Paléologue (en grec: Θεόδωρος Α΄ Παλαιολόγος (vers 1355 – ) est despote de Morée de 1383 à sa mort le . Fils de l’empereur , il est le premier despote de la famille des Paléologue à régner en Morée, succédant à de la famille des Cantacuzène.
Au début de son règne, il conduit avec succès plusieurs campagnes militaires pour agrandir son territoire aux dépens des États latins créés après la quatrième croisade, ainsi que contre les Turcs qui accentuent leur pénétration en Grèce. L’échec de ses négociations avec Venise pour obtenir un appui militaire le conduit à entrer en pourparlers avec les chevaliers hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem leur concédant plusieurs villes dont Corinthe et sa région. Il ne peut reprendre celle-ci que lorsque, aux prises avec les Tatars de Timour, les Turcs relâchent leur emprise sur la région et que les Hospitaliers, au plus mal avec la population locale, acceptent de les lui rendre contre paiement.
Il meurt sans héritier et l’empereur le remplace par l’un de ses fils qui devient .
Les premières années
Théodore est le quatrième enfantLes enfants furent (1) , (2) Irène, (3) , (4) Théodore, (5) Michel. de l’empereur (r. 1341 – 1376; 1379 – 1390; - ). Il est né dans les années 1350, peu après qu’eut pris fin une longue guerre civile qui avait débuté à la mort d’ en 1341 et qui avait mis aux prises les partisans du régent, , aux tuteurs du jeune , âgé de neuf ans. Elle s’était terminée en 1347 par un accord en fonction duquel Cantacuzène ferait fonction d’empereur en titre pour une période de dix ans après laquelle les deux empereurs règneraient sur un pied d’égalité. devait toutefois abdiquer dès 1354 pour se faire moine, laissant seul au pouvoirFine (1994), Treadgold (1997), .
thumb|left| Expansion de l'empire ottoman pendant le règne de ..
Mais une nouvelle guerre civile se préparait, cette fois entre et son fils ainé Andronic. Les Turcs qui avaient déjà commencé à traverser l’Hellespont s’emparèrent d’Andrinople en 1369. décida d’aller chercher du secours à Rome, laissant Constantinople entre les mains d’Andronic, couronné peu de temps auparavant empereur associé ; il remit Thessalonique entre celles de son deuxième fils, Manuel Treadgold (1997) Laiou & Morrisson (2011) . Après avoir fait sa soumission au pape, l’empereur se dirigea vers Venise où il négocia une entente promettant de remettre l’ile de TénédosCette ile, située à l’entrée des Dardanelles était convoitée depuis longtemps à la fois par Venise et par Gênes. aux Vénitiens en échange de l’annulation de ses dettes. À Constantinople, Andronic refusa d’obéir, ce sur quoi les Vénitiens gardèrent l’empereur en otage jusqu’à ce que son deuxième fils, Manuel, vienne à sa rescousse en 1371 Treadgold (1997) Ostrogorsky (1983) .
Pendant ce temps, les Turcs progressaient en Europe et réussirent à annihiler l’armée serbe lors de la bataille Martisa en , ce qui leur ouvrait la porte des Balkans et affermissait leur pouvoir en Thrace. En 1373, n’eut d’autre choix que de se reconnaitre vassal du sultan avec qui il dut participer à une expédition en Asie mineureLaiou & Morrisson (2011) . S’en était trop pour son fils maintenant devenu , lequel à l’été 1373 se joignit à un fils de Mourad, Saudźi Čelebi, dans une révolte commune contre leurs pères respectifs. Le sultan réussit à mater la révolte, fit mettre à mort son fils et exigea que Jean fasse emprisonner son fils et le fils de celui-ci, Jean (le futur ) après les avoir fait aveugler (ce qui fut fait de façon limitée, mais provoqua une haine mortelle de ceux-ci à l’endroit de leur père et grand-père). déshérita et nomma à sa place comme coempereur et héritier, son fils Manuel Laiou & Morrisson (2011) .
