Patrick Tissier, né le à Bourges dans le département du Cher, est un tueur en série et un violeur en série français, surnommé .
En , à 18 ans, il est incarcéré à la Maison d'arrêt de Bourges, à la suite du meurtre de sa petite-amie. Condamné une première fois en à 20 ans de prison — sa qualité de mineur lui évite la peine de mort et l'emprisonnement à perpétuité —, il bénéficie de permissions de sortie en 1982.
Au cours de sa sixième permission, en , il ne ré-intègre pas la Prison de Muret et part en cavale, pendant laquelle il viole une jeune femme et tente d'en violer une autre. Arrêté en , il est ré-incarcéré puis condamné, en 1985, à 10 ans de réclusion criminelle.
Libéré en , il s'installe à Perpignan, où il intègre la communauté mormone. Il commet ensuite deux nouveaux meurtres, dont l'un sur une fillette de 8 ans, et une tentative de meurtre, en août et . Après être parti en cavale, à la suite de sa tentative de meurtre, il sera arrêté le , puis incarcéré à la Maison d'arrêt de Perpignan. Cette troisième arrestation de Tissier provoquera de fortes réactions concernant la récidive, allant même jusqu'à demander le rétablissement de la peine de mort.
Tissier sera finalement condamné à une troisième reprise, en , à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 30 ans.
Le cas de Tissier a fait beaucoup de bruit dans les années 1990 et a mené à la mise en vigueur de la perpétuité incompressible, en 1994, dans le but d'empêcher la récidive d'assassins et violeurs de mineurs de moins de 15 ans.
Son histoire a fait l'objet d'un épisode de Commissaire Moulin Le Récidiviste
Biographie
Jeunesse et premières violences Patrick Tissier est né le à Bourges (Cher). Il grandit dans un contexte familial difficile, au milieu de cinq frères et sœurs, dont il est le benjamin, et avec un père violent et une mère volage. Cette enfance, qu'il décrit comme étant , lui laissera des séquelles.
En 1963, alors que Patrick est âgé de , sa mère quitte le domicile familial. Les trois premiers enfants étant adultes, seuls Patrick, Lionel et Viviane restent chez leur père, qui se met en couple avec Marie Luna.
En 1965, à 12 ans et demi, Tissier tente de violer sa sœur Viviane. Elle le raisonne et il renonce. Après cela, elle sera placée en foyer d'accueil. Lionel, quant à lui, fera plusieurs dépressions avant de se suicider en 1986.
En mars et , il tente de violer sa belle-mère dans la salle de bain. Il la frappe à la tête et l'étrangle, mais échoue dans sa tentative de viol. Sa belle-mère porte plainte, faisant intervenir la DDASS. Il est alors suivi par un juge des enfants et plusieurs psychiatres et ne commet plus de violences« Patrick Tissier, le récidiviste » en mai 2008 et décembre 2009 dans Faites entrer l'accusé présenté par Christophe Hondelatte sur France 2.
Après un apprentissage d'électricien, Tissier est embauché comme pompiste dans une station-service. Dans un bar, il rencontre Marie-Françoise Pinson, 16 ans, apprentie coiffeuse, avec qui il partagera sa vie de 1969 à 1971.
Premier meurtre et première détention Le , Tissier doit bientôt partir pour le service militaire. Lui et Marie-Françoise vont danser à un bal et se promènent le long de la rivière près de Bourges. Tissier tente d'avoir un dernier rapport sexuel avec Marie-Françoise avant de partir à l'armée, mais celle-ci se refuse à lui. Il s'emporte violemment et fait peur à Marie-Françoise, qui commence à paniquer. Tissier la tue par strangulation, la déshabille, la viole et jette son corps dans la rivière (Le moulon). Après avoir commis son crime, Tissier se réfugie dans une chambre d'hôtel du centre-ville de Bourges sous un faux nom.
Le , le corps de Marie-Françoise est découvert par des promeneurs dans la Plaine du Moulon. Les soupçons se portent rapidement sur Tissier, qui est le dernier à l'avoir vue vivante et qui demeure introuvable.
Tissier est arrêté, le , dans l'hôtel où il s'était réfugié. Il avoue avoir tué Marie-Françoise car elle s'était refusée à lui, ce dont il a déduit qu'elle ne l'aimait plus. Tissier est inculpé de meurtre et placé en détention provisoire. Il a alors 18 ans.
Lorsqu'il intègre la Maison d'arrêt de Bourges, Tissier surprend le personnel par sa bonne conduite, qualifiée d'exemplaire. Les experts psychiatres ne constatent aucune abolition du discernement chez Tissier, et arguent notamment qu'il est capable d'un raisonnement lucide, s'étant caché sous un faux nom pour ne pas être repéré. Ils le jugent donc entièrement responsable de ses actes.
Le , le procès de Patrick Tissier se déroule devant la cour d'assises du Cher. L'accusé, âgé de 19 ans, est décrit comme un prévenu exemplaire, facilement curable et ré-adaptable. Tissier est condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Incarcéré à la maison d'arrêt de Bourges, Tissier est transféré au Centre de détention de Muret, où il est décrit comme un détenu exemplaire.
Évasion, nouveaux crime et condamnation pour viol En 1982, après 11 ans de détention, Tissier bénéficie de cinq permissions de sortie durant lesquelles tout se passe bien.
Le , Tissier entame sa sixième permission de sortie, pour une durée de trois jours. Il est censé réintégrer le Centre de détention de Muret le , mais ne s'y rend pas. Il entame alors une cavale.
Le , à Toulouse, une secrétaire mange dans sa voiture. Tissier la menace avec un pistolet à grenaille et l'oblige à conduire hors de la ville et la viole. Après l'agression, Tissier poursuit sa cavale.
Le , il tente de violer une deuxième jeune femme. La victime parvient à s'échapper, mais Tissier lui vole son sac. À la suite de cela, Tissier commet de nombreux vols afin d'assurer sa cavale. On ignore, à ce jour, s'il a commis d'autres meurtres au cours de cette escapade.
En , Tissier est finalement repéré par des passants, lors d'un vol avec violence, à Nice. Il est arrêté et inculpé pour les faits de viol, évasion, tentative de viol et vols avec violence qui lui sont reprochés puis placé en détention provisoire. Les experts psychiatres, chargés de l'examiner, soulignent une dangerosité permanente et le jugent difficilement ré-adaptable.
Les 27 et , Tissier comparaît devant la Cour d'assises de Haute-Garonne pour son évasion, le viol de la secrétaire, la tentative de viol commise sur une autre jeune femme et les vols avec violence commis au cours de sa cavale. Il est condamné à 10 ans de réclusion criminelle.
Libération et nouvelle récidive Patrick Tissier est libéré le , après et demi de détention. Il a alors .
À la suite de sa libération, Tissier part à Perpignan afin d’entamer une nouvelle vieGeorges Fenech, Criