La Malaisie () est un État d'Asie du Sud-Est, constitué de la Malaisie péninsulaire ou Malaisie occidentale (majeure partie de la péninsule Malaise) et de la Malaisie orientale (nord de Bornéo). L'appellation en forme longue fédération de Malaisie (), parfois utilisée pour désigner l'État malaisien, n'est pas officielle pour les autorités de Malaisie. et désigne aussi l'ancienne forme de l'État de 1948 à 1963. La Malaisie est située à environ au nord de l'équateur. Sa capitale historique est Kuala Lumpur, sa capitale administrative est Putrajaya, et sa superficie est de . Elle abrite une jungle très ancienne.
Toponymie L'utilisation du nom de « Malaisie » pour désigner la péninsule malaise est récente. Ce nom est la francisation de Malaya dans l'expression « British Malaya » (Malaisie britannique) par laquelle les Britanniques désignaient, à partir de la fin du , les territoires qu'ils contrôlaient sur la péninsule depuis 1826.
Jusqu'en 1912, le nom de « fédération de Malaisie » ne s'appliquait qu'à l'entité créée en 1896 par les Britanniques et devenue indépendante en 1957, « l'Union malaise » (Malayan Union). Celle-ci regroupait, dans la péninsule malaise, les États malais, qui avaient auparavant le statut de protectorats, et les Strait Settlements, c'est-à-dire les colonies de Malacca, Penang et Singapour. Lorsque les territoires britanniques de Bornéo, Sabah (British North Borneo) et Sarawak deviennent indépendants en 1963 et acceptent de rejoindre la Malaisie, la nouvelle entité est baptisée du néologisme de « Malaysia ».
Certains auteurs tel le géographe Rodolphe De Koninck (de même que Le Petit Robert des noms propres 1994.) utilisent effectivement « Malaysia » (nom donné à l'ensemble de la fédération dans la langue malaise) pour désigner le pays d'aujourd'hui, préférant nommer sa portion péninsulaire par « Malaisie », traduction française de son ancien nom popularisé par l'Empire britannique, Malaya. Cette distinction rend également compte du caractère bipolaire du pays moderne, résultat d'une décision politique hasardeuse consistant à unir d'anciennes colonies britanniques du nord de l'île de Bornéo et de la péninsule Malaise.
En français, « Malaisie » avait à l'origine un autre sens. En 1831, Jules Dumont d'Urville proposait à la Société de géographie de Paris une organisation de l'Océanie en quatre parties : la Polynésie (les îles nombreuses) ; la Mélanésie (les îles « noires ») ; la Micronésie (les petites îles) ; la Malaisie (les îles des « Malais »). Par ce dernier nom, Dumont d'Urville entendait l'ensemble des îles des archipels de la Sonde, des Moluques et des Philippines. À l'époque en effet, on considérait que les habitants de cette région pouvaient être désignés par le terme englobant de « Malais ».
Au sens strict du terme, les Malais sont les populations qui parlent la langue malaise et qui habitent le littoral oriental de l'île de Sumatra, les îles Riau, la péninsule Malaise et le littoral de l'île de Bornéo.
Le traité de Londres de 1824 entre Britanniques et Hollandais se traduira par un partage en deux de ce monde malais. On ne saurait donc identifier celui-ci à la seule Malaisie.
Pour éviter la confusion, on utilise le gentilé « Malaisien » pour désigner ce qui relève de la Malaisie comme État, le mot « malais » désignant ce qui relève de la langue, de la culture, de l'ethnie, et couvrant donc un territoire plus vaste. Ainsi, l'expression « monde malais » au sens strict désigne l'aire géographique habitée par les Malais et décrite plus haut. Le terme « malaisien » désigne également la langue officielle de la Malaisie sous sa forme standard (depuis 2007), à différencier de « malais » qui regroupe tous les dialectes, dont le malaisien, mais aussi entre autres l'indonésien.
