vignette|Cérémonie de candomblé dans Ile Ase Ijino Ilu Orossi au Brésil en 2008. Le candomblé est une des religions afro-brésiliennes de possession pratiquées au Brésil, mais également dans les pays voisins tels que l'Uruguay, le Paraguay, l'Argentine et le Venezuela.

Mêlant les magies africaines, puis amazoniennes, avec le catholicisme, cette religion consiste en un culte des orixás (prononcé « oricha »), les dieux du candomblé d'origine totémique et familiale, chacun associé à un élément naturel (eau, forêt, feu, éclair, etc.), elle se fonde sur la croyance en l'existence d'une âme propre à la nature, le candomblé est le fruit d'un syncrétisme opéré par les descendants d'esclaves issus de la traite des Noirs de 1549 à 1888. L'univers du candomblé (rites, danses, musique, fêtes) est devenu partie intégrante de la culture et du folklore brésiliens.

Le candomblé est aujourd'hui l'une des croyances les plus populaires du Brésil, ses adeptes sont issus de toutes les couches de la société. Les femmes y tiennent un rôle important. Le candomblé dispose de plus d'une dizaine de milliers de lieux cultuels, où se déroulent les divers rites et cérémonies. Lors d'un recensement national, trois millions de Brésiliens (1,5 % de la population) ont déclaré pratiquer le candomblé. On dénombre plus de () dans la seule ville de Salvador da Bahia.

Même s'il existe certaines similitudes, il ne faut pas confondre le candomblé avec les autres religions afro-brésiliennes qui en sont issues (Macumba, Omoloko ou Umbanda), ni avec les autres religions de la diaspora africaine pratiquées ailleurs sur le continent américain (Vaudou haïtien ou Santeria cubaine), qui ont évolué indépendamment et sont presque inconnues au Brésil.

Historique

À l'époque coloniale, les missionnaires catholiques du Brésil forçaient les esclaves à se convertir au catholicisme. Pour pouvoir vouer un culte à leur Dieu et ainsi berner la religion catholique, les esclaves empruntèrent des modalités syncrétiques comme en d'autres occasions en récupérant leur religion ou croyances originelles pour y greffer des croyances et notions chrétiennes ainsi que des rites, de façon à rendre de manière progressive leur culte de plus en plus « catholique ». Les Africains déportés du Nigeria appartenaient à l'ethnie yoruba et avaient gardé, comme d'autres, de leur religion d'origine beaucoup d'aspects, masquant à peine leur pratique. C'est ainsi que Jésus-Christ devenait Oxalá, dieu de la créativité et fils de la divinité suprême Olorum, et Omulu ou Obaluiae, dieu guérisseur des épidémies, correspondait à saint Lazare. Un ensemble de couleurs, d'objets, de vêtements et d'aliments favoris distingue chaque orixa (ou chaque saint par association). Cette même ethnie yoruba, non seulement « préférée » du point de vue des esclavagistes pour certaines qualités, verra au fil des années son culte prédominer sur d'autres cultes d'origines ethniques différentes (notamment bantoue). Aujourd'hui on retrouve cette prédominance sur le continent américain (Caraïbes, États-Unis), avec une volonté d'élimination de toute influence extra-africaine (voir les études de Roger Bastide et Gilberto Freyre et les derniers travaux à ce propos de Stefania Capone).

D'abord confiné parmi la population africaine esclave, prohibé par l'Église catholique romaine, le candomblé s'est maintenu jusqu'à l'abolition de l'esclavage dans le pays en 1888, avant d'être criminalisé durant l'Estado Novo jusqu'aux années 1970.

Avant d'être officiellement reconnu comme un élément de la culture brésilienne en 1984, il était désigné par les autorités sous le terme de « bas spiritisme » (baixo espiritismo) - comme toute autre religions afro-brésilienne - et leurs célébrations étaient soumise à une autorisation policière ; à la différence du kardécisme (« haut spiritisme »), d’origine européenne, qui était légal durant toute la dictature militaire.

