Arkadi Arkadievitch Babtchenko (), né le à Moscou (RSFSR), est un journaliste et écrivain russe qui a travaillé pour la télévision ATR et ayant œuvré comme soldat lors des .
Le , les services ukrainiens (SBU) organisent une mise en scène de son assassinat, avant d'annoncer le lendemain avec l'intéressé que cela avait pour but de le protéger d'une véritable tentative d'assassinat de la part des services spéciaux russes (FSB).
Biographie
Âgé de 18 ans, Arkadi Babtchenko est étudiant en droit et cherche à devenir avocat. Il est enrôlé dans l'armée russe et combat lors de la première guerre de Tchétchénie. Démobilisé, il reprend ses études, puis se porte volontaire pour se battre lors de la seconde guerre de Tchétchénie. Il explique ce retour au front par son incapacité à se reconstruire dans l'entre-deux-guerres : « Même si vous êtes revenu dans la vie civile, votre âme est restée dans la guerre. La deuxième fois, ce n'était pas la guerre en Tchétchénie, c'était la guerre pour moi tout court. Cela aurait été la guerre à Paris, c'était pareil »..
Marqué psychologiquement par son expérience de la guerre et de l'armée, il écrit le livre La Couleur de la guerre (titre original : Alkhan – Iourt référence au massacre d'Alkhan-Iourt) où il décrit les atrocités, la faim, l'alcoolisme et la corruption.
Une fois diplômé en droit international, il devient correspondant de guerre pour plusieurs médias russes dont le célèbre Novaïa Gazeta où il traite de la deuxième guerre d'Ossétie du Sud qui oppose la Russie à la Géorgie en 2008.
En , une procédure pénale a été engagée contre lui pour avoir du fait de la publication d'un article sur les tactiques révolutionnaires possibles pour les manifestants du mouvement de protestation initié par Boris Nemtsov dit de la révolution des neiges. Cependant les autorités ont abandonné cette affaire.
À l'hiver 2014, il couvre la Révolution ukrainienne de février 2014 puis la crise ukrainienne qui a suivi. Il y dénonce la politique agressive du Kremlin, en particulier le soutien militaire des séparatistes pro-russes par la Russie au cours de la guerre du Donbass. Il devient un virulent critique de Vladimir Poutine.
En 2015, il s'oppose à plusieurs reprises à l'intervention militaire de la Russie en Syrie. Le , il publie un message sur Facebook où il indique n'avoir pour les 64 membres de l'Ensemble Alexandrov des Chœurs de l'Armée rouge qui sont morts dans l'accident du Tu-154. Dans une tribune publiée dans The Guardian, il se défend des critiques en déclarant qu'il souhaitait seulement rappeler que . , il reçoit alors des centaines de menaces de mort et une pétition pour le déchoir de sa nationalité et l'expulser de Russie.
Exil Il décide alors de quitter la Russie en : Babtchenko et sa famille se sont exilés à Prague (République tchèque) puis en Israël et enfin à Kiev (Ukraine) où un de ses grands-pères est né, ce qui lui facilitera les démarches de naturalisation.
Depuis , babtchenko travaille pour la chaîne de télévision ATR (située à Kiev).
En , il quitte l'Ukraine pour Israël..
Le , le Service fédéral de surveillance financière de Russie ajoute Babtchenko à sa liste de terroristes et d'extrémistes..
Mise en scène de son assassinat
Vassyl Hrytsak, responsable du SBU, a affirmé que ses services avaient découvert l'existence d'un contrat d'assassinat visant le journaliste. D'après le journaliste, deux mois avant le début de l'opération, le SBU le prévient. . Effrayé selon lui par l'empoisonnement de Sergueï et Ioulia Skripal, il accepte de jouer le jeu.
L'opération secrète de désinformation implique une centaine de personnes mais seulement une dizaine avait le tableau d'ensemble selon les responsables. Par ailleurs un député a affirmé : .vignette|À Ekaterinbourg le , mémorial improvisé après l'annonce de l'assassinat d'Arkadi Babtchenko. Le jour prévu de la mise en scène, le , il simule une entorse pour ne pas avoir à sortir de chez lui. À 18 heures, il est maquillé, on répand sur lui du sang de porc et on l'habille à l'aide d'un vêtement troué pour lui donner l'apparence d'un blessé par balle. C'est aussi à ce moment où est prise la photographieVoir l'image de la mise en scène ensanglantée qui sera diffusée à toutes les rédactions. Initialement, il a été dit que sa fiancée n'était pas au courant mais celle-ci qui s'est rendue un jour avant la mise en scène en Ukraine était en fait au courant de l'opération. Une fois les préparatifs effectués, sa compagne appelle la police et l'ambulance. peu avant 21 heures. Aux environs de 21 heures, l'AFP diffuse le premier le communiqué de la police ukrainienne qui déclare : et qu'il est . La police ukrainienne s'oriente vers un crime dû à sa profession. Peu après, son collègue Osman Pachaïev indique sur Facebook , ce qui est contradictoire avec la version de la police. Le directeur adjoint de la chaîne de télévision ATR, où il travaille, rajoute qu'il du Kremlin.
