Harold ou Harald, surnommé Pied-de-Lièvre ( en anglais), est un prince de la maison de Jelling, né vers 1015 et mort le . Il règne sur l'Angleterre de 1035 jusqu'à sa mort.
Il est le deuxième fils de Knut le Grand et de sa première épouse, Ælfgifu de Northampton. À la mort de son père, son demi-frère cadet Harthacnut devient roi de Danemark, mais il n'est pas en mesure de faire valoir ses droits sur le trône d'Angleterre en personne, malgré la présence sur place de sa mère Emma de Normandie. Harold, qui bénéficie du soutien d'une partie de l'aristocratie anglaise, obtient d'être reconnu régent avec autorité sur le Nord de l'Angleterre.
Le règne d'Harold est marqué par une tentative des princes Alfred et Édouard de la maison de Wessex, exilés en Normandie, de reconquérir le trône. Le second bat en retraite devant Southampton, tandis que le premier est fait prisonnier et meurt peu après avoir été aveuglé. Emma se réfugie en Flandre vers la même période et Harold est reconnu roi de toute l'Angleterre sans opposition en 1037.
Après un bref règne, Harold meurt alors que Harthacnut se prépare à envahir l'Angleterre. Il est d'abord inhumé à l'abbaye de Westminster, mais son corps est exhumé par son demi-frère et jeté dans un marais. Il est ultérieurement récupéré et enterré dans un cimetière londonien qui est probablement celui de l'église de St Clement Danes.
Sources
vignette|redresse|Le frontispice de lEncomium Emmae reginae (vers 1050).|alt=Dessin à l'encre noire avec quelques touches de couleur pâles. Dans un cadre formé par deux colonnes des tentures, une femme en robe, portant un voile et une couronne, est assise au centre. À ses pieds, un homme à genoux lui tend un livre ouvert. On aperçoit sur la droite la tête et le haut du corps de deux hommes barbus portant des couronnes.
Il subsiste plusieurs sources littéraires contemporaines du règne d'Harold, mais elles lui sont toutes hostiles. C'est le cas des différentes versions de la Chronique anglo-saxonne, une série d'annales compilées dans différents monastères anglais à partir de la fin du , ainsi que de lEncomium Emmae reginae, un panégyrique composé vers 1041 ou 1042 pour la reine Emma de Normandie, belle-mère et adversaire politique d'Harold, qui le dépeint comme un tyran fourbe et impie.
Le corpus des chartes constitue une source importante pour l'histoire de l'Angleterre anglo-saxonne. Ces documents, qui enregistrent des dons de terrains ou de privilèges par les rois à des particuliers ou des établissements religieux, offrent souvent un éclairage précieux sur la scène politique anglaise : leurs listes de témoins permettent d'identifier les individus les plus importantes du royaume. Néanmoins, il n'en subsiste aucune du règne d'Harold.
Les chroniqueurs anglo-normands du tels que Jean de Worcester, Guillaume de Malmesbury, Siméon de Durham et Henri de Huntingdon proposent par endroits des récits plus détaillés du règne d'Harold que les textes contemporains, peut-être parce qu'ils ont eu accès à des sources perdues depuis. Dans la mesure où leurs écrits ont une visée avant tout édifiante, il est cependant nécessaire de les approcher avec prudence.
Biographie
Origines
vignette|gauche|L'« empire » de Knut le Grand à son apogée.|alt=Carte de l'Europe du Nord mettant en évidence l'Angleterre, le Danemark et la Norvège.
Harold est le fils de Knut le Grand, roi d'Angleterre, de Danemark et de Norvège, et de sa première épouse Ælfgifu de Northampton. Ses parents se marient (il s'agit peut-être d'une union more danico) dans la deuxième moitié de l'année 1013, pendant l'invasion de l'Angleterre menée par son grand-père paternel Sven à la Barbe fourchue. Ils ont deux fils, Harold et Sven, qui voient le jour avant que leur père ne se remarie avec Emma de Normandie, en 1017. Il est vraisemblable que Knut ait donné le nom de son père Sven à son fils aîné et le nom de son grand-père Harald à la Dent bleue à son deuxième fils, ce qui ferait d'Harold le cadet.
Son surnom de « Pied-de-Lièvre » ( en anglais), est attesté pour la première fois au dans le Liber Eliensis sous la forme Harefoh ou Harefah. Il ferait référence à sa rapidité et à ses talents de chasseur, mais il pourrait être issu d'une confusion avec le roi norvégien Harald à la Belle Chevelure.
L'''Encomium Emmae reginae remet doublement en doute la légitimité d'Harold, d'abord en rapportant que sa mère n'est qu'une concubine de Knut, puis en affirmant qu'il n'était même pas le fils de cette dernière, mais seulement d'une servante. Les versions C et D de la Chronique anglo-saxonne affirment également que Harold n'est pas le fils de Knut et Ælfgifu. D'après Jean de Worcester, aucun des fils d'Ælfgifu n'est légitime : Sven est le fils d'un prêtre et Harold, d'un cordonnier.
Les faits et gestes d'Harold du vivant de son père sont inconnus. Vers 1030, sa mère se rend en Norvège avec son frère aîné lorsque Knut les envoie gouverner ce pays en son nom. Ils en sont chassés vers 1034, lorsque la noblesse norvégienne se révolte contre l'autorité de Sven et Ælfgifu pour offrir la couronne à Magnus le Bon.
La succession
Knut meurt le à Shaftesbury, dans le Dorset, âgé tout au plus d'une quarantaine d'années. Sven étant mort avant lui, il ne laisse que deux fils, chacun né d'une mère différente : Harold, fils de sa première épouse Ælfgifu de Northampton, et Harthacnut, fils de sa seconde épouse Emma de Normandie. Ses intentions concernant sa succession ne sont pas claires. D'après lEncomium, il aurait souhaité que Harthacnut lui succède en Angleterre comme au Danemark, mais des historiens plus tardifs, comme Adam de Brême ou Siméon de Durham, affirment qu'il envisageait de partager ses royaumes entre ses fils, Harthacnut recevant le Danemark et Harold, l'Angleterre.
vignette|redresse|La pierre runique de Tuna (Sm 42), en Suède, porte une inscription dédiée à un certain Assur , probablement Harold Pied-de-Lièvre..|alt=Photo d'une pierre dressée aux bords irréguliers portant des inscriptions en runes gravées et peintes en rouge. Elle se trouve dans un pré, sous les branches d'un arbre.
Harthacnut succède sans heurt à son père au Danemark, mais l'aristocratie anglaise est divisée. La version E de la Chronique anglo-saxonne (la Chronique de Peterborough) indique qu'un grand conseil est organisé à Oxford au cours duquel l'earl Leofric de Mercie et les thegns du Nord de l'Angleterre apportent leur soutien à Harold, tandis que les seigneurs du Sud de l'Angleterre, menés par l'earl Godwin de Wessex, s'y opposent. Un prêtre allemand nommé Immo rapporte dans une lettre adressée à l'évêque de Worms les propos de messagers anglais qui affirment qu'Ælfgifu de Northampton a joué un rôle important dans ce conseil en adressant suppliques et dessous-de-table aux seigneurs anglais. La Chronique précise que Harold bénéficie également du soutien des lithsmen, les marins de la flotte stationnée à Londres ; l'historien Michael Swanton compare leur influence politique à celle des marins russes de Kronstadt pendant la révolution de 1917.
Le Danemark étant menacé d'invasion par le roi norvégien Magnus le Bon, Harthacnut n'est pas en mesure de se rendre en Angleterre pour y faire valoir ses droits, mais sa mère se trouve à Winchester, dans le Wessex qui constitue le domaine de Godwin. C'est sans doute pour cette raison que le conseil est réuni à Oxford plutôt qu'à Winchester : Harold est davantage en position de force en s'éloignant de la ville où réside sa belle-mère et où son père vient d'être enterré. Les versions C et D de la Chronique anglo-saxonne indiquent que Harold s'empresse d'envoyer ses hommes à Winchester pour confisquer les trésors offerts par Knut à Emma afin d'affaiblir la position de sa belle-mère.
