Caraquet ( ; ou Caraquette ; en micmac Kalaket ou Pkalge) est une ville située dans la commission de services régionaux de la Péninsule acadienne au nord-est du Nouveau-Brunswick, au Canada. Perchée sur un plateau au bord de la baie des Chaleurs, la ville s'étend sur environ d'ouest en est, lui ayant autrefois valu le surnom du « plus long village du monde »Revue d'histoire de l'Amérique française, Volume 11, Institut d'histoire de l'Amérique française 1957, : « Caraquet, situé vers l'est, au sud de la baie des Chaleurs, avec ses paroisses avoisinantes de Bas-Caraquet et de Bertrand, forme un village de 23 milles, le plus long du monde, aiment à dire avec fierté les habitants de la région. »..
Vraisemblablement fréquentée par les Micmacs, Caraquet est ensuite un poste de pêche à la morue des Bretons et des Normands, suivis par les Basques à partir de 1632. Le toponyme est mentionné pour la première fois à l'écrit en 1663, sous la forme Notre-Dame-de-la-Carraque. Gabriel Giraud est le premier habitant permanent vers 1731. En 1757, des réfugiés de la déportation des Acadiens menés par Alexis Landry s'y établissent, suivis par des corsaires et pêcheurs normands en 1761. La ville est désertée la même année à la suite du raid de Roderick MacKenzie. Après avoir trouvé refuge à Bonaventure et Miscou, plusieurs habitants reviennent à Caraquet. Les immigrants jersiais et britanniques développent ensuite l'industrie des pêches. L'endettement des pêcheurs et la réforme de l'éducation dégénèrent en émeutes durant l'affaire Louis Mailloux en 1875. L'ouverture de l'église Saint-Pierre-aux-Liens en 1860, du chemin de fer Caraquet & Gulf Shore en 1887 et du Collège Sacré-Cœur en 1899 contribuent à la prospérité de la ville. Caraquet est constituée en municipalité en 1961 pour permettre la construction de son hôpital. L'économie s'est quelque peu diversifiée depuis les années 1990, alors que le tourisme est un secteur florissant bien que la menace de la fermeture de l'hôpital et l'exode rural aient nui à la ville.
Les principaux moteurs économiques de Caraquet sont les services, la pêche et le tourisme. La ville compte d'ailleurs un chantier naval et l'École des pêches du Nouveau-Brunswick, en plus d'être le siège d'UNI Coopération financière, la principale institution financière de la province.
En 2023, la population de Caraquet était estimée à , pour la plupart des Acadiens francophones. Son titre de capitale de l'Acadie est sans signification administrative. En revanche, Caraquet est reconnue pour son Théâtre populaire d'Acadie, son patrimoine architectural et ses nombreuses activités en ville et à proximité, dont le festival acadien et le Village Historique Acadien. De plus, L'Acadie nouvelle, le seul quotidien francophone des provinces de l'Atlantique, est publié en ville. Caraquet est la seule ville ayant reçu deux fois le titre de « Capitale culturelle du Canada », soit en 2003 et en 2009. Elle est l'une des villes hôtes du Congrès mondial acadien à .
Toponyme
vignette|La confluence de la rivière Caraquet (à gauche) et de la rivière du Nord (à droite).
Au , il se peut que l'établissement s'appelait l'Habitation Pichiguy (Habitaçion Pichiguy), un toponyme provenant soit de la langue basque, soit du pidgin basco-algonquin utilisé à l'époque pour les échanges entre les Basques et les Micmacs.. Sa signification est toutefois incertaine.
Le toponyme Caraquet est mentionné pour la première fois le , sous la forme Notre-Dame-de-la-Carraque, dans un rapport d'avarie à la suite du naufrage du navire Saint-Jacques.. Les différentes orthographes utilisées au fil des années incluent Karaquet, Quaraqu, Carraquet et Caraquette.
