L'oflag IV-D est un camp d'officiers prisonniers de guerre essentiellement français, de 1940 à 1945 en Allemagne. Il était situé sur le territoire de la commune d'Elsterhorst (Nardt), à au nord-est de Dresde et de la petite ville d'Hoyerswerda en Saxe, à la limite de la Silésie. vignette|Plan de l'oflag IV D : cliquer pour l'agrandir et lire les légendes vignette|Tampon de l'Oflag IV D

Effectifs Le camp est constitué de 10 blocs, de 4 baraques chacun.

L'effectif du camp varie entre prisonniers (officiers et leurs ordonnances) en , en 1943 et en . En raison des bombardements de Dresde, les autorités allemandes firent évacuer le camp du 17 au . Certains prisonniers restés à Elsterhorst et Zeithain ont été libérés par l'armée soviétique entre le 19 et le et rapatriés par Odessa.

Activités Théâtre vignette|Jean Sicurani joue Pauline dans Polyeucte (septembre 1941) Les prisonniers désœuvrés de l'Oflag IV-D montèrent une troupe de théâtre extrêmement active : son atelier réalisa plus de costumes pour un millier de représentations d'environ 80 pièces différentesPatricia Gillet, Le théâtre dans les camps de prisonniers de guerre français, 1940-1945, in : ., par exemple Œdipe-roi (1937) de Jean Cocteau, Knock (1923) de Jules Romains, Le Médecin malgré lui (1666) de Molière, Polyeucte (1642) de Pierre Corneille…

Faculté libre, cours et conférences Le camp compte 485 membres de l'enseignement, dont pour l'enseignement public, 4 du supérieur, 64 du secondaire public (dont 27 agrégés)André Gueslin, Les facs sous Vichy: étudiants, universitaires et université de France. Pendant toute la durée de la guerre, selon l'annuaire des anciens de l'Oflag IV-D, vont passer dans le camp 24 enseignants du supérieur (dont les professeurs du Grand séminaire), 163 professeurs du secondaire, 12 professeurs d'écoles normales, 20 d'EPS, 58 du technique, 5 d'éducation physique, 1 de musique, 1 de dessin, 7 inspecteurs de l'Enseignement primaire, 53 directeurs d'écoles primaires, 664 instituteurs, 3 archivistes, 1 architecte et 110 étudiants.

Le normalien Jean Guitton et le frère dominicain Yves Congar organisèrent une véritable faculté libre donnant des cours et des conférences régulières sur tous les sujets scientifiques, techniques, anthropologiques (préhistoire), historiques, théologiques. vignette Une formation d'éducation populaire était aussi donnée avec des manuels qui étaient imprimés sur place.

Scoutisme vignette|La vie dans les baraques de l'Oflag IV D. (dessin réalisé par E.Arnaud au cours de sa captivité) Dès leur arrivée à l'OFLAG IV D en , les officiers adeptes du scoutisme se regroupent spontanément. Plusieurs troupes sont constituées selon les différents mouvementsScoutisme dans un camp de prisonnier sur le site de l'AHSL : Éclaireurs de France (Eugène ArnaudEugène Arnaud sur Scoutopédia, Maurice BayenMaurice Bayen sur Scoutopédia), Éclaireurs unionistes et Scouts de France (Paul Froger, Pierre Roux).

À partir de 1941, le recrutement est organisé avec l'objectif de faire connaître les méthodes du scoutisme et de former de futurs chefs pour l'après-guerre. Près de 400 officiers prisonniers se rassemblent ainsi et participent aux formations, aux réunions, à différentes activités spécifiques. Les autorités du camp font appel à eux dans de nombreuses occasions car ils sont responsables et organisés.

Les ateliers, les « popotes », les préparations d'évasions, l'organisation de spectacles de marionnettes et de fêtes ainsi que les relations d'amitié qui en découlent leur permettent de rendre la captivité moins douloureuse.

Société archéologique L'enseignement de Préhistoire rassemble plus de 200 inscrits, possède une bibliothèque et obtient du commandant du camp l'autorisation d'explorer le sol de la forêt environnante où il découvre un certain nombre de sites qui sont explorés méthodiquement par les prisonniers. Un musée est créé dans le camp. Ce groupe est en correspondance avec le milieu scientifique, il édite des rapports et même un bulletin.

