Les manifestations de Tian'anmen se déroulent entre le et le sur la place Tian'anmen à Pékin, la capitale de la république populaire de Chine. Elles se concluent par une vague de répression, parfois englobée sous l'expression de massacre de la place Tian'anmen.
Cet événement politique, le plus important de l'après-révolution culturelle, prend la forme d’un mouvement d'étudiants, d'intellectuels et d'ouvriers chinois qui dénoncent la corruption et demandent des réformes politiques et démocratiques. La contestation s'étend à la plupart des grandes villes, comme Shanghai, et aboutit à Pékin à une série de grandes manifestations et de grèves de la faim organisées sur la place Tian'anmen. Après plusieurs tentatives de négociation, le gouvernement chinois instaure la loi martiale le et fait intervenir l'armée le .
La répression du mouvement provoque plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de morts, et de nombreuses arrestations dans les mois suivants. Plusieurs dirigeants politiques favorables au mouvement sont limogés et placés en résidence surveillée, notamment le secrétaire général du Parti communiste chinois, Zhao Ziyang. Le gouvernement expulse les journalistes étrangers et contrôle strictement la couverture de l’événement par la presse chinoise. À l'étranger, la répression provoque une condamnation générale du gouvernement chinois..
Les manifestations de Tian'anmen ont été un moment critique dans l'histoire moderne de la Chine. Les réformes politiques de la Chine, lancées par Deng Xiaoping et Zhao Ziyang à partir de 1986 ont échoué et se sont terminées de façon spectaculaire, entraînant notamment la destitution de réformistes comme Zhao... Le programme « Réforme et ouverture » s'est arrêté après les manifestations et n'a repris qu'après la tournée d'inspection de Deng Xiaoping dans le Sud en 1992...
Dénomination En Chine, ce mouvement social, le plus important de l'après-révolution culturelle., est connu sous le nom de () ou simplement (). Cette désignation est calquée sur celle de deux autres manifestations : celle du (nommée le ) et celle du (le ). Cependant, le terme officiel utilisé par le gouvernement de la république populaire de Chine est ().
Autres désignations : (), () ou encore (). En France, on parle également de , par analogie avec le Printemps des peuples ou avec le printemps de PraguePRINTEMPS DE PÉKIN (1989)..
L'expression « » étant taboue et censurée, les internautes chinois en ont inventé une autre, « 35 mai », pour contourner cette censure chinoise de l'Internet..
Origines du mouvement Boluan Fanzheng
vignette|Deng Xiaoping. À partir de la fin des années 1970, la république populaire de Chine est dirigée par Deng Xiaoping, qui a su placer ses fidèles à la tête du PCC et de l'État. À la fin des années 1970, Deng Xiaoping a lancé le programme « Boluan Fanzheng » (en chinois : 拨乱反正) qui tentait de corriger les erreurs de la révolution culturelle..
Réforme et ouverture
Deng Xiaoping a lancé le programme « Réforme et ouverture » à la fin de 1978. Deng a notamment convaincu le PCC de moderniser le pays en lançant les (industrie, agriculture, sciences et technologies et défense nationale) et en ouvrant le pays aux investissements étrangers..
Au premier semestre de 1986, Deng a appelé à plusieurs reprises à la relance des réformes politiques, car de nouvelles réformes économiques étaient entravées par le système politique d'origine, et le pays avait connu une tendance croissante à la corruption et aux inégalités économiques...
Zhao Ziyang, un réformiste de premier plan, a été nommé par Deng pour prendre en charge les réformes politiques depuis 1986.
En 1989, ce climat politique relativement ouvert encourage des professeurs de l’enseignement supérieur, des intellectuels et des étudiants à réclamer la , celle de la démocratie et du multipartisme, déjà réclamée lors du printemps de Pékin (1979). Ces intellectuels sont également influencés par la glasnost mise en œuvre en URSS par Mikhaïl Gorbatchev.. Des étudiants dénoncent l’insécurité qui règne sur les campus, le manque de débouchés et le népotisme, en faveur des enfants des membres du Parti.. Des enseignants regrettent de ne pas être mieux payés. Des pétitions circulent qui réclament la libération des prisonniers politiques.
Vivement réprimées à l'origine, ces idées reçoivent, vers le milieu des années 1980, un accueil plus favorable de la part des réformistes proches de Deng Xiaoping, notamment Hu Yaobang et Zhao Ziyang, secrétaire général et Premier ministre chinois jusqu'en 1987.
Conflit interne au sein du Parti communiste À l'intérieur du Parti communiste chinois, deux lignes s'affrontent à la fin des années 1980. Derrière Deng Xiaoping, ses alliés demandent une accélération des réformes, tant économiques que politiques. À l'opposé, et face à la montée de l'inflation provoquée par la libéralisation des prix, les adversaires traditionnels de Deng Xiaoping, notamment l'économiste Chen Yun, prônent un arrêt des réformes, voire un retour au contrôle de l'État. Jusqu'en 1986, Deng Xiaoping s'entoure principalement de réformistes, notamment Hu Yaobang et Zhao Ziyang. Cependant, les manifestations étudiantes de 1986-1987 renforcent les partisans d'un arrêt des réformes et poussent Deng Xiaoping à limoger Hu Yaobang., alors secrétaire général du Parti, et à prendre comme Premier ministre Li Peng., un protégé de Chen Yun.
