Henri Aigueperse ( - ) est un instituteur syndicaliste et résistant français.

Secrétaire général du Syndicat national des instituteurs (SNI), alors affilié à la Confédération générale du travail (CGT), au moment de la scission de 1948 entre CGT et Force ouvrière, il est l'un des principaux artisans du passage du SNI et de la Fédération de l'Éducation nationale (FEN) à l'autonomie.

Bien qu'il ait cessé son mandat de secrétaire général en 1952, il est une autorité morale incontestée au sein du SNI et de la FEN jusqu'à son décès.

Les années de jeunesse... et de genèse militante Henri Aigueperse naît à Saint-Méard (Haute-Vienne) le dans une famille modeste : son père, menuisier-charpentier, exploite cinq à six hectares de terre. Après sa scolarité primaire dans sa commune de naissance, il est élève de l'école primaire supérieure de Saint-Léonard de 1915 à 1918, année où il est reçu au concours d'entrée de l'école normale d'instituteurs de Limoges. De 1923 à 1927, il exerce comme instituteur dans plusieurs écoles rurales. C'est alors qu'il est nommé à Limoges, où il restera jusqu'en 1945 avant de rejoindre l'équipe nationale du Syndicat national des instituteurs (SNI) à Paris.

Tout jeune instituteur, il adhère au SNI (« le S.N. » — comme « Syndicat national », comme on disait avant-guerre) en 1921, mais un an plus tard il adhérera également à la Fédération unitaire de l'enseignement (FNE) (qui sera affiliée à la Confédération générale du travail unitaire (CGTU) tandis que le « S.N. » obtiendra son affiliation à la CGT de Léon Jouhaux en 1925).

C'est ainsi qu'il organise en 1931 le congrès de Limoges de la CGTU, mais qu'il est élu de 1935 à 1937 secrétaire de la section départementale de Haute-Vienne du SNI. La double affiliation était tolérée à l'époque dans la Haute-Vienne, les deux organisations ne se faisant pas concurrence ( à l'Amicale devenue le SNI, entre 20 et 30 à la fédération unitaire). Dans les premières années, Henri Aigueperse milita essentiellement au sein de la fédération unitaireBien qu'affiliée à la CGTU, la Fédération unitaire de l'enseignement" y était oppositionnelle à la direction confédérale dominée par le parti communiste. Les « unitaires » de l'enseignement avaient une direction d'orientation anarcho-syndicaliste ou syndicaliste révolutionnaire (Louis Bouet, Maurice Dommanget...), et les communistes y constituaient une minorité. Une troisième tendance, la Ligue syndicaliste comptait des militants proches de Pierre Monatte et de la revue la Révolution prolétarienne. Elle voulait œuvrer, hors références à un parti politique, à la réunification syndicale et comptait des militants comme Josette et Jean Cornec (parents du futur président de la FCPE, ainsi que Joseph Rollo. C'est de cette tendance, dont les principaux militants rejoignirent le SNI au début des années 1930, qu'Henri Aigueperse se sentait le plus proche..

L'organisation même du congrès de la Fédération CGTU de l'enseignement de 1931 et la vigueur des luttes de tendances furent décourageantes pour Henri Aigueperse. Dès lors, il consacre l'essentiel de son activité à la section départementale. En 1934, le SNI appelle à la grève du lancée par la CGT à la suite de l'émeute du 6 février 1934. Cette grève est suivie par une majorité de militants, mais pas (ou peu) par les dirigeants de la section départementale qui sont désavoués. De nouvelles élections syndicales ayant eu lieu, une nouvelle direction se met en place et, en 1935, Henri Aigueperse est élu secrétaire départemental jusqu'en 1937 dans un souci de rotation militante (c'est son cadet Charles Martial qui lui succède). C'est ainsi qu'il vit la réunification syndicale de 1935.

