Yannis Grammaticopoulos (en grec moderne: Γιάννης Γραμματικόπουλος), né le à Athènes et mort le à Bruxelles, est un peintre, dessinateur et poète grec. Il est également l'auteur d'écrits philosophiques et esthétiques. Dans ses textes, il emploie le terme de "Cosmographiki" (Kοσμογραφική) pour définir son approche picturale. Il est associé aux artistes de l'École de Paris.

Biographie

Enfance et études Né en 1928 à Athènes, dans le quartier de Pangráti (Παγκράτι), Yannis Grammaticopoulos est l'aîné d'une famille de trois enfants. Il est le fils du peintre Nikos Grammaticopoulos (Νικός Γραμματικόπουλος).

C'est auprès de son père que Yannis Grammaticopoulos découvre très jeune les premières notions de la peinture, via la pratique de l'aquarelle. Sa première présentation artistique a lieu à la Salle d'exposition de l'Organisme National Radiophonique d'Athènes en 1942, à l'âge de treize ans.

Au terme de ses études secondaires, Grammaticopoulos s'inscrit à l'École des Beaux-Arts d'Athènes (1948-1952). Il étudie la peinture auprès d'Umbertos Argyros et la gravure auprès de Giannis Keffalinos. En parallèle de cette formation, il suit des études de langue et de littérature françaises à l'Institut français d'Athènes entre 1943 et 1951.

Grammaticopoulos se montre cependant en désaccord avec l'enseignement dispensé à l'École des Beaux-Arts qu'il juge en retrait des évolutions novatrices de l'art européen. Dès lors, il s'initie aux principaux aspects de la peinture moderne en Europe à travers les rares publications venues de l'étranger. Il découvre ainsi Monet, Van Gogh, Gauguin, Matisse, puis les peintres de l'École de Paris.

Sa formation artistique est également marquée par l'enseignement du professeur Pantélis Prévélakis, poète, écrivain et historien d'art, dont il devient temporairement l'assistant. Prévélakis contribue, dans une large mesure, à lui donner confiance en ses penchants anticonformistes face aux préjugés en cours.

Quelques-unes de ses œuvres sont présentées fin 1956 à l'Institut français d'Athènes qui accueille sa première exposition personnelle, en présence du maire Pafsanias Katsotas, du peintre Spyros Papaloukas et de Melpo Logothéti-Merlier.

Installation à Paris En 1957, Grammaticopoulos s'installe à Paris grâce à une bourse de l'Université d'Athènes. Il poursuit sa formation à l'École des Beaux-Arts de Paris dans les techniques de la fresque et de la peinture de chevalet, auprès de Pierre-Henri Ducos de La Haille et de Maurice Brianchon. Installé rue Bonaparte, il fréquente les galeries d'avant-garde, telles que la Galerie de France, Denise René, Louise Leiris, Maeght, ou René Drouin.

Sa première toile abstraite est exposée à la galerie parisienne Norberg en 1958« Artistes Grecs de Paris », exposition de groupe, galerie Norberg, 1958.. Par la suite, il prend part à plusieurs expositions consacrées aux artistes grecs à Paris – il expose notamment aux côtés de Prassinos, Andréou, Christoforou, Calliyannis, Gaïtis. Associé aux artistes de l'École de Paris, son nom commence à se faire remarquer. En 1962, il expose au Musée d'Art moderne de Paris avec d'autres artistes grecs et participe à l'exposition de l'École de Paris à la galerie Charpentier. Des articles lui sont consacrés la même année dans la presse française. L'année suivante, il participe au Prix Victor Choquet organisé sur invitation au Musée d'Art moderne de Paris.

En 1966, Grammaticopoulos est invité à participer à l'exposition organisée par Michel Tapié, critique d'art français, à bord du paquebot FranceExposition itinérante sur le paquebot France - croisière en Méditerranée du 15 au 30 mars 1966. ainsi qu'au Palais Galliéra de Paris, dans le cadre du centenaire de Toulouse-Lautrec. Son travail est commenté par Michel Tapié qui le cite dans son ouvrage Préface pour une Esthétique Essentielle.

