La Macédoine est une région géographique et historique de l'Europe du sud et de la péninsule des Balkans qui tire son nom du royaume antique de Macédoine et qui est actuellement répartie sur plusieurs pays : la Grèce, la Macédoine du Nord, la Bulgarie, mais aussi, selon certaines cartes, quelques petits territoires en Albanie orientale et en Serbie méridionale, le long de leurs frontières.

Populations et langues La région macédonienne a toujours été multiethnique. Dans l'Antiquité déjà, les Macédoniens étaient issus de populations thraco-illyriennes, qui ont par la suite été hellénisées dans le centre et le sud du pays, notamment autour de la capitale Pella, mais aussi celtisées dans le nord par le mélange avec les Scordiques. À l'ouest, les Illyriens conservent leur langue d'origine. Plus tard, une partie des habitants sont latinisés sous la domination romaine. À partir du des populations slavophones s'installent, de plus en plus nombreuses, assimilant une partie des autres habitants, et de cette période, la région a hérité la langue slave dite macédonienne, proche du bulgare. Au arrivent les Turcs, et au les Roms.

Au , il était impossible de trouver en Macédoine un district où les habitants ne parlent qu'une langue et les cartes linguistiques présentaient une mosaïque de couleurs, au point qu'un mélange de légumes fut appelé, pour évoquer cette variété : « macédoine de légumes ». Depuis la seconde moitié du , les transferts de populations (Grecs vers le sud, Slaves vers le nord, Albanais vers l'ouest, Aroumains vers la Dobrogée roumaine, Turcs et autres musulmans vers la Turquie) ainsi que la scolarisation dans la langue de chaque état, ont simplifié la carte : au la région de Macédoine a une population majoritairement albanaise sur ses marges occidentales, slave en Macédoine du Nord et en Bulgarie, et grecque en Macédoine grecque, avec des minorités de chaque groupe des deux côtés des frontières politiques.

L'identité macédonienne a des déclinaisons multiples : lorsqu'elle est géographique, c'est-à-dire se réfère à la région de Macédoine, elle peut être incluse dans les identités bulgare (en Macédoine du Pirin), grecque (en Macédoine grecque) ou valaque (parmi les Aroumains, couramment appelés Machedoni par les Roumains) ; lorsqu'elle est ethnique, elle se réfère uniquement aux habitants slaves de l'ancienne République socialiste de Macédoine, à l'époque de la Yougoslavie, seuls à être officiellement désignés comme « Macédoniens »Dans le sens ethnique, les Aroumains et les Albanais de Macédoine du Nord ne sont pas considérés comme faisant partie du peuple « macédonien » puisque ce terme ne s'applique qu'aux macédoniens slaves, mais sont présentés comme les premiers autochtones de la Macédoine, et, à ce titre, reliés à la Macédoine antique du roi Philippe II dont le tombeau se trouve à Aigai, en Grèce. Concernant les Aroumains (appelés couramment « Valaques » dans les Balkans, mais « Macédoniens » en Roumanie) le nouvel État de Macédoine du Nord a mis en avant la ville à majorité « valaque » de Crouchova) : il en a placé l'image sur ses premiers billets de banque, y a installé son plus grand musée historique, et le préambule de sa constitution de 1992 fait explicitement référence à l'héritage « valaque ». En 1990, nombre de personnes du show-business de la Macédoine du Nord se découvrent des origines valaques et les valaques organisent leurs plus grandes manifestations culturelles en Macédoine du Nord, à Bitola (voir : )..