Selon le journaliste, la police n'était pas au courant et a été induite en erreur par le faux constat de décès du médecin légiste qui, lui, faisait partie de l'opération. Il indique enfin qu'il est transporté à l'hôpital puis à la morgue à 22 heures puis est transféré vers un lieu sécurisé où il patiente jusqu'à 5 heures du matin avant de pouvoir dormir. Il a également l'occasion de voir l'annonce de sa mort à la télévision où il a pu entendre .
Peu avant minuit la police diffuse un portrait-robot de l'assassin présumé puis le Premier ministre déclare dans la foulée sur Facebook qu'il faut . Un conseiller du ministre ukrainien de l'intérieur affirme . Le ministre des affaires étrangères ukrainien, Pavlo Klimkine, fait implicitement porter la responsabilité du prétendu assassinat sur la Russie, en déclarant que ; et tout en indiquant qu'il est , il ajoute aussitôt : .. Le Premier ministre Volodymyr Hroïsman, quant à lui, se dit, sur Twitter , mais son tweet semble avoir été effacé dans l'intervalle. Le ministre des affaires étrangères poste un tweet, le , où il écrit, en anglais : .. Le ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov déclare pour sa part, dans la matinée du , avant la révélation de l'opération montée par les services ukrainiens : , et que ce serait .
vignette|Réunion du : (de gauche à droite) le président d'Ukraine Petro Porochenko, Arkadi Babtchenko, le chef du SBU Vassyl Hrytsak et le procureur général Iouri Loutsenko. Le lendemain, le journaliste réapparaît lors d'une conférence de presse à Kiev« Le journaliste russe Babtchenko est en fait vivant et apparaît devant la presse à Kiev », Libération, consulté le 30 mai 2018.. Le SBU annonce avoir mis en scène son faux assassinat pour déjouer une véritable tentative. Il indique alors que la mise en scène de son assassinat aurait pris deux mois de préparation : . Moscou annonce être qu'il soit en vie mais regrette des . L'arrestation d'un tueur à gages, arrêté quelques heures avant, est également annoncée dans la foulée. Celui-ci, de nationalité ukrainienne, aurait été recruté par les services spéciaux russes pour selon le service secret ukrainien.
La mise en scène fait immédiatement l’objet de vives critiques. Un représentant de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) déplore que l'Ukraine diffuse de .. Le président ukrainien Petro Porochenko rejette les critiques de l'opération, affirmant que grâce à elle, .. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Grigory Karasin, qualifie la mise en scène d’assassinat de .. Le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, déclare lors d'une conférence de presse : .
Pour Reporters sans frontières, . Selon la Fédération internationale des journalistes, .
Pour Babtchenko, . Affirmant Vladimir Poutine, il ajoute que celui-ci , puis ajoute avoir l'intention de se .
Pour le procureur général d'Ukraine Iouri Loutsenko, l'opération aurait permis d'obtenir une liste de 47 autres personnes menacées qui . Par ailleurs, le parquet ukrainien avait insisté sur l'utilité de cette opération ..
Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large de crise en Ukraine et d'une guerre de l'information entre les belligérants.. Ce type d'opérations a déjà eu lieu en France avec l'enlèvement simulé du transfuge roumain Virgil Tănase en 1982, néanmoins l'opération était beaucoup moins mise en scène et on évoquait un enlèvement (pas de photos ou de fausses preuves).. De plus, cela avait été justifié comme un moyen pour le tueur à gages de fuir avec sa famille de la Roumanie (celui-ci s'étant dénoncé à la DST) tandis que les raisons ayant motivé les autorités ukrainiennes à faire une telle mise en scène demeurent floues.
Le , le directeur d'une entreprise germano-ukrainienne, Boris Guerman, qui selon les autorités ukrainiennes a plaidé coupable et accepté de coopérer avec les enquêteurs, est condamné à quatre ans et demi de prison pour avoir organisé la tentative d'assassinat.
Réactions de la presse Le jour même, la presse occidentale relaye massivement la thèse des services secrets ukrainiens qui accusent le Kremlin d’avoir ordonné l'assassinat et condamne la Russie pour cette nouvelle exaction, Le Monde allant même jusqu'à consacrer sa Une à l'affaire.. Dès le lendemain, après la révélation de la mise en scène par les autorités ukrainiennes, les articles en ligne sont retirés sauf dans de rares journaux. C’est le cas par exemple du Monde, qui reconnait toutefois son erreur...
Vie privée Arkadi Babtchenko est marié et a une fille. Par ailleurs, le couple a adopté six enfants.
Recueil de nouvelles et récits
La Couleur de la guerre (titre original : Alkhan – Iourt) : 13 nouvelles ou récits de guerre, témoignage précis et violent de l’enfer tchétchène, traduit du russe par Véronique Patte, Paris, Éditions Gallimard, , 2009
Références
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