Saint-Pierre-d'Allevard est le nom d'une ancienne commune française située dans le département de l'Isère en région Auvergne-Rhône-Alpes. Depuis le et jusqu'aux élections municipales de 2020 elle avait le statut de commune déléguée de la commune nouvelle de Crêts en Belledonne..

Bâti autour d'un prieuré clunisien datant du , c'est un bourg de moyenne montagne au riche passé minier (mines de fer) et industriel (sidérurgie, aciers spéciaux). Les bouleversements économiques du ont vu fermer la mine puis se réduire la production industrielle, transformant le paysage et les habitudes. Depuis le , Saint-Pierre-d'Allevard est membre de la communauté de communes du Pays du Grésivaudan.

Dans le cadre de la loi 2015-292 du relative à l'amélioration du régime de la commune nouvelle, Saint-Pierre-d'Allevard et la commune limitrophe de Morêtel-de-Mailles ont décidé de fusionner à partir du sous le nom de Crêts en Belledonne. L'arrêté préfectoral a été signé le .

Géographie thumb|Brame-Farine à Saint-Pierre-d'Allevard. La commune historique de Saint-Pierre est située dans la partie septentrionale de la chaîne de Belledonne qui est reliée au massif des Bauges par la combe de Savoie. Elle fait partie du « Pays d'Allevard » et de la série de bourgades construites sur les replats des « Balcons de Belledonne », entre Allevard au nord et Uriage au sud. Elle s'étend dans la vallée d'Allevard, une vallée glaciaire entre la montagne de Brame-Farine (), au nord-ouest (qui la sépare de la vallée du Grésivaudan), les Cinq Crêts, au sud-sud-ouest, et l'épaulement (qui culmine à avec le Crêt du Poulet) qui la sépare à l'est de la vallée du Haut Bréda. Largement ouvert vers le nord, du côté d'Allevard, ce « plateau », qui est la partie sud d'un synclinal parallèle à la vallée du Grésivaudan, communique avec elle par les gorges du Fay au sud-ouest et avec les autres communes du Balcon de Belledonne par le col du Barioz (). Le bourg ancien s'est construit sur l'adret, au pied de Brame-Farine, pour profiter au maximum de l'ensoleillement, raccourci en hiver par Les Cinq Crêts (de à ).

Une des particularités de la commune est son amplitude d'altitude : le bourg s'étale, du sud au nord entre 490 et , alors que le hameau le plus élevé, sur la route du col du Barioz, se trouve à environ d'altitude. Le point le plus bas de la commune, au lieu-dit le Champ du Pont est à , et le plus haut est le Crêt du Poulet, à . Les pentes assez raides transformant par temps d'orage ou de pluies persistantes les ruisseaux parfois intermittents en torrents dévastateurs ont amené la commune à surveiller leurs rives. Le fond marécageux a servi à établir au nord le lac du Flumet (bassin EDF de ) et subsiste au sud-est dans une zone classée « espace naturel sensible » : le marais de Sailles.

Lieux-dits et écarts De nombreux lieux-dits et hameaux. s'étagent sur les pentes, essentiellement à l'est et au sud, en montant vers le col du Barioz, là où les sources ont permis très tôt une implantation fixe, alors que sur les pentes sèches, calcaires et plus raides de Brame-Farine l'implantation a toujours été plus réduite.

Lieux-dits thumb|Les hameaux du Chaboud et des Maladières, surplombant le bassin du Flumet. Sur les flancs de Brame-Farine, du nord au sud : les Maladières, site probable de la maladrerie. Les ruines de sa chapelle consacrée à sainte Marie-Madeleine ont été noyées par la mise en eau du lac du Flumet. Le Chaboud, où une maison bourgeoise a été érigée à la fin du sur l'ancien site d'une maison forte, celle de la famille Genton, dont les biens nobles allodiaux étaient passés en 1705 aux Dutrait des Hayes par mariage. La Roche, lieu de l'ancienne maison forte des seigneurs de Saint-Pierre, attestée en 1339Le Pays d'Allevard, tradition et renouveau, ouvrage collectif, 2003, , , où les ruines du « château de la Roche » étaient encore imposantes à la fin du .. la Gentonne la Ravoire

La Chapelle Saint-Christophe la Tour le Planchamp Côté sud-ouest, sur le flanc des Cinq Crêts : La Ronzière Combe-Michel Gorge-Noire le Mas le Paquelet

Hameaux

Sur la Montagne de Saint-Pierre, en direction du col du Barioz Sailles, le plus vaste, en deux parties : Sailles-le-Haut (agricole et anciennement minier), et Sailles-le-Bas le long des rives du Salin (ancien moulin à huile, ancienne usine de ressorts pour véhicules automobiles).