Histoire Royaume de Macédoine

vignette|Macédoine antique. Sur un territoire initialement peuplé de tribus Thraces (Almopes, Bottiens, Edones, Eordes, Péoniens et Pières), un royaume est fondé en 729 (ou 700) avant notre ère par le roi Perdiccas de Macédoine : c'est l'actuelle Macédoine grecque, au nord de la Grèce. Ce royaume apparaît dans l'histoire grecque sous le nom de Makedonia ( Μακεδονία) à l'époque de la Perse dont il devient vassal de 513 à 480 avant notre ère. Alexandre (498-454), qui s'est allié avec les autres Grecs dans leur guerre contre les Perses, parvient à agrandir son royaume. Après -480, les Bottiens et les Pières (tribus thraces hellénisées), fondent le petit royaume de Pella. Philippe II de Macédoine (359-336) en hérite, réunit toutes les tribus en 357 et agrandit son royaume de la Thessalie, de l’Épire et de toute la Thrace méridionale en 340. Profitant de la déliquescence de l'Empire perse, Alexandre le Grand (356-323), fils de Philippe II, étendra les conquêtes, avec l’aide d'autres troupes grecques, des Illyriens et des Thraces, jusqu'au haut-Nil et à l'Indus. À l'époque, tout le Sud et l'Est des Balkans est fortement hellénisé jusqu'à la ligne Jireček (c'est-à-dire jusqu'à l'Haemos dans l'actuelle Bulgarie, et tout le long des côtes du Pont Euxin). À la mort d'Alexandre le Grand, ses généraux se partagent son empire ; la Macédoine revient à la dynastie des Antigonides et ses dimensions ne varieront plus : elle englobe l'actuelle Macédoine du Nord, l'oblast de Blagoevgrad en Bulgarie, et la Macédoine grecque. Après la défaite de Pydna en 168 avant notre ère, la Macédoine est incorporée dans l’Empire romain et divisée en deux parties : Macedonia Prima et Macedonia Salutarus.

Macédoine romano-byzantine et invasions

vignette|Macédoine romaine. La domination romaine ne s'achève pas ici en 476 et dure sept siècles, car l'Empire romain ne s'effondre pas : il se transforme en Empire byzantin. Durant cette période, la romanisation des Thraces qui n'avaient pas été hellénisés donne le peuple Aroumain dit « Valaque ». La Macédoine est donc hellénophone au sud, et latinophone au nord. Toutefois, si la puissance romaine se maintient bien le long des côtes, elle décline dans l'intérieur des terres à partir de l'arrivée des slaves au .

En 378, la Macédoine est ravagée par les Wisigoths et à partir de 518, les Slavons, des Slaves venant de la région de Dniepr, s'installent dans la région : les Grecs restent groupés près de la côte au Sud, et les Aroumains dans les montagnes du Pinde à l'Ouest. Les Avars envahissent le pays en 626, mais toutes ces invasions n'empêchent pas le maintien de l'Empire byzantin, jusqu'à ce que le roi des Bulgares entame une campagne de conquête de la Macédoine en 806 (qui ne prend cependant pas Thessalonique, restée byzantine).

vignette|Macédoine byzantine.

L'Empire byzantin réussit l'évangélisation orthodoxe de la population slave ou « barbare », bientôt hellénisée à son tour le long des côtes. Cyrille et Méthode, deux moines de Salonique, adaptent l'alphabet grec à la langue slavonne : c'est la naissance de l'alphabet cyrillique. Englobée de 893 à 927 dans l'empire bulgare de Siméon de Bulgarie (sauf sa capitale Salonique), la Macédoine revient entièrement à l'Empire byzantin vers 1015. Vers 1200 se répand l'« hérésie » des « Bogomiles » (prêchée par le pope Bogomil) ou « Cathares » (« purs » en grec). De 1204 à 1229, les Croisés s'emparent de la Macédoine et fondent le « royaume de Salonique », repris par les Byzantins d'Épire en 1230. Jusqu'en 1281, la Macédoine est à nouveau incluse dans l'Empire byzantin. En 1282, le roi de Serbie Stefan Uroš II Milutin conquiert une grande partie de la région, mais ne la garde que quelques années. Le tsar serbe Stefan Uroš IV Dušan s'empare à son tour de la Macédoine (1331-1355).

Macédoine ottomane

vignette|Carte ethnographique de la Macédoine (carte allemande de 1892).

