Leo Vindevogel, né à Petegem-sur-l'Escaut le et décédé à Gand le , était un homme politique, qui fut bourgmestre de Renaix, dans la province de Flandre-Orientale (Belgique), de 1941 à 1944. À la libération, il fut accusé de collaboration avec l'occupant nazi et, à la suite de sa condamnation, exécuté.

Biographie Premières années vignette|120px|gauche|La maison natale de Vindevogel à Petegem-sur-l'Escaut. Leo-Hyppolite Omer Vindevogel est né le , à huit heures du soir, en la demeure de ses parents à Petegem-aan-de-Schelde. Son père, Constant Vindevogel, avait alors 42 ans et sa mère Hortense Van Coppenolle était âgée de 39 ans. Dans l'acte de naissance de Leo, dressé en néerlandais, ses parents sont tous les deux qualifiés de tenancier de débit de boissons (herbergier)Petegem-aan-de-Schelde, Acte de naissance n° 62 du 15 décembre 1888..

Après avoir fait des études d'instituteur à l'école normale épiscopale de Saint-Nicolas, qui était un vivierNico Wouters, De zaak-Vindevogel, page 97. pour les flamingants catholiques, Vindevogel devint enseignant à Renaix et il fera ensuite de la politique dans cette ville et aux alentours pour le reste de sa vie, sauf pour la période durant laquelle il alla vivre à Roubaix (en France) puis à Bruxelles. De 1907 à 1944, il fut le porte-parole de la Ligue populaire chrétienne (), un syndicat local. En 1913, il arrête sa carrière dans l'enseignement pour en lancer en politique. Ainsi, alors sans emploi en 1914, il s'enrôla comme volontaire de guerre dans l'armée belge pendant la Première Guerre mondiale. Huit chevrons de Front ainsi que la Croix de guerre lui furent décernés. Il semblerait que ce soit en partie en raison de l'expérience de la guerre que Vindevogel se radicalisaNico Wouters, op.cit., page 98..

En 1921, il fut nommé échevin de l'éducation à Renaix et, en 1925, élu député belge. Membre du parlement belge, il fonda, en 1926, son propre parti populaire catholique flamand.

La Seconde Guerre mondiale

Eugène Soudan, le bourgmestre socialiste de Renaix, qui était aussi Ministre de l'Instruction publique dans le Gouvernement d'Hubert Pierlot, n'eut plus la possibilité d'exercer sa charge de bourgmestre au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Leo Vindevogel voulut, alors, le remplacer dans sa fonction. C'est ainsi qu'il fut bourgmestre sous l'occupation dès le Nomination le , publication au Moniteur belge le 1941 ; c'est dans cette fonction qu'il se vit contraint de nommer des fonctionnaires ayant, en majorité, une attitude favorable à l'égard des Allemands. Il sut convaincre les occupants de sa volonté de collaborer, entre autres, en préparant des listes pour la garde civique obligatoire, liste sur laquelle les sympathisants du nouveau régime étaient omisVoyez à ce sujet l'article de Stef Vancaeneghem cité en lien externe dans la présente page, ou en envoyant des convocations pour le travail obligatoire en Allemagne.

En 1942, il est membre de l'organisation DeVlagNico Wouters, op.cit., page 100. et il écrit, à partir d', des articles pour la rubrique de cette organisation dans le journal t'Volk van Ronse en Oudenaarde. Fin , quelques jours avant la Libération de Renaix le , il écrit encore un articleNico Wouters, op.cit., page 102. dans ce journal défendant sa conduite politique justifiée, dit-il, par la volks-en rasaffiniteit (affinités de peuple et de race) entre les Flamands et les Allemands.

Il échappa à une tentative d'assassinat commise par la Résistance renaisienne le Voir notamment : Noël Deconinck, Le Renaisis pendant la seconde guerre mondiale, 1975, vol. I (1940-1943), p. 145 à 147..

