vignette|Nature morte avec la Bible, Vincent van Gogh, 1885.

Un canon biblique est un ensemble de textes (livres) faisant partie de la Bible considérés comme saints par les différentes confessions juives ou chrétiennes.

Le terme canon, issu du grec, apparaît avec ce sens au mais le choix des livres a pour l'essentiel déjà été fait depuis des sièclesLe terme canon vient du grec ancien κανών (kanôn), qui signifie “règle” ou “norme”.. Ainsi, chez les juifs, les discussions entre rabbins durent jusqu'au mais, selon certaines théories, c’est au lors du synode de Jamnia que la question se pose et est résolue. Et chez les Samaritains, qui ne reconnaissent que les cinq premiers livres de la Bible, le choix est encore plus ancien. En revanche, dans les Églises chrétiennes, si un consensus est établi au , cela n'empêche pas qu'il existe des différences entre les Églises latines et celles d'Orient. Et lorsque Martin Luther s'oppose à la papauté, le problème de la sélection des livres qui appartiennent au canon se pose de nouveau. Il faut donc attendre le pour qu'une liste close s'impose dans l'Église catholique et chez les protestants.

Le nombre de livres est différent pour chacune des religions qui reconnaissent la Bible comme la parole de Dieu. Les Samaritains n'acceptent que les cinq premiers livres de l'Ancien Testament. Les juifs en comptent 24. Toutes les Églises chrétiennes y ajoutent les livres du Nouveau Testament. L'Église catholique considère aussi comme inspirés sept livres deutérocanoniques qui font partie de l'Ancien Testament. Les autres Églises, exceptée l'Église orthodoxe tewahedo, n'ont pas de canon fermé décidé par une autorité religieuse et c'est plus la coutume qui fait que le canon catholique, avec les livres deutérocanoniques, est adopté, parfois en y ajoutant quelques autres livres, considérés comme apocryphes par les catholiques et les protestants. L'Église orthodoxe tewahedo est la seule à ajouter aussi des livres au Nouveau Testament.

Étymologie et premières utilisations du terme vignette|180px|icône représentant Athanase d'Alexandrie|alt=icône représentant un homme chauve avec une barbe et une moustache blanche, vêtu d'habits religieux et montrant de la main gauche un livre ouvert. Le mot canon, introduit en ancien français avec « cane » en 1119 par Philippe de Thaon, voir sens ., est issu du mot latin qui l'avait lui-même emprunté au grec ancien , un terme désignant d'abord une ou – utilisée afin de maintenir un alignement ou de mesurer, et désignant ensuite par métaphore un « modèle, une règle (pour les mesures) » et un « principe »... Le grammairien et helléniste français Pierre Chantraine donne au mot grec une origine sémitique et le rapproche de l'hébreu qanē (une canne à mesurer), et de l'akkadien qanu. Plus anciennement encore, les termes sémitiques viendraient du sumérien gin...

Au , le mot grec acquiert un sens figuré en désignant l'ensemble des livres de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament reconnus par l'Église. Le mot est utilisé en ce sens pour la première fois en 363, au concile de Laodicée dans les canonsLe mot canon signifie ici une règle adoptée par une Église. 59 et 60 (concile régional). Cependant, la liste des livres canoniques du canon 60 est mise en doute par certains universitaires car elle n'apparaît pas dans tous les manuscrits.. Le terme est repris quelques années après, en 367, par Athanase d'Alexandrie dans sa Lettre festaleLa lettre festale est un écrit envoyé par l'évêque aux fidèles de son diocèse à l'occasion de la fête de Pâques et dans laquelle il leur transmet des consignes.. Athanase y désigne sous le nom de canon l'ensemble des livres reconnus par l'Église comme étant inspirés par Dieu..

Un livre mais plusieurs canons

Textes présents La Bible est reconnue comme un ouvrage saint par les juifs et par les Églises chrétiennes mais la liste des livres qui en font partie diffère et, même dans la chrétienté, il existe des désaccords. La différence la plus significative entre la Bible juive et la chrétienne est, dans cette dernière, l'ajout du Nouveau Testament. Cependant, d'autres textes antérieurs à l'apparition du christianisme se retrouvent dans le canon chrétien mais pas dans l'hébraïque. Ces textes sont appelés deutérocanoniques par les catholiques et les orthodoxes et apocryphes par les protestants.. Par ailleurs, l'ordre et le classement des textes varient entre les deux traditions. La Bible hébraïque appelée Tanakh est divisée en trois parties : La Torah (Loi), les Nevi'im (Prophètes) et les Ketouvim (Écrits). La traduction grecque de la Bible hébraïque, la Septante, comprend quatre parties : le Pentateuque (équivalent de la Torah), les livres historiques, les hagiographes et les livres des prophètes. Cet ordre chrétien est ordinairement expliqué par la volonté de voir les textes des prophètes comme des annonces de la venue du Christ.. Enfin, des livres sont cités dans la Bible mais ne font pas partie du canon et ont disparu..

Textes du canon Réécritures La canonicité d'un ouvrage n'implique pas que son texte soit immuable. À partir du quatrième siècle avant notre ère, les textes du Tanakh commencent à former un canon. Cela signifie que parmi les livres qui peuvent circuler, certains se voient attribuer une valeur unique. Le texte qui les compose se stabilise. Cela change entre le troisième et le premier siècle avant notre ère, quand certains textes connaissent des réécritures importantes.. C'est le cas pour la Torah samaritaine qui diffère sur plusieurs points de celle des Hébreux.. Et pour cette dernière, des ont changé des parties de texte.. D'autres réécritures ont lieu par la suite. Ainsi, les livres qui forment un canon ouvert sont disponibles avec des versions multiples, comme le montrent les manuscrits de la mer Morte et les différences entre le texte de la Septante et les manuscrits qui circulent en Judée.

