Le Talisman (en anglais: The Talisman), parfois titré Richard en Palestine, est un roman historique de l'auteur écossais Walter Scott. C’est le deuxième roman de la série Histoires du temps des croisades (Tales of the Crusaders). Il paraît le même jour que le premier, Les Fiancés (The Betrothed), le , sous la signature « l'auteur de Waverley ».
À la tête de la troisième croisade, Richard Cœur de Lion a repris au sultan Saladin les places du littoral de Palestine. Il veut maintenant s'emparer de Jérusalem. Des dissensions éclatent parmi ses alliés. Certains ne souscrivent pas à ce projet. Surtout, ils ne veulent plus d'un chef aussi arrogant et emporté.
Genèse
Walter Scott s'est déjà intéressé au thème des croisades. En , il a publié un essai, La Chevalerie (Essay on Chivalry), où il voit dans l'esprit de chevalerie le fondement des croisades et des ordres militaires et hospitaliers « The Talisman (Tales of the Crusaders) », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, (consulté le )..
Les Fiancés inachevé
Le , après la parution des Eaux de Saint-Ronan, il informe le coéditeur (partenaire d'Archibald Constable) de ce qu'il travaille sur une histoire de croisades. On ne sait s'il dit vrai ou s'il fait diversion pour ne pas parler de Redgauntlet, livre très personnel sur lequel il se montre cachottier. Il termine Redgauntlet le « Redgauntlet », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, (consulté le ).. Ses éditeurs se disent favorables à son projet d'Histoires du temps des croisades, une série de trois romans. Le troisième, consacré au retour en Europe de Richard Cœur de Lion, ne verra jamais le jour. Scott écrit d'abord Les Fiancés, que les éditeurs jugent décevant, puisque le théâtre de l'action n'est nullement la Terre sainte, mais les marches galloises durant la troisième croisade, croisade qui provoque la longue absence de l'un des personnagesSylvère Monod, notice du Talisman, dans Walter Scott, Ivanhoé et autres romans, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, 2007, 1581.. Le livre est par ailleurs déclaré ennuyeux, et Scott en remanie plusieurs fois certaines parties. Renonçant à le publier, il le laisse inachevé « The Betrothed (Tales of the Crusaders) », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, (consulté le ).. Il se consacre au Talisman.
Sources du Talisman vignette|alt=Peinture. Portrait de face. Longue barbe à deux pointes. Spectaculaire turban gris fait de longues torsades dont les pointes partent en vrille de tous les côtés.|droite|redresse=1|Le sultan Saladin.
En écrivant la plupart de ses romans, Scott a une connaissance intime des lieux et du contexte historique. Ce n'est pas le cas ici. Il sait néanmoins surmonter la difficultéSylvère Monod, notice du Talisman, , 1586.. Il dispose du témoignage d'amis qui ont parcouru la Palestine, comme le capitaine Basil Hall, ou comme qui lui décrit les paysages de la mer Morte et d'Engaddi. Pour le reste, il peut consulter chroniqueurs et historiens, qui ont laissé une abondante documentation sur les événements et la régionSylvère Monod, notice du Talisman, , 1584..
Écriture
À contre-courant des préjugés de son temps, Scott a pour idée première de montrer un Richard Cœur de Lion cruel et violent — défauts que les Occidentaux prêtent facilement aux sultans d’Orient — face à un Saladin prudent et avisé — qualités que les Occidentaux attribuent plus volontiers à leurs propres souverains. En dépit du contraste dans les caractères, les deux hommes font assaut de vertus chevaleresques telles que bravoure et générositéWalter Scott, « Introduction », Le Talisman ou Richard en Palestine, sur archive.org, dans Œuvres de Walter Scott, Paris, Furne, Gosselin, 1843, XIX, 3..
Les premiers chapitres reçoivent un accueil froid du coéditeur et imprimeur , au point que Scott éprouve du découragement John Gibson Lockhart, The Life of Sir Walter Scott, « The Melrose Edition of the Novels », XXVI, Londres, sans date, 110. — Comme toute information non recoupée provenant de Lockhart, gendre et biographe de Scott, celle-ci doit être accueillie avec circonspection. Sylvère Monod, notice du Talisman, , 1581, et .. Il poursuit tout de même l'écriture du livre. Ballantyne finit par s'enthousiasmer. Il prédit que Le Talisman aura un succès marquant — susceptible même d'entraîner celui des Fiancés. Scott termine donc celui-ci.
