Le Suricate (Suricata suricatta) est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Herpestidés et le seul représentant actuel du genre Suricata. Cette petite mangouste de la sous-famille des Mungosinae est présente dans les régions arides d’Afrique australe, principalement en Afrique du Sud, en Namibie, au Botswana et dans le sud-ouest de l’Angola, où elle fréquente les savanes sèches, les plaines ouvertes et les zones semi-désertiques.

Reconnaissable à son corps élancé, son pelage rayé, son masque facial sombre et sa posture dressée caractéristique, le suricate est un animal essentiellement insectivore, adapté au fouissage grâce à ses longues griffes et à diverses spécialisations anatomiques lui permettant de vivre dans les milieux désertiques. Il mène une vie strictement diurne au sein de groupes familiaux coopératifs, dont l’organisation sociale est parmi les plus élaborées des mammifères. Les individus collaborent notamment pour l’élevage des jeunes, la surveillance contre les prédateurs et l’entretien de vastes réseaux de terriers, faisant du suricate un modèle d’étude majeur en éthologie et en biologie du comportement social.

Décrit pour la première fois par Johann Christian Daniel von Schreber en 1776 sous le nom de Viverra suricatta, puis placé dans son genre actuel par Anselme Gaëtan Desmarest en 1804, le suricate possède une histoire taxonomique complexe marquée par de nombreux synonymes et changements de classification. Des fossiles attribués à l’espèce sont connus depuis le début du Pléistocène inférieur, et les analyses phylogénétiques montrent que sa lignée s’est séparée de celle des autres Mungosinés il y a environ 22 à 16 millions d’années.

Classé en catégorie « préoccupation mineure » par l’UICN, le suricate demeure globalement commun dans son aire de répartition, bien que les changements climatiques, en particulier l’augmentation des températures extrêmes et la diminution des précipitations, constituent désormais les principales menaces pesant sur certaines populations. Espèce emblématique de la faune africaine, il occupe également une place importante dans la culture populaire, notamment grâce au personnage de Timon dans Le Roi lion.

Dénominations Nom scientifique valide : Suricata suricatta (Schreber, 1776) selon : Nom vernaculaire typique et recommandé en français : Suricate ; Noms vulgaires spécifiques : Suricata/ Rhyzaena tetradactyla : Suricate tétradactyle, Suricate à quatre doigts. ; Suricata capensis : Muyshund du Cap ; Surikata vivrrrina : Surikate viverrin ; Mangouste suricate ; Autres noms vernaculaires : Surikate (archaïque) Meerkat (rare, anglicisme) ; Zenik (désuet) ; « Sentinelle du désert. » (épithète)

Étymologies et Morphologies Suricate Le nom vernaculaire Suricate et ses variantes plus anciennes que sont Suricatte, Surikate, le nom de genre Suricata, d’espèce Suricatta et autres synonymes Surikata et Surricata, proviendraient directement d’un nom vernaculaire sud-africain pour désigner l’espèce. Même si certaines sources penchent plutôt sur le fait que le mot Surikate s’était une création de Buffon à partir du mon Meerkat. La graphie actuelle Suricate est apparue au XIXème siècle notamment dans l’Histoire naturelle de Frédéric Cuvier en 1824.

Le nom prend la forme Suricato en italien. En français et en italien, le nom est un substantif masculin, mais en espagnol c’est un substantif féminin.

Meerkat Le mot meerkat provient de la langue afrikaans. L'origine du nom est incertaine, ce qui donne lieu à plusieurs théories, notamment : Le mot provincial néerlandais / familier afrikaans mier signifiant « fourmi » et kat, qui signifie « chat », d'où « chat-fourmi » en référence au fait que le suricate se nourrit de fourmis et de termites. Un nom néerlandais désignant une sorte de singe, qui proviendrait du vieux haut allemand mericazza et serait apparenté au terme hindi similaire मर्कट (markat, « singe »), dérivé du sanskrit. L'origine germanique du mot précède toutefois largement toute connexion connue avec l'Inde. Le nom a été utilisé pour de petits mammifères en Afrique du Sud à partir de 1801, probablement parce que les colons néerlandais l'employaient pour désigner de nombreux animaux fouisseurs.. Par l’influence de l’anglais, dans certaines langues, le nom Meerkat tend à supplanter l’appellation Suricata, c’est le cas en japonais où en 2018 le nom est passé de à .

