vignette|280px|Scène de seppuku (reconstitution) - . Le ou , est une forme rituelle de suicide par éventration. Ce rituel est officiellement abandonné par les Japonais en avec le début de l'ère Meiji mais fut pratiqué dans quelques cas par la suite, notamment par Nogi Maresuke à la suite de la mort de l'empereur Meiji en 1912, à l'approche de la fin de la guerre du Pacifique ou encore par l'auteur Yukio Mishima à la suite de sa tentative de coup d'État en 1970.

Étymologie En japonais, le terme est plus formel, et typiquement utilisé dans les textes écrits et officiels. Il est formé d'après la lecture on héritée du chinois, du caractère 切 (« couper ») qui est lu setsu, et de 腹 (« ventre ») qui est lu fuku : la lecture setsu + fuku donne seppuku, la prononciation est semi-voisée avec un handakuten, puku.

Selon l'écrivain Christopher Ross, le terme populaire harakiri est utilisé dans la langue parlée japonaise, mais n'était pas utilisé dans les textesVoir Ross, Christopher. Mishima. Voyages à la recherche d'un samouraï de légende, Éditions du Camion Noir, 2013 : « Seppuku s’écrit avec les deux mêmes kanji que ceux utilisés pour écrire hara-kiri, mais dans l’ordre inverse, et se prononce à la façon appelée on’yomi, historiquement issue du chinois. On fait souvent remarquer que le mot hara-kiri est un vulgarisme, mais il s’agit là d’une méprise. Hara-kiri est une lecture japonaise, ou kun’yomi, des caractères, et comme l’habitude a été prise de préférer la lecture chinoise dans les documents officiels, seul le terme seppuku est utilisé par écrit. Ainsi, hara-kiri est le terme oral et seppuku le terme écrit désignant un seul et même acte. ». Celui-ci est formé d'après une lecture japonaise native kun, des mêmes caractères mais dans le sens inverse : 腹 (« ventre ») lu hara, et 切 (« couper ») lu kiri.

Contexte

Traditionnellement, le seppuku était réalisé dans un temple en s'ouvrant l'abdomen à l'aide d'un wakizashi (sabre court)Voir page 31 in Japanese Sword Mounts, Helen C Gunsaulus, Norman Press, 2008 ou d'un poignard de type tantōVoir page 621 in Encyclopédie technique, historique, biographique et culturelle des arts martiaux de l'extrême orient, sous la direction de Gabrielle et Roland Habersetzer, Éditions Amphora, 2004, ce qui libère l'âme (voir l'article seika tanden). La forme traditionnelle consiste en une ouverture transversale (dans la largeur), juste au-dessus du nombril. Le seppuku comporte une version encore plus douloureuse, le jumonji-giri, qui consiste à rajouter une coupe verticale (de haut en bas) à la coupe horizontale pour marquer sa volonté d'expiation. Il existe une version moins honorable (et moins douloureuse) dans laquelle un « ami » (kaishakunin) coupe la tête pour une mort instantanée. Cependant la forme traditionnelle était rarement appliquée, la plupart des samuraïs qui s'adonnaient au seppuku tenaient dans leur main le wakizashi (sabre court) mais dans la plupart des cas le kaishakunin tranchait la tête du samuraï avant même qu'il se soit éventré. Certains tenaient même un simple éventail dans leur main en guise de symbolique.Andrew Rakin: Seppuku: A history of samurai suicide..

Le seppuku était traditionnellement utilisé en dernier recours, lorsqu'un guerrier estimait immoral un ordre de son maître et refusait de l'exécuter. C'était aussi une façon de se repentir d'un péché impardonnable, commis volontairement ou par accident. Plus près de nous, le seppuku subsiste encore comme une manière exceptionnelle de racheter ses fautes, mais aussi pour se laver d'un échec personnel.

Le seppuku étant un rituel devenuOriginaire des femmes chinoises, le seppuku s'est rapidement ancré dans la culture japonaise et est s'est donc inscrit sous le monopole des samouraïs. masculin, les femmes nobles et épouses de samouraïs pratiquaient le jigai, une forme de suicide consistant à se trancher la gorge (carotide) avec un poignardVoir « jigai » dans Le Japon, dictionnaire et civilisation, Louis Frédéric, Collection Bouquins, Robert Laffont, 1996, p.490 et Page 203 in Lafcadio Hearn: Japan's great interpreter : a new anthology of his writings, 1894-1904, Lafcadio Hearn, Louis Allen, Jean Wilson, Routledge, 1992.

