Guy Prosper Eustache Môquet, né le à Paris et mort le à Châteaubriant (Loire-InférieureLoire-Atlantique depuis le .), est un militant communiste, célèbre pour avoir été le plus jeune des quarante-huit otages fusillés, le , à Châteaubriant, Nantes et Paris en représailles après la mort de Karl Hotz. Source : copie intégrale de l'acte de décès de Guy Prosper Eustache Môquet, mairie de Châteaubriant.Le second « plus jeune » des de ces représailles est André Le Moal, fusillé à Nantes..

Son nom, plus particulièrement associé à celui des vingt-sept fusillés du camp de Châteaubriant, est passé dans l'histoire comme un symbole des héros et des martyrs français de l'Occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale.

Biographie Origines familiales vignette|Immeuble d'enfance de Guy Môquet, rue Baron à Paris. Guy Prosper Eustache Môquet naît le dans le de Paris.. Il est le fils de Prosper Môquet, cheminot, syndicaliste, député communiste du de Paris, et de Juliette Thelot, conseillère municipale de Paris (1944-1947).. Le Parti communiste français (PCF) ayant été dissous par le gouvernement Daladier, le , en raison de son soutien au Pacte germano-soviétique et de son approbation de l'intervention de l'Armée rouge en Pologne., Prosper Môquet est arrêté le , déchu de son mandat de député en et déporté dans un camp d'internement français en Algérie. Le frère de Prosper, Henri, concierge au siège du parti communiste, est intégré au dispositif clandestin du parti à la fin de l'été 1940.. La sœur de Prosper Môquet, Rosalie, est une militante proche de la direction du parti. À partir de 1941, elle est la compagne de Robert Dubois qui succédera à Arthur Dallidet à la tête de la commission des cadres à partir du printemps 1942. Elle assure la liaison entre Robert Dubois et la direction du parti..

Adolescence Élève au lycée Carnot, dans la même classe que Gilles DeleuzePierre-André Boutang, L'Abécédaire de Gilles Deleuze, entretiens avec Claire Parnet réalisés en 1988, Éditions Montparnasse, 2004 (lettre E: enfance)., Guy Môquet est un fervent militant des Jeunesses communistes. Le journaliste et écrivain Pierre-Louis Basse le présente comme un « titi », volontiers gouailleur tout en ne dédaignant pas d'écrire des poèmes, plaisant aux filles et doué dans les disciplines sportives. Au sprint, son seul rival au lycée est Charles Éboué, fils de Félix Éboué..

Le PCF au début de la guerre L'URSS ayant signé avec l'Allemagne hitlérienne un pacte de non-agression, la direction du PCF, suivant la politique de Staline, adopte une ligne d'opposition à la guerre, considérée comme une allant à l'encontre des intérêts de la classe ouvrière. De nombreux militants communistes, dont le père de Guy Môquet, sont arrêtés sur l'ordre du gouvernement français sous l'accusation de sabotage, démoralisation de l'armée, en un mot : d'affaiblissement des arrières.

Après la défaite de la France en , l'occupant maintient en détention les communistes incarcérés. À l'automne 1940, le PCF subit une vague de répression menée par la police française et facilitée par la politique de légalisation qui a prévalu pendant l'été 1940. Jusqu'en , la revendication nationale, anti-allemande, n'est pas prioritaire pour le PCF par rapport à la revendication socialeDenis Peschanski, article « Parti communiste français », dans Dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont, 2006, . (pour plus de détails, voir Histoire du Parti communiste français – 1939-1945 : Seconde Guerre mondiale et Parti communiste français pendant la drôle de guerre).

Activité militante de Guy Môquet En ce qui concerne Guy Môquet, l'arrestation de son père en est un événement marquant qui renforce son ardeur militante. D'abord réfugié avec sa mère et son frère Serge dans la Manche, il revient ensuite seul à Paris et milite clandestinement dans les Jeunesses communistesMaurice Ulrich, « Il s’appelait Guy Môquet, il avait », L'Humanité, .. En novembre, il écrit une lettre à Édouard Herriot, président de la Chambre des députés, demandant la libération de son père.. (voir « Ses écrits »).

Lors de l'occupation de Paris par les Allemands et l'instauration du régime de Vichy, Guy Môquet déploie une grande ardeur militante pour coller des « papillons » et distribuer des tracts qui reflètent la ligne politique du PCF durant l'été 1940 : dans le , ces tracts demandent souvent la libération de Prosper Môquet : ; . Parmi les papillons retrouvés dans ce même arrondissement, on retrouve les slogans ; ; ; ; ; ; . Pierre-Louis Basse cite un autre tract distribué à Paris : .

Son camarade Georges Abbachi décrit les deux modes opératoires les plus utilisés : le collage de papillons sur les réverbères ou les becs de gaz et le lancer de tracts depuis les balcons des salles de cinémaTémoignage de Georges Abbachi publié par Michel Étiévent dans Guy Môquet, J'aurais voulu vivre, Éditions Gap, 2007, cité dans « Une vie si brève », « Le Patriote résistant », Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes, , sur le site fndirp.asso.fr, ..

Arrestation et incarcération Guy Môquet est arrêté, sur dénonciation., le (il a ). au métro Gare de l'Est en compagnie de René Pignard, par trois inspecteurs de police française de la Brigade spéciale de répression anticommuniste (BS), conséquence d'un décret-loi d'Édouard Daladier du interdisant le Parti communiste, . René Grandjean, supérieur hiérarchique de Guy dans les Jeunesses communistes est également arrêté le . et Georges Grünenberger, responsable du groupe, est lui-même arrêté le .

Les policiers n'établissent pas de façon irréfutable la participation aux distributions de tracts de Guy Môquet, qui ne passe pas aux aveux, alors que ses camarades ont reconnu les faits et que Pignard et Granjean l'ont également mis en cause. Il est incarcéré à la prison de Fresnes.. Le , la correctionnelle de Paris condamne René Pignard, René Grandjean et Georges Grünenberger à des peines de prison comprises entre huit et douze mois ; elle : ., une mention indique que : Scan du message du substitut du procureur du tribunal de première instance de la Seine, chef de la section pour enfants et adolescents de la Seine adressé le au directeur des prisons de Fresnes, réclamant l'exécution immédiate de la libération de Guy Môquet, fonds Môquet-Saffray, sur ww2.ac-creteil.fr.. Mais en vertu de la loi du et de la « circulaire Peyrouton » du . qui autorisent l'internement administratif par simple décision préfectoraleFrançois Marcot, Guy Môquet, : (alors que le décret Daladier laissait cette prérogative au seul ministre de l'Intérieur) et , le jour même de son acquittement, il est conduit au dépôt de la Préfecture de police de Paris où il reste jusqu'au , pendant que le « Bureau des internés » est appelé à enquêter sur l'appartenance de Guy aux Jeunesses communistes et à se prononcer sur l'opportunité de sa libération. Il écrit une lettre de protestation au procureur pour dénoncer ce qu'il considère comme des . Il n'aura jamais de réponse. Suivant l'avis de la des Renseignements généraux, le bureau donne un avis défavorable et Guy est transféré à la maison d'arrêt de la SantéGérard Denecker, Guy Môquet et le Devoir d'Histoire, ., puis, le , à la centrale de Clairvaux.

Le : Basse indique le . : Azéma indique également le ., il est transféré, en même temps que internés communistes venant de Clairvaux, au camp de Choisel, à Châteaubriant, où étaient détenus d'autres militants communistes généralement arrêtés entre et . Durant le mois de mai communistes sont transférés à Choisel. Il est placé dans la , celle des jeunes, où il se lie d'amitié avec Roger Sémat et Rino Scolari. Ce dernier, un peu plus âgé que lui, deviendra l'un des responsables FFI au moment de la Libération de Paris..

Octobre 1941 vignette|Avis du général von Stülpnagel, Paris, . vignette|Avis paru dans L'Œuvre du : liste des du . L'attentat de Nantes et ses conséquences Le , Karl Hotz, commandant des troupes d'occupation en Loire-Inférieure, est abattu à Nantes par un commando formé de trois communistes de l'Organisation spéciale et des Bataillons de la jeunesse : Spartaco Guisco, Gilbert Brustlein et Marcel Bourdarias. À la suite de cet acte, qualifié de « terroriste » par les autorités allemandes d’occupation, compte tenu du grade élevé de l’officier abattu, un avis () du général von Stülpnagel, chef des forces d'occupation en France (le ), annonce, en application de ses décisions du (s'octroyant le droit de faire fusiller également des détenus arrêtés par les autorités françaises). et du « code des otages » du , dont il est l'auteur, que cinquante otages seront exécutés immédiatement en représailles.

Les services du ministre de l'Intérieur du gouvernement de collaboration de Pétain, Pierre Pucheu, proposent une liste de , des otages essentiellement communistes. « pour éviter de laisser fusiller cinquante bons Français »La formule prêtée à Pucheu se trouve rapportée dans Henry du Moulin de Labarthète, Le Temps des illusions, Éditions du Cheval ailé, 1946, .. Sur les de Châteaubriant, les listes de Pucheu en contiennent 17. Guy Môquet n'était pas dans les listes de Pucheu, ce sont les Allemands qui l'ont rajouté en fonction de leur propre politique des otages. ; rééd. Hachette littérature, , Paris, 2009, 789 , : .

Quarante-huit otages sont fusillés : seize à Nantes, cinq au fort du Mont-Valérien et vingt-sept à Châteaubriant, dont Guy Môquet. La majorité d’entre eux sont des militants communistes ou syndicaux.

Les exécutions à Châteaubriant Deux jours plus tard, neuf poteaux sont dressés à la Sablière, vaste carrière à la sortie de Châteaubriant. En trois groupes, les vingt-sept otages s'y appuient, refusent qu'on leur bande les yeux et s'écrient : « Vive la France ! » devant le peloton d'exécution. Charles Michels, Jean-Pierre Timbaud et Jean Poulmarc'h avaient décidé de ne pas se révolter, car cela aurait conduit à un massacre, d'aller à l'exécution dignement, et en chantant La Marseillaise. : De même, Guy Môquet avait écrit : Guy Môquet, extrait de : La lettre de Guy Môquet, Châteaubriant, ..

Guy Môquet est le plus jeune. Selon certains récits, à commencer par celui d'Aragon dans Le Témoin des martyrs (voir le chapitre « élaboration de la mémoire »), il a un évanouissement et il est fusillé dans cet étatD'après le témoignage de l'abbé Moyon, curé de Saint Jean de Beré, appelé par l'autorité civile et militaire pour assister les victimes, « les condamnés ont refusé d'avoir les yeux bandés et de se laisser attacher au poteau. Un seul a eu un évanouissement. Lui seul a dû être attaché dans cet état, mourant ainsi dans cette triste condition. » (, Un évêque dans la guerre, Éditions Opéra, 2006)., cette version est contestée par le sous-préfet d'alors, Bernard Lecornu« Le lendemain matin, je me rendais chez le « » […] Certains chroniqueurs emportés par leur plume ayant écrit que Guy s'était évanoui à l'appel de son nom, je puis leur affirmer que les récits qui m'avaient été faits quelques instants après la tragédie, démentaient cette version des faits. » Extrait de « Un préfet sous l'occupation allemande », France-Empire, 1984, 1997, reproduit du supplément au de - Bulletin de l'Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé, 2007.. Il est abattu à . Avant d'être fusillé, il avait écrit une lettre à ses parents.

Pour les nazis, l'exécution de communistes est préférable pour convaincre les Français que seuls les Juifs et les communistes sont leurs ennemis. La sélection délibérée d'un otage si jeune sert à montrer qu'ils seront impitoyables envers tous ceux qui distribuent des tracts, quel que soit leur âge. Fusiller un si jeune militant a surtout pour effet de choquer la population française. L'abbé Moyon, qui a accepté d'assister les prisonniers avant leur exécution, rapporte que Guy Môquet lui a fait une confidence montrant qu'il était conscient de l'émotion que sa mort allait susciter : ...

Les inhumations