La campagne de l’automne 2001 est celle qui commence la guerre d’Afghanistan qui a duré de 2001 à 2021. Elle permet aux États-Unis de commencer la guerre par un succès militaire, en menant une opération aéro-transportée qui permet le renversement du régime taliban et la destruction des bases d’Al-Qaïda, jugée responsable des attentats du 11 septembre 2001 et qui revendiquera en effet l'attentat en 2002.
Contexte
vignette|gauche|Territoires contrôlé par les parties en conflit en 1996.
Après la première guerre d'Afghanistan et le retrait de l'Armée rouge en 1989, les moudjahiddin afghans parviennent à renverser en 1992 le régime communiste de la République démocratique d'Afghanistan. Cependant, au sein du nouveau régime de l'État islamique d'Afghanistan, le partage du pouvoir entre les différents seigneurs de guerre victorieux s'avère impossible dans la durée. Une violente guerre civile, causée par les différences ethniques, le contrôle des différentes provinces, éclata alors entre les différentes factions. À l'origine (fin 1994), les talibans s'inscrivent dans ce schéma. Cependant, soutenus par les services secrets pakistanais et issus de l'ethnie pachtoune majoritaire d'Afghanistan, ils s'imposent en moins de deux ans dans le sud du pays, dominé par les Pachtounes.
Face à ces progrès, les moudjahiddin non talibans renforcés de quelques autres groupes avaient créé une coalition connue sous le nom d'Alliance du Nord, laquelle ne contrôlait plus en 2001 que la partie nord du pays. À cette époque, l'émirat islamique d'Afghanistan, le régime politique des talibans, est le gouvernement de facto du pays bien que reconnu seulement par le Pakistan, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis et mis à l'index par l'ONU Comité créé par la résolution 1267 (1999). En , les talibans ont signé un accord sur la construction d'un gazoduc traversant leur pays avec le consortium CentGas menée par la compagnie américaine Unocal et regroupant le Saoudien Delta Oil Company, le Russe Gazprom, le gouvernement du Turkménistan, le Sud-Coréen Hyundai Engineering and Construction, les Japonais Inpex et Itochu, et le Pakistanais Crescent Group, mais la situation politique pousse cette dernière à abandonner le projet le , au lendemain de l'opération Infinite Reach de représailles après les attentats des ambassades américaines en Afrique.. L'ancien président d'Afghanistan, Hamid Karzai, était, à l'époque, consultant pour cette compagnie ..
De son côté, l'Alliance du Nord, qui comprend le gouvernement officiellement reconnu par l'ONU, éprouve de grandes difficultés. Militairement, ses forces sont inférieures et elle est divisée entre différentes ethnies, Ouzbeks et Tadjiks notamment. Les liens entre alliés sont donc relativement faibles. Le , le chef de l'Alliance, Ahmad Shah Massoud, est assassiné (vraisemblablement par des agents d'Al-Qaïda) lors d'un attentat-suicide, affaiblissant encore plus l'Alliance.
La situation change avec les attentats du 11 septembre 2001. En effet, dès le , les États-Unis et le Royaume-Uni désignent ouvertement Oussama Ben Laden comme responsable. Ils préviennent les Talibans que leur soutien à Oussama Ben Laden aura des « conséquences » et demandent son extradition. De nombreux pays et organisations internationales, alliés des États-Unis, ayant les mêmes intérêts sur le sujetL'Organisation de coopération de Shanghai déclare combattre les "trois forces du mal", à savoir le terrorisme, le séparatisme et l'extrémisme et l'Iran était résolument hostile au Taliban. ou craignant de s'attirer une hostilité américaine durable voire de se trouver mêlés aux attentats du , promettent aussitôt leur soutien ou leur concours. Les plus notables, qui se déclarent dès le , sont le PakistanTHE UNITED STATES AND THE GLOBAL COALITION AGAINST TERRORISM, SEPTEMBER 2001-DECEMBER 2003, Site officiel du département d'État américain dont le président annonce un , l’OTAN, le Conseil de Sécurité de l'ONU et les ministres des finances du G7. Des discussions américaines ont également lieu avec la Russie et la Chine le . Le même jour, le conseil OTAN-Russie déclare son intention de lutter contre le terrorisme. Le Premier Ministre australien déclare le que les accords défensifs de l'ANZUS peuvent s'appliquer. Le même jour, les 19 pays membres de l'OTAN se déclarent solidaires des États-Unis. Le , c'est le tour de l'Organisation des États américains de déclarer les accords de défense de cette organisation applicables. Enfin, le , le pape Jean-Paul II reconnaît un droit à la légitime défense aux États-Unis. Ainsi, en quelques jours, les États-Unis sont assurés d'un large soutien international leur laissant la possibilité d’attaquer.