Historicité du seppuku

Le seppuku a une longue et ancienne histoire au Japon. Dans le gikeiki, l’histoire de la vie de Minamoto no Yoshitsune, un héros de la fin de la période de Heian, est décrite.. Au cœur de l’ouvrage, Minamoto no Yoshitsune est dépeint comme commettant le seppuku en tant que samouraï. Cependant cette histoire reste une légende, en effet nous ne savons pas si les samouraïs avaient pour habitude de commettre le seppuku sur la fin de la période de Heian. Néanmoins nous savons que de nombreux samouraï avaient l’habitude à cette époque de se suicider par noyade, ce qui montre que durant cette période, le seppuku restait pour la plupart des samouraïs une pratique non exercée.

Par la suite, il est écrit dans le Taiheiki que le clan Hojo s’est livré au seppuku. Étant donné que le Taiheiki a été rédigé au début de la période Muromachi, nous pouvons constater que la coutume du seppuku était courante au début de cette période, elle a ainsi pris racine dans les sociétés samouraï.

La question de pourquoi se faire seppuku fait alors surface. Durant la période de Sengoku et donc lors des guerres médiévales du Japon, les guerriers des armées japonaises étaient souvent amenés à se suicider lorsqu’ils se retrouvaient vaincus. Cet acte irrévocable s’explique par le fait qu’il leur était insupportable d’imaginer que le vainqueur s’empare du territoire, de leurs femmes et de leurs biens. Le nom des guerriers se retrouvait souillé par une sorte d’humiliation qui les obligeait à se suicider afin d’effacer leur défaite.

Il y a également le cas particulier de Junshi où le seppuku est utilisé par les samouraïs qui veulent suivre leur maître dans la mort. Cette pratique apparaît durant la période d’Edo et est interdite sous les Tokugawa.. Au cours de cette époque, lors d’un jugement quelconque, un samouraï pouvait être amené à se suicider. Là où les roturiers allaient soit en prison soit étaient exécutés par pendaison ou simple décapitation, les samouraïs étaient soumis au rituel du seppuku. Si dans la théorie ils devaient s'ouvrir le ventre puis dans la foulée se faire trancher la tête, la réalité était tout autre. En effet, lors du seppuku la plupart des samouraïs s’emparaient simplement de la lame et se faisaient décapiter avant même d’avoir porté la lame à leur ventre. Dans certains cas, un simple éventail était utilisé en tant que symbole de la lame.

La pratique de seppuku a réellement pris de l’ampleur lors de l'arrivée des occidentaux au , lorsqu’une histoire de seppuku a été énormément médiatisée. Les ambassadeurs de la Grande-Bretagne furent invités au rituel d’éventrement d’un Japonais ayant commis le meurtre d’un Britannique, ils assistèrent à une scène effroyable, à un véritable bain de sang[https://www.radiofrance.fr/franceculture/de-la-virtuosite-au-sabre-aux-supplices-du-seppuku-dix-cliches-sur-les-samourais-7838308. En effet, le Japonais ayant commis le meurtre avait pour objectif de montrer qu’il n’éprouvait aucun remords concernant son acte en s’adonnant à un suicide abominable et particulièrement violent, lui permettant également de prouver sa bravoure de soldat japonais aux occidentaux. En réalité cependant, ce cas de figure reste rarissime.

Généralités

Le ventre est le siège de la volonté, du courage et des émotions en Asie : Hara ookii, « vous avez un gros ventre », pourrait vexer en Occident, tandis qu'au Japon c'est un compliment qui veut dire « vous avez un grand cœur » ; à notre « parler à cœur ouvert » pour exprimer sa sincérité, correspond l'expression japonaise Hara no watte, « à ventre ouvert » ou plus exactement « en s'ouvrant le ventre »Guillaume Carré, Seppuku: la mort sur ordre, in : L'Histoire, , février 2011, p. 86 ; Hara no misenaï, « ne montrent pas leur ventre », signifie « cacher sa pensée », l'inverse se disant Hara no yomeru (« lire dans son ventre ») et signifiant qu'on peut « lire dans ses pensées », donc qu'il est honnête dans ce qu'il dit.

