Lutra lutra, la Loutre, mais plus spécifiquement désignée sous les terminologies de Loutre d'Europe, ou plutôt d'Eurasie, est une espèce de mammifères carnivores de la famille des Mustélidés. Espèce nominale de la sous-famille des Lutrinés, elle est également appelée sous les noms de Loutre commune ou vulgaire, puisque le nom commun « loutre » désigne cette espèce au sens strict.

La loutre est un mammifère semi-aquatique de taille moyenne aux dimensions comparables à celles d’un renard, caractérisée par un corps tout en longueur, une queue robuste, des membres courts, ainsi que des pattes palmées lui donnant une agilité remarquable en milieu aquatique, lui permettant d’attraper du poisson, constituant la base de son alimentation.

Elle est présente dans les eaux douces d’une grande partie du continent Eurasiatique, incluant la totalité de l’Europe, la partie occidentale du Nord du Maghreb, ainsi que diverses portions du continent asiatique comme le Sud-Est de la Chine. Autrefois présente sur une aire de répartition bien plus vaste, sa population a connu une diminution drastique de ses effectifs entre le et le en raison de l’intensification de la chasse et le commerce pour sa fourrure. Des populations entières ont été décimées par endroits, notamment au Japon. Depuis lors, l'espèce est classée comme « espèce vulnérable » par l'UICN et fait l'objet de divers programmes de conservation à travers toute l'Europe. Malgré cela, la loutre est toujours victime de la pollution au PCB qui est devenu le premier facteur de régression ou d'entrave à la réoccupation de son aire de répartition.

Dénominations Nom scientifique valide : Lutra lutra (Linnaeus, 1758) Protonyme : Mustela lutra Linnaeus, 1758 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Loutre commune, Loutre d'Europe, Loutre de rivière, Loutre, Loutre de Rivi, Loutre d'Eurasie, Loutre eurasienne, Loutre européenne, Loutre ordinaire, Loutre vulgaire Noms vernaculaires (langage courant) : igaraba arrunt (basque), ki-dour (breton), ki-dour Eurazia (breton), llúdria comuna (catalan), llúdriga (catalan), loira (occitan), loira europèa (occitan), lote (wallon), loup de rivières

Dans la littérature ancienne, on trouve également de nombreuses dénominations locales, issues de patois régionaux :

Taxonomie Histoire vignette|gauche|Illustration de la Loutre vulgaire (Lutra vulgaris) dans Atlas de poche des mammifères de France, de la Suisse romane et de la Belgique, 1910. La loutre d’Eurasie est apparue dans la taxonomie moderne, dès la dixième édition du Systema Naturae paru en 1758 sous le protonyme de Mustela lutra. La localité type est "Europæ aquis dulcibus, fluviis, flagnis, piscinis," subsequently restricted by Thomas (1911a) to "Upsala" [Suède].

Depuis lors, l’espèce sert de support pour la création des différentes subdivisions de la sous-famille des lutrinés ; notamment le genre Lutra, par Brisson dès 1762.

De nombreux spécimens ont été décrits, avec leur lot d’erreurs et d’approximations : par exemple, la loutre a été décrite dans le genre Felis sous le nom de F. lutra, sur lors d’une description de sa vésicule biliaire ; elle a également été décrite comme une sous-espèce du Cynogale (Cynogale bennettii), un viverridé de Sumatra lui ressemblant.

De nombreuses sous-espèces, originellement des espèces furent décrites :

Dans le tome 27 du Dictionnaire des sciences naturelles (1823), Frédéric Cuvier enrichit la connaissance des loutres asiatiques grâce aux spécimens envoyés par les naturalistes voyageurs. Il décrit la Loutre Barang (Lutra barang) à partir d'un individu expédié de Java par Alfred Duvaucel et Diard, notant que l'animal est connu à Sumatra sous le nom de barang-barang. Cuvier souligne la texture rude et hérissée de son pelage brun d'ombre, contrastant avec les poils laineux grisâtres. Parallèlement, il identifie la Loutre Nair-nair (Lutra nair), dont les individus furent rapportés de Pondichéry par Jean-Baptiste Leschenault de La Tour. Cuvier distingue cette espèce par son pelage châtain foncé et ses taches roussâtres caractéristiques au-dessus et au-dessous des yeux. Ces descriptions précises, basées sur l'examen des dépouilles et des squelettes du Muséum, ont permis de différencier ces espèces des loutres européennes, tout en relevant les incertitudes de l'époque sur la croissance des jeunes individus, notamment par rapport aux observations de Stamford Raffles sur la « simung » de Sumatra.