En 1389, les Turcs, qui ont envahi les Balkans et encerclé Constantinople et Salonique, battent les Serbes au Kosovo. La Macédoine devient une province de l’Empire ottoman intégrée au pachalik de Roumélie. Jusqu'en 1453, l'Empire byzantin se réduit désormais à sa capitale, à Salonique, à Mistra et à quelques îles de l'Égée. La Macédoine ottomane est divisée en deux départements : Monastir/Bitola (noms aroumain/slave) et Salonique. Des rébellions ont lieu entre 1564 et 1565 à Mariovo-Prilep et en 1689 avec l’.

Plusieurs insurrections contre l'empire ottoman ont encore lieu au cours de la deuxième moitié du , dont celle de Razlovci, en 1876. La lutte pour la Macédoine oppose les partisans des différents mouvements nationalistes : Bulgares, qui obtiennent en 1872 l'instauration d'un exarchat orthodoxe, Grecs partisans de la Grande Idée et Serbes créent leurs écoles, leurs institutions, puis leurs groupes armés.

vignette|Carte linguistique allemande de 1898 : les Macédoniens slaves sont assimilés aux Bulgares.

Après la défaite ottomane de 1878, la Russie impose, lors du traité de San Stefano le 3 mars 1878, la création d'une « grande Bulgarie » incluant la majeure partie de la Macédoine géographique. Mais le congrès de Berlin (juin-juillet 1878) replace la Macédoine sous l'emprise ottomane, ce qui provoque l'insurrection de Kresna en 1878-1879. À ce moment, les Macédoniens slaves se définissent encore comme « Bulgares » et sont ainsi identifiés sur les cartes ethnographiques du temps. Mais peu après, une identité locale commence à se dessiner chez les komitadjis (insurgés bulgarophones) de Macédoine, et en 1893 est créée l’Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne, qui réclame l’autonomie du pays (et non plus son rattachement à la Bulgarie). Un des animateurs du mouvement est Damé Grouev. L’insurrection d'Ilinden en conduit à la proclamation de la république de Kruševo. Mais l’année 1903 est également marquée par des représailles sanglantes des Turcs qui provoquent une forte émotion en Europe. Sous la pression des puissances occidentales, le sultan doit accepter une mission internationale chargée de superviser la gendarmerie ottomane et d'empêcher les exactions. L'Empire ottoman se maintient dans la région jusqu'en 1912.

Pour les Turcs de l'époque, la Macédoine est la « Roumélie occidentale » (Rum-ili : le « pays pris aux Roumis ») et forme les trois vilayets de Salonique, du Kosovo (qui comprend Skopje) et de Monastir. Mais sur toutes les cartes européennes, le nom de Macédoine se conserve car jusqu'au , les érudits d’Europe pensent la géographie des Balkans selon les conceptions de Strabon et Ptolémée. Cette identification nourrit aussi les revendications grecques de la Grande Idée.

Les partages de la Macédoine au Au début du , la population de la Macédoine était fort bigarrée: Grecs, Slavons bulgarophones, Serbes, Albanais, Aroumains, Turcs et Roms s'y côtoyaient. L’Encyclopædia Britannica de 1911 indique les statistiques linguistiques suivantes : Bulgares : , dont et (dits « Pomaques ») ; Turcs : ; Grecs : , dont et ; Albanais : , dont et ; Valaques : (Aroumains) et (dits « Moglénites ») ; Juifs : ; Roms, dits « Tsiganes » : , dont et ; Total : (quasi exclusivement orthodoxes), , , soit un total de en Macédoine.

À cette époque, la Grèce, la Serbie, la Bulgarie et les Albanais revendiquent tous la Macédoine, partiellement ou intégralement ; les puissances soutiennent les uns ou les autres (la Russie soutient la Serbie et la Bulgarie ; l'Autriche-Hongrie soutient les Albanais ; la France soutient la Grèce, tandis que la Grande-Bretagne soutient le statu quo, c'est-à-dire l'Empire ottoman).