Manuel dut donc quitter Thessalonique pour rejoindre son père à Constantinople, pendant que Théodore était nommé pour le remplacer à Thessalonique. Cependant, il ne put aller rejoindre son poste : et son fils avaient réussi à s’échapper et, avec l’aide des Turcs et des Génois, reprirent Constantinople en 1376. Il fit prisonniers son père ainsi que ses frères Manuel et Théodore et les fit enfermer dans la prison d’Anémas. Théodore devait y rester trois ans jusqu’à ce qu’en 1379 et ses fils réussissent leur tour à s’échapper et, avec l’aide des Turcs et des Vénitiens, reprendre le contrôle de Constantinople, forçant à se réfugier à GalataLaiou & Morrisson (2011) .
Despote de Morée
Depuis sa fondation en 1349, le despotat de Morée était administré par Manuel Cantacuzène (le fils cadet de l’empereur ), qui était resté en poste après l’abdication de son père en 1354, et qui le restera jusqu’à sa mort en 1380Nicol (2008) . Ne laissant pas d’héritier, son frère aîné, l’ancien coempereur Mathieu Cantacuzène, prit le pouvoir pour un court règne de trois ans avant de se retirer dans un monastère pour y finir sa vie. , qui était remonté sur le trône en 1379 après trois années de pouvoir de son fils , jugea alors le moment venu pour sa famille de reprendre ce territoire, le plus riche de ce qui restait de l’Empire, et le donna en apanage à son fils ThéodoreLe titre de « despote » était réservé aux fils de l’empereur lequel pouvait l’accorder à plusieurs individus simultanément; il venait immédiatement sous les titres d’empereur et de coempereur, mais il n’était pas héréditaire. Le terme de « despotat » n’avait aucune connotation politique ni même géographique et signifiait seulement le territoire gouverné par un despote; le territoire pouvait varier considérablement selon l’attribution qu’en faisait l’empereur ou les conquêtes des différents despotes.. Celui-ci ne put toutefois prendre possession de son bien immédiatement. Si le despote Mathieu ne réagit pas à cette annonce, son fils Démétrios s'opposa à cette décision. Considérant le despotat comme un apanage héréditaire, Démétrios Cantacuzène succéda à son père pour un très court moment (quelques mois en 1383) avant de succomber de mort subite. Théodore put alors prendre possession de la MoréeNicol (2008) Treadgold (1997) et note 19, .
Les morceaux épars de l’empire étaient alors réunis dans les mains des membres d’une même famille siégeant à divers endroits : régnait à Constantinople, et son petit-fils régnaient avec le titre d’empereurs sur la côte nord de la mer de Marmara, Manuel régnait comme empereur à Thessalonique et Théodore comme despote en Morée.
thumb|right|Le Péloponnèse au cours du Moyen Âge avec l’Achaïe au nord et la Morée au sud.
Âgé d’environ trente ans lorsqu’il arriva en Morée, Théodore qui n’avait vraiment d’attachement que pour son frère Manuel, laissa les autres membres de sa famille s’entredéchirer pour se consacrer uniquement à son despotat soumis aux pressions des petites principautés qui l’entouraient. Pour ce faire, il encouragea la venue massive d’Albanais qui poussaient vers le sud dont il se servit pour contrôler les archontes (seigneurs) locauxKazdhan (1991) « », vol. 3, Ostrogorsky (1983) .
Jusqu’à la fin du siècle, il devait enregistrer de notables succès dans la défense et l’agrandissement de son territoire, s’attaquant d’abord à ce qui restait de la principauté d'Achaïe au nord qui était depuis 1380 aux mains de la Compagnie de Navarre. Il pouvait compter dans sa lutte contre les Navarrais sur l’appui de Nerio AcciajuoliOriginaire de Florence, Nerio vint en Grèce grâce à son parent Niccolo, qui occupait de hautes fonctions dans le royaume de Naples et sa dépendance, la principauté d'Achaïe. En 1363, 1364 ou 1365, il acheta à la veuve de , Marie de Bourbon, les baronnies de Nivelet et Vostitza, et devint l'année suivante gouverneur de la région de Corinthe et de Sicyone, qu'il reçut du fils de Niccolo, Angelo, en garantie d'un prêt., dont la famille détenait d’importants domaines dans le nord du Péloponnèse dont la région de Corinthe et qui occupera progressivement diverses villes avant de s'arrêter aux portes d’Athènes en 1383. Deux ans plus tard, Nerio devait donner la main de sa fille, Bartolomea, en mariage à Théodore. Dans sa dot elle apportait la promesse d’hériter de Corinthe à la mort de son père qui n’avait pas de descendant mâleRunciman (2009) .
L’alliance de Théodore et de Nerio devait se traduire en une action commune en 1388 contre Argos et Nauplie lorsque le mari d’origine vénitienne de Maria d’Enghien mourut. Désespérée et sans appui, cette dernière vendit ses droits contre une forte somme d’argent à Venise. Mais avant que le gouverneur vénitien ne soit arrivé Théodore et Nerio envahirent le territoire, Théodore occupant Argos et sa citadelle de Larissa, Nerio occupant Nauplie. Lorsque les Vénitiens arrivèrent ils purent déloger Nerio, mais non Théodore. Ce n’est qu’en 1394 qu’un traité devait être signé entre Théodore et les Vénitiens en fonction duquel Théodore leur abandonnait Argos à condition que les Grecs habitant ce territoire puissent émigrer avec leurs biens vers le territoire de ce dernierRunciman (2009) .
La raison pour laquelle Théodore avait fini par céder était l’arrivée en 1389 d’une armée turque sous le commandement d’Evrenos Bey, général en chef de (aussi connu en français sous le nom de Bajazet; r. 1360-1402), auquel le sultan après sa victoire sur les Serbes à Kosovo Polje, avait promis le Péloponnèse comme fief. Les Navarrais jugèrent alors utile de s’allier aux Turcs à la cour desquels se trouvait déjà le seigneur de Monemvasia, Manomas, qui faisait partie des seigneurs locaux que Théodore avait dû mettre à raison lors de son arrivée en Morée. Bayezid convoqua alors ses principaux vassaux chrétiens à son camp de Serrès, ce qui comprenait outre l’empereur , , le despote Théodore ainsi que le magnat serbe Constantin Dragaš. Après avoir cru leur dernière heure arrivée, ceux-ci furent aimablement traités par le sultan qui les avertit toutefois des conséquences d’une désobéissance éventuelle. Après quoi, ils purent repartir sauf Théodore qui dut accompagner le sultan dans sa campagne de Thessalie au cours de laquelle on fit pression sur lui pour qu’il redonne Monemvasia à Manomas, Argos et d’autres forteresses du Péloponnèse aux Vénitiens. Théodore devait toutefois réussir à s’échapper peu après et à retourner chez lui où il se hâta de rescinder ses promesses, sauf Argos qui fut effectivement remis aux Vénitiens Norwich (1995) Runciman (2009) .
Nerio Acciaiuoli, qui en était devenu duc d’Athènes, mourut en . À sa mort, il ne légua à sa fille Bartolomea qu’une somme de , montant que son mari lui avait emprunté auparavant pour rembourser une dette aux Vénitiens. Corinthe et ses domaines du Péloponnèse allaient à sa fille cadette Francesca, épouse de Carlo Tocco, duc de Céphalonie et de Leucade. Furieux de perdre ce qui lui avait été promis à son mariage, Théodore voulut prendre Corinthe par force, mais en raison d’une attaque turque au printemps 1395 sur l’isthme de Corinthe et l’Arcadie, ce ne fut que quelques mois plus tard qu’il put marcher sur Corinthe où son armée fut défaite par les alliés de Carlo Tocco. Toutefois, un peu plus au sud, près de Leontarion, son général Demetrios Raoul défit les Navarrais et s’empara de leur chef Pierre de San Superan. Sans l’aide des Navarrais, il n’était plus possible pour Tocco de déloger les troupes de Théodore de l’isthme. Aussi, à la fin de 1395, Carlo Tocco devait décider que Corinthe ne valait pas une telle guerre et céda la ville et la citadelle de l’Acrocorinthe au despoteRunciman (2009) .
Premiers échecs
thumb|left|Les anciennes régions du Péloponnèse (Kalavryta est située au nord-ouest de la péninsule).