Irène l'Athénienne (en grec ancien ) est une impératrice byzantine, née vers 752 à Athènes et morte le sur l'île de Lesbos.
Elle règne en tant que régente pour le compte de son fils de 780 à 790 puis en tant qu'impératrice régnante () de 797 à 802. Elle est la première femme de l'histoire à régner en tant que basileus.
Issue d’une famille de l'aristocratie athénienne, elle est choisie à l'issue d’un concours de beauté par l'empereur byzantin comme épouse pour son fils . Elle se marie avec ce dernier en 768 puis monte sur le trône avec lui. Cependant, après cinq ans de règne, meurt brutalement. Irène devient alors régente pour le compte de leur fils, , qui est alors âgé de .
Lorsqu’elle arrive au pouvoir, la société byzantine est secouée par un grave conflit interne, à la fois théologique et politique, appelé la « querelle des images », qui voit se déchirer les iconodules« Iconodules », ou « iconodoules », ou encore « iconophiles », du grec ancien , « image », et de , « service », ou encore , « qui aime » ; ces termes désignent ceux qui vénèrent la représentation figurée des personnes divines, ainsi que les images et les statues des saints. Voir dans le Wiktionnaire : iconodule, iconophile, et aussi : , ainsi que : , et encore : . , partisans de la représentation du divin, et les iconoclastes, farouches opposants au culte des icônes religieuses. Défendant les premiers avec ferveur, Irène organise alors le deuxième concile de Nicée en 787 afin de rétablir le culte des icônes qui avait été interdit sous ses prédécesseurs.
Lorsque son fils atteint la majorité, elle affiche son intention de se maintenir au pouvoir et de régner seule, ce qui provoque la rébellion d'une partie de l’armée. En 790, une révolte éclate. en profite pour renverser sa mère et prendre le pouvoir. Deux ans plus tard, il décide cependant de la rappeler auprès de lui et la nomme co-impératrice. Par toute une série de manœuvres, Irène s'arrange alors pour rendre son fils impopulaire auprès de l’opinion publique et de l’Église. En 797, elle le renverse par un coup d'État et lui fait crever les yeux. Elle troque alors son titre de « basilissa » (mère de l'empereur) pour celui de « basileus » (empereur), devenant officiellement la « femme empereur ».
Sur le plan intérieur, elle mène une politique fiscale généreuse, favorisant le commerce et l'artisanat, tout en allégeant les impôts dans les grandes villes. Elle fait également cesser les persécutions contre les moines et fait restaurer le monastère du Stoudion, qui devient alors le grand centre intellectuel de l'Empire.
Sur le plan international, elle s'efforce de consolider les frontières de l'Empire par la diplomatie plutôt que par la guerre. Elle met notamment fin temporairement aux raids arabes qui ravagent l'Asie Mineure. Sa principale réussite, tant comme régente que comme impératrice régnante, se trouve dans les Balkans où elle parvient à repousser les Bulgares et les Slaves et à assurer le contrôle de l'Empire sur toute la bande littorale en Thrace et en Macédoine.
Ses relations avec l'Occident et Charlemagne sont ambiguës. Les deux souverains entretiennent des rapports tantôt amicaux tantôt hostiles, sur fond de lutte d'influence pour le contrôle de la péninsule italienne. À la fin de son règne, elle semble vouloir se rapprocher de lui. D'après Théophane le Confesseur, un mariage entre les deux souverains est même évoqué, même si ce n'est pas certain.
En 802, sa santé décline. Son ministre des Finances, Nicéphore, en profite pour la renverser par un coup d'État. Irène est alors exilée sur Prinkipo puis sur l'île de Lesbos où elle meurt en 803.
Elle laisse l'image d’une femme intelligente, à la fois ambitieuse et sans scrupule, mais également d’une grande piété, comme en témoignent les nombreuses églises qu'elle fait bâtir au cours de son règne.
L'héritage d'Irène est contrasté. Si en Orient elle reste vénérée par l'Église orthodoxe comme celle qui a œuvré pour la restauration des images, en Occident son règne a été longtemps éclipsé par celui de l'empereur Charlemagne, celui-là même qu'elle a, semble-t-il, failli épouser.
Sources historiques L'analyse historique de la vie de l'impératrice Irène est une tâche complexe, la plupart des sources à son sujet ayant disparu.
La principale source sur son règne est l'œuvre de son contemporain, le moine et chroniqueur byzantin Théophane le Confesseur. En tant que défenseur des icônes, l'historien offre une représentation très favorable de l'impératrice, qui a œuvré pour le rétablissement des icônes. Même s'il reconnaît que les actes d'Irène n'ont pas toujours été en harmonie avec l'image d'une impératrice pieuse et chrétienne, il considère que ses actions en faveur de l'Église l'emportent sur tout le reste.
Les autres chroniqueurs contemporains d'Irène lui sont également favorables. Théodore Studite, un autre moine et saint byzantin, la décrit comme une souveraine , qui . Bien que très méfiant à l'égard du pouvoir impérial, il considère que le règne de l'impératrice a été l'un des meilleurs de son temps.
Jeunesse Origines
Les origines d'Irène sont peu connues. Nous savons seulement qu'elle est née à Athènes, dans une région détenue par l'Empire byzantin mais régulièrement soumise aux incursions des Slaves. Irène signifie « la paix » en grec. Il est difficile de savoir si la jeune femme fut prénommée ainsi dès sa naissance ou si elle fut baptisée sous ce prénom lorsqu’elle se maria. L’historien britannique Romilly Jenkins affirme qu’elle fut baptisée Irène au moment de son mariage avec , à l’image de l’impératrice Tzitzak qui avait été rebaptisée Irène quelques années plus tôt au moment de son mariage avec .. Néanmoins des doutes subsistent à ce sujet, Irène étant un prénom relativement courant à l’époque.
Ses origines sociales sont également obscures. Il semble qu'elle soit issue d'une riche famille de l'aristocratie athénienne.. C'est ce statut qui lui aurait permis d'être promise à , le fils de l’empereur et héritier du trône. Un certain nombre d’historiens ont prétendu qu’elle le devient à la suite d’un concours de beauté. Entre le et le , le concours de beauté était en effet un moyen récurrent utilisé par les empereurs pour choisir leurs épouses. Comme le note Irène Sorlin, épouser la plus belle femme faisait partie des attributs de la couronne byzantine. Le monarque pouvait ainsi asseoir sa légitimité tout en rejetant les autres partis possibles. Néanmoins, pour l’historienne, il est probable que les dès le départ dans ces concours et que les mariages étaient « arrangés ».. Même si beaucoup de chroniqueurs iconophiles de l'époque ont célébré la grande beauté d'Irène, les qualités physiques ne suffisaient pas. Comme l’indique Dominique Barbe, il fallait que la future impératrice soit également issue de la bonne société byzantine et qu’elle ait reçu une solide éducation. Néanmoins certains historiens affirment qu’il n’existe aucune preuve qu’Irène ait pris part à une telle cérémonie..
Quoi qu'il en soit, Irène se rend à Constantinople pour se marier avec , l'héritier du trône impérial. Elle arrive dans la capitale au cours de l'été 768. Étant donné les pratiques de l'époque et le fait qu'elle soit légèrement plus jeune que son futur mari, elle doit alors avoir une quinzaine d'années à son arrivée dans la cité impériale. Elle se rend d'abord au palais de Hiéreia, situé dans les environs de Constantinople, sur la rive asiatique du Bosphore puis rejoint Constantinople le , ce qui donne lieu à d'importantes festivités. Elle s'unit avec son époux le . En 770 leur naît un fils, le futur , baptisé du même nom que son grand-père, .
Une iconodule chez les iconoclastes Lorsqu’Irène devient une membre à part entière de la famille impériale, la société byzantine est divisée entre iconoclastes et iconodules. vignette|Saint Luc (évangéliste) peignant une icône de la Théotokos.|redresse=0.8 Depuis plusieurs années, son beau-père, l’empereur , mène une politique iconoclaste radicale, caractérisée par la destruction des icônes religieuses et par des persécutions envers les partisans des icônes, comme les moines. Nombre de monastères sont fermés ou convertis en édifices publics. Au sein du pouvoir, toutes les hautes charges du gouvernement sont occupées par des iconoclastes qui appliquent avec plus ou moins de zèle la politique de l’empereur.
Irène, elle, a reçu au cours de sa jeunesse une éducation religieuse traditionnelle iconodule. Pour Dominique Barbe, cette différence s’explique par la différence d’éducation entre les femmes et les hommes dans la société byzantine. En effet, à l’époque, les femmes recevaient une éducation religieuse basée sur une conception traditionnelle du monde, ce qui expliquerait la foi iconophile d’Irène, en opposition aux innovations religieuses comme l’iconoclasme.
De façon étonnante, la famille impériale a donc intégré en son sein une femme qui ne partage pas la même foi. Pour Lynda Garland, il est possible que les sympathies d’Irène à l’égard des icônes ne soient pas connues au moment de son mariage ou qu’elles aient été tacitement acceptées par la famille impériale. Il est probable néanmoins qu’elle ait dû prêter serment de soutenir publiquement la politique impériale iconoclaste..
Mort de Depuis l’installation des Bulgares dans la péninsule des Balkans durant les années 670, Byzantins et Bulgares sont en état de guerre quasi-permanente.
Après avoir mené plusieurs campagnes victorieuses durant les années précédentes, décide de lancer une nouvelle campagne militaire en 775 pour les anéantir. Malheureusement pour l’empereur, l’affaire tourne court. Quelques jours seulement après son entrée sur le territoire bulgare, il doit rebrousser chemin, frappé par une fièvre. Transporté par bateau à Nicomédie, il meurt pendant la traversée à l’âge de cinquante-six ans.
Impératrice consort droite|vignette|Solidus de et de son fils . Lorsque meurt en , son fils accède au trône à l'âge de . Irène, sa femme, devient alors impératrice consort.
Les premiers mois du règne du couple impérial sont marqués par un assouplissement de la politique religieuse. Soucieux d’asseoir sa popularité auprès de ses sujets et peut-être conseillé par Irène, ordonne l’arrêt des persécutions contre les moines et les partisans des icônes. Même si la doctrine officielle reste iconoclaste, les icônes ainsi que les autres représentations artistiques de Dieu, de la Vierge Marie et des saints sont tolérées mais uniquement dans la sphère privée.
Afin de s’attirer les faveurs de la population, Léon décide également d’organiser un donativum, autrement dit une distribution au peuple et à l’armée d’importantes sommes d’argent, puisées sur le butin amassé par son père durant ses différentes campagnes.
Ces différentes mesures assurent au couple impérial la sympathie de la population. À la fin de l’année 776, le fils d’Irène et de Léon, , est sacré co-empereur avec le soutien des principaux généraux et représentants du peuple.
Cependant, cette décision ne plaît pas à tout le monde et en particulier aux deux demi-frères de Léon, Nicéphore et Christophore qui lorgnent eux aussi sur le trône. Quelques semaines seulement après le couronnement de , une conspiration menée par Nicéphore et impliquant un cercle restreint de courtisans est découverte. Nicéphore perd son titre de Caesar, tandis que les autres conspirateurs sont tonsurés et exilés à Chersonèse.
Après ce complot, l’Empire byzantin connaît une période de calme relatif qui va s’étaler jusqu’en 780. Sur les frontières extérieures, la situation reste tendue avec les Bulgares et les Arabes, mais ceux-ci ne sont pas en mesure de constituer des expéditions militaires suffisamment importantes pour menacer Constantinople. en profite alors pour durcir à nouveau la politique religieuse et renouer avec la politique iconoclaste de son père. En , un certain nombre de courtisans sont ainsi arrêtés et sanctionnés pour avoir vénéré des icônes.