Les nations Bien que certaines cultures d'origine africaine du continent américain s'uniformisent aujourd'hui autour de la culture Yoruba, les esclaves brésiliens appartenaient à différents groupes ethniques, incluant les Mbundus, les Kongos, les Ovimbundus, les Yorubas, les Ewes et les Fons. L'évolution semi-indépendante de leurs religions, dans des régions différentes et parmi des ethnies variées, a permis une diversification des noms des divinités vénérées, des coutumes, de la musique, des vêtements liturgiques et du langage sacré utilisé dans les rites et les cérémonies.

Voici une liste non exhaustive des principales nations et sub-nations de candomblé et de leur région de prédilection :

Nagô ou Yoruba Ketu ou Queto (Bahia et la plupart des États brésiliens) Efan (Bahia, Rio de Janeiro et São Paulo) Ijexá (principalement basée à Bahia) Nagô Egbá ou Xangô do Nordeste (Pernambouc, Paraíba, Alagoas, Rio de Janeiro et São Paulo) Mina-nagô ou Tambor-de-Mina (Maranhão) Xambá (Alagoas et Pernambouc) - quasi éteinte Bantou (Angola, Kongo, Bahia, Pernambouc, Rio de Janeiro, Minas Gerais, São Paulo, Goiás, Rio Grande do Sul) Candomblé de Caboclo (nations indiennes) Jeje : ce terme provient du yoruba adjeje qui signifie étranger (voir aussi Jeje-Nagô) Babaçuê (Pará)

La croyance Un dieu unique

Contrairement à une idée reçue, le candomblé est une religion monothéiste. Toutefois, le nom de la puissance divine unique varie selon les nations (Olorum pour la nation Ketu, Nzambi pour les Bantous, Mawu pour la nation Jejé). Ces nations demeurent toutefois indépendantes en termes de pratiques quotidiennes. En vertu du syncrétisme existant dans la culture religieuse populaire brésilienne, une majorité de membres considèrent que leur dieu unique est le même que celui de l'abrahamisme. En général, les orixás reçoivent régulièrement des hommages sous la forme d'offrandes, de cantiques et de danses spéciales. La divinité créatrice a également une importance capitale dans la vie sociale des membres d'un .

Les orixás

Toutes nations confondues, le candomblé honore plus d'une centaine de divinités encore une fois introduites par les esclaves noirs venus d'Afrique. Toutefois, seulement une douzaine de divinités sont honorées dans la majorité des des grandes villes brésiliennes comme Salvador de Bahia ou Rio de Janeiro. Chacune de ces divinités dispose de caractéristiques pouvant se comparer à un orixá provenant d'un autre . Leurs cultes, rites et célébrations varient selon les nations. Chaque orixa est doté d'une personnalité, d'une habileté et de préférences rituelles qui lui sont propres. Ils sont tous connectés, d'une manière ou d'une autre, à un phénomène naturel spécifique (un concept qui se rapproche des divinités Kami du shintoïsme). Selon la tradition du candomblé, chaque être humain, à la naissance, est choisi par un orixa, qui sera identifié par un babalorixa (prêtre). Certains orixas peuvent également être "incorporés" dans le corps d'un être humain lors d'une initiation ou lors d'un rituel du candomblé.

Les orixás les plus honorés vignette|upright=0.5| Statue d'Eshu (Oyo, au Nigéria, vers 1920).

Exu

Il correspond en Haïti ainsi qu'au Dahomey (tribus fon) à Legba, et se fait appeler Exu-Elegbara dans les nations Yoruba. Il sied de lui réserver la première place dans toute énumération des divinités Candomblé ; représentant en effet le « dieu qui ouvre les barrières », surveille les passages, ouvre et ferme les chemins, il est à ce titre salué avant tout autre orixá.

Orixá messager, il est le principal lien entre les Hommes et les divinités. Souvent représenté par la couleur brune ou noire, il dévore « tout ce que la bouche mange », adore la gymnastique, la pinga (argot brésilien pour désigner le rhum local, la cachaça) et n’importe quelle autre boisson alcoolisée. Orixá aux aspects multiples et contradictoires, il est souvent difficile de le décrire de manière cohérente. De caractère irascible, il aime susciter les disputes, provoquer les accidents, et les calamités publiques et privées. S'il est toutefois traité avec égards, il sait réagir favorablement et se montrer serviable. Lorsqu'au contraire on oublie de lui faire sacrifices et offrandes, on peut attendre toutes les catastrophes. Exu se révèle sans doute le plus humain des orixás, ni complètement bon, ni complètement mauvais.