Première publication
Tales of the Crusaders (Histoires du temps des croisades) comprend les deux volumes de The Betrothed (Les Fiancés) et les deux volumes de The Talisman (Le Talisman). L'ensemble paraît le sous la signature « l'auteur de Waverley », à laquelle Scott n'a pas encore renoncé, même si l'identité de l'auteur fait figure de secret de PolichinelleSylvère Monod, notice du Talisman, , 1580 et 1582. : à Édimbourg chez Archibald Constable and Co. ; à Londres chez Hurst, Robinson and Co..
Introduction de 1832
En 1832, pour la réédition Magnum OpusL'ensemble des romans et nouvelles que Scott a publiés sous les signatures « l'auteur de Waverley » et Jedediah Cleishbotham fait l'objet d'une réédition Magnum Opus en , chez , à Édimbourg, de 1829 à 1833. Le Talisman paraît dans le . Sylvère Monod, « Note sur le texte », , 1594., Scott donne une introduction au Talisman. Il évoque le manque de connaissances qui le faisait hésiter au moment de peindre les mœurs orientales et les luttes de Palestine. Bien d'autres auteurs, se disait-il, avaient su exploiter heureusement de tels sujets. N'ayant jamais visité la Terre sainte, il ne prétendait pas non plus rivaliser avec les nombreux voyageurs qui l'avaient fait. Ce qui le motiva cependant, ce fut le entre de Richard et la de Saladin. Une telle opposition lui semblait devoir donner un intérêt particulier à une œuvre de fictionWalter Scott, « Introduction », , 1-3..
Scott prévient que la plupart des événements contenus dans le récit sont imaginaires. Si l'on y trouve une part de vérité, dit-il, ce ne peut être que dans le caractère des personnagesWalter Scott, « Introduction », , 5..
Un « Appendice à l'introduction » s'étend sur la rumeur qui fait de Richard un cannibale. Elle est due, selon Scott, aux exagérations d'un ménestrel ignorant qui aurait attribué à Richard les mœurs des Tafurs, va-nu-pieds qui suivaient l'armée des croisésWalter Scott, « Appendice à l'introduction », , 8-12..
Contexte historique L'empire de Saladin
Au , le sultan ayyoubide Saladin bâtit un empire en réunissant l'Égypte, le Hedjaz, la Syrie et la Haute Mésopotamie Anne-Marie Eddé, Saladin, coll. Grandes biographies », Paris, Flammarion, 2008, 9.. Le , il écrase les Francs à Hattin et s'empare de la Vraie Croix. Ce triomphe lui ouvre les portes de la Palestine« 3 juillet 1187 : Saladin victorieux à Hattîn », sur herodote.net, (consulté le ).. Il reprend Saint-Jean-d'Acre et les autres places côtières« 10 juillet 1187 : Saladin s’empare de Saint-Jean-d’Acre », sur al-manach.com, 2018 (consulté le )..
La troisième croisade vignette|alt=Carte simplifiée de Palestine. Au nord, sur la côte, le royaume de Jérusalem, tout petit. En dessous, le long de la côte, les conquêtes de Richard de Saint-Jean d'Acre à Ascalon. À l'est, dans les territoires de Saladin, Jérusalem. Au sud-est de Jérusalem, le désert de Juda, la mer Morte, et, entre les deux, Engaddi.|droite|redresse=1|La Palestine au temps de la troisième croisade.
Le , Saladin reprend Jérusalem. L'émotion provoquée par cet événement déclenche la troisième croisade (1189-1192)Sylvère Monod, notice du Talisman, , 1582.. Philippe Auguste, roi de France, débarque devant Saint-Jean-d'Acre le . Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre, y arrive le Nicolas Prouteau, « La troisième croisade (1189-1192) », dans collectif, Richard Cœur de Lion : entre mythe et réalités, Gand, Snoeck, 2016, 48.. La ville est assiégée par les chrétiens depuis deux ansJoseph Delaville Le Roulx, Les Hospitaliers en Terre sainte et à Chypre (1100-1310), sur archive.org, Paris, Leroux, 1904, 102..