À partir de 1967, Grammaticopoulos a un second domicile à Bruxelles. Cette attache se traduit notamment par plusieurs expositions, la première ayant lieu en , à la galerie Aspects« Couleurs et formes », émission de Pierre Sterckx, diffusion sur RTB, 25 novembre 1973. Il travaille désormais entre Paris, Athènes et Bruxelles.

Dès 1970, il publie ses réflexions esthétiques et philosophiques dans ses catalogues d'exposition. En 1979, il prend part à la FIAC au Grand Palais à Paris, où il expose à nouveau l'année suivante dans le cadre du Salon Comparaisons.

Une importante rétrospective lui est consacrée au Centre culturel Technopolis de la ville d'Athènes en 2002, avec la présentation de 140 œuvres« Cosmographiki Coexistentielle (2) », rétrospective au musée Technopolis de la Mairie d'Athènes, bâtiments D4 et D10..

Ses expositions attirent un public varié, comprenant des personnalités du monde artistique, intellectuel et politique.

Famille En 1963, Yannis Grammaticopoulos épouse la peintre et sculptrice Monique Barthélemy, fille de la peintre et aquarelliste Thérèse Barthélemy-Rouyer. Le couple a deux fils, Nicolas et Philippe Grammaticopoulos.

Œuvre

Peinture figurative (1941-1958) Les premières œuvres de Grammaticopoulos - figures, nus, paysages et natures mortes - explorent tour à tour, et parfois simultanément, différents courants artistiques : le réalisme strict, l'impressionnisme avec des sujets traités à l'huile, à l'aquarelle et aux encres colorées, l'expressionnisme au moyen de formes fondées sur l'intensité des rapports chromatiques, et le synthétisme associé aux aplats colorés et aux contours simplifiés.

Peinture abstraite (1951-2019) Au fil de ses recherches, Grammaticopoulos généralise l'approche abstraite dans l'ensemble de son œuvre. Il privilégie l'abstraction à la figuration, qu'il juge trop restrictive, estimant que "l'abstraction recèle des possibilités infinies" et qu'elle "n'obéit pas aux lois de la construction iconographique qui contraignent la création."

Paysagisme lyrique abstrait (1951) Les recherches impressionnistes à l'aquarelle aboutissent en 1951 aux premières œuvres abstraite. Ainsi, en 1951-1952, Grammaticopoulos peint une série d'aquarelles dans lesquelles la transformation des données concrètes du paysage va jusqu'à l'effacement progressif du sujet.

Géométrisme abstrait (1955) Ses recherches parallèles dans le domaine du synthétisme conduisent Grammaticopoulos à réaliser, en 1955, une série de gouaches abstraite caractérisées par des configurations géométriques rigoureuses. Il trace à la gouache des agencements de droites et de courbes affranchies de toute représentation thématique, parti pris qui s'inscrit dans le courant de l'abstraction dite froide.

Tachisme cosmique (1958-1966) Après avoir brièvement exploré l'abstraction géométrique, Grammaticopoulos s'oriente vers son contraire, l'abstraction lyrique, en lien avec l'expressionnisme abstrait et l'action painting new-yorkaise. Il adopte notamment la technique gestuelle du dripping et met l'accent sur la dimension physique de l'acte de peindre. Ses œuvres se caractérisent par des brassages chromatiques et des tracés dynamiques obtenus par projections, coulures et égouttures de peinture sur des toiles disposées à l'horizontal.

Sous l'impulsion de l'écriture automatique chère aux surréalistes, il intègre "la captation contrôlé du hasard" dans son processus de création. Grammaticopoulos résume cette position par la formule : " L'art commence où finit le hasard. C'est pourtant tout ce que lui apporte le hasard qui l'enrichit."

Cette démarche conduit progressivement Grammaticopoulos à interpréter ses compositions dans une perspective plus vaste, qu'il associe bientôt à une vision cosmique. Ses œuvres mettent alors en relation la subjectivité de l'acte créateur avec l'image d'un univers en mouvement et en transformation.