Bien qu’un grand nombre de sous-espèces ont été décrites au cours de l’histoire, des études récentes tendent plutôt à dire que l’espèce est monotypique selon .

Description vignette|Une loutre d'Europe dans la réserve hydrologique de Seretsky (), oblast de Ternopil, Ukraine. Aout 2020. La loutre d'Eurasie est le membre type de la sous-famille des lutrinae. Avec une fourrure brune sur le dos et crème sur le ventre, ces animaux longs et sveltes sont parfaitement adaptés à leur mode de vie aquatique. Leurs os présentent une ostéosclérose, ce qui augmente leur densité et réduit leur flottabilité. Cette loutre se distingue de la loutre du Canada par son cou plus court, son visage plus large, l'espace plus important entre les oreilles et sa queue plus longue. Cependant, la loutre d'Eurasie est la seule espèce de loutre présente sur une grande partie de son aire de répartition, elle est donc rarement confondue avec un autre animal.

Dimensions Dans les cas les plus généraux, cette espèce mesure entre de long, sans compter la queue de . La femelle est plus petite que le mâle. Le poids moyen du corps de la loutre est de , bien qu'occasionnellement un vieux mâle de grande taille puisse atteindre jusqu'à . Un spécimen de taille record, rapporté par une source fiable mais non vérifié, pesait plus de .

Ostéologie vignette|alt=Blaineville,|Squelette de loutre d’Eurasie dans Description iconographique comparée du squelette et du système dentaire des mammifères récents et fossiles, Blainville, 1839-1864 Le squelette de la Loutre d'Eurasie présente de nombreuses adaptations à son mode de vie semi-aquatique.

Crâne et dents Le crâne de la loutre d’Eurasie possède des bulles tympaniques très bien développées, ce qui indique une excellente ouïe. On remarque également qu'elle n'a pas de foramen supraorbitaire, mais que le foramen infraorbitaire sont très larges, permettant le passage d'importants nerfs pour ses moustaches sensorielles. La loutre possède un total de 36 dents. En observant l'usure de ces dents, et plus particulièrement l'apparition de dentine en dessous de l'émail, les biologistes peuvent estimer l'âge de l'animal.

Colonne vertébrale et cage thoracique La colonne vertébrale est constituée de 7 vertèbres cervicales, 14 thoraciques, 6 lombaires, 3 au niveau du bassin, sacrées, qui ne sont pas soudées entre elles, et environ 18 vertèbres caudales. Une particularité étonnante de sa queue est la présence de petits les arcs hémaux situés sous certaines vertèbres pour protéger les vaisseaux sanguins lors des puissants mouvements lors de la nage. Sa cage thoracique compte 14 paires de côtes, dont la toute dernière paire est dite « flottante », et elles sont attachées à un os central du sternum qui a une forme de cylindre.

Détermination de l’âge Pour connaître l'âge exact d'un individu, les chercheurs regardent aussi comment les os se soudent au fil du temps, par la fusion des cartilages de croissance ou épiphyses. Par exemple, une petite bande osseuse située en bas du bassin, sur l'ischion, met parfois entre 4 et 5 ans pour se souder complètement. Chez les mâles, la taille et le poids de l'os du pénis, le baculum, sont d'excellents repères pour vérifier si la loutre a atteint sa taille et sa maturité d'adulte.