En fin de compte, il semble qu'une forme de partage du pouvoir soit mise en place : en attendant le retour de Harthacnut, Harold assure la régence dans le Nord et Emma dans le Sud. La numismatique confirme cette répartition du pouvoir : durant les mois qui suivent la mort de Knut, les pièces frappées dans le Nord de l'Angleterre sont à l'effigie d'Harold tandis que celles qui le sont dans le Sud le sont au nom de Harthacnut. Les ateliers situés sur la Tamise, comme Londres, Oxford, Southwark ou Wallingford, semblent produire des monnaies à l'effigie des deux.
Règne
Le statut d'Harold entre 1035 et 1037 est ambigu. D'après lEncomium Emmae reginae, Harold cherche à se faire sacrer roi, mais l'archevêque de Cantorbéry Æthelnoth refuse, car il aurait juré au défunt Knut de ne couronner qu'un fils d'Emma. Il interdit également aux autres évêques anglais d'accéder au souhait d'Harold. Frustré, celui-ci se serait alors détourné de la foi chrétienne et aurait cessé d'assister à la messe. Il est significatif que la version E Chronique anglo-saxonne n'utilise pas l'expression (« accéda au royaume ») lorsqu'elle décrit son arrivée au pouvoir, alors qu'elle le fait systématiquement lors de l'avènement des autres monarques anglo-saxons. Néanmoins, dans l'entrée qui décrit sa mort, elle lui attribue un règne de , ce qui en situe le début à la fin du mois de , soit deux semaines après la mort de Knut.
vignette|gauche|Le prince Alfred est accueilli par Godwin de Wessex, puis fait captif et conduit devant Harold. Enluminure de la Vie de seint Aedward le Rei par Matthieu Paris (vers 1255).|alt=Un dessin à l'encre noire partiellement colorié en vert, rouge et bleu. À gauche, un jeune garçon roux et un homme barbu s'embrassent, entourés de plusieurs hommes dont certains en cotte de mailles. À droite, le même jeune garçon apparaît les mains liées au milieu d'un groupe de soldats. Il fait face à un roi barbu assis sur son trône, qui tient une épée dans une main et fait un lève l'index dans sa direction de l'autre.
L'absence prolongée de Harthacnut joue en faveur d'Harold. Pour s'opposer à lui, Emma décide de faire appel à Alfred et Édouard, les fils qu'elle a eu de son premier mariage avec le roi Æthelred le Malavisé, qui vivent en exil dans le duché de Normandie depuis la conquête de l'Angleterre par Knut le Grand en 1016. Elle leur écrit pour les encourager à rentrer en Angleterre pour revendiquer le trône de leurs ancêtres de la maison de Wessex. Ce revirement lui coûte le soutien des grands seigneurs du Sud, au premier rang desquels l'earl Godwin, qui doit son ascension à Knut et pour qui la perspective d'un retour aux affaires de la maison de Wessex n'augure rien de bon.
De leur côté, les deux æthelings ne sont pas dans des conditions idéales pour défier Harold. Le duché de Normandie traverse une période troublée depuis la mort du duc , en 1035, qui n'a laissé comme héritier que son jeune fils illégitime Guillaume. Confronté à l'agitation des grands barons du duché, celui-ci n'est pas en mesure d'apporter un soutien militaire ou financier aux princes en exil à sa cour. Édouard traverse la Manche à la tête d'une petite flotte et débarque près de Southampton, sans doute dans l'idée de rejoindre sa mère à Winchester, mais il est repoussé et retourne en Normandie.
vignette|Alfred est torturé sous la supervision d'Harold. Enluminure de la Vie de seint Aedward le Rei par Matthieu Paris (vers 1255).|alt=Un dessin à l'encre noire partiellement colorié en vert, rouge et bleu. À gauche, un jeune homme ligoté est allongé sur une table tandis que deux hommes à l'air mauvais lui triturent le visage, le tout sous le regard d'un homme barbu couronné. À droite, un groupe d'hommes est menacé par des soldats à cheval armés d'épées.