Le seppuku a longtemps permis aux daimyos et aux samouraïs d'exprimer leurs dernières volontés. Les Japonais se suicident par l'abdomen, siège, pour eux, de la pensée et de la conscience de soi. C'est probablement la raison pour laquelle il existe une grande variété de mots pour désigner le suicide (jisatsu, en japonaisJisatsu est un terme générique japonais pour désigner toute forme d'auto-destruction) : le inseki jisatsu : suicide pour éviter la honte ; le gyokusaï : suicide d'honneur, largement pratiqué au cours de la Seconde Guerre mondiale par les soldats japonais, pour éviter de se rendre ; le seppuku avec sa sous-catégorie extrêmement douloureuse, le jumonji-giri abordé au début de cet article ; le shinjū : double suicide avec ses variantes : l'oyako shinjū : suicide des parents et des enfants, le boshi shinjū : suicide de la mère et des enfants, le fushi shinjū : suicide du père et des enfants, le goï shinjū lorsque les enfants sont volontaires au suicide familial, le muri shinjū dans le cas contraire ; le kobara : suicide pour le bien des enfants ; le robuka : suicide pour le bien de la famille ; le funshi : suicide pour exprimer son indignation et sa révolte.

Pour être complet, il faut citer l'oibara, qui figure dans le manuel du parfait samouraïLes samouraïs ont disparu au cours de l'époque Meiji (1868-1912) après qu'une loi interdisant le port de l'épée fut promulguée.(le Hagakure). L'oibara est le suicide d'inféodation. Il se subdivise en maebara et sakibara selon que le samouraï précédait ou suivait son seigneur dans la mortLa mort volontaire au Japon, de Maurice Pinguet, publié chez Gallimard..

Brève histoire du seppuku

Minamoto no Tametomo aurait été le premier homme et samouraï à pratiquer le seppuku honorable, en prenant exemple sur les femmes chinoises : accusées d'avoir enfanté l'enfant d'un autre homme que leur époux, elles s'ouvraient le ventre de désespoir afin de prouver leur fidélité. Minamoto no Yorimasa est le premier dont on a une description détaillée du seppuku : après sa défaite à la première bataille d'Uji en 1180, Yorimasa s'est retiré dans la salle du Phénix du temple du Byōdō-in, a écrit un poème au dos de son étendard, avant de prendre son poignard et de s'ouvrir l'abdomen. Cette façon de procéder a codifié le seppuku.

La pratique du seppuku est indissociable du Bushido, le code d'honneur du guerrier, qui insiste sur sa finalité propre : la mort. Celle-ci ne doit en aucun cas trahir les valeurs morales qui sont celles du samouraï ; aussi la pratique du seppuku est-elle codifiée très précisément. L'acte du suicide honorable ne s'effectuait grosso modo qu'en quatre occasions : à l'issue d'une défaite au combat. Être fait prisonnier ne constituait pas tant un échec qu'un déshonneur, non seulement pour soi mais pour ses compagnons et son maître ; pour éviter de souiller le nom de ce dernier, un samouraï vaincu et sans possibilité d'échapper à l'ennemi, préférait se donner la mort. Ce type de seppuku est rapide et violent, généralement effectué avec un tantō (sabre le plus court) ou un wakizashi ; le pouvoir politique du shogun est marqué par les rivalités ; lorsqu'un vassal était amené à critiquer ouvertement le shogun, il pratiquait le seppuku, tout à la fois pour préserver son honneur, et pour attirer l'attention du dirigeant. Ces remontrances sont désignées par le terme de kanshi ; thumb|upright=1.5|Le général Akashi Gidayu s'apprêtant à faire seppuku, Yoshitoshi Tsukioka, vers 1890. à l'inverse, à partir du shogun Ieyasu Tokugawa, la procédure inverse fut créée, comme une sanction à l'infidélité des vassaux. Une fois encore, le seppuku était l'unique manière d'éviter le déshonneur du clan : il s'agissait donc d'une offre de pitié, le tsumebara ;