est un genre fossile de grands dinosaures théropodes ayant vécu entre les étages Aptien et Albien du Crétacé inférieur, il y a environ d'années, dans l'actuel Niger. L'unique espèce connue, , est premièrement décrite en 1998 par Philippe Taquet et Dale Russell à partir de fossiles découverts dans la formation d'Elrhaz, comprenant des mâchoires partielles ainsi que quelques vertèbres. Deux griffes fossiles sont par la suite également attribuées à ce taxon. Le nom générique Cristatusaurus signifie « reptile à crête », par allusion à la crête sagittale présente sur le dessus du museau, tandis que l'épithète spécifique lapparenti honore le paléontologue français Albert-Félix de Lapparent. Comme d'autres spinosauridés, Cristatusaurus était probablement un grand carnivore bipède, doté de membres antérieurs robustes et d’un crâne évoquant celui des crocodiles. D'après les archives fossiles de la formation d'Elrhaz, l'animal coexistait avec des dinosaures sauropodes et iguanodontiens, d'autres théropodes et divers crocodylomorphes.
L'identité de Cristatusaurus, initialement considéré comme étant une espèce indéterminée de Baryonyx, suscite de nombreux débats en raison du caractère fragmentaire de ses fossiles. Certains auteurs avancent qu'il s'agirait probablement du même dinosaure que Suchomimus, également connu dans la formation d'Elrhaz. Dans ce cas, le genre Cristatusaurus devrait avoir la priorité nominale, ayant été nommé plus de deux mois auparavant. En revanche, d’autres auteurs considèrent Cristatusaurus comme un nomen dubium, le jugeant impossible à distinguer clairement de Suchomimus et de Baryonyx. Bien que certaines différences aient été relevées entre les fossiles de Cristatusaurus et ceux de Suchomimus, on ignore encore si elles reflètent une véritable distinction entre les deux genres ou si elles sont simplement liées à l’ontogenèse, c’est-à-dire aux changements intervenant au cours de la croissance.
Historique des recherches vignette|redresse=1.1|gauche|alt=Fragments fossiles des mâchoires d’un dinosaure théropode exposés dans un musée.|Éléments fragmentaires des mâchoires du spécimen holotype (MNHN GDF 366), exposés au Muséum national d'histoire naturelle de Paris.
Les premiers fossiles connus de Cristatusaurus sont découverts en 1973 par le paléontologue français Philippe Taquet à Gadoufaoua, un site de la formation d'Elrhaz, au Niger. Le spécimen holotype, catalogué MNHN GDF 366, comprend deux prémaxillaires (os antérieurs du museau), un maxillaire droit partiel (os principal de la mâchoire supérieure) et un fragment dentaire de la mandibule. Plusieurs paratypes sont également attribués : un museau composé de deux prémaxillaires articulés (MNHN GDF 365) ; ainsi que quatre vertèbres dorsales (MNHN GDF 357, 358, 359 et 361)... Deux griffes du pouce provenant de spécimens distincts sont également attribuées ultérieurement à Cristatusaurus.. En 1984, le prémaxillaire des spécimens MNHN GDF 365 et 366 est décrit en détail pour la première fois par Taquet, qui les attribue à un nouveau théropode sans nom au sein de la famille des Spinosauridae, en raison de caractéristiques communes avec le dentaire holotype de Spinosaurus aegyptiacus. À l'époque, Taquet pense que ces spécimens proviennent de la mâchoire inférieure, car aucun théropode n'était connu avec plus de cinq dents dans le prémaxillaire, tandis que Cristatusaurus en a sept. Cette hypothèse est néanmoins démentie en 1996 par les paléontologues brésiliens Alexander Kellner et Diógenes Campos, à la lumière des découvertes d'autres spinosauridés conservant des extrémités de mâchoire supérieure avec plus de cinq dents..
vignette|droite|alt=Griffe fossile d’un dinosaure théropode exposée dans un musée.|L'une des griffes référées, exposée au Muséum national d'histoire naturelle de Paris.