Quatre hypothèses tentent d'expliquer l'origine du nom Caraquet. La première veut que le nom provienne d'un mot de la langue micmaque, Kalaket. ou Pkalge. selon les sources, qui signifie , en référence à la confluence de la rivière du Nord et de la rivière Caraquet à l'ouest de la ville. De nos jours les Micmacs nomment la ville Kalaket. Selon la deuxième hypothèse, le nom ferait référence à un type de bateau, la caraque.. Selon l'historien Fidèle Thériault, cette hypothèse est la plus plausible, car la langue micmaque ne possède par le son « r ». La troisième hypothèse, aussi introduite par Fidèle Thériault, le rapproche du nom de la baie de Caráquez, en Équateur. Cette origine espagnole s'expliquerait par la présence basque et proviendrait de la déformation du nom qu'ils donnèrent à l'île de Caraquet.. La quatrième hypothèse, moins répandue, tente d'expliquer l'origine du nom par le fait que deux lieux-dits de France, l'un à Boursin et l'autre à Desvres, portent le nom de Caraquet..
Le nom se prononce en français, et en anglais..
Géographie
Géographie physique Situation et topographie Située à à vol d'oiseau à l'est de Bathurst, Caraquet est la deuxième ville de la Péninsule acadienne en termes d'habitants. D'une superficie de , la ville s'étend sur la rive sud de la baie des Chaleurs. La ville est bordée par Rivière-du-Nord à l'ouest, par Hautes-Terres au sud-ouest, par Tracadie au sud et par Shippagan au sud-est.
Elle est bordée à l'est par la baie Saint-Simon, qui se jette dans le havre de Shippagan puis rejoint la baie des Chaleurs au nord-est. Le principal cours d'eau est la rivière Pokemouche, qui traverse le territoire d'ouest en est, avant de se jeter plus loin dans le golfe du Saint-Laurent. Le territoire est situé principalement sur le continent mais comprend également l'île de Caraquet, au nord, l'île de Pokesudie, l'îlette de Pokesudie et l'île Munro, à l'est, ainsi que l'île Walsh et l'île Polly, au sud, dans la rivière Pokemouche. Seule l'île de Pokesudie est habitée.
Au nord-ouest s'avance la péninsule de Maisonnette, qui est presque reliée à l'île de Caraquet, au nord-est, par un ensemble de dunes et de bancs de sable. Le tout sépare la baie et le havre de Caraquet de la baie des Chaleurs, sauf par un passage navigable à l'est.
La ville s'élève sur un plateau, dont le littoral est généralement formé de talus ou de falaises dépassant de haut par endroits Commission d'aménagement de la Péninsule acadienne, Présentation des études préliminaires de la ville de Caraquet, 2003 .. Les principales pointes sont, d'ouest en est, la pointe aux Roseaux, la pointe Rocheuse, la pointe à l'Église, la pointe à Brideau et la pointe d'Herbe. Les principales plages sont la plage Dugas, la plage de l'église et la plage Foley, tandis qu'il y a une dune à la pointe aux Roseaux. Le terrain est généralement plat et légèrement incliné vers l’est, de sorte qu’il n’y a plus de falaises à la frontière avec Bas-Caraquet. Un plateau d'une trentaine de mètres de haut se trouve à l'extrémité ouest de la ville tandis qu'une colline de , le point le plus haut, est située à l'extrémité ouest.
Caraquet, comme toute localité francophone des provinces de l'Atlantique, est généralement considéré comme faisant partie de l'Acadie..
Hydrographie thumb|300px|Carte topographique de Caraquet. 1 - Écomusée de l'Huître - 2 - L'Acadie nouvelle - 3 - Place Saint-Pierre - 4 - UNI Coopération financière - 5 - Villa Beauséjour - 6 - Cimetière de Caraquet - 7 - Hôtel de ville, Centre culturel, parc, École Marguerite-Bourgeoys, Polyvalente Louis-Mailloux - 8 - Coopérative de Caraquet - 9 - Place Caraquet - 10 - Hôpital de l'Enfant-Jésus - 11 - École des pêches, Musée acadien - 12 - Carrefour de la Mer, marina, usines de transformation de poisson - 13 - Lieu Gabriel-Giraud La configuration du relief de la région de Caraquet crée environ dix bassins hydrographiques, la plupart se déversant dans rivière Pokemouche, la baie Saint-Simon ou la baie de Caraquet. La principale rivière, la Saint-Simon, prend sa source au centre de la ville, dans une région inhabitée, et coule vers le sud-est. La Waugh prend aussi sa source dans la ville, mais s'écoule plus loin vers le sud. La Petite Rivière Caraquet prend sa source dans le village de Bertrand puis se déverse dans la baie de Caraquet dans l'ouest de la ville. Les autres cours d'eau du littoral, en allant vers l'est, sont le ruisseau Fitzpatrick, le ruisseau à Brideau et le ruisseau à Chenard.
