Engelberge de Spolète, également connue sous le nom d’Angilberga, est née vers 830 et décédée en 891.. Épouse de l’empereur , elle porte successivement les titres de reine consort d’Italie à partir de 852, puis de reine de Provence en 863. En tant qu’impératrice du Saint-Empire carolingien, elle joue un rôle politique actif aux côtés de son époux, notamment dans les affaires diplomatiques et religieuses. Elle conserve ses titres jusqu’à la mort de , le ..

Hypothèses sur sa famille Engelberge appartiendrait à la famille des Supponides, l’une des lignées les plus influentes de l’aristocratie franque dans le royaume d’Italie sous le règne de . Fille du comte de Parme Adalgiso. Elle a trois frères, Egifredus, Ardengus et Suppo., et son neveu Paul devient évêque de Plaisance..

Les seuls indices à la disposition des historiens sont plusieurs diplômes carolingiens. : le premier, qui est de l'empereur Charles le Gros, qualifie Engelberge de soror ; un autre, toujours de l'empereur Charles le Gros, qualifie Ermengarde, fille d'Engelberge, de nepotis ; un troisième, de Carloman, qualifie Engelberge de soror ; un dernier, de , qualifie son archiministre Suppon de consobrinus de l'épouse de l'empereur.

À partir de ces maigres données, plusieurs hypothèses ont été proposées : 1 - Les auteurs italiens pensent que le qualificatif de soror fait référence à une parenté spirituelle et considèrent que , père de Carloman et Charles le Gros, est parrain d'Engelberge.. 2 - Maurice Chaume traduit soror par « belle-sœur » et voit dans Engelberge une sœur de Richarde, femme de Charles le Gros, et fille d', comte de Nordgau...

3 - Partant de la référence à Suppon, d'une affirmation de J. du Bouchet dans un texte de 1646 (). et reprenant les suppositions des auteurs italiens à propos d'une parenté spirituelle entre le germanique et Engelberge, Eduard Hlawitschka en fait une fille d', duc de Spolète et comte de Parme en 835.. Cette thèse est encore officiellement admise..

4 - Jean-Noël Mathieu remarque que le prénom de Willa ou Guille apparaît chez une fille d'Ermengarde, que les autres quartiers connus de Willa ne permettent pas d'expliquer ce prénom que Jean-Noël Mathieu rapproche des Guilhelmides. Il reprend le qualificatif de soror de Carloman et Charles le Gros, propose qu'Engelberge soit leur sœur utérine, c'est-à-dire fille d'un Guilhelmide et d'Emma, remariée ensuite à Louis le Germanique. Sachant que ce remariage se fait en 827, il propose d'identifier le père d'Engelberge au comte Thierry d'Autun († 826), fils de Guillaume de Gellone. Mais pour expliquer la parenté avec les Supponides, il rapproche le prénom de Cunégonde, présent dans cette famille, de celui de la première épouse de Guillaume de Gellone. Les Supponides passent également pour être alliés au roi Bernard d'Italie, marié à une probable petite-fille de Guillaume. Le problème est que le comte Thierry d'Autun est traditionnellement donné comme né de Guibourg, la seconde épouse de Guillaume..

Biographie Elle épouse vers 851 ou 852 , que son père a investi de la dignité impériale en 850. Lothaire meurt en 855 et Louis hérite de l'Italie. Vers 868, elle organise une entrevue entre le pape et son beau-frère qui cherche à résoudre sa situation matrimoniale, espérant répudier son épouse Teutberge, épouser sa maîtresse Waldrade et légitimer leurs enfants. Mais l'entrevue est un échec et meurt le sans fils légitime..

Il semble qu'Engelberge accompagnait son mari lors d'une expédition contre Adalgis, prince de Bénévent, et lorsque ce dernier est capturé en aout 871. C'est l'évêque de Bénévent qui a réussi à négocier et obtenir la libération. meurt le FMG...

Veuve, elle devient religieuse en rejoignant l'abbaye Saint-Sauveur de Brescia en 868selon FMG et , mais cette date de 868 est antérieure de huit ans à son veuvage. Peut-être faut-il lire 878 ?, où elle succède à sa fille Gisèle. En 880, son gendre Boson se proclame roi en Provence et l'empereur Charles le Gros soupçonne Engelberge de le soutenir, aussi la fait-il enfermer dans un couvent en Alémanie, pour lui permettre de revenir en Italie en 882, après la défaite de Boson. Elle favorise l'accession de son petit-fils Louis au royaume, avant de se retirer dans l'abbaye Saint-Sixte de Plaisance en 896.

Influence politique et religieuse

Un mariage politique et stratégique Engelberge occupe une place importante dans la politique en tant qu'impératrice. Elle participe activement aux décisions impériales aux côtés de et exerce une influence notable sur la cour ainsi que sur les affaires politiques en Italie. Elle fait son entrée par son mariage dans les conseils de l'Empire. Le mariage entre Engelberge et est officialisé en 860. Il s'inscrit dans une volonté de renforcer les liens entre l’aristocratie franque et italienne. Il intègre plus solidement l’Exarchat de Ravenne, une circonscription administrative de l’Empire byzantin au royaume d’Italie. Une union qui favorise l’ancrage du pouvoir impérial sur la péninsule et offre à Engelberge une place de premier plan à la cour..

