Saint Bernard, dit de Menthon, d'Aoste, des Alpes ou encore du Mont-Joux.., naît vers 1020. Archidiacre d'Aoste, il fonde vers 1050 un hospice, au col du Mont-Joux, qui porte désormais son nom : l'hospice du Grand-Saint-Bernard.
Il reconstruit un hospice à Colonne-Joux, celui du Petit-Saint-Bernard. Prédicateur itinérant à succès, il meurt à Novare le ou 1086 et y est inhumé le 15, jour retenu pour sa fêteLucien Quaglia, Saint Bernard de Montjou, patron des alpinistes, Aoste, 1995, ( 1985), ..
Il est canonisé par l'évêque de Novare, en 1123, inscrit au calendrier romain par le bienheureux Innocent XI, en 1681, puis déclaré patron des alpinistes, des voyageurs et habitants des Alpes par Pie XI, en 1923.
Une légende du le fait naître en 923 dans la famille de Menthon, et mourir en 1008 pour la démonstration d'incohérence des dates 923 et 1008.. Source de confusions, cette légende inspire encore de nos jours ses biographies et son iconographie dominante.
Biographie De la naissance à l'âge adulte Bernard, issu d'une famille noble selon la tradition, est né vers 1020. Il vit une enfance et une adolescence sereines, avant de s'orienter vers la vie ecclésiastique. Ordonné diacreIl est resté diacre, sans être ordonné prêtre.Voir , ainsi que , il est chanoine et donc membre du chapitre de la cathédrale d'Aoste où il exerce la fonction d'archidiacre, qui est à cette époque le premier collaborateur de l'évêque. Prédicateur itinérant, il exhorte la population de son diocèse et des régions environnantes à la conversion, étant lui-même un exemple de sobriété et de vertus. Des miracles authentifient la véracité de ses paroles, ce qui lui donne un grand succès populaire.
La fondation des hospices thumb|right|Image de dévotion explicitant la vie de saint Bernard. Au centre le saint, avec son iconographie dominante. En haut le résumé de sa vie, sur les autres côtés les miracles attribués à son intercession (). Pour sécuriser les Alpes, Bernard fonde un hospice au sommet du Mont-Joux, vers 1045-1050, au lieu de reconstruire le monastère de Bourg-Saint-Pierre. Il affecte à son hospice les revenus de l’ancien monastère et . Les premières constructions de taille minuscule (1.50 mètre sur 3) permettent de passer les nuits sur le col, la chaleur corporelle étant l’unique moyen de se réchauffer, tandis que se construit le premier hospice de 18 mètres sur 13.50, avec des pierres récupérées dans les ruines voisines du temple de Jupiter et de ses annexes.. Bernard le place sous le patronage de saint Nicolas de Myre, patron des marchands, dont le culte est en expansion de l’Italie à l’Allemagne du Sud bien avant 1087, date du transfert de ses reliques d’Asie Mineure à Bari. Bernard reconstruit également un hospice au col de Colonne-Joux, l'actuel Petit-Saint-Bernard.
La mort Prédicateur itinérant, Bernard exerce son ministère de la parole non seulement dans la région d'Aoste, mais encore dans les montagnes et les plaines des alentours. Il se rend à Pavie, où se trouve alors l’empereur Henri IV († 1106), qui y prépare une expédition contre le pape Grégoire VII († 1085). Bernard le rencontre et tente en vain de le détourner de son projet. Sur le chemin du retour, malade, Bernard s’arrête au monastère de saint Laurent-hors-les-murs, à Novare. C'est là qu'il meurt, le . Il y est inhumé le 15, jour retenu pour sa fête et .. C'était en 1081, ou en 1086Voir pour les deux années proposées, ainsi que les arguments dans la suite de l'article..
La canonisation En raison des miracles obtenus sur la tombe de Bernard, Richard, évêque de Novare, le canonise en 1123. Saint Bernard est inscrit au calendrier des saints de l’église universelle en 1681 par le pape Innocent XI, ancien évêque de Novare. Le pape Pie XI, en 1923, le déclare patron des alpinistes, des habitants et des voyageurs des Alpes.
Les reliques Les ossements de saint Bernard sont conservés à Novare, depuis son décès. Ils sont d'abord restés au couvent de saint Laurent-hors-les murs, jusqu'à sa destruction, en 1552, pour agrandir la ville. À cette occasion, ils ont été transférés à la cathédrale, où ils sont encoreLes documents liturgiques anciens indiquent seulement que la ville de Novare doit se réjouir de posséder le corps de ce saint, voir . Son crâne, muni de neuf dents à la mâchoire supérieure, a été sorti de sa tombe et placé dans un buste reliquaire, le . Il lui reste actuellement quatre molaires, ce qui signifie que les cinq autres dents ont été distribuées. Une est au château de Menthon et une autre à l'Hospice du Grand-Saint-Bernard. D'autres ossements sont répartis dans la chrétienté (Casal, Aoste, Turin…). Une côte serait à l'abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune, dans le bras reliquaire de saint Bernard, daté du . Les chanoines de l'hospice du Grand-Saint-Bernard n'ont que des parcelles d'ossements de leur fondateur. Ils ont essayé à plusieurs reprises de récupérer son corps, mais en vain. Ils ont cependant reçu quelques parcelles de ses os, le Voir les archives du Grand-Saint-Bernard, cote AGSB 112 : 1964 - 1966, Novare. Démarches du prévôt du St-Bernard et des évêques de Sion, d'Aoste et d'Annecy pour que le corps de saint Bernard soit transféré à l'hospice du Grand-Saint-Bernard. Le chapitre de la cathédrale de Novare consent à donner, le 30 juin 1965, trois fragments d'ossements du saint. Voir également G. Judica Cordiglia, Saint Bernard et les restes de ses ossements en la cathédrale de Novare, in Bulletin de l'Académie Saint-Anselme 65 (1971) Aoste, ..
Le succès de son prénom Les hospices fondés par saint Bernard ont marqué ses contemporains. Ils ont ainsi renommé en son honneur le col du Mont-Joux en Grand-Saint-Bernard et celui de Colonne-Joux en Petit-Saint-Bernard. Les chanoines du Grand-Saint-Bernard et leurs mythiques chiens sauveteurs, dont le célèbre Barry (1800-1814), lui doivent également leur nom.
Depuis la fin du , deux alcools forts, à base de plantes des Alpes, portent également son nom, la «liqueur du Grand-Saint-Bernard» de couleur verte, la première inventée (45% d'alcool) et la jaune, plus récente (41% d'alcool).
La « Richardine » La légende thumb|right|Statue monumentale de saint Bernard de Menthon au col du Petit-Saint-Bernard, 1905.
Vers la fin du ou vers le début du , un pseudo Richard de Valdisère, se présentant comme le successeur immédiat du saint comme archidiacre d’Aoste, rédige une vie de saint Bernard que nous nommons pour cela la « Richardine ». Elle est disponible en ligne et sert malheureusement de texte de base pour presque tous les écrits concernant la vie de saint Bernard jusqu'à nos joursVoir dans les sources externes le lien renvoyant à la légende, ainsi que le résumé de cette dernière chez .. Cette vie est mise en scène sous forme de mystère, au , et connaît un succès populaire resplendissant.
Bernard, connu auparavant uniquement par son prénom, y est présenté pour la première fois, comme membre de la famille des comtes de MenthonMariagrazia Vacchina Qui étions nous ?, Aoste, 1989, et ..
Quelques incohérences
Le doctorat de M André Donnet, paru en 1942, a mis en évidence les incohérences de la légende, permettant ainsi d'en réfuter l'authenticité. Ce travail scientifique a entaché la réputation de la famille de Menthon durant des décennies et a eu comme conséquence en France la fermeture des archives de familles nobles aux chercheurs durant plus d'un demi-siècle, afin d'éviter de tels ennuis.
Contradictions de dates Cette légende cumule les contradictions. L’auteur se présente comme le contemporain de Bernard, mort selon lui en 1008, et également le contemporain de la translation des reliques de saint Nicolas à Bari, en 1088. Un homme peut difficilement être le contemporain d'événements distants de 80 ans. De plus la date de 1088 est inexacte , car la translation des reliques n’a eu lieu qu’en 1087. Cette erreur tend à montrer que ce fait était lointain au moment de la rédaction de la légende.
Le lien avec la famille de Menthon thumb|Gravure de saint Bernard de Menthon, vers 1830, portant les armes de la Maison de Menthon. Le rapprochement de Bernard avec la Maison de Menthon semble également problématique. En effet, durant le Moyen Âge, aucune église ou chapelle de cette seigneurie, ou du diocèse de Genève sur lequel elle se situe, n'a été construite ou mise sous le patronage de ce saint. De plus, le prénom Bernard n'est donné à un enfant de cette famille qu'à partir de 1462, puis dès lors de manière régulière. Fait également étrange, la famille de Menthon ne fait pas partie des bienfaiteurs de l'hospice du Grand-Saint-Bernard, durant le Moyen Âge, alors que cette légende affirme le contraire. Comme aucune autre famille ne l'a revendiqué dans son lignage, il n'est pas impossible de penser qu'une épouse des comtes de Menthon ait été une descendante d'un frère de Bernard. Docteur in utroque Bernard est mentionné docteur in utroque alors que ce titre académique n’existait pas à son époque, mais à partir des années 1200-1230. Date de la fondation de l'hospice du Grand-Saint-Bernard La fondation de l’hospice du Grand-Saint-Bernard en 962, en plein n'est guère possible, en raison des invasions de Sarrasins qui occupent le col à cette époque et empêchent le passage. Des propriétés anglaises ? La légende mentionne la donation à l'hospice du monastère de Castel-Cornut, dans la région d'Havering, à Londres, du vivant de saint Bernard, mais ce cadeau a été fait entre 1150 et 1160 par le roi Henri II d'Angleterre.
Des ajouts postérieurs En plus de ces erreurs, les biographes postérieurs en ajoutent. Le Mystère de saint Bernard, une sorte de mise en scène de la légende, datant du , mentionne pour la première fois un précepteur du saint, durant son enfanceA. Lecoy de La Marche trad., Le Mystère de S. Bernard de Menthon, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique appartenant à M. le Comte de Menthon, Paris, 1888, 229 p.. Ce précepteur est identifié avec saint Germain de Talloires. depuis 1627, à l'occasion de la publication d'une vie de saint Bernard par le prévôt du Grand-Saint-Bernard Roland ViotRoland Viot, Miroir de toute saincteté en la vie du sainct merveilleux Bernard de Menthon, Fondateur des Monastères et Hospitaux de Mont-Joux, et Colomne-Joux, situés és Alpes Penines et Graïes, dittes de luy, grand et petit S. Bernard, Lyon, 1627 et se perpétue depuis lorsVoir pour la problématique du précepteur de saint Bernard..
Influences
Cette légende tenace continue d'influencer jusqu'à nos jours la vie de saint Bernard. Les éléments les plus ennuyeux sont les dates extrêmes de sa vie, anticipées d'un siècle, soit de 923 à 1008 au lieu de vers 1020 jusqu'à 1081 ou 1086. Cette incohérence invite les auteurs de biographies pieuses, voire scientifiques, à introduire de nouvelles dates de naissance, comme 1007, 1008 ou 1023, ajoutant ainsi davantage de confusion. Les deux jours inconciliables en 1008, retenus pour sa fête, le et le , induisent également en erreur. Le rattachement à la famille et au château de Menthon, même s'il est douteux, permet d'identifier ce Bernard de manière univoque, diminuant ainsi les confusions avec son homonyme Bernard de Clairvaux.
Distinctions des faits et de la légende dans la vie de ce Bernard thumb|Gravure sur bois de saint Bernard de Menthon, selon sa légende qui y intègre un diable enchaîné, vers 1470. Le panégyrique de Novare