Dans une publication de 1986, les paléontologues britanniques Alan Charig et Angela Milner considèrent que les éléments de la mâchoire décrits par Taquet sont presque indistinguables de ceux du théropode Baryonyx walkeri, qu'ils décrivent alors sur la base d'un squelette partiel datant du Barrémien de la formation de Weald Clay, en Angleterre.. Dans un suivi de 1997 de cet article préliminaire, les mêmes auteurs réfèrent les spécimens MNHN GDF 365 et 366 à une espèce indéterminée de Baryonyx, bien que leur âge géologique soit plus jeune.. En 1998, Taquet et le géologue américain Dale A. Russell utilisent ces os pour ériger le nouveau genre Cristatusaurus, dont l'espèce type est Cristatusaurus lapparenti. Le nom générique associe le latin , « crête », au grec ancien , « lézard », pour donner « lézard à crête », en référence à une crête sagittale présente sur le museau. L'épithète spécifique est donnée en l'honneur du paléontologue français Albert-Félix de Lapparent, en raison de ses contributions aux découvertes liées aux dinosaures dans le Sahara. Dans le même article, plusieurs fossiles crâniens et vertébraux provenant du Tademaït d'Algérie attribués à la seconde espèce proposée de Spinosaurus, S. maroccanus, sont décrits et comparés à ceux de Cristatusaurus. S. maroccanus est désormais considéré par la plupart des paléontologues comme un nomen dubium (c'est-à-dire un nom d'application incertaine)..., ou un synonyme plus récent de S. aegyptiacus. Plus de deux mois après la publication de l'article de Taquet et Russell, un autre taxon de spinosauridés est nommé à partir de fossiles également découverts dans la formation d'Erlhaz : Suchomimus tenerensis. Ses descripteurs, le paléontologue américain Paul Sereno et ses collègues, conviennent avec Charig et Milner qu'il n'existe aucune distinction entre les crânes fossiles de Baryonyx et de Cristatusaurus, concluant ainsi que ce dernier serait un nomen dubium.. Cette affirmation est corroborée par le paléontologue allemand Oliver Rauhut dans une analyse publiée en 2003.
vignette|gauche|redresse=1.2|Le matériel fossile fragmentaire de Cristatusaurus pourrait représenter le même taxon que Suchomimus (en haut) ou Baryonyx (en bas).|alt=Dessin comparatif de deux squelettes partiels de dinosaures théropodes, tracés sur leurs silhouettes corporelles respectives.
Lorsqu'ils décrivent ce taxon, Taquet et Russell basent la séparation de Cristatusaurus de Baryonyx sur la « condition brevirostrine du prémaxillaire » de Cristatusaurus (c'est-à-dire son museau court). La signification de ce diagnostic est considérée comme obscure par divers auteurs ultérieurs, qui décrivent les spécimens comme presque identiques à ceux de Baryonyx et Suchomimus.. En 2002, le paléontologue français Éric Buffetaut et son collègue tunisien Mohamed Ouaja expriment leur soutien quant à la synonymie plus récente de Cristatusaurus avec Baryonyx. La même année, le paléontologue américain Hans-Dieter Sues et ses collègues considèrent à la fois Cristatusaurus et Suchomimus comme des synonymes plus récents de Baryonyx, affirmant qu'aucune preuve fossile ne suggère que plus d'un spinosauridé aurait vécu dans la formation d'Elrhaz.. Néanmoins, des recherches plus récentes retiennent Suchomimus et Baryonyx comme des genres distincts.... D'autres auteurs, tels que Tor Bertin en 2010 et Matthew Carrano et ses collègues en 2012, qualifient Cristatusaurus de baryonychiné indéterminé, en raison de ses restes fragmentaires..