Le qualificatif "cosmique" s'impose progressivement pour caractériser le message fondamental de l'artiste. Celui-ci met en place dans ses écrits esthétiques un vocabulaire fondé sur des néologismes, désignant le peintre comme "cosmographe", les tableaux comme "cosmographies" et les dessins comme "cosmogrammes". L'artiste résume cette position en déclarant : "J'inscris, depuis 1951, mon oeuvre non-figurative dans le cadre d'une peinture cosmitisée qui a comme méthode la dialectique coexistentielle plastique, que je nomme Cosmographiki et qui ouvre la voie du post-abstrait, dépassant la scission anachronique et anti-créatrice entre tendance géométrique et lyrico-expressionniste."

Dialectique coexistentielle plastique (1966-1979) Les événements multi-contestataires de Mai 68 et les débats qu'ils suscitent conduisent Yannis Grammaticopoulos à préciser les fondements idéologiques de sa démarche créative. Il expose alors ses convictions dans une série de catalogues, publiés à partir de 1970 à l'occasion de ses expositions, prenant tour à tour la forme d'un manifeste ou d'un plaidoyer. Ces textes mettent en lumière la dimension philosophique qu'il associe à ses peintures et à ses dessins.

L'artiste met ainsi en avant l'idée d'une "coexistence permanente des contraires" – positif et négatif, clair et obscure, matériel et spirituel, rigueur et impétuosité, éphémère et permanent... – qu'il associe à la perpétuelle transformation du monde. Ces polarités, d'abord énoncées comme principe théorique, trouvent progressivement une traduction formelle dans son œuvre, où leurs combinaisons se développent, se complexifient puis s'organisent à travers les moyens plastiques employés.

Dans cette perspective, Grammaticopoulos associe la technique du dripping à de nouveaux procédés : aux coulures et aux projections de peinture s'ajoutent désormais le pinceau, l'aérographe et l'usage de pochoirs. Réalisés par manipulations et découpages libres, ces derniers interviennent de manière imprévisible dans la composition et y introduisent une part supplémentaire de hasard.

L'artiste attribue à ces différents procédés une portée évocatrice, destinée à exprimer la condition spatiale de l'homme. Selon ses propres termes, il s'agit de mettre en évidence la situation de "l'homme qui veut coexister intégralement avec le cosmos qui l'entoure de partout et le dépasse d'infiniment loin." Cette conception d'un "espace cosmique", envisagé comme le lieu où coexistent vie et mort, ordre et chaos, silence et tumulte, turbulence et harmonie, devient un axe central de son œuvre et un élément structurant de ses peintures et de ses dessins.

Au cours des années 70, son travail se distingue par des réseaux de lignes croisées, des tracés tourbillonnants, des quadrillages, des hachures et des projections de couleur. Par cette démarche, il revendique une forme d'expression libre qu'il oppose aux conceptions trop systématique ou strictement rationnelles de l'art.

Ses dessins suivent la même orientation. Réalisés au stylo à bille, à l'encre ou aux pastels gras, ils déploient de vastes compositions linéaires, faites d'accumulations, de resserrements et de dilatations de traits. L'organisation de ces formes, jouant sur les contrastes entre densité et transparence, prolonge le principe de "la coexistence des contraires" qui structure son oeuvre.

Grammaticopoulos conçoit l'art comme la perception intuitive de "l'éternel changement d'un univers en éternel devenir" et s'attache à la notion d'espaces illimités, porteurs de lumière et de matière. Il introduit le polyptyque – diptyque, triptyque, hexaptyque, etc. – dans son travail afin d'élargir et d'ouvrir l'espace pictural. Il réalise de grands ensembles constitués de plusieurs toiles, caractérisés par des compositions dynamiques sur fond blanc. La transition d'un panneau à un autre, au sein d'un même polyptyque, introduit l'idée qu'il existe dans l'univers une infinité de niveaux et de plans.

Cosmographie post-abstraite (1980-1990)