Communes (et communes historiques) limitrophes

Histoire L'histoire ancienne de Saint-Pierre est encore à écrire. Situé dans une région boisée au minerai de fer riche en manganèse et facilement exploitable, le bourg, bâti autour d'un prieuré clunisien, participe à l'histoire industrielle du canton d'Allevard, initiée par les chartreux de Saint Hugon en 1170, à une époque où le Dauphiné et la Savoie se structurent en deux principautés antagonistes, et qui verra son âge d'or à la fin du avec l'exploitation intensive de La Taillat par la société Schneider du Creusot et la fabrication d'aciers spéciaux et d'aimants en 1874.

De la préhistoire au « transport » du Dauphiné Jusqu'au thumb|L'« Entrée du pape » garde le souvenir du séjour de Pascal II en 1107. On sait peu de chose de la région avant le . Située en dehors des grands axes de communication, relativement difficile d'accès (par les gorges du Fay ou du Bréda, ou par les cols), elle n'a pas de traces d'occupation ancienne. Les filons de cuivre de Theys étaient exploités, en témoignent la hache à ailerons trouvée en 1896 près d'Allevard et le dépôt d'objets de bronze de Goncelin, découvert fortuitement en 1827 au sommet des Cinq CrêtsLe Pays d'Allevard (2003) p. 24-26, et si les Romains ont laissé des traces à La Rochette et à Goncelin, aucun vestige n'a été trouvé dans le pays d'Allevard, couvert de forêts avec une dépression marécageuse ou lacustre en son centre.

La période gallo-romaine et le haut Moyen Âge n'ont pas laissé plus de vestiges : occupée par les Burgondes, située par le traité de Verdun de 843, dans une Francie orientale rapidement divisée en royaumes plus ou moins éphémères mais dans le giron du Saint-Empire romain germanique, la région, pour résister aux invasions lombardes et aux raids sarrasins, se couvre de maisons fortes, demeures de petits seigneurs féodaux quasi indépendants sur les terres qu'ils protègent, comme les familles d'Arvillard, ou de Saint PierreLe Pays d'Allevard (2003) p. 31. Le prieuré de Saint-Pierre est fondé en 1082 par les bénédictins de Cluny sur des terrains donnés par les Aynard (de Domène) et les Arvillars sur l'adret de Brame-Farine (bramatium ferinarum), en pleine querelle des Investitures ; il est dirigé par un prieur et abrite quelques moines. Il est suffisamment important pour que le pape Pascal II, revenant de Châlons-sur-Marne, où il a tenté de négocier avec les représentants de l'Empereur, y fasse étape en lors de son retour en ItalieSaint-Pierre Info N° 88, septembre 2003.

Le mandement d'Allevard À partir du , Dauphiné et Savoie se structurent progressivement et, dès 1140, la vallée d'Allevard est l'enjeu de conflits frontaliers d'autant plus compliqués que des rivalités existent entre propriétaires laïcs, souvent des nobles savoyards (à part les seigneurs de Saint-Pierre et de La Roche, des Aynard du Dauphiné), et propriétaires ecclésiastiques (qui dépendent de l'évêque de Grenoble), et même entre religieux séculiers (les prêtres de paroisses) et religieux réguliers (les bénédictins de Saint-Pierre et les chartreux de Saint Hugon). Mais en , le seigneur Guigues de La Rochette vend ses terres au dauphin Guigues VII et les cinq paroisses (Allevard, Saint-Pierre, La Chapelle-du-Bard, Pinsot et La Ferrière) deviennent dauphinoises et forment le mandement d'AllevardSubdivision administrative et territoire tenu, exploité et protégé par le châtelain, nommé par le Dauphin.. Cependant la seigneurie de Saint-Pierre reste en dehors du domaine delphinal. Les conflits entre Savoie et Dauphiné sont sporadiques entre 1282 et 1354. En 1325, le bourg est incendié par les Savoyards, puis le conflit devient quasi permanent et la région régulièrement ravagée. Le Dauphiné ayant été cédé au roi de France en 1349, c'est ce dernier qui établit une paix définitive en 1355.