En 2016, Christophe Hendrickx, Octávio Mateus et Buffetaut notent que Taquet et Russell interprètent Cristatusaurus comme ayant un museau plus court que Baryonyx en confondant l'encoche où les maxillaires s'articulent avec les prémaxillaires via les ouvertures des narines. Puisque Suchomimus et Baryonyx ont tous deux des prémaxillaires mieux préservés, alors que Cristatusaurus ne possède que la partie antérieure de cet os, Hendrickx et ses collègues envisagent la possibilité que le museau de Cristatusaurus soit aussi long que celui de Baryonyx. Ils rejoignent donc les auteurs précédents à propos de l'ambiguïté du diagnostic de Taquet et Russell. Hendrickx et ses collègues déclarent que, puisque Cristatusaurus et Suchomimus sont presque identiques et proviennent tous deux de la même unité stratigraphique, ils sont presque certainement synonymes. Les chercheurs constatent même des similarités entre les deux taxons, présentant tous deux des crêtes prémaxillaires, un rapport de taille similaire des alvéoles dentaires et des dépressions peu profondes devant les narines. Cependant, ces caractéristiques étant mineures et pouvant varier au sein d'une même espèce, ainsi qu'en fonction de l'âge et du sexe, Hendrickx et ses collègues n'identifient aucune autapomorphie (caractère distinctif) définitive chez l'holotype de Cristatusaurus, considérant donc le taxon comme un nomen dubium jusqu'à ce que ses restes postcrâniens soient examinés de plus près.. Dans l’éventualité où la synonymie entre les deux genres serait confirmée, la priorité nomenclaturale reviendrait normalement à C. lapparenti, puisqu'il a été décrit plus tôt que S. tenerensis...
Dans une étude publiée en 2017, les paléontologues brésiliens Marcos Sales et Cesar Schultz comparent l'holotype de Cristatusaurus (MNHN GDF 366) au museau d'un des spécimens de Suchomimus (MNN GDF501). Tous deux présentent un bord étroit au sommet de leurs prémaxillaires. Cependant, le palais secondaire convexe de Cristatusaurus est clairement visible en vue de profil (situé sous les dents prémaxillaires), tandis que chez Suchomimus, il n'est discernable qu'à travers des fissures sur le museau fossile. Ils soulignent également que, lorsqu'il est connu, le processus ascendant du maxillaire de Cristatusaurus est plus étroit que chez Suchomimus. Les chercheurs concluent que des études complémentaires sont nécessaires pour déterminer si ces différences sont d'éventuelles autapomorphies entre les taxons, ou si elles résultent de changements liés à l'ontogenèse (changements au sein d'un organisme pendant la croissance), étant donné que l'holotype de Cristatusaurus représente un individu plus jeune.
Description vignette|droite|redresse=1.0|alt=Diagramme comparatif des os du bout du museau d'un dinosaure théropode.|Diagramme montrant les différences entre les prémaxillaires d'un adulte (A) et d'un juvénile (B) de Cristatusaurus.
En 2012, le paléontologue américain Thomas R. Holtz Jr. estime provisoirement la taille de Cristatusaurus à environ de long pour une masse corporelle pesant entre .. Les prémaxillaires de l'holotype mesurent de long et de haut. L'autre ensemble connu des prémaxillaires, venant du spécimen MNHN GDF 365, est plus grand : de long et de haut. La taille plus petite de l'holotype, sa surface plus lisse et l'absence de sutures co-ossifiées (fusionnées) indiquent qu'il s'agit d'un individu juvénile, tandis que le spécimen MNHN GDF 365 représente probablement un adulte.
L'extrémité du prémaxillaire de Cristatusaurus est courte et élargie, tandis que l'extrémité postérieure est rétrécie près de la suture avec le maxillaire : c'est une forme de museau en rosette caractéristique des spinosauridés. L'avant de la mâchoire supérieure est concave en bas, façonné pour s'imbriquer avec ce qui aurait été l'extrémité convexe et élargie de l'os dentaire de la mandibule. Une fine crête sagittale est présente dans le sens de la longueur au-dessus des prémaxillaires, une condition présente chez Baryonyx et Suchomimus, et très importante chez Angaturama (un possible synonyme plus récent d’Irritator). Comme chez tous les spinosauridés, les narines externes de Cristatusaurus sont positionnées plus en arrière sur le crâne que chez les théropodes typiques. Deux processus osseux s'étendent sur la face inférieure du museau, formant une structure convexe qui forme le palais secondaire de l'animal. Cette anomalie est observée chez tous les crocodiliens actuels, mais pas chez la plupart des dinosaures théropodes. Elle est cependant fréquente chez les spinosauridés.