Plusieurs marais et tourbières, dont au moins quatre sont de tailles importantes, se trouvent dans la forêt. Dans celle-ci se trouvent le lac à l’Église et le lac Gallien. Il y a aussi quelques étangs et marais côtiers.
Géologie
Le sous-sol de Caraquet date du Pennsylvanien et du Triassique (entre 200 et 250 millions d’années). Le sol est composé principalement d’une couverture de plaine (dépôt de charbon, sable, silt et gravier) au-dessus d’une épaisseur de till d’ablation de texture argileuse, sur une assise rocheuse de grès fissuré d’une épaisseur de à . Les dépôts de surface sont probablement d’origine marine. Un dyke de diabase, d’une largeur de , traverse la municipalité en suivant un axe nord-est-sud-ouest. Il est exposé à la Pointe à Brideau et à l’île de Caraquet.
Climat
La ville de Caraquet est située à la limite du climat maritime, dû à la présence de la baie des Chaleurs et du golfe du Saint-Laurent. Les hivers sont plus doux que dans le reste du pays et les étés y sont plus frais. La température moyenne pour le mois de janvier est de et de pour le mois d’août. Le taux d’humidité relative est de 76 % pour le mois de janvier et de 72 % pour le mois d’août. La moyenne annuelle des précipitations est d’environ , légèrement inférieur à la moyenne provinciale. Les chutes de neige sont d’environ par hiver. Le littoral est exposé à de forts vents, qui endommagent les arbres situés près de la côte.
Faune et flore vignette|Une mésange à tête noire (Poecile atricapillus), l'emblème aviaire du Nouveau-Brunswick, photographiée au sanctuaire Sainte-Anne-du-Bocage. Caraquet est situé dans l'écorégion des basses terres de l'est, plus précisément dans l'écodistrict de Caraquet. Le long passé de colonisation de la région entraîne la prédominance de l'érable rouge, du peuplier faux-tremble et du bouleau gris. Les creux des vallées et les sites aux sols à texture grossière sont recouverts d'arbres témoignant d'une fréquence élevée d'incendies, surtout l'épinette noire et le pin gris. Les parties médianes des versants accueillent surtout des feuillus, comme l'érable rouge, accompagné d'épinette rouge, de pin blanc d'Amérique, de sapin baumier et de pruche. Le thuya occidental et le mélèze laricin se rencontrent généralement où il y a de l'épinette noire, dans les secteurs mal drainés. L'érable à sucre, le bouleau jaune et le hêtre d'Amérique ne se rencontrent que dans l'arrière-pays tandis que la pruche a presque disparu de la région..
Parmi les oiseaux visibles sur le littoral, on compte des bécasseaux, des pluviers, des grands Hérons, des goélands et parfois des balbuzards. Les corbeaux et les rouges-gorges sont les principales espèces visibles dans la ville et la prairie. De nombreuses autres espèces d'oiseaux sont visibles, principalement dans les régions inhabitées, telles que les geais bleus et les tourterelles ainsi que des couleuvres, différents amphibiens, des rongeurs et des petits mammifères. D’autres animaux plus grands sont parfois observés, comme des chevreuils ou des orignaux. Les marais côtiers abritent des papillons rares, tels que le Satyre fauve des Maritimes (Coenonympha nipisiquit), le Cuivré des marais salés (Lycaena dospassosi), le Petit satyre des bois (Megisto cymela) et le Bleu porte-queue de l'Ouest (Cupido amyntula). L’écosystème des ruisseaux et lacs n’est pas vraiment développé.
Des récifs artificiels destinés aux homards sont installés au large de Caraquet en 2004. Selon les biologistes de Pêches et Océans Canada, ce projet est une réussite..
Environnement