La guerre et la Résistance En 1939, Henri Aigueperse est mobilisé mais rendu rapidement à la vie civile en raison de son âge et de ses charges de famille. Le gouvernement du maréchal Pétain s'étant installé à Vichy, Limoges apparaît comme un lieu commode de contact, en zone « non occupée », pour des rencontres clandestines entre responsables nationaux du SNIAndré Delmas, secrétaire général du SNI jusqu'à la guerre dans Mémoires d'un instituteur syndicaliste. On sait qu'André Delmas, après avoir été jusqu'à rencontrer Pétain pour protéger les instituteurs menacés par le nouveau régime, s'est de fait abstenu de toute action pendant la guerre, ce qui avait justifié sa mise à l'écart à la Libération sans qu'aucun acte de collaboration ne lui soit pour autant imputable.. Aigueperse a ainsi accueilli à plusieurs reprises Marie-Louise Cavalier et Georges Lapierre, membres du Bureau national d'avant-guerreMarie-Louise Cavalier siégea au Bureau national d'après-guerre et refusa d'accepter le secrétariat général du syndicat faute d'avoir obtenu l'unanimité requise par elle. Georges Lapierre, créateur de la revue l'École libératrice, fondateur de la La Jeunesse au plein air (JPA), responsable du SNI clandestin et membre du réseau de Pierre Brossolette, mourut en déportation en mars 1945, tout comme Joseph Rollo qui lui succéda..

Henri Aiguerperse est suspect aux autorités de Vichy mais s'engage dans le groupe de résistance « Action ouvrière », lui-même intégré aux Mouvements unis de la Résistance (MUR) sans même que la famille le sache. Avec d'autres syndicalistes limougeauds, il s'attache à préserver une structure syndicale clandestine, ce qui permet de reconstituer l'union départementale CGT (dont il fut secrétaire général adjoint) dès 1944. Parallèlement, à la Libération, il assume, avec le titre de secrétaire général et à la demande du nouveau commissaire de la République, la direction du Comité départemental de libération de Haute-Vienne. Au printemps 1944, il entre au Bureau national clandestin du SNI.

Dès la Libération, il rejoint officiellement le bureau provisoire du SNI autour de Senèze (militant du Puy-de-Dôme, secrétaire général du SNI à la Libération et futur secrétaire général de la Ligue de l'enseignement, Marie-Louise Cavalier, René Bonissel et Juliette Harzelec (militants de la Seine) et René Vivès (responsable avant-guerre de l'« éducation sociale »). Le bureau provisoire n'est complété que fin 1945 après le retour des prisonniers et les survivants des camps. Ainsi s'achève la période limousine d'Henri Aigueperse.

Le responsable national du SNI L'organisation mise en place Les militants du bureau national qui ne s'étaient plus manifestés depuis 1940 ou ont atteint l'âge de la retraite (les statuts prévoyant qu'il faut être en activité) sont remplacés par de nouveaux membres cooptés (ce qui sera le cas d'Henri Aigueperse) en maintenant la représentativité des courants d'avant-guerre : ex-confédérés qui constituent la majorité (ultérieurement dénommée majorité autonome ou Autonomes après 1948, puis UID à la fin des années 1960) ; militants communistes ou proches de leur tendance (ce qui deviendra la tendance Unité et Action) ; « Amis de l'École émancipée », revue créée en 1910La revue École émancipée et la tendance correspondante existent toujours, mais l'héritage historique de l'ÉÉ de l'époque peut être revendiqué plus largement, notamment mais pas exclusivement par diverses tendances de l'actuelle FSU.. Dans le Bureau national mis en place, Aigueperse est chargé des questions sociales. Il est l’initiateur du rapport sur la création de la Mutuelle générale de l'Éducation nationale (MGEN), présenté par Marcel Rivière au congrès de Grenoble (1946) du SNI, Henri Aigueperse étant entre-temps devenu secrétaire général du Syndicat. C'est lui qui négocie le décret du créant les sections départementales de la MGEN.

Le premier congrès régulier du SNI se tient à Noël 1945 à Montreuil-sous-Bois. Le Syndicat compte adhérents (contre en 1938-1939). Le Conseil national (qui regroupe les secrétaires départementaux) élit le Bureau national selon les règles en vigueur avant-guerre et le bureau élit en un nouveau secrétaire général (Aigueperse) et un secrétariat.