Il domine les passages, carrefours et croisées de chemins - lieux fréquentés par les esprits malveillants et favorables aux arts magiques. Ses couleurs sont le noir et le rouge, ses minerais le bronze, le fer brut (minéral) et la terre (tabatinga). Son élément est le feu, son cri Laroiê ! K' oba laro ie Exú !!!. Ses aliments sont la farofa de dendê, le beefsteak cru ou mal grillé au brasier assaisonné d'oignons hachés menu, et le citron vert pour la préparation des boissons alcoolisées. Il exècre toute nourriture de couleur blanche et l'ail. Ses plantes sont le piment, l'herbe (capim) tiririca, l'ortie, l'arruda, la salsa, la menthe, le « comigo ninguém pode » (Dieffenbachia), la feuille de tabac. Ses animaux sont le bouc, le coq, les chevreaux et en de plus rares occasions la poule d'Angola (coquem). Amoureux, malin, créatif, persistant, impulsif, joueur, obscène, orateur de génie. Les risques de santé relatifs à cet orixá sont les douleurs de tête et plus rarement les problèmes de foie (résultant dans des accidents graves), et par ailleurs les problèmes avec la police.

Ogum

Ogum est lorixá de l’agriculture, de la chasse et de la guerre. Après avoir découvert le feu et la forge, il les a donnés comme cadeaux aux hommes. Représenté par la couleur bleu marine, il mange du maïs, de la cará (plante de la famille des dioscoreáceas pourvue de tubercules alimentaires), des racines coques et des chiens. Il a pour attribut un petit sabre. Il est associé dans la religion catholique à Saint-Georges.

Oxóssi Orixá de la chasse et des animaux, de l'abondance et de l'alimentation. Il aime le maïs vert, les racines et les fruits. Il est représenté par la couleur verte ou bleue. Il a pour attribut un arc et une flèche. Il est associé dans la religion catholique à saint Sébastien.

Obaluaiê ou Omolú vignette|droite|upright=0.9|Obaluaiê, dont le haut du corps est couvert d'un masque de fibres. Cérémonie de candomblé dans Ile Ase Ijino Ilu Orossi. Synonyme de la variole, son nom ne doit pas être prononcé. Il est lorixá de la terre, de la santé et de la maladie. Représenté à la fois par les couleurs noire, blanche et rouge, il adore l’huile de Dendê. À Salvador de Bahia, on parle de Omolú, orixá des maladies et de la mort, dont tout le haut du corps est couvert d'un long masque de fibres végétales. Dans la religion catholique, Omolú est associé à saint Roch (saint protecteur contre la peste), ou à saint Lazare.

Xangô Orixá de la foudre, du feu, des tonnerres et de la justice. Représenté par la couleur rouge et blanche, il apprécie le Quiabo gombo (légume capsulé, conique, vert et poilu, produit par le quiabeiro « Hibiscus esculentus » gombo), le mouton et les tortues. Il est associé dans la religion catholique à saint Jean-Baptiste ou Saint Jérôme, et non pas à Sainte Barbe comme dans la Santeria cubaine.

Iansã

Déesse du Niger, elle commande les vents et les tempêtes. Aimant les verdures et les légumes rouges, les couleurs la représentant sont le rouge et le brun. Elle a pour attribut un petit sabre en forme de cimeterre. Elle est associée dans la religion catholique à sainte Barbe (à la différence de la Santeria, où Sainte Barbe est associée à Changô).

Oxum Déesse des eaux des rivières. Elle est la déesse de la beauté et elle a une forte liaison avec le monde spirituel. Elle est représentée par le jaune. Elle a pour attribut un miroir. Elle est associée dans la religion catholique à Nossa Senhora das Candeias.

Iemanjá

Déesse des eaux de mer, elle protège les familles, les enfants et la pêche. Elle est représentée par le bleu clair, le blanc et le rose clair. Elle est associée dans la religion catholique à Notre-Dame du Rosaire.