Vindevogel ne quitta pas le pays lorsque celui-ci fut délivré. Peut-être était-il convaincu d'avoir agi irréprochablementD'après Willy Jonckheere, Jan Verroken : van Harmelcentrum tot Hertoginnedal als architekt van de taalwetgeving. Wielsbeke : Oranje-De eenhoorn, 1992, p. 54.. Sa famille, toutefois, se réfugia en AllemagneValère Depauw, De dood met de kogel, plusieurs éditions, la dernière étant en 1992, et les travaux de l'historien Lode Wils qui relate que le SS Maurice Ponette avait détalé de Renaix à la libération de la ville par les Armées britanniques et se trouvait dans le même convoi que l'épouse et les enfants de Leo Vindevogel, en direction de Bruxelles et ensuite vers l'Allemagne. . En première instance, le Conseil de guerre le condamna, d'abord, à l'emprisonnement à perpétuité. Non satisfait de ce jugement, il fit appel, et en appel, la Cour militaire le condamna à la peine de mort. Son recours en grâce ayant été rejeté, il fut exécuté le . Il fut le seul député belge à avoir été effectivement mis à mort après la libération.

Le procès et la condamnation La question de la culpabilité

Concernant sa collaboration avec l'occupant nazi, plusieurs questions restent toujours sans réponse. Dans le milieu nationaliste flamand, mais aussi dans d'autres cénacles, on estima qu'il était allé trop loin dans la coopération avec l'occupant. Sa défense allégua qu'il avait mené une politique du moindre mal pour assurer l'approvisionnement de la ville et pour que la législation linguistique soit appliquée. Cependant, Maurice PonetteMaurice Ponette, né à Renaix en 1906 et mort à Louvain en 1998, était le petit-fils de l'ancien bourgmestre de Renaix Oswald Ponette. Il fut avocat, et défendit notamment l'activiste flamingant Florimond Grammens, dans l'entre-deux-guerres. Il fut le dirigeant du VNV (Vlaams Nationaal Verbond) de l'arrondissement d'Audenarde. Après la défaite de 1940, il devint membre du "De Vlag" et de la SS générale. Il prendra la fuite vers l'Allemagne et s'engagea dans la Waffen-SS après la libération de Renaix le 3 septembre 1944 et prit part aux combats dans les Vosges contre les troupes alliées et américaines. Condamné à mort par contumace, déchu de ses droits politiques et de la nationalité belge le 30 novembre 1945, il vécut dans la clandestinité jusqu'en 1950, date à laquelle il se rendit aux autorités. Sa condamnation à mort fut commuée en sept ans d'emprisonnement dont il ne fit que trois ans. Il récupère ensuite ses droits civiques. Il adhéra en 1977 au Vlaams Blok, parti qui venait d'être fondé par Karel Dillen et il fut candidat - non-élu - aux élections européennes de 1989., un collaborateur renaisien notoire, qui servit dans la Waffen SS, et fut condamné à mort à la sortie de la guerre avant que sa peine ne soit commuée en courte détention, déclara publiquement le à Renaix, devant le Marnixring Ronse-TaalgrensLe compte-rendu de son discours fut rédigé par l'historien Luc Dejonghe, auteur de l'ouvrage Ronse, Vlaams Schiereiland. Kroniek van een Taalstrijd, Marnixring Ronse-Taalgrens : Davidsfonds afdeling Ronse, 1986, 165 pages., que seule l'ambition de Leo Vindevogel l'avait poussé à briguer la charge de bourgmestre de Renaix. Or, Vindevogel avait toujours prétendu que si lui-même s'était dévoué pour exercer la charge de bourgmestre de Renaix, c'était pour barrer la route à cet extrémiste-làVoyez les considérations de Stef Vancaeneghem dans le lien externe en bas de page..

Après la Libération, il lui sera reproché le port d'armes, la propagande, des dénonciations, l'altération des institutions légales, l'aide à l'ennemi et la constitution de groupements dangereux pour l’État. Le Conseil de guerre y ajoutera aussi son rôle dans l'affaire de ses fils, l'un pour appartenance à la Waffen-SS, l'autre pour aide à la police allemande lors d'arrestation d'otagesLuc Vandevelde, Le Livre noir de Renaix, 2013, .. Lors de son procès, mais aussi auparavant dans les articles qu'il livrait à la presse locale renaisienne, Vindevogel avoua sa conviction plutôt pro-allemande Ainsi, en septembre 1940, il écrit dans le journal renaisien t'Volk van Ronse que Hitler est ontegensprekelijk de knapste, geniaalste volksleider en staatsman van dezen tijden gebleken (is) (traduction) indéniablement le leader populaire et l'homme d'État le plus brillant et le plus génial de notre époque (sic). Cité par Nico Wouters, op.cit. page 99. et anti-anglaise ; les procureurs reconnaissaient d'ailleurs que cette opinion, en soi, n'était pas condamnable. .