Histoire
À l'origine, la péninsule Malaise était largement couverte de forêts tropicales anciennes. Certaines forêts de la péninsule sont considérées comme vieilles de plus de 130 millions d'années. Toutefois, les forêts de la péninsule Malaise ont connu des changements importants au cours des périodes glaciaires. Ce n'est que vers 10 000 avant J.-C. qu'arrivèrent les premiers hommes.
L'année 1511 marque la première présence européenne en Malaisie avec la prise de la ville de Malacca (Melaka en malais) par le vice-roi portugais des Indes, Afonso de Albuquerque, parti de Goa à la tête d'une flotte de dix-huit bateaux et .
La prise de Malacca par les Portugais a eu deux conséquences fondamentales : la rupture du réseau des marchands de l'Asie du Sud-Est insulaire et péninsulaire, et la christianisation de l'ouest de l'archipel indonésien.
En 1641, les Hollandais de la VOC (Vereenigde Oostindische Compagnie ou « Compagnie hollandaise des Indes orientales »), alliés à Johor, prennent à leur tour Malacca aux Portugais.
En 1795, les Britanniques s'emparent du territoire malais, avec l’île de Singapour. En 1815, à la suite du traité de Vienne, Singapour, et tous les territoires malais au nord de Singapour, deviennent britanniques. Le Sabah, et Sarawak, au nord de Bornéo, deviennent britanniques. Les Hollandais reprennent les territoires au sud de Singapour, en 1817, ce qui constitue plus tard l'actuelle Indonésie.
La Malaisie est envahie et occupée par le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale. Les troupes de l'armée impériale japonaise se livrèrent à un très grand nombre d'exactions, faisant en particulier des dizaines de milliers de morts parmi la minorité chinoise.
En 1948, le Parti communiste malais, qui avait représenté le fer de lance de la résistance à l'occupation japonaise, se préparait à mener une guerre de libération contre l'occupation britannique. L’insurrection est toutefois matée après plusieurs années de sévère répression (les soldats coloniaux coupèrent les mains, voire la tête, des rebelles capturés, et déplacèrent un demi-million de personnes dans des camps de concentration). Dans le même temps, Londres promet l'indépendance à des dirigeants jugés modérés, qui élargissent leur base en jouant sur la défiance raciale à l'égard de la minorité chinoiseChris Harman, Une histoire populaire de l'humanité, La Découverte, 2015, pages 602.
La Malaisie actuelle résulte de l'entrée en 1963 des territoires britanniques de Bornéo devenus indépendants, Sabah et Sarawak, dans la fédération de Malaisie, elle-même devenue indépendante en 1957.
Le retrait de Singapour de la fédération de Malaisie, le , fut pratiquement vu comme une partition de la Malaisie en deux États par les observateurs étrangers. Mais, à la différence de l'Inde, cette partition n'était pas religieuse, mais plutôt ethnique, avec la création de l'État de Singapour, majoritairement peuplé de Chinois, et de la Malaisie, majoritairement peuplée de Malais musulmans, mais avec une forte minorité de Chinois. Avant 1965, les Chinois étaient aussi nombreux que les Malais, en Malaisie. Les deux parties n'arrivaient pas à s'entendre pour le partage du pouvoir entre Chinois et Malais, d'autant plus que les Malais étaient favorables à un régime monarchique, alors que les Chinois voulaient un régime républicain, ce qui laissait présager une grave guerre civile ethnique, expliquant largement le retrait de Singapour, en 1965.
En mai 1969, des émeutes interethniques causent des centaines de morts dans la communauté chinoise et conduisent le gouvernement à instaurer la politique des « Malais d’abord ». Cette politique octroie des mesures préférentielles aux Bumiputras, les citoyens « autochtones » d’ethnie malaise.
Mahathir Mohamad est à l'origine de plusieurs projets économiques : le constructeur automobile Proton ; le circuit de Formule 1 ; les tours jumelles de Petronas, les tours jumelles les plus grandes au monde (, ), et le bâtiment le plus grand du monde de 1997 à 2003, qui sont devenus les symboles de la Malaisie moderne. Les tours Petronas peuvent résister à un séisme de magnitude 7,2 sur l'échelle de Richter ; l’aéroport international de Kuala Lumpur inauguré en 1998 ; la nouvelle capitale Putrajaya ; la nouvelle capitale de l'informatique et du multimédia, Cyberjaya.
Fortement frappée en 1997 par la crise monétaire (le PIB s'effondre de 7 %), la Malaisie choisit, à la différence des pays voisins de rejeter les recommandations du FMI et d'adopter une politique protectionniste. L’économie malaisienne se relève beaucoup plus rapidement que les économies indonésienne ou thaïlandaise, avec une croissance de 5,4 % en 1999 et de 8 % en 2000.
Le sujet de la corruption est très sensible en Malaisie, notamment depuis le scandale 1MDB qui, en 2018, a contribué à la chute de l'ex-Premier ministre malaisien Najib Razak, inculpé pour corruption. Le principal chef d'orchestre de ce scandale, l'homme d'affaires Jho Low n'a toujours pas été arrêté par les forces de l'ordre et habiterait en Malaisie même. Le fait que Razak ait été finalement envoyé en prison en 2022, et l'arrivée au pouvoir de Anwar Ibrahim cette même année avec la promesse de s'attaquer au fléau, font espérer un changement dans les mentalités.
Politique
Partis politiques De son indépendance en 1957 jusqu'en 2018, la Malaisie est dirigée par une même coalition dominante, le Barisan Nasional (BN), qui se place dans une idéologie diverse (droite, centre, multi-ethnique, nationaliste et islamique) au travers des différents partis qui la composent. Cette coalition est dominée par l'Organisation nationale des Malais unis (UMNO) qui est un parti de droite se positionnant en faveur du nationalisme malaisien et de son idéologie islamique. Le BN est composé de partis communautaires dont trois nationaux.: l'Organisation nationale des Malais unis (UMNO) ; l'Association des Chinois de Malaisie (MCA) ; le Malaysian Indian Congress (MIC).
Les autres partis représentent principalement des communautés ethniques de Sabah et de Sarawak.
Le Pakatan Harapan (PH) dirige le pays depuis 2022. Il œuvre pour une diversification de la scène politique à travers le développement de diverses listes qui intégreraient une plus large population malaise sur le plan ethnique.. Il est composé du Parti d'action démocratique (DAP) et du Parti Keadilan Rakyat (PKR), tous deux de centre gauche. Le Parti Islam Se-malaysia (PAS) fait également partie de la coalition mais se place dans une idéologie centriste et islamiste.
Système politique vignette|Ibrahim Ismail, roi de Malaisie depuis 2024. vignette|Anwar Ibrahim, Premier ministre de Malaisie depuis 2022. La Malaisie est une monarchie parlementaire fédérale. L'annexe 9 de la Constitution adoptée en 1957 définit les domaines de compétences législatives, exclusives ou partagées de la fédération et des États..
Dans le pouvoir exécutif malais, le chef de l'État n'est pas un monarque héréditaire mais un sultan aussi considéré comme le « souverain suprême ». ou « roi » élu pour une période de cinq ans selon la tradition. S'il le désire, il a la possibilité de prolonger ce mandat. Le sultan est élu par le Conseil des sultans (CDS) qui se compose du souverain lui-même, du Premier ministre, des 9 sultans de Malaisie et des 4 gouverneurs des de la fédération. Le CDS a le pouvoir de destituer le souverain et protège les droits des sultanats et de l'islam. Le sultan désigné doit obligatoirement être issu d'une des neuf familles royales à la tête des sultanats.
La nomination du gouvernement ainsi que ses pouvoirs s'effectuent comme dans toute monarchie constitutionnelle habituelle. Le roi désigne le Premier ministre parmi les membres de la Chambre des représentants, généralement le leader du parti majoritaire. Le Premier ministre choisit les membres du gouvernement parmi les parlementaires.