Rhyzæna Le nom attribué en tant que noms génériques et spécifiques Ryzaena, ainsi que ses synonymes Rizaena, Rysaena, Rhyzæna et synonymes, viendrait du grec ancien rhuzeō signifiant « grogner ».

Taxonomie Histoire pré-linéenne

C’est le naturaliste français George-Louis Leclerc de Buffon qui publia la description du premier spécimen du suricate connu en Europe, acheté en Hollande sous le nom de « surikate ». C’était un animal agréable à vivre, mais qui mourut de froid dès le premier hiver arrivé, Buffon nota cependant que cette espèce se caractérisait par la présence de quatre doigts aux pattes. Cependant, durant la première description de l’espèce, il y eut une confusion sur son origine, Buffon ayant cru à tort d'après les dires d'un marchand qu'il provenait du Suriname.. Par la suite, alerté par une note du naturaliste Arnout Vosmaër basée sur les informations de Ryk Tulbagh, gouverneur du Cap, Buffon corrige cette erreur en 1777 : il rectifie l'origine géographique de l'animal, qu'il attribue désormais à l'Afrique et non à l'Amérique du Sud.. L'explorateur et naturaliste Robert Jacob Gordon a également documenté et dessiné le suricate entre 1777 et 1786 au cours de ses expéditions en Afrique australe, consignant dans ses notes en néerlandais les premières observations notables sur son mode de vie fouisseur, ses griffes adaptées et les appellations locales de l'espèce sous le nom de « Graatje » ou « Garáa » dans la langue khoikhoi, mais son impact reste mineur.

Pierre Sonnerat, dans son Voyage aux Indes orientales et à la Chine (1782), contribue également à la connaissance de l'animal sous le nom de « Zénik des Hottentots », dont il livre une description anatomique détaillée et l'origine sud-africaine.

Histoire taxonomique

vignette|gauche|Illustration du Suricate (Ryzæna tetradactyla) dans Histoire naturelle des mammifères avec des figures originales, coloriées, dessinées d'après des animaux vivans, tome 3, 1824.

vignette|gauche|Illustration d’un suricate tétradactylde (Suricata tetradactyla) en train de chasser un macrocélide dans l’ouvrage Brehm's Life of animals, 1895.

En 1776, Johann Christian Daniel von Schreber décrit un suricate provenant du cap de Bonne-Espérance, en lui attribuant le nom scientifique de Viverra suricatta. Un an plus tard, l’auteur publie un nouveau nom sous celui de Viverra tetradactyla, s’appuyant toujours sur les travaux de Buffon. Cet épithète spécifique en particulier fut extrêmement récurrent au cours de l’Histoire taxinomique de l’espèce. Pendant un temps, le Surikate (Viverra suricatta / tetradactyla) et le Zénik (Mus zenik puis Viverra zenik) furent considérés comme deux espèces distinctes, une vision que l'on retrouve chez Gmelin qui rapproche les deux taxons dans son édition du Systema Naturae de 1788 et 1793 .

Le suricate est d’abord classé dans le genre Ichneumon propre aux mangoustes par Daudin en 1802, mais c’est par Anselme Gaëtan Desmarest que le genre Suricata est créé en 1804 dans le Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle appliquée aux arts, en décrivant également un spécimen en provenance du cap de Bonne-Espérance. Ce genre se distingue par les caractères de sa denture et de sa morphologie. Le suricate se retrouve alors sous des dénominations telles que le suricate ou muyshund du Cap (Suricata capensis).

Plus tard, en 1815, le zoologiste Johann Karl Wilhelm Illiger formalise le genre Ryzaena pour y ranger le suricate, qui sera très utilisé au cours du XIXe siècle. L’auteur émet toutefois la supposition que le Viverra Zenik décrit d'après les récits erronés de Sonnerat n'est en réalité rien d'autre que le suricate lui-même (Tetradactyla). Depuis lors, l’épithète spécifique zenik se fait plus rare et est parfois associé au genre Suricata chez des auteurs comme Gray ou Sclater en 1872.