Traductions

Jusqu'au troisième siècle avant notre ère, la Bible existe seulement en hébreu. À Alexandrie où une importante communauté juive s'est installée, une traduction en grec, nommée la Septante, est faite à cette époque. Les livres retenus sont ceux qui encore de nos jours constituent le canon hébreu. Cependant, d'autres livres, appelés deutérocanoniques, sont par la suite traduits et ajoutés à la Septante. Selon les époques, les juifs célèbrent ou rejettent cette traduction de la Bible, mais ils n'acceptent jamais les textes grecs. En effet, dans le judaïsme, une traduction doit toujours être mise en regard du texte hébreu qui est la langue dans laquelle la Torah a été révélée. Ce n'est qu'à partir de ce texte qu'il est possible de comprendre vraiment le message divin. Dès lors il est impossible qu'un texte soit inspiré par Dieu dans une autre langue que l'hébreu.. Cette traduction en grec est au contraire retenue par l'Église, d'autant que, le Nouveau Testament étant écrit en grec, la question de la langue pour l'Ancien Testament ne se pose pas .. Entre le premier et le deuxième siècle de notre ère, des traducteursCe sont les traducteurs dits car Origène dans son ouvrage Hexaples réunit leur travail. reprennent le texte de la Septante et le corrigent pour qu'il soit plus proche du texte prémassorétique, c'est-à-dire le texte biblique avant la mise en place des signes permettant sa meilleure lecture.

Le canon de la Septante accepté par les chrétiens se compose de quatre parties : la première nommée Pentateuque correspond au Tanakh et est constituée de la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome.

Viennent ensuite les « Livres historiques » avec le Livre de Josué, les Juges, Ruth, le premier et le deuxième Livre de Samuel (appelés aussi I-II Règnes), le premier et le deuxième Livre des Rois (III-IV Règnes), le premier et le deuxième Livre des Chroniques (appelés parfois I-II Paralipomènes), Esdras, Néhémie, EstherAvec des ajouts en grec non reconnus par les juifs et les protestants., Tobie, JudithLivre deutérocanonique., le premier et le deuxième Livre des Maccabées. Cet ensemble qui ne correspond à rien du canon juif reprend la partie des Nevi'im appelée Prophètes antérieurs, des livres qui sont dans les Ketouvim et enfin des livres deutérocanoniques.

La troisième partie nommée « livres hagiographiques » ou « livres sapientiaux » est basée sur les Ketouvim avec les livres de Job, des Psaumes, des Proverbes, de l'Ecclésiaste et du Cantique des cantiques. Sont ajoutés deux livres deutérocanoniques : le Livre de la Sagesse et le Siracide.

Enfin les livres des prophètes rassemblent Isaïe, Jérémie, Lamentations, Baruch, Ézéchiel, Daniel et les « douze petits Prophètes » : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachie.

Lorsque les Églises protestantes apparaissent au , le texte de la Bible à garder devient une question importante. Le choix va se porter rapidement vers un retour au texte hébreu pour l'Ancien Testament et un abandon de la liste de la Septante. De ce fait les livres deutérocanoniques sont exclus. D'une part, cela permet de retirer des parties incompatibles avec la théologie protestante comme l'existence du Purgatoire qui pourrait être inférée des versets 43 à 45 du douzième chapitre du deuxième Livre des Maccabées et d'autre part cela s'accorde avec la théorie de la Sola scriptura.

Canon de la Bible hébraïque Le concept de canon hébraïque Chez les juifs, l'idée de constituer un canon n'existe pas jusqu'au premier siècle de notre ère. L'auteur juif Flavius Josèphe dans son ouvrage Contre Apion, écrit à la fin du , explique qu'il n'existe que qui racontent l'histoire des Hébreux et que ceux-ci sont rassemblés en trois groupes. : les cinq livres de la Torah, les treize livres prophétiques et les quatre livres d'hymnes ou de préceptes (les Psaumes, le Cantique des cantiques, les Proverbes et Qohélet).. Ce nombre n'est d'ailleurs pas en accord avec l'Apocalypse d'Esdras qui date de la même époque et qui compte comme c'est encore le cas de nos jours.. Il n'est cependant pas question d'un canon définitif. En effet, chez les prêtres, si la Torah n'est jamais remise en cause, en revanche les textes prophétiques ne sont pas toujours mis dans le même ordre et la présence de certains des Ketouvim est discutée. Parmi ces derniers, les Proverbes, le Cantique des cantiques et Qohélet sont sujets à des discussions tout comme le Livre d'Esther qui est un livre prophétique. Les disputes pour savoir si ce sont des livres acceptables ont lieu dans les cercles lettrés mais il semble que ces textes soient bien diffusés chez le peuple juif. C'est justement parce qu'ils sont lus que les sages essaient de voir s'ils sont des livres inspirés.

L'idée d'un canon de la Bible hébraïque ne s'impose qu'après l'assemblée de Yabneh aussi appelée synode de Jamnia, c'est-à-dire à la fin du , après la destruction du Second Temple par les Romains.. Auparavant, le concept d'une liste close complète et définitive est inconcevable.. En effet, les différents courants du judaïsme - Sadducéens, Esséniens, juifs hellénisés - ont des avis divergents sur la liste des livres qui reprennent vraiment le message divin..

Théories anciennes abandonnées Élie Lévita en 1538 explique comment selon lui le canon juif s'est imposé. En , Esdras et la Grande Assemblée auraient établi le canon du Tanakh et divisé celui-ci en ses trois parties. Ce canon aurait exclu tous les livres deutérocanoniques et aurait été accepté par l'ensemble des juifs. Cette hypothèse est la plupart du temps acceptée jusqu'au ..