Le krav maga (ou krav-maga) (hébreu [ˈkʁav maˈɡa], littéralement « combat avec contact » dans le sens de combat rapproché), est une méthode de combat qui met l'accent sur les techniques d'autodéfense et de contre-attaque ; elle a été développée en Israël à partir de l'expérience militaire, puis étendue à des usages civils. Elle est inspirée à l'origine par les combats de rue auxquels Imi Lichtenfeld devait se livrer dans les années 1930 à Bratislava pour protéger la communauté juive contre des groupes fascistes. Par la suite cependant, le krav-maga subit une transformation importante quand il fut transposé au Moyen-Orient, dans le contexte de la guerre israélo-arabe de 1948, et mis au service de l'occupation de la Palestine.

Le krav-maga est officiellement créé par Imi Lichtenfeld en 1964, lorsqu'il ouvre une école à Netanya, en Israël. La méthode combine des techniques provenant de la boxe, du judo, du ju-jitsu et de la lutte. Le krav-maga se distingue des arts martiaux par l'absence de règles qui limiteraient l'usage de la violence. Le krav-maga privilégie effectivement les techniques permettant de neutraliser un adversaire de la manière la plus rapide et efficace possible. Ainsi, ses techniques visent essentiellement les points faibles du corps humain.

C'est le système d'autodéfense et de combat au corps à corps officiel de l'armée et des services spéciaux israéliens, pour des luttes au corps à corps. La méthode est utilisée par de nombreux services de police et forces militaires dans le monde tels qu'aux États-Unis (FBI, DEA, ), en France (GIGN, RAID, Légion étrangère) et au Royaume-Uni (SAS).

Le krav-maga est associé, selon plusieurs spécialistes, à une idéologie politique nationaliste israélienne. Son usage hors situations d'autodéfense par des groupes d'extrême droite israéliens, confère à la pratique une image sulfureuse.

Histoire Élaboré à l'origine par des juifs ashkénazes en réponse à des violences antisémites en Europe, le krav-maga est intégré comme technique d'autodéfense offensive par les troupes sionistes avant 1948 puis par l'armée israélienne. Il se diffuse dès les années 1960 dans la société civile israélienne, puis il s'internationalise dès 1980.

Fondation L'origine du krav-maga remonte à la fin du , quand des juifs de Russie, relégués dans la zone de résidence, commencent à organiser leur autodéfense. Des groupes constitués par le parti ouvrier juif, le Bund, se forment lors des pogroms de Kichinev dans les premières années du siècle en réponse aux attaques antisémites.

Le krav-maga continue d'être utilisé en Europe, à l'instigation du Bund, notamment lors du soulèvement du ghetto de Varsovie.

Il est aussi mobilisé par des militants juifs qui se rendent en Palestine dans les années 1920-1930, mais ces militants se recrutent pour la plupart dans les rangs d'un sionisme « fascisant », tel le sionisme révisionniste de Vladimir Jabotinsky, selon E. Dorlin, et non plus dans les rangs socialistes du Bund, mouvement juif antisioniste, hostile à la colonisation de la Palestine. Vladimir Jabotinsky est le théoricien de l'« autodéfense offensive » . La philosophie du krav-maga subit alors une mutation radicale, sous l'influence de Vladimir Jabotinsky qui, dans La Muraille d'acier, conçoit le krav-maga comme une technique d', selon Elsa Dorlin ; il théorise, dans cet ouvrage .

Le krav-maga est mis en pratique par la , principale organisation paramilitaire de la population juive (« Yishouv ») en Palestine mandataire entre 1920 et 1948, puis repris par l'armée israélienne, Tsahal.

