L’ethno-différentialisme (ou différentialisme ou ethno-pluralisme Alberto Spektorowska, The New Right: ethno-regionalism, ethno-pluralism and the emergence of a neo-fascist 'Third Way', 2003.) est un modèle introduit par l'extrême droite néofasciste selon lequel des régions indépendantes divisées par ethnies devraient être établies... Le concept a été théorisé par la Nouvelle Droite, courant issu du GRECE. Antithèse de l'universalisme qui s'oppose aux différences et aux particularismes, il prône la reconnaissance d'un héritage culturel propre à chaque ethnie qui mérite d'être reconnu et préservé par les institutions politiques. Cela consiste à dire que même s'il ne peut y avoir de hiérarchie des races ni des cultures, celles-ci ne doivent cependant pas se mélanger mais rester séparées et cloisonnées. D'après Étienne Balibar et Pierre-André Taguieff, l'ethno-différentialisme permet ainsi de passer du racisme biologique au racisme culturelEtienne Balibar, Race, nation, classe: les identites ambigües, 1988, éd. La Decouverte, 1988.Pierre-André Taguieff, Le Racisme, 1998, Cahier du CEVIPOF ..
Définition Pour ce courant il existe des différences fondamentales et irréductibles entre peuples, cultures, qu'il convient de préserver en raison d'un « droit à la différence », l'unique moyen de préserver ces différences étant la ségrégation géographique, chaque peuple devant exercer ce droit à la différence « chez lui » afin de ne pas contaminer les autres.
Ce modèle suppute que , culte de la préservation de la diversité qui intègre le refus du métissage ou l'emprunt aux modèles culturels voisins. Ce refus du métissage ou de la mixité implique aussi une « décolonialisation réciproque ».
Avis sur ce courant de pensée Le politologue Pierre-André Taguieff pense que ce concept conduit au repli des communautés ethniques et religieuses sur elles-mêmes sous prétexte de préserver leur langue, leurs traditions, leurs normes éthiques et juridiques : si l'exigence d'universalité n'est pas posée comme préalable au droit à la différence, celui-ci peut conduire à une sacralisation de la différence interdisant tout mélange (« néo-racisme différencialiste »). Il identifie quatre caractéristiques constitutives de l'ethno-différentialismePierre-André Taguieff, La force du préjugé : essai sur le racisme et ses doubles, La Découverte, 1987. : déplacement de la race vers la culture et substitution corrélative de l’identité culturelle « authentique » à la pureté raciale ; déplacement de l’inégalité vers la différence. La peur du mélange prend la place du mépris pour les « inférieurs » ; utilisation de propositions en faveur de la diversité plutôt que contre celle-ci (hétérophilie plutôt qu’hétérophobie) ; rejet des expressions et des représentations trop ouvertement racistes. S’exprime sous une forme plus discrète avec l’aide « du sous-entendu, de l’implicite, du connoté, du présupposé ». Pour le politologue Stéphane François, au sein de l'extrême droite identitaire, l'ethno-différentialisme . Il note un virage ethno-différentialiste dans la pensée de plusieurs théoriciens néonazis..
Selon l'homme politique d'extrême droite Gilbert Sincyr, être différentialiste, c'est être pour le respect des différences, des variétés, des couleurs, des traditions et donc hostile à toutes les tentatives d'uniformisation et refuser que tous les peuples soient soumis indistinctement aux mêmes règles dites universelles. C'est aussi être fondamentalement tolérant et non superficiellement et respecter les valeurs qui vivent en l'autre, l'animent et s'incarnent en lui selon des modalités différentes, c'est reconnaître à chaque communauté le droit de se développer selon ses rythmes propresGilbert Sincyr, "Soyons différentialistes", Nouvelles de Synergies européennes, , janvier 1996..
Selon ses partisans, l'ethno-différentialisme ne serait pas l'antithèse du pluralisme, qui suppose la cohabitation des différences au sein d'une même entité politique, mais la condition même de sa sauvegarde. Ils insistent sur la reconnaissance politique des différences, étant en cela proches du communautarisme et de l'autonomisme tel qu'il s'exprime parfois en Corse, ou au Québec.
Dans un exposé consacré à « la politique de reconnaissance », le philosophe Charles Taylor, souvent présenté comme un penseur représentatif du « communautarisme », souligne que « deux conceptions incompatibles de la société libérale » s'affrontent au Canada. L'une, fédérale, ne reconnaît au citoyen que des droits strictement individuels et associatifs. L'autre exige une « reconnaissance des différences culturelles » inaliénables (notamment la langue et la religion) reçues en héritage par un peuple distinct, tel que les Québécois au sein de la société canadienne. « Il existe », estime-t-il, « une politique de respect égal, enchâssée dans un libéralisme des droits, qui est inhospitalière à la différence, parce qu'elle repose sur une application uniforme des règles qui définissent ces droits, sans exception, et parce qu'elle est très méfiante envers les desseins collectifs [...] je la qualifie d'"inhospitalière à la différence", parce qu'elle ne peut accepter ce à quoi les membres des sociétés distinctes aspirent réellement, et qui est leur survivance »Charles Taylor, Multiculturalisme. Différence et démocratie, Champs, Flammarion, 1997, ..
Les penseurs de la Nouvelle Droite parlent plus volontiers d'« ethno-pluralisme » et disent vouloir défendre la pluralité des identités et modes de vie populaires pour encourager le dialogue entre les cultures. Ainsi, Alain de Benoist, le chef de file du GRECE écrit : .
Ethno-différentialisme dans les sciences sociales Le politologue et historien des idées Pierre-André Taguieff est l'un des premiers à avoir proposé une réflexion critique sur le différentialisme, dans son ouvrage de référence La Force du préjugé ainsi que dans plusieurs articles. Le spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus a également consacré plusieurs études à ce sujet, qui a fait l'objet récemment d'une entrée dans le Dictionnaire de l'extrême droite.
Selon l'anthropologue Haidy Geismar, certaines dérives de l’anthropologie ontologique (notamment chez Philippe Descola) affirmant que présenter les autres non pas comme ayant des cultures différentes, mais comme ayant des mondes différents, radicalement étanches et ne partageant rien de commun, relève de l'ethno-différentialisme ; .
Notes et références
Voir aussi Articles connexes
Communautarisme identitaire Ethnie, Ethnisme Nationalisme Parti politique ethnique Racialisme, Racisme Mouvance identitaire Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne Kemet, Kémitisme, Orthodoxie khémite
Bibliographie André Béjin et Julien Freund (sous la direction de), Racismes, Antiracismes, Méridiens Klincksieck, Paris, 1986 Pierre-André Taguieff, Sur la Nouvelle Droite. Jalons d'une analyse critique, Galilée, « Descartes & Cie », 1994 Charles Taylor, Multiculturalisme. Différence et démocratie, Champs, Flammarion, Paris, 1997. . .
Catégorie:Idéologie politique Catégorie:Nouvelle Droite Catégorie:Idéologie d'extrême droite
eo:Diferencismo