Dans le camp des assaillants, un conflit de succession oppose Guy de Lusignan, roi de Jérusalem, à Conrad de Montferrat, prétendant au trône. Richard prend parti pour Lusignan, tandis que Philippe Auguste soutient Montferrat« Richard et la troisième croisade », sur richardcoeurdelion.fr, 2018 (consulté le ).. Ces deux alliances renforcent les tensions existant entre Richard et PhilippeJean Flori, Richard Cœur de Lion : le roi-chevalier, Paris, Payot & Rivages, 1999, 136..
Saint-Jean-d'Acre tombe le . Un incident survient alors, qui aura de lourdes conséquences. Richard, mécontent de voir la bannière du duc Léopold d'Autriche flotter à côté des bannières des rois d'Angleterre et de France, la fait jeter par-dessus les rempartsJean Flori, , 145 et 146.. Léopold, ulcéré, retourne en Europe. C'est lui qui capturera Richard à son retour de Terre sainteNicolas Prouteau, , 50.. Philippe Auguste retourne en France le Joseph Delaville Le Roulx, , 110..
vignette|alt=File de cavaliers progressant dans le désert. Des dromadaires portent des howdahs.|gauche|redresse=1|Richard Cœur de Lion marche sur Jérusalem.
Le , Richard quitte Saint-Jean-d'Acre. Il descend vers le sud, et prend les places du littoral jusqu'à JaffaJoseph Delaville Le Roulx, , 111., où il arrive le Jean Flori, , 163.. Saladin se replie sur JérusalemJoseph Delaville Le Roulx, , 112.. Richard tente de négocier. Il exige la restitution de Jérusalem, de la Vraie Croix et des territoires repris aux chrétiens jusqu'au-delà du JourdainJean Flori, , 165-167..
Le , Richard marche sur JérusalemJean Flori, , 167.. Il atteint Ramla le . Il y reste six semainesJean Flori, , 168.. Mais les templiers, les hospitaliers et une bonne partie des poulainsLes poulains sont les descendants de croisés établis en Palestine. André Larané, « 1099-1144 : Les croisés consolident leur conquête », sur herodote.net, 2018 (consulté le ). parviennent à dissuader Richard de continuer. Le , l'armée bat en retraite sur Ascalon. Cet échec démoralise bon nombre de croisés, qui choisissent de rentrer chez euxJean Flori, , 169..
La rivalité perdure entre Guy de Lusignan et Conrad de Montferrat. Ce dernier complote à qui mieux mieux, et tente peut-être d'obtenir l'appui de Saladin. Richard apprend qu'en Angleterre son frère Jean convoite son trône. Il décide de partir à son tour. Il n'a d'autre choix que Montferrat pour le remplacer à la tête de son armée. Richard accepte donc qu'il soit couronné roi de Jérusalem. Mais, le , Montferrat est assassiné par deux ismaéliensJean Flori, , 170..
Le , Richard marche une nouvelle fois sur JérusalemJean Flori, , 173.. La division s'installe dans l'armée qui, le , fait à nouveau demi-tourJean Flori, , 175.. Le départ de Richard est hâté par des nouvelles alarmantes lui venant d'Angleterre. Il signe une trêve peu avantageuse avec Saladin le Nicolas Prouteau, , 49. — Jean Flori, , 178 et 179.. Il part pour l'Europe le Jean Flori, , 181..
Libertés que prend Scott vignette|alt=Enluminure. Ils se font face, chacun suivi de quelques guerriers. Le surcot de Philippe et la housse de son cheval sont bleus et fleurdelysés. Ceux de Richard sont rouges, armoriés de lions.|droite|redresse=1|Philippe Auguste et Richard durant la troisième croisade.
Pour des raisons d'unité narrative, Scott prend quelques libertés avec l' Historiquement, Léopold d'Autriche et Philippe Auguste quittent la Palestine peu après la reddition de Saint-Jean-d'Acre. Ils sont présents tout au long du roman. Scott charge de vils défauts le maître du Temple et le grand maître des Hospitaliers. Aussi préfère-t-il changer le nom du maître du Temple (Robert de Sablé) en Gilles Amaury de Beauséant, et ne pas citer celui du grand maître des HospitaliersSylvère Monod, notice du Talisman, , 1584 et 1585.. La mort de Beauséant est inspirée de celle de Renaud de Châtillon, exécuté, dit-on, de la main de SaladinWalter Scott, , 319, . — Pierre Aubé, « Un croisé contre Saladin : Renaud de Châtillon », sur babelio.com, 2018 (consulté le )..