Il est systématisé en tant que discipline à part entière par Imi Lichtenfeld, juif hongrois né à Budapest en 1910, arrivé en Palestine vers 1942. Dans les , face à la montée du fascisme en Europe, et pendant la Seconde Guerre mondiale, Imi Lichtenfeld réunit autour de lui un groupe de jeunes athlètes, dont la mission est de protéger la communauté juive locale. Il prend part à de nombreux combats de rue. Son action le rend impopulaire auprès des autorités locales. Il se rend, en 1942, en Palestine mandataire, après un passage dans les troupes britanniques. Il rejoint alors la Haganah, formation para-militaire juive préfigurant l'armée israélienne, et fait partie des troupes de choc, appelées le , où il enseigne le , la lutte et la gymnastique.

Imi Lichtenfeld prend part à la guerre israélo-arabe de 1948.. Il rejoint l'armée, en tant que chef-instructeur pour l’éducation physique et le combat au corps à corps militaire (/krav-maga). Son objectif est de développer une méthode simple, efficace et rapidement assimilable, pour répondre aux besoins de l’armée : les techniques naissent d’un réajustement progressif rendu possible par les retours d’expérience sur le champ de bataille. Après une mission de deux années en Éthiopie, Imi Lichtenfeld quitte le service actif en 1964. Il ouvre, par la suite, une école à Netanya et crée officiellement le krav-maga (littéralement en hébreu). C'est à cette époque, en , que Eli Avikzar commence à s'entraîner avec lui et finit par devenir instructeur principal. Il devient la première personne à obtenir une ceinture noire de krav-maga, remise par Imi Lichtenfeld le .

Expansion Après avoir formalisé des principes du krav-maga (par exemple : chemin le plus court, défense et contre-attaque simultanées) qui restent cependant désordonnés, Imi Lichtenfeld et son équipe structurent leurs découvertes pour pouvoir les enseigner.

Une première étape dans l'expansion est franchie vers 1963-1964, quand le krav-maga se diffuse au-delà de l'armée, auprès des civils en Israël ; la formation est dispensée jusque dans les écoles.. Chaque citoyen devient alors, selon la philosophe Elsa Dorlin, , chargée de « défendre » l’État d'Israël ; la société aurait été conditionnée, selon cette philosophe, pour penser que le recours au krav-maga est la posture civique par excellence.

1980 marque le début de l’internationalisation du krav-maga, auparavant circonscrit au seul État d’Israël. Imi Lichtenfeld autorise ses disciples les plus doués à enseigner cette méthode à travers le monde, entre autres Eyal Yanilov aux États-Unis, ou encore en Amérique du Sud.

En 1984, la fédération de krav-maga donne le grade de ceinture noire à deux élèves américains, Allen Feldman et Darren Levine. En 1985, Eli Avikzar part aux États-Unis en tant que représentant de la fédération de krav-maga puis y retourne pour y donner son premier entraînement au département de police de Los Angeles.

C'est en 1988 qu'Imi Lichtenfeld confie à Richard Douieb la mission d'ouvrir la première école européenne de krav-maga en France.

Le FBI, la DEA, les , le GIGN et les SAS. popularisent cette nouvelle forme de auprès du grand public et de nombreux clubs commencèrent à proposer aux civils une façon différente de pratiquer l'autodéfense . Richard Douieb fonde la Fédération européenne de krav-maga (FEKM) en 1997. Il existe trois formes de cette technique de combat : une est utilisée par les forces de sécurité (militaires, forces spéciales), une autre par les forces de l'ordre (gardes du corps, police, agents de sécurité) et la dernière est destinée à un usage civil..

Le décès du fondateur, Lichtenfeld, en 1998 marque le début des dissensions au sein des instances dirigeantes (Yanilov a quitté la fédération de krav-maga en 1996). Peu avant sa disparition, Lichtenfeld affirme encore que son vœu le plus cher est que ..

Objectifs . Le krav-maga n’est pas conçu comme un art martial ni comme un sport, mais comme une méthode de combat rapproché.. La dimension spirituelle ou philosophique associée à certains arts martiaux est inexistante.

Le krav-maga se caractérise par l’absence de règles.. Il se distingue aussi par sa brutalité, p.8., qui prend la forme notamment de frappes avec les coudes et les genoux.

« Éviter les situations dangereuses » : le krav-maga est un principe de prévention et de bon sens pour (par exemple : en faisant de l’auto-stop, éviter les individus peu engageants, éviter de traverser à pied un quartier dangereux en ville). De plus, si le combat est évitable, le fuir. « Réflexes naturels » : le krav-maga est un ensemble de techniques basées sur du corps humain. « La voie la plus courte » : se défendre et attaquer par la voie la plus courte et depuis la position où l’on se trouve, en privilégiant . « Ne pas sortir blessé » : en fonction de la situation, et selon l'environnement, il faut prendre en compte tous les facteurs du danger pour éviter d'être blessé. « Points sensibles » : utiliser du corps humain (yeux, gorge, parties génitales) pour atteindre ou maîtriser l’adversaire « Objets à portée, puis armes naturelles » : essayer d’utiliser en priorité , puis les armes naturelles du corps en dernier recours. « Tous les coups sont permis » : pas de règles à respecter, aucune limitation sur le plan des techniques, pas d’interdit, ..

Priorités Tout comme le , le krav-maga se caractérise par différentes techniques incapacitantes ou létales.

Les coups sont donc focalisés sur des cibles anatomiques comme : les yeux, la nuque, les genoux, la gorge et les parties génitales.. Le combattant cherche systématiquement à prendre l’initiative de l’assaut, puis à neutraliser la menace (sans systématiquement rechercher le maximum de dégâts). La défense est donc toujours un pis-aller (récupération de l’initiative), visant à rétablir l’action offensive. Le déplacement est toujours en avançant ().

Dans une situation donnée, la réponse doit être immédiate, aussi forte que nécessaire, tout en restant adaptée à la situation, sans appel, naturelle et choisie pour servir un objectif précis, comme : déconcentrer, fuir, immobiliser au sol, neutraliser, voire tuer. Il en résulte trois ensembles de techniques suivant que l’enseignement soit destiné à l’armée, à la police ou à des civils. En effet, les objectifs ne sont pas les mêmes dans ces catégories : attaquer, neutraliser ou se défendre..

Entraînement Le krav-maga ne présuppose pas que les combattants respectent un ensemble de règles. En particulier, l’entraînement insiste sur des situations atypiques telles que : la réaction à une attaque surprise ; le combat à mains nues contre un adversaire armé d’une arme tranchante (un couteau) éventuellement dissimulée, une arme contondante (une batte de baseball) ou une arme à feu ; anticipation à ce que l’adversaire sorte une arme ou/et s’en serve ; le combat contre plusieurs adversaires, sortir d’une situation d’encerclement ; et la protection d'une tierce personne.

Aspects idéologiques Le krav-maga est présenté par certains auteurs comme intimement lié à israélienneJürgen Schaflechner, « Krav-maga: History, Representation, and Globalization of a Self-Defense System from Israel », Martial Arts Studies 11, 110-121, lire en ligne.. Il en va ainsi du chercheur Guy Mor, qui souhaite promouvoir le krav-maga comme héritage culturel israélien, ou de Paul Szyarto, entrepreneur et producteur d'un film sur le « système d'autodéfense israélien » et pour qui le krav-maga symbolise parfaitement le caractère à la fois éthique et courageux des Israéliens, conçus comme un groupe singulier. Ces auteurs attribuent au peuple israélien une essence propre, présentée positivement.

L'anthropologue Joergen Schaflechner analyse ces considérations liant le krav maga à une identité collective supposée, comme relevant de peu solides. Les discours qui idéologisent le krav maga ont leur origine, selon lui, dans la doctrine du élaborée à la fin du siècle par Max Nordau. L'objectif du judaïsme du muscle étant de « remodeler la communauté juive pour en faire un peuple martial, capable de protéger ses intérêts afin de permettre l'avènement du sionisme ».