Pelage Le pelage de la loutre d'Eurasie constitue une adaptation semi-aquatique remarquable, caractérisé par une densité moyenne d'environ 70 000 poils par cm (variant de à poils/cm selon les individus). Cette fourrure est composée à 98,74 % de poils secondaires, extrêmement denses et laineux, tandis que les poils de jarres, ne représentent que 1,26 % de l'ensemble. La structure folliculaire s'organise autour d'un grand poil primaire central entouré de faisceaux de poils secondaires, avec de nombreuses glandes sébacées assurant l'imperméabilité de l'ensemble. Contrairement à d'autres mammifères, cette densité ne présente ni dimorphisme sexuel, ni variation saisonnière, la mue étant un processus continu permettant de maintenir une isolation thermique constante dans l'eau..

Écologie et comportement Distribution et habitat Répartition La loutre d'Eurasie se rencontre en Europe occidentale, en Afrique du Nord, et dans une grande partie de l'Asie, de l'Arménie jusqu'au Japon.

Alors qu’elle avait disparu du Grand Est en France dans les années 1960 et 1970, la loutre d’Europe est en train de faire son retour en Lorraine..

En Europe, elle est encore abondante au Portugal, en Albanie, en Irlande et en Écosse, ailleurs elle a considérablement régressé. En outre, espèce jadis indicatrice de la pureté de l'eau, alors qu’elle avait disparu elle colonise également à nouveau actuellement des milieux relativement pollués : décharges en Grèce, ports en Écosse et en Scandinavie.

En Asie, elle est distribué de manière éparse, formant des populations isolées entre elles dans différents pays.

La loutre d'Eurasie se distingue par une plasticité écologique remarquable, occupant une vaste gamme de milieux aquatiques allant des lacs de haute et basse altitude aux rivières, marais, forêts inondables et zones côtières, indépendamment de leur taille ou de leur latitude. En Europe, sa présence est documentée du niveau de la mer jusqu'à 1 000 mètres dans les Alpes, tandis qu'elle atteint des sommets impressionnants en Asie, culminant à 3 500 mètres dans l'Himalaya et jusqu'à 4 120 mètres au Tibet. Dans le sous-continent indien, elle fréquente les cours d'eau de montagne froids et effectue des migrations saisonnières : elle remonte vers les sommets au printemps (avril-juin) pour suivre la migration des poissons lors du frai, avant de redescendre vers de plus basses altitudes à l'approche de l'hiver.

Habitat Elle est habituellement solitaire, occupant un territoire de 5 à de rives le long d'un cours d'eau (parfois davantage) ou de 20 à en zone de marais. Elle emprunte régulièrement les mêmes passages sur la berge pour se mettre à l'eau : les coulées. Lorsqu'elle sort de l'eau, elle se roule dans l'herbe pour essuyer sa fourrure, sur des zones reconnaissables à l'herbe couchée et appelées . En montagne on peut la trouver jusqu'à une altitude de . Elle fait sa tanière (qu'on appelle « catiche ») entre les racines des arbres des berges des cours d'eau ou dans d'autres cavités (cavité rocheuse, tronc creux, terrier d'une autre espèce). La catiche contient souvent une entrée plus ou moins dissimulée au-dessous du niveau d'eau et un conduit d'aération. Elle laisse des traces et empreintes..

L'existence de la loutre est intrinsèquement liée à un espace de vie linéaire, son activité se concentrant principalement sur une étroite bande de terre à l'interface entre l'eau et le sol. Bien qu'elle soit capable de s'adapter à des paysages modifiés par l'homme, sa distribution reste fortement corrélée à la présence d'une végétation de rive dense, essentielle pour l'aménagement de ses catiches (terriers de repos et de reproduction). En milieu côtier, son installation dépend étroitement de la proximité de sources d'eau douce. Sur le plan social, si elle a longtemps été considérée comme solitaire, des études récentes suggèrent une organisation plus complexe. Les mâles occupent des domaines vitaux vastes et territoriaux englobant ceux de plusieurs femelles, tandis que les jeunes mâles tendent à se disperser sur de longues distances (environ 21 km) contrairement aux femelles qui restent souvent sur leur territoire d'origine.

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