Entre-temps, le groupe des Herpestina, la famille des Herpestidés et la sous-famille des Herpestinés actuels, a été créé. Bien que ce groupe ait été initialement nommé d'après son genre type, Oldfield Thomas soulignera plus tard par le principe de stricte priorité qu'elle aurait dû s'appeler Suricatinae (le genre Suricata de Desmarest, s'avérant antérieur au genre Herpestes d'Illiger, créé en 1811), estimant toutefois qu'il est trop peu judicieux et inhabituel de nommer une sous-famille d'après l'un de ses genres les plus aberrants et spécialisés. Une tribu des Suricatini fera office d’équivalent par la suite, comme chez George Gaylord Simpson dans sa classification des mammifères de 1945 .

C'est dans ce contexte de codification des règles de nomenclature, marqué par l'application du principe de priorité de la commission internationale de nomenclature zoologique, que le nom scientifique actuel, Suricata suricatta, est utilisé pour la première fois par Oldfield Thomas et Harold Schwann en 1905. En décrivant un spécimen collecté à Wakkerstroom, ils jettent les bases de la répartition géographique intraspécifique en suggérant l'existence de plusieurs formes ou races locales, réparties du Cap à Klipfontein, ouvrant ainsi la voie à l'inventaire des différentes sous-espèces.

Sous-espèces +Liste des sous-espèces de Suricate (Suricata suricatta) selon : Sous-espèce, nom et auteurDescription et localité-typeSynonymes Suricata suricatta suricatta(Schreber, 1776) 150px|sans_cadre|centré Présente dans le sud de la Namibie, le sud du Botswana et en Afrique du Sud. Viverra suricatta von Schreber, 1776 Suricata suricatta marjoriae(Bradfield, 1936) Présente dans le centre et le nord-ouest de la Namibie. Localité-type : Saltpan, au nord de Swakopmund. Suricata Marjoriae Bradfield, 1936 Suricata suricatta iona(Cabral, 1971) Présente dans le sud-ouest de l'Angola. Localité-type : Iona. Suricata suricatta iona Cabral, 1971 Phylogénie et évolution Des fossiles de suricates datant de ont été mis au jour en divers endroits en Afrique du Sud. Une étude phylogénétique de la famille des Herpestidae menée en 2009 suggère qu'elle s'est scindée en deux lignées vers le Miocène inférieur (il y a 25,4 à 18,2 millions d'années) : les Herpestinés et les Mingosinés. Le suricate appartient au clade monophylétique des Mungosinés, aux côtés des Mangues comme les Crossarches (Crossarchus), les Hélogales (Helogale), les Mungos (Mungos), ainsi que la mangouste du Libéria (Liberiictis). La lignée des Herpestidés comprend deux clades, incluant des espèces telles que la rhinogale de Meller (Rhynchogale melleri) et le Cynicte pénicillé (Cynictis penicillata). Le suricate a divergé génétiquement du reste du clade il y a 22,6 à 15,6 millions d'années.

Phylogénie des Herpestidés basée sur les travaux de Veron et al. (2004), Barycka (2005) et Patou et al. (2009) :

Description

vignette|Crâne de Suricate exposé dans la collection d’ossement du Musée de Wiesbaden, en Allemagne.|150x150px vignette|Squelette de Suricate exposé au Muséum d’Ostéologie de l’Oklahoma, aux États-Unis.|240x240px Le suricate est un petit herpestidé à la construction fine, caractérisée par une tête large, de grands yeux, un museau pointu, de longues pattes, une queue pointue et un pelage moucheté, le plaçant parmi les plus petits représentants de sa famille à l'exception des Hélogales et potentiellement des espèces du genre Galerella. Le suricate se distingue des espèces proches vivant en sympatrie comme la mangouste rayée (Mungos mungo) par sa taille plus petite, sa queue plus courte et ses yeux plus grands par rapport à la tête, et du Cynicte pénicillé par sa queue non touffue et l'absence de sous-couche de poils jaunes.