L'ancien Premier ministre, Zhao Ziyang, proche de Hu, prend la tête du Parti. La direction chinoise se trouve alors divisée entre deux tendances : réformistes (avec Zhao) et conservateurs (avec Li). Les dissensions entre ces deux groupes jouent un rôle déterminant dans le mouvement de 1989. Ces divergences au sommet se retrouvent également à l'intérieur de la société. La seconde moitié des années 1980 voit une accélération de l'inflation et une augmentation du chômage., situation qui oppose des ouvriers, souhaitant un retour à l'ancien système, à plusieurs intellectuels, qui, eux, souhaitent une accélération des réformes.
Mouvement démocratique chinois Dans les années 1970, la jeunesse chinoise exprime sa . comme lors du manifeste de Canton contre la révolution culturelle en 1974 ou lors du Printemps de Pékin en 1978 et son mur de la Démocratie.
Plusieurs mouvements semblables aux manifestations étudiantes de 1989 se déroulent en 1983, 1985, puis au cours de l'hiver 1986-1987..
Au-delà des demandes de réformes politiques, les principales revendications portent alors sur la liberté d'association (création de syndicats étudiants indépendants) et sur la transparence (notamment sur les revenus des cadres et de leur famille).
Manifestations Déclenchement : mort de Hu Yaobang vignette|upright=1.2|La place Tian'anmen en 2004.
L'ancien secrétaire général du Parti communiste chinois, Hu Yaobang, limogé en 1987, meurt le , des suites d'une crise cardiaque.. Il est admiré pour le courage dont il a fait preuve à la fin de la révolution culturelle et le rôle qu'il a joué dans les réformes. Des manifestations spontanées ont lieu dans tout le pays et le gouvernement organise en son honneur des funérailles nationales le ..
Les 16 et , d'autres rassemblements spontanés se font jour place Tian'anmen, demandant la réhabilitation politique de Hu Yaobang. Le 18, quelques milliers d'étudiants et de civils se rendent sur la place, où ils organisent un sit-in devant le Grand Palais du Peuple (l'assemblée nationale). C'est la première grande manifestation. Un seul journal national, le Quotidien des Sciences et Technologies () en rend compte le lendemain. Le dans la soirée, quelques milliers d'étudiants tentent de pénétrer au Zhongnanhai, lieu de résidence du gouvernement. Ils sont repoussés par la police. Les campus se couvrent d’affiches réclamant la poursuite des réformes et critiquant Deng Xiaoping.
Dans la nuit du 21 au , veille des funérailles officielles de Hu Yaobang, quelque se dirigent vers la place Tian'anmen, où ils s'installent, avant qu'elle ne soit bouclée par la police. L'important rassemblement, interdit par les autorités, a lieu devant le monument aux héros du peuple. Une délégation demande à assister aux obsèques. À Pékin, ces rassemblements sont pacifiques, mais apparaissent des slogans réclamant une réforme politique, reprenant en cela ceux des manifestations de 1986-1987, qui avaient provoqué la chute de Hu Yaobang. Le , les étudiants demandent à voir Li Peng, considéré comme le rival de Hu Yaobang. Le même jour, des manifestations dégénèrent en province à Xi'an et Changsha..
À Shanghai, le , le (), magazine proche des réformistes, prépare pour son numéro à paraître le un dossier consacré à Hu Yaobang, dans lequel un article de Yan Jiaqi doit rendre compte de la manifestation du à Pékin, et demander une réévaluation du limogeage de Hu.
Le , un responsable du parti communiste de Shanghai demande à son rédacteur en chef, Qin Benli, de modifier ou supprimer cet article. Comme celui-ci refuse, il se tourne vers le secrétaire du Parti, Jiang Zemin, qui intervient alors pour le faire interdire. Entretemps, quelques exemplaires sont diffusés, les autres paraissant avec une page blanche. En représailles, l'éditeur en chef est limogé, et le magazine est mis sous tutelle du parti communiste de Shanghai.
Cortèges de protestation et grève de la faim vignette|Une photo prise le de Pu Zhiqiang, alors étudiant, manifestant à Tiananmen. Le , un éditorial du Quotidien du Peuple. qualifie les manifestations étudiantes de , fait d'un « très petit nombre ». Toute nouvelle manifestation est interdite. Dès le soir du 26, l'agitation est forte dans les universités de la capitale, notamment à l'université de Pékin et à l'université Renmin de Chine. Les étudiants refusent la tutelle des associations universitaires, qui sont entre les mains du Parti communiste chinois, fondent leur propre association autonome et se choisissent des représentants.
Les jours suivants, de grandes manifestations ont lieu à Pékin. Le , elles rassemblent quelque . Le mouvement dénonce pêle-mêle la corruption, les inégalités sociales et l'absence de libertés. Il s'étend également en province, et se développe lorsque les ouvriers le rejoignent, afin de remettre en cause la corruption du régime et de protester contre l’inflation, le chômage et le luxe, dans lequel vivent les cadres du PCC.
Le , la manifestation commémorative du Mouvement du 4 Mai se mêle à celle des étudiants et se déroule dans le calme et la bonne humeur. D’autres grandes manifestations s'organisent dans les grandes villes du pays comme Ürümqi, Shanghai et Chongqing.
Plus tard, le mouvement touche Hong Kong, Taïwan et les communautés de la diaspora chinoise en Amérique du Nord et en Europe. Peu après, le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev doit effectuer à Pékin sa première visite en tant que chef d'État, ce déplacement entraîne la présence de nombreux journalistes étrangers, venus couvrir le moment historique. La visite tourne court. Pire, Gorbatchev doit être escorté par des chemins détournés pour éviter qu'il ne voie les manifestations..
Le , les étudiants entament une grève de la faim illimitée sur la place Tian'anmen, grève qui finira par concerner plus de ..