Réseau de pouvoir et tensions à la cour en profite pour réorganiser son palais impérial. Il resserre son contrôle sur la chancellerie et la chapelle royale. Il confie des postes à des conseillers proches de lui et limite l’influence des grandes familles aristocratiques. Entre autres, ses frères, Egifredus et Ardengus, rejoignent le cercle impérial et prennent part à la campagne militaire de 872. Son cousin, , devient duc de Spolète en 869, évinçant un clan rival. , fils d’, hérite du comté de Parme et étend son influence à Turin et Asti, où Engelberge détient des propriétés fiscales. Ses neveux, et , accèdent au titre de comtes de Plaisance. Cette montée en puissance finit par créer des tensions avec les autres grandes familles du royaume, qui voient d’un mauvais œil l’influence grandissante d’Engelberge et des Supponides au sein du pouvoir impérial..

Régente et actrice diplomatique Par ailleurs, le terme consors regni, désignant une association au pouvoir avec le monarque, reçoit une véritable portée politique après son époque, bien qu’il ne revête jamais de signification institutionnelle ou juridique clairement définie.. Il aurait peut-être fait sa première apparition en 863, dans un diplôme de pour l’évêque d’Adriane, bien que la date exacte de ce document reste incertaine. En Europe, entre 860 et la mort de en 875, Engelberge agit en tant que régente et accompagne l'empereur dans ses campagnes militaires d’expansion dans le sud de la péninsule. Elle le représente également lors de négociations diplomatiques, ce qui renforce sa position après être devenue veuve. Elle possède aussi une collection impressionnante de chartes : une sur sept lui est délivrée par . Après la mort de ce dernier, le nombre de chartes qu’elle reçoit ne diminue pas, ce qui lui permet de conserver une position clé en tant que négociatrice du pouvoir, influençant la politique italienne et le contrôle des terres..

Symbolique impériale et reconnaissance officielle Les documents impériaux rédigés en faveur d’Engelberge montrent bien la dualité de son statut, à la fois impératrice et épouse. exprime son attachement à Engelberge en lui offrant 2 manoirs et en l’appelant dulcissima (très douce), desiderabilissima (très désirée) et carissima (très chère) dans les documents officiels. Si ces termes traduisent une réelle affection, ils servent aussi à affirmer son statut impérial et son importance aux côtés de l’empereur. Le dotalicium d’Engelberge, un document juridique garantissant les droits et la dot d’une épouse, est le premier acte écrit de ce type établi en faveur d’une reine dans l’Europe du haut Moyen Âge. Initialement daté de 860, il a été modifié pour être avancé à 850, ce qui effaçait ainsi son statut d’épouse de la jeunesse pour le remplacer par celui d’épouse légitime à part entière.. Faute d'héritier masculin, Engelberge mena les négociations de succession entre Charles le Chauve et Karlmann de Bavière, qui s'affrontèrent pour revendiquer le pouvoir. En s'appuyant sur la loyauté de la communauté politique lombarde, elle fut en mesure de conserver une position de premier plan, malgré le conflit de succession, jusqu'à sa mort.. En 862, un document officiel, le dotalicium d’Engelberge, est mis par écrit, confirmant officiellement son mariage avec . Elle écarte tout doute sur la légitimité de leur union, déjà forte de dix ans et de deux filles. Deux ans auparavant, au printemps 860, une rébellion menée par Lambert de Spolète et Hildebert de Camerino avait été réprimée. Cet épisode avait contribué à renforcer la volonté de de consolider son autorité en s'entourant d’alliés fidèles, ce qui explique en partie l’affirmation du statut d’Engelberge au sein du pouvoir impérial. Cet acte, rédigé à Marengo, est une véritable présentation officielle d’Engelberge comme souveraine devant la cour impériale. Il souligne son appartenance à une lignée prestigieuse issue des Supponides. Elle appartient au même cercle familial que Cunégonde, épouse du roi Bernard. La cour est alors appelée à donner son consentement formel (una per consensum et voluntatem nostrorum optimatum) à une décision d’aliénation de terres appartenant au jus regni (droit du royaume). C’est d’ailleurs peut-être qu’à cette occasion qu’Engelberge reçoit le psautier, aujourd’hui conservé à la bibliothèque communale de Passerini Landi de Plaisance. Cet ouvrage, censé provenir de Saint-Gall, aurait été rapporté par Noting de Brescia lors d’une ambassade en Germanie en 858, un détail qui illustre les liens culturels et religieux de l’époque..

Un rôle diplomatique Engelberge joue un rôle clé dans la diplomatie en entretenant des relations étroites avec le Saint-Siège et en prenant part à des négociations majeures. En 869, elle facilite la délicate rencontre entre et le pape au Mont-Cassin, auquel elle assiste en personne. En , Engelberge, et leur fille Ermengarde sont emprisonnés à la suite de la révolte des habitants de Bénévent. Libérés un mois plus tard, ils sont contraints de quitter le sud de l’Italie après avoir promis de ne pas chercher à se venger de l’incident. En 872, Charles le chauve et Louis le Germanique la rejoignent à Trente. La rencontre avec le Saint-Siège marque alors le début des discussions sur la succession impériale. Son influence ne se limite pas à la diplomatie, elle s'étend aussi à la représentation impériale. Engelberge est régulièrement associée à dans les manifestations officielles du pouvoir. Cette reconnaissance apparaît dans les acclamations adressées au couple impérial, préservées dans un manuscrit de Chieti, mais aussi à travers des frappes monétaires réalisées à Bénévent, où son nom figure aux côtés de celui de . Cet usage s'inspire directement du modèle byzantin, où l'impératrice pouvait apparaître sur les monnaies en tant qu’associée au pouvoir. Son statut est également mis en avant lors du concile de Constantinople de 867, où le patriarche Photius lui rend un hommage appuyé et la reconnaît sous le prestigieux titre de basilea.

Pouvoir spirituel : les abbayes comme instruments politiques