Durant les périodes de trêve, les dauphins avaient concédé deux chartes de franchises, en 1315 et 1337Celle du 17 septembre 1337 accordait au mandement d'Allevard des privilèges spéciaux dont l'exemption de péages pour le minerai de fer exporté, privilège entériné par un arrêt du Conseil delphinal en 1345.. Celles-ci accordent le statut d'hommes libres aux habitants du mandement et règlementent sa vie quotidienne. Des représentants de la population, les consuls et prud'hommes, qui deviennent les interlocuteurs privilégiés des officiers delphinaux, sont élus et acquièrent un certain pouvoir : perception de taxes, détermination des jours de foire, vente de bois, construction de moulinsLe Pays d'Allevard (2003) p. 32... Quand Humbert II cède son domaine au royaume de France le par le traité de Romans, est instauré le Statut delphinal, qui exempte les Dauphinois de nombreuses taxes et impôts.

La seigneurie de Saint-Pierre L'enquête effectuée en 1339 à la demande du dauphin Humbert II signale l'existence d'une maison forte ou d'un château de « la Roche » sur la paroisse de Saint-Pierre : » (un lieu fortifié appelé bastille de la Roche) décrit comme : (situé dans la-dite vallée au delà de Saint-Pierre sur un molard [une butte], lequel molard est appelé molard de la Roche)(ADI B 3120, f° 206) et (Château de la Roche d'Allevard) décrit comme : (un haut molard rocheux, facile à défendre)(ADI B 4443, f° 15 v°), ... Le seigneur de Saint Pierre a droit de basse et moyenne justice, donc le droit d'« ériger des fourches et un pilori » (.).

En 1349, au moment du transport du Dauphiné à la France, 90 feux (dont 16 nobles) dépendaient de la juridiction de la seigneurie de Saint-Pierre. En 1412, faute d'héritier mâle, le fief devient la dot de la dernière du nom, Françoise de la Roche, qui épouse Hugues de Commiers, et prend le nom de la Roche-Commiers. En 1774, à l'extinction de la maison des Commiers ce sont les Barral qui en héritent et Jean-Baptiste François de Barral (déjà seigneur d'Allevard et président à mortier au parlement de Grenoble) obtient, par lettres patentes de , que la seigneurie soit érigée en baronnie par lettres patentes de (voir Personnalités liées à la commune), p. 174-175. En 1865 Adolphe Joanne cite « le château de Roche-Commiers » dans son Itinéraire général de la France, p. 141. Les ruines étaient encore imposantes., mais deux incendies, dont le dernier, causé par la foudre, en 1963, les ont fait entièrement disparaître. Seule subsiste la clé de voûte de la porte d'entrée, en réemploi dans la ferme voisine, le nom du lieu-dit et une légende locale, celle des Dames de la RocheLégende parue en août 1880 dans l'hebdomadaire du docteur Niepce « La Gazette d'Allevard-les Bains »..

Histoire industrielle L'aventure de l'industrie métallurgique Le fer est très présent dans les sociétés alpines dès l'Antiquité. Le savoir-faire des Allobroges est remarquable, et leurs armes et outils sont réputésMarie-Christine Bailly-Maître, Mines et forges des Alpes, éditions Le Dauphiné, Collection Les Patrimoines, 1999, , p. 7, mais l'absence de documents ne permet pas de savoir quand ni comment est exploité le fer avant l'an 1000Marie-Christine Bailly-Maître, Mines et forges des Alpes, . Tout au plus peut-on supposer que des exploitations ponctuelles de minerai de faible profondeur existaient : un ancien hameau appelé Rafour est attesté dans la forêt de la Périasse, au nord-est d'Allevard, un site particulièrement riche en minerai de surface ; et il n'est pas impossible qu'il soit à l'origine du terme générique rafour (nom donné aux bas-fourneaux ou fours à griller le minerai).

Au Moyen Âge