Certains, notamment dans les milieux nationalistes flamands, disent que les mains de Vindevogel n'étaient pas ensanglantées, même pas indirectement. Mais d'autres, et notamment la section régionale renaisienne de la Confédération Nationale des Prisonniers Politiques et Ayants-Droit de BelgiqueLuc Vandevelde, Le Livre noir de Renaix, 2013, prétendent le contraire, et lui imputent une importante responsabilité dans la déportation vers les camps de travail allemands de nombreux Renaisiens soupçonnés de faire partie de la RésistanceCe fut en grande partie l'objet de son procès pour lequel il fut condamné à mort.. Quoi qu'il en soit, beaucoup, parmi les nationalistes flamands, considèrent son exécution comme un règlement de comptes, à la base duquel se trouvent les conceptions opposées entre flamands et francophones dans la ville de Renaix, sur la frontière linguistique : les « barons » de l'industrie textile francophiles contre la classe ouvrière flamande.

Le fait qu'une peine de prison ait été alourdie en peine de mort en appel – condamnation qui fut, de surcroît, exécutée – serait à mettre en rapport avec les événements contemporains : c'est à cette époque que l'existence des camps de concentration et d'extermination des nazis fut connue du grand public. Un autre aspect contestable du procès aurait été que Vindevogel, en tant que civil, passa en conseil de guerre sans qu'on eût préalablement levé son immunité parlementaire. Cette affirmation est cependant fausse. En effet, l'immunité parlementaire de Vindevogel avait été levée par la Chambre des représentants le , avec une demande complémentaire adressée à la Chambre le , donc bien avant qu'ait débuté son procès, le , devant le Conseil de GuerreVoir le site www.plenum.be.

Révision du verdict

En 1994, en collaboration avec un groupe extrémiste pour la défense de la langue néerlandaise (le ), le fonds culturel flamand de tendance chrétien-démocrate publia le livre (Le Procès Vindevogel), qui offre un compte rendu sténographique détaillé de l'avancement du procès. L'historien Nico Wouters montre cependant, dans son étude intitulée L'affaire Vindevogel Nico Wouters, De zaak-Vindevogel, dans la section De constructie van een beedlvorming, page 102 et suivantes. . Il conclut que Als historische bron is dit verslag dus problematisch (traduction ) En tant que source historique, ce rapport est donc problématique, ou encore, en note 224, Reeds het verslag-Verroken schetst een romanesk verhaal van grote onrechtvaardigheid waarbij een op bloed beluste Dubois op uiterst brutale manier rechtsregel openlijk met de voeten treedt. (traduction) Le rapport Verroken esquisse déjà une histoire romanesque de grande injustice dans laquelle un Dubois sanguinaire bafoue ouvertement l'état de droit d'une manière extrêmement brutale.. L'auteur note que l'écrivain Valère Depauw (1912 - 1994), autre ardent défenseur et ami de Vindevogel, qui fut emprisonné pour collaboration et ne put assister au procès de Vindevogel, s'est également appuyé sur cet ainsi-nommé Compte-rendu sténographique. qu'en réalité, ce texte crucial est surtout un texte très subjectif établi par Jan Verroken, à l'époque journaliste et propagandiste pour son parti le CVP-PSC, et ensuite homme politique, héritier politique de Vindevogel. Dans leur préface, les auteurs indiquent qu'il y avait, selon eux, eu plusieurs erreurs procédurales, sur lesquelles ils reviennent à la fin du livre pour émettre des commentaires à ce sujet ; les auteurs y décèlent de la négligence dans le traitement des preuves. Mais ces prétendues erreurs de procédure n'ont cependant pas fait l'objet d'un pourvoi en cassation par les avocats de Vindevogel.