Enfin, le , le Conseil de sécurité des Nations unies demande aux Talibans d'appliquer la résolution 1 333 et d’extrader Oussama Ben Laden devant les autorités compétentes.
Le même jour, les Talibans repoussent les premières demandes d'extradition et appellent à la réunion d'une assemblée de religieux musulmans pour décider du sort d'Oussama Ben Laden. Le 20, ce conseil demande au chef d'Al-Qaïda de quitter l'Afghanistan. En revanche, les Talibans annoncent qu'ils répliqueront à toute attaque des États-Unis alors que George Bush exige que la lutte anti-terroriste se fasse en actes et non en paroles. Enfin, le , l'ambassadeur taliban au Pakistan déclare que son pays ne livrera pas Ben Laden sans que ne lui soit fourni de preuves.
Dans le même temps, l'armée américaine commence des missions de reconnaissance en Afghanistan. Un drone est ainsi perdu (peut-être abattu) le . Le même jour, les combats reprennent entre l'Alliance du Nord et les forces talibanes. Les premiers obtiennent deux jours plus tard l'assurance d'un soutien accru de la Russie. Les Américains affirment néanmoins que la guerre contre les Talibans sera sous leur contrôle. Ils refusent ainsi à l'ONU le droit de la diriger et même de la surveiller (notamment grâce à un amendement empêchant les soldats américains d'être déférés devant la Cour pénale internationale).
Les menaces américaines et britanniques contre les Talibans se font alors plus pressantes à partir de début octobre alors que les premières unités militaires gagnent la région (discours de George Bush ou de Tony Blair le ). De plus, les Anglo-Américains préparent un éventuel nouveau régime en entamant des discussions avec l'ancien, et âgé, roi d'Afghanistan Mohammed Zaher Chah. Le 5, le gouvernement pakistanais se déclare également convaincu de l'implication d'Oussama Ben Laden dans les attentats. Les opérations militaires commencent deux jours plus tard le et le lendemain, Donald Rumsfeld annonce que la guerre se poursuivra jusqu'à .
Forces en présence Forces talibanes Les forces de l'émirat islamique d'Afghanistan, au début de l'offensive de 2001, font l'objet d'estimations variables. Le nombre de soldats permanents est faible, mais de nombreuses milices locales aux allégeances variables existent. Les effectifs de ces milices ne sont également pas disponibles toute l'année (notamment lors de la saison des récoltes) et elles n'interviennent que sur une région limitée en changeant de camp selon le vainqueur. De tels retournements d'alliance sont très fréquents lors de la campagne d'octobre-Ces charniers afghans si discrets… Le Monde Diplomatique, juillet 2002. Cependant, en , ces milices sont acquises aux Talibans qui contrôlent officiellement 90 % du territoire afghan.
Les forces proprement talibanes comptent environ The Taliban’s military forces (prior to hostilities), Estimations IHS Jane’s, à Taylor & Francis Group, Europa World Year, Livre 1, Taylor & Francis (2004), .. Elles sont aussi renforcés par de nombreux volontaires étrangers arabes mais surtout pakistanais. Ces derniers comprendraient de à d'origine pakistanaise et 500 à 600 d'origine arabe.