Henri Aigueperse est élu à l'unanimité secrétaire général après avoir été lui-même surpris de la proposition faite par ses amis lors de la réunion préparatoire de la majorité. Le SNI ne dispose alors que de quatre permanents. René BonisselRené Bonissel, ancien normalien d'Auteuil, militant de la section de la Seine du SNI, peut être regardé comme le fils spirituel de Georges Lapierre dont il fut le successeur à l'École libératrice mais également, après sa retraite, comme secrétaire général de la Jeunesse au plein air (JPA). est chargé de l'École libératrice, l'hebdomadaire du Syndicat créé sur l'initiative de Lapierre en 1929, avec ses deux parties syndicale et pédagogique. Eugène Jacquemard, figure militante de la Seine d'avant-guerre et retraité, est trésorier. Jacquemard et Senèze, qui prennent leur retraite en 1947, sont remplacés par Pierrette Rouquet et Clément Durand qui, pendant plus de vingt ans sera le responsable laïque du Syndicat.

Henri Aigueperse assume donc directement la responsabilité des affaires corporatives. Il sollicite des membres du Bureau national non permanents. Denis Forestier, responsable de la section du LotDenis Forestier lui succèdera au secrétariat général du SNI de 1954 à 1962. Il sera le second président de la MGEN après Marcel Rivière. l'assistera sur ce dossier. Marcel Rivière est chargé de la sécurité sociale en pleine création, alors que des incertitudes planent sur l'appartenance des fonctionnaires au nouveau régime (il faudra attendre le statut de la fonction publique de 1946) et que la protection sociale des instituteurs est éclatée en une multitude de mutuelles locales. C'est Marcel Rivière qui présentera le rapport sur la sécurité sociale du congrès de Grenoble de 1946 conduisant à la création d'une Mutuelle unique (donc une mutuelle « générale ») dont il assumera la présidence : la MGEN.

Trois enjeux syndicaux majeurs : reclassement, laïcité, sécurité sociale Le reclassement Malgré l'euphorie de la Libération, la situation reste difficile pour les travailleurs, les fonctionnaires en particulier et notamment les instituteurs. Henri Aigueperse, qui sera au sein des fonctionnaires CGT l'un des principaux négociateurs du statut Thorez de 1946 (qui reconnaît pour la première fois légalement le droit syndical aux fonctionnaires de l'État), devra mener un combat très rude — y compris au sein des fonctionnaires CGT (notamment contre la fédération des Finances) — sur le reclassement des instituteurs dans la nouvelle grille indiciaire qui doit être élaborée. Ce dossier est d'ailleurs à l'origine d'une grève isolée de trois semaines de la seule section départementale de la Seine en . Ce mouvement particulier s'arrête après une grève nationale décidée pour le par l'UGFF-CGT à la demande de la FEN.

Le paraît le décret fixant la grille de reclassement. Le système mis est place diffère totalement de ce qui existait auparavant. Aux traitements exprimés en « francs courants » se substitue un système d'indices de rémunération respectant en principe des parités selon le niveau de recrutement, la valeur du point d'indice permet une augmentation pour tous, plus simple (administrativement) à régler qu'en modifiant les décrets sur les rémunérations de chacun des 2000 corps existants. Les retraités par le biais de la péréquation (fondée sur l'indice lié au grade et à l'échelon) en bénéficient également (le nouveau Code des pensions civiles et militaires est adopté en 1948). Restent évidemment en débat la valeur de l'indice 100 (qui détermine les autres calculs) et la part prise notamment par l'indemnité de résidence qui n'entre pas en compte dans le calcul de la pension.

L'architecture des traitements et des pensions évoluera, mais les principes posés en 1946 auront déterminé le cadre structurant des pensions jusqu'à la réforme des retraites dite « Raffarin-Fillon » de 2003 et des rémunérations des fonctionnaires en activité pour une large part jusqu'à aujourd'hui.

La défense de l'École laïque