utilise des pierres plates en grès qui sont appelées localement des « laves »Laves de grès, Parc naturel régional des ballons des Vosges..
En Bourgogne, les lauzes ou « laves » de couverture reposent directement sur une voûte ou sont soutenues par une charpente et un voligeage. Ce dernier procédé existe dans toute la Bourgogne pour couvrir les grangettes ou maisonnettes de vigne à une ou deux pentes. La pose de laves sur voûte se retrouve dans des édifices mineurs (chapelles)Maurice Berry et Pierre-Claude Fournier, Les couvertures de laves, in Les Monuments historiques de la France, Paris, 1959, No 1, janvier-mars, ..
En Côte-d'Or, des laves sont utilisées pour la couverture des cabottes, cabanes de pierres sèches servant autrefois aux vignerons à remiser leurs outils. En Franche-Comté, ces cabanes sont appelées cabordes.
Le carrier extrayant des laves est dit « lavier »Elisabeth Reveillon, Cabanes de pierres sèches, dans Canton de Nolay, architecture et œuvres d’art, catalogue de l’exposition de Nolay, juillet-août 1981, Secrétariat régional de l’Inventaire général de Bourgogne, Dijon, 1981, ..
Corse En raison de la géologie d'une partie de la Corse, correspondant à la Corse alpine, les toitures des villages de Haute-Corse sont traditionnellement couvertes de lauzes, appelées teghje en corse). Malgré la présence de la ressource à l'échelle locale, la majorité des lauzes utilisées en Corse proviennent d'ailleurs et la pérennité du savoir-faire local des tittaghji (poseurs de lauze) est menacée.
Suisse vignette|Brontallo dans le , au Tessin.