Géographie Un groupe de neuf officiers, ingénieurs géographes ou passionnés de montagnes, entreprennent de réaliser une maquette en trois dimensions du massif de l'Oisans sous la direction du lieutenant Richarme. Ils sont parvenus à se procurer des cartes d'état-major du massif et à l'aide d'un pantographe, de terre glaise, de plâtre de moulage et de papier mâché, ils réalisent cette maquette au 1/. Coloriée de façon réaliste, elle mesure deux mètres de côté. Au terme de sept mois de travail, elle est présentée en aux autres prisonniers. Après la guerre, la maquette est rapportée à l'Institut Géographique National, puis exposée à la Maison du parc national des Écrins.

Évasions vignette|Entrée de la fosse d'aisance depuis laquelle le souterrain partait

Évasions réussies Le samedi , 24 officiers (Bouteiller, Moura, Damidoux, Menon, Colonel Jacques Guth) s'évadent par un tunnel creusé depuis la baraque 38. Seuls sept ou huit ont pu réussir à gagner la France (le capitaine Heloire, le lieutenant de Castries, le lieutenant Aouach, deux officiers de Lyon, le lieutenant George Marcel, le colonel Menon, le colonel Monne)..

Le , une trentaine d'officiers (dont Albert Lautman, Maurice Bayen et Christian Mégret de Devise, Compagnon de la Libération, s'échappent grâce à un tunnel creusé sous les barbelés, à partir de la baraque 35..

Le , 14 prisonniers s'évadent.

Évasion ayant échoué Le « souterrain des chiottes » demanda un travail en équipe à l'échelle industrielle : 140 officiers dont un colonel d'artillerie y participeront. Après plusieurs mois d'efforts le souterrain d'une longueur de 120 m, débouchait hors du camp à environ 70 m de la clôture de barbelés. Mais au moment d'ouvrir le tunnel vers la liberté ils se trouvèrent face à face avec toute une compagnie allemande, mitrailleurs et fusils en batterieLéonce Petitcolin, Les fortes têtes, 1940-1944, La forteresse de Colditz., édition France-empire, 1985. p.94 à 103. (Sous la direction du lieutenant Paul du GardinLieutenant Paul du Gardin : 1re. 23/9/41 Souterrain, 2e. 8/2/42 Sectionnement de barbelés, 3e. 8/6/42 Souterrain, 4e. 24/5/44 Tunnel de l'appel (Lübeck), non repris il rejoint les FFI. dit « Popol » et sur une brillante idée de son groupe : Les lieutenants Léonce PetitcolinLieutenant Léonce Petitcolin : 1re. 23/7/41 Souterrain, 2e. 8/6/42 Souterrain. , Christian CourmesLieutenant Christian Courmes : 1re. 23/9/41 Souterrain, 2e. 3/2/42 Sectionnement de barbelés, 3e. 8/6/42 Souterrain, 4e. 18/5/44 Tunnel de l'appel (Lübeck), non repris il rejoint les FFI. et les Chasseurs alpins Jean-Paul BugaultChasseurs alpins Jean-Paul Bugault (HEC) : 1re. 23/7/41 Souterrain, 2e. 8/6/42 Souterrain, 3e. 23/5/44 Tunnel de l'appel (Lübeck). , Jean VialChasseurs alpins Jean Vial (HEC) : 1re. , 2e. 25/6/42 Étant à l'hôpital (faux malade) ).

Libération

En raison du bombardement de Dresde qui a eu lieu du 13 au , les autorités allemandes ont fait évacuer le camp entre le 17 et le .

600 officiers malades ou inaptes à la marche restèrent à Elsterhorst et Zeithain avec des médecins prisonniers français et seront libérés par l'armée soviétique entre le 19 et le et rapatriés par Odessa après un périple de deux mois à travers l'Allemagne et l'U.R.S.S.

Les autres, par détachements de 400 à 800 hommes ont été acheminés, à pied en direction de l'ouest : La majorité d'entre eux furent amenés à l'oflag de Colditz, oflag IV-C ou dans ses environs (Nerchau, etc.). Certains y resteront jusqu'à la libération du camp par les troupes alliées le 14 et , d'autres seront redéplacés au camp de Zeithain au bord de l'Elbe au Nord de Riesa, où ils seront libérés par l'armée russe le . Certains parviennent à s'échapper tels le lieutenant Joseph Belle. Une colonne fut amenée au camp de la forteresse de Königstein - l'oflag IV-B - libéré par les Russes à la capitulation de l'Allemagne le . Une autre partie des officiers resta cantonné à Lunzenau, d'autres à Benndorf près de Frohburg (bloc VII) et enfin une autre partie fut libérée à Errenhaide près de Burgstädt le .

Tous ont fait entre à pied dans les plus effroyables conditions pour être parqués dans des lieux de fortune, salle des fêtes, gymnases, théâtres, sans eau, ni électricité, ni toilette, dormant sur la paille ou par terre, affamés et au désespoir de revoir un jour les leurs après cinq ans passés dans des camps de prisonniers. Leur libération fut souvent endeuillée par les combats entre les nazis et les Alliés, notamment Soviétiques, mais parfois ils furent pris pour cible par leurs libérateurs qui ignoraient qu'ils tiraient sur un camp de prisonniers.

Après la guerre À partir de 1944, les autorités françaises confieront à Christiane Faure la mise en place d'une Éducation populaire, qui deviendra le ministère de la culture, et dont les premiers membres seront en partie issus du camp Oflag IV-D.

Prisonniers notables

Raymond Abellio. (1907-1986), écrivain. François Anus (1897-1958), architecte, libéré en 1941 au titre d'ancien combattant et père de 3 enfants. Eugène Arnaud (1905-1988)Eugène Arnaud sur ScoutopediaRôle d'E.Arnaud à l'Oflag IV D sur le site de l'Histoire du scoutisme laïque, Ingénieur, futur chef de camp du Jamboree de la Paix en 1947. Jacques Arnold (1912-1995), écrivain. André Arthus-Bertrand (1885-1982), grand-père de Yann Arthus-Bertrand Pierre Barbier, (1910-1971), Directeur Général de l'Union Commercial à Meaux (77), Officier de renseignements. Maurice Bayen (1902-1974), évadé en , physicien. Pierre Birot. (1909-1984), géographe. Gratien Biscar (1904-2002), professeur de philosophie René Bondoux (1905-2001), escrimeur. Raymond BourDerrière les barbelés, Louis Walter (1905-1971), chansonnier et acteur. Louis Bousigues (1914-1979), prêtre. Rémy BoutavantMémoires de vie, Remy Boutavant, 1992 (Edt. du Cerf). (1911-1979), Député de Saône et Loire (1946-58), Instituteur. Patrice de Butler (1912-1948), tué en Indochine, et Patrick de Butler, Dunboyne (1917-2004), futur juge à la Cour Suprême. Paul Colline. (1895-1991), chansonnier et acteur. Père Yves Congar (1904-1995), dominicain.

Jean Pastour (1903-1993) Camille Jacquenod (1906-1971). ( indique à gauche stalag IV-B, mais le scan du document original à droite montre oflag IV-D, comme sur un album photo familial), Directeur national du Comité fond FFS et des Equipes de France de 1947 à 1968https://www.ctjean.com/Public/Camille_Jacquenod/Camille-Jacquenod-FFS-Comite-Fond.pdf.alt=Portrait de Jean Pastour|vignette Jean-René Debrix Joseph Decanter (1894-1983), négociant en houblon et homme politique Jean Defradas (1911-1974), helléniste. Georges Delance, auteur dramatique. Pierre Demargne (1903-2000), historien. Paul Derenne (1902-1997) Eugène Detape, philosophe. Pierre Duquet, peintre picard. Jacques Eynaud de Faÿ (1908-2009), frère de Jean (1907-1992), commandant des FFI du Maine-et-Loire, amiral. François Faure (1897-1982), évadé en , résistant. Jacques Fauvet (1914-2012), journaliste. Fernand François (1900-1991), écrivain. Pierre Frédérix (1905-1998), journaliste et écrivain. Pierre Froumenty, basse de l'opéra. Louis Poirier, dit Julien Gracq, (1910-2007), écrivain, libéré en pour raison de santé. Roger Grégoire (1913-1990), haut fonctionnaire. Michel Grollemund (1914-2001), Préfet Julien Guey. Jean Guitton (1901-1999), philosophe. Bernard Guyon. (1904-1975), professeur de littérature, spécialiste de Balzac. Jean Grandry (1912-1999), colonel (Génie) Armand Hoog. Jean Huerre (1915-2016), en religion frère Denis, abbé de l'abbaye de la Pierre-qui-Vire (1952-1977)... Max Ingrand. (1908-1969), maître-verrier. Yves Jolly (1917-2006), ingénieur général de première classe (général de division), commandant de l’ESAM (Bourges). Conrad Kilian (1898-1950), géologue, libéré en 1941 au titre d'ancien combattant. Michel Labrousse. (1912-1988), historien. Roger de Lafforest (1905-1998), journaliste et écrivain.