Les armes de soutien comprendraient 100 chars d'assaut de modèle assez ancien (T-54, T-55, T-62, des PT-76) voire très ancien (T-34/85), 250 véhicules blindés également issus de modèles relativement âgés (BRDM-2, BTR-40, BTR-50, BTR-60, BTR-70, BTR-80, BTR-152, BMP-1, BMP-2) et 200 pièces d'artillerie plus quelques lance-roquettes multiples. Ces armes sont utilisées en soutien des unités d'infanterie et réparties en leur sein même si une brigade blindée est supposée regrouper l'essentiel des chars. La plupart des véhicules ont été récupérés à l'issue de la guerre contre les Soviétiques même si une partie est du matériel plus récent et a été capturée lors des offensives dans le nord de 1998-2000. Enfin, la défense anti-aérienne apparaît comme très largement insuffisante. Elle compterait une vingtaine de lance-missiles SA-7 Grail de courte portée et environ 300 canons anti-aériens.
Dans l'ensemble, le commandement est de mauvaise qualité même si les Talibans ont largement innové par rapport aux tactiques ayant cours lors des années 1996-1998 de la guerre civile afghane. Les opérations de grande envergure mélangent des unités et des commandements divers et il y a des frictions entre unités de différentes nationalités. Cela oblige les Talibans à conserver certains groupes de volontaires dans des secteurs précis.
Forces américaines et alliées vignette|Des Special Forces aidant un membre de l'Alliance du Nord sur la base aérienne de Bagram. À l'arrière plan, un Mi-17 affrété par la CIA durant l'opération Anaconda en 2002. vignette|Le est une caserne de la Force internationale d'assistance et de sécurité construit en 2006 pour assurer une présence militaire internationale dans le pays. Elle est utilisée principalement par la Bundeswehr.
Les forces occidentales engagées dans l'offensive d'octobre- sont presque essentiellement fournies par les Américains et les Britanniques. Cependant, la longue distance entre États-Unis, Royaume-Uni et Afghanistan fait que la grande majorité des unités terrestres ne fut pas réellement déployée dès le début des combats. Beaucoup arriveront ainsi petit à petit. Les Américains nomment cette opération d'abord « Justice sans limites » (Operation Infinite Justice) puis optent pour le moins agressif « Liberté Immuable » (Operation Enduring Freedom). Son but officiel est de lutter contre le terrorisme international et ses soutiensCette distinction prendra son importance après le renversement du gouvernement taliban. En effet, cette opération se poursuit toujours et les unités qui en font partie échappe au commandement de la FIAS qui doit, pour sa part, aider à reconstruire le pays en stabilisant le nouveau régime..
Les troupes terrestres comptent ainsi : Des équipes du Counterterrorism Center/Special Operations (CTC/SO) de la Central Intelligence Agency (CIA), totalisant 110 hommes infiltrés en Afghanistan entre le et la chute du régime taliban George Tenet, At the Center of the Storm: My Years at the CIA, HarperCollins, 2007, 576 p. , 211, 225. La Joint Special Operations Task Force–North (JSOTF-N) alias Task Force Dagger, formée autour du Special Forces Group et des éléments de soutien ; 316 soldats des Special Forces seront engagés en Afghanistan à partir du Dana Priest, « 'Team 555' Shaped a New Way of War: Special Forces and Smart Bombs Turned Tide and Routed Taliban », Washington Post, 3 avril 2002 La Task Force Sword formée d'éléments du JSOC qui accomplira des raids ponctuels dans le sud de l'Afghanistan en octobre et novembre. La TF Sword a eu sous ses ordres le B Squadron de la Delta Force et le 3d Battalion du 75th Ranger Regiment. Les A et G Squadrons du 22 Special Air Service (SAS) britannique, déployés dans le nord-est de l'Afghanistan à la mi-octobre Le C Squadron du Special Boat Service (SBS) déployé à Bagram en novembre Damien Lewis, Bloody Heroes, Arrow Books, 2007 (première édition Century, 2006) , suivi d'éléments du 40 Commando des Royal MarinesBritish forces in Afghanistan, 2002 sur le site de l'Imperial War Museum.