Les Anglo-Sud-Africains sont les blancs sud-africains anglophones généralement originaires des îles Britanniques. Ils sont relativement dispersés sur le territoire sud-africain et ne constituent que 3 à 4 % de la population. Cependant, ils occupent une place importante dans l'économie sud-africaine et forment encore une partie non négligeable du monde des affaires.
Les Anglo-Sud-Africains regroupent à la fois des descendants de colons britanniques arrivés en Afrique du Sud au , qui ont conservé parfois le statut de sujet britannique, et des Européens d'origines variées, qui ont immigré au et qui se sont assimilés à la nation anglo-sud-africaine. Les immigrés portugais, italiens et grecs leur sont notamment associés.
Les Anglo-Sud-Africains sont généralement des chrétiens anglicans et protestants mais on y trouve également une minorité catholique et juive. Ils se distinguent surtout des Afrikaners, qui sont de langue afrikaans et très majoritairement calvinistes (généralement membres de l'Église réformée néerlandaise d'Afrique du Sud).
Les Anglo-Sud-Africains se concentrent dans les zones urbaines, particulièrement à Johannesbourg, Le Cap et Durban, où ils forment une part significative de la population (aux alentours de 10 %).
Historique À la suite de la faillite de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, de la défaite française de Trafalgar et des guerres napoléoniennes, les Britanniques prennent possession de la colonie du Cap au début du afin de protéger et de développer leurs voies de communications.
Après avoir laissé une relative autonomie aux populations néerlandaises du Cap (dont une grande partie sont des Boers, c'est-à-dire des fermiers ou des agriculteurs nomades), le Royaume-Uni prend petit à petit l’ascendant en s’assurant le contrôle économique et politique de la région. La vision libérale des Britanniques, de plus en plus opposés à l’esclavage, ainsi que l’imposition de leur langue et de l'anglicanisme entrent en conflit avec la vision des Boers, qui sont très majoritairement des calvinistes réformés ainsi que des partisans d'une abolition plus progressive de l'esclavage.
La prise de possession du Cap par les Britanniques thumb|left|upright=1.3|Carte de la colonie du Cap en 1809. La colonie du Cap en Afrique du Sud est à la fin du une possession néerlandaise, peuplée de bantous, d'Hottentots, de boers de souche franco-néerlandaise et de néerlandais. Alors qu'en Europe, les Pays-Bas tombent sous l'influence de la France (traité de La Haye du ), le gouvernement de la Grande-Bretagne ordonne de sécuriser les colonies néerlandaises afin d'éviter qu'elles ne tombent sous l'emprise des Français. Le général James Henry Craig est envoyé au Cap à la tête d'un contingent militaire qui s'empare de la colonie néerlandaise. En février 1803, en vertu des termes de la paix d'Amiens, la colonie du Cap est rétrocédée à la République batave. Mais en janvier 1806, trois mois après la bataille de Trafalgar, la colonie est de nouveau occupée par les Britanniques.
La colonie du Cap s'étend alors sur et compte un peu plus de , dont quelque , majoritairement des Boers d'origine franco-germano-néerlandaise, , et un millier d'hommes libres (anciens esclaves libérés de leur servitude). La colonie est durant administrée par une autorité de fait et est, à partir de 1807, rattachée au , représentée localement par un gouverneur. Durant cette période, des missions protestantes anglicanes s'installent en Afrique du Sud comme la Société missionnaire de Londres (LMS) et entreprennent de venir en aide, de protéger, de conseiller et de convertir les tribus hottentotes locales.
Lors du traité de Paris de 1814, le Royaume-Uni (issu de la fusion en 1801 du royaume de Grande-Bretagne et du royaume d'Irlande) acquiert officiellement et définitivement la colonie du Cap.
La colonisation britannique du Cap
Les premières vagues de colonisations britanniques en Afrique du Sud commencent dans les années 1817-1819. Le gouverneur Charles Henry Somerset souhaite alors fortifier la frontière de l'est avec les territoires xhosas. C'est dans cette optique qu'il entreprend d'intensifier la colonisation de la région frontière du Zuurveld située en amont de la rivière Sundays et en aval de la rivière Great Fish.
En 1820, avec le soutien de Lord Somerset et du parlement britannique, près de émigrent dans cette région au bord de l'océan Indien. Ce sont principalement d'anciens chômeurs urbains qui se révélèrent de piètres fermiers. Ils s'établissent pour la plupart comme artisans et commerçants à Port Elizabeth, alors un petit village de la baie d'Algoa et à Grahamstown, alors garnison britanniqueFX Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Le Seuil, . Cette nouvelle émigration de « loyaux sujets de Sa Majesté » permet de faire contrepoids aux Boers, rétifs à la nouvelle administration. Elle permet en outre d'angliciser la colonie.
En 1822, le néerlandais perd son statut de langue officielle dans les tribunaux et les services gouvernementaux. Il recule dans les domaines scolaires et religieux. Le processus d'anglicisation est en marche alors que le dialecte néerlandais, appelé aussi afrikaans, est dénigré et réservé aux rustauds des frontières.
En 1828, l'anglais devient la seule langue officielle pour les affaires administratives et religieuses. Les Hottentots se voient également reconnaître l'égalité des droits avec les blancs.
En 1834, l'émancipation de tous les esclaves de la colonie du Cap est proclamée. Pour apaiser les esprits, le gouverneur, Sir Benjamin D'Urban instaure un conseil législatif de douze membres supposé permettre aux administrés du Cap de débattre des affaires publiques. Les compensations pécuniaires pour l'émancipation des esclaves ne satisfont pas les anciens propriétaires d'esclaves et en 1835, plusieurs milliers de fermiers Boers rompent tout lien avec la colonie du Cap (manifeste de Piet Retief) et s'exilent à l'intérieur des terres pour tenter d'y fonder une république boer indépendante. C'est le Grand Trek.
La cafrerie britannique thumb|left|upright=1.3|Frontière est de la colonie du Cap et la cafrerie britannique en 1835. thumb|upright=1.3|Mission établie sur le fleuve Keiskamma - peinture de T. Bowler. Le , le colonel Harry Smith proclame l'annexion de la région située entre les fleuves et Grand Kei, sous le nom de province de la Reine-Adélaïde, en hommage à l'épouse du roi Guillaume IV. L'annexion de cette région à la colonie du Cap est désavouée par le secrétaire d'État aux colonies. Le , la province est alors déclassée en district de la Reine-Adélaïde en attendant que le statut du territoire soit fixé. Finalement, le principe de restituer la région aux indigènes, défendu par le secrétaire d'état aux colonies, Lord Glenelg, est approuvé par Londres. En 1836, Sir Durban, qui était favorable à l'annexion, doit retirer ses troupes de la zone tampon et les installer près de la frontière, marquée par le fleuve Keiskamma. Le , un traité de paix est signé entre les autorités britanniques et les représentants xhosas. En 1847, à la suite de nouvelles escarmouches, le district est finalement annexé et devient la Cafrerie britannique.
Pendant ce temps, le Grand Trek des Boers a conduit le gouverneur du Cap, sous l'impulsion des missionnaires anglicans, à reconnaître un certain nombre d'États indigènes, pour les soustraire à toute convoitise des Boers. Ainsi à la frontière nord de la colonie du Cap, les premiers traités sont signés avec les Griquas en 1843-1844 pour la reconnaissance du Griqualand Ouest alors que dans le centre-est, les Basothos se placent sous un régime de semi-protectorat britannique.
En 1850, les Xhosas se soulèvent de nouveau dans la cafrerie, repoussant les britanniques civils ou militaires à King William's Town. La guerre dure quelques années avec les montagnes Amatolas pour principal champ de bataille avant que la frontière ne soit solidifiée et que la Cafrerie britannique ne devienne colonie de la Couronne. En 1866, tout le territoire de la Cafrerie britannique est incorporé à la colonie du Cap pour former les districts de King William's Town et de East London.
Le développement de la colonie du Cap thumb|Protestations contre le projet d'établir une colonie pénitentiaire au Cap - Peinture de T. Bowler (1849). Pendant ce temps, la colonie du Cap prospère (développement de la voirie publique, de l’industrie viticole, de l'élevage, production de laine...) tandis que le Royaume-Uni initie une nouvelle politique active de colonisation de l'Afrique du Sud. En 1848, le colonial office décide de faire du Cap une colonie pénitentiaire pour les Irlandais reconnus coupables de crimes et délits. À la suite de la réaction violente des populations résidentes du Cap, alors que le premier navire pénitentiaire approchait des côtes sud-africaines, le gouverneur Harry Smith décide, pour préserver la paix civile, d'interdire d'accostage les prisonniers lors de leur arrivée à Simon's Bay le . Au bout de cinq mois de blocage, le Colonial Office décide alors de dérouter le navire vers la Tasmanie. En refusant d'être une colonie pénitentiaire, l'Afrique du Sud se prive de toute une nouvelle catégorie de population qui allait participer au développement des communautés européennes d'Australie et de Tasmanie. Les administrés de la colonie du Cap profitent néanmoins de cet épisode pour réclamer de nouveaux droits, notamment une autonomie politique.
En 1852-1854, les frontières sont fixées avec les républiques du Transvaal et d'Orange. La colonie du Cap a désormais des États voisins gouvernés par des descendants d'européens.
Le , la colonie du Cap est désormais elle-même dotée d'une constitution avec un parlement élu, légiférant sur les affaires intérieures. Celle-ci prévoit l'établissement de deux assemblées dont les membres sont élus au suffrage censitaire. Le minimum de propriété pour voter à la chambre basse est ainsi très faible (25 livres) permettant à 80 % de la population masculine d'exercer son droit de vote. La sélection des électeurs de la chambre haute est plus rigoureuse et nécessite de posséder déjà une certaine fortune (de ). L'égalité des races, reconnue depuis 1828, est réaffirmée. Ainsi, un grand nombre de métis (55 % de la population du Cap) se retrouve électeurs de plein droit à la chambre basse. En outre, aucune restriction quant à l'illettrisme n'est prévue.
En 1854, Sir George Grey est nommé gouverneur de la colonie du Cap, pour laquelle il décide de donner une nouvelle orientation politique plus ambitieuse. Jusque-là, aucun gouverneur n'avait démontré de réelle ambition régionale pour la colonie. Celle-ci ne s'était d'ailleurs agrandie que du fait de la migration des colons et des Boers ou pour préserver la paix civile. Le fleuve Orange est une frontière politique, diplomatique et économique que les différents gouverneurs successifs ont refusé de franchir jusqu'à l'établissement des républiques boers. En 1858, le gouverneur Grey propose l'établissement d'une confédération sud-africaine englobant toute l'Afrique du Sud, y compris les Républiques boers et les territoires indigènes. Sa proposition ambitieuse est immédiatement rejetée par Londres. Sir George Grey entreprend alors de développer les infrastructures routières. Avec le soutien des missionnaires comme Robert Moffat et des explorateurs comme David Livingstone, il ouvre une route vers le Botswana, au-delà du fleuve Orange et du désert du Karoo. Il entreprend aussi de débuter l'intégration des Xhosas, rendus dociles après une grande famine de 1857, en leur octroyant un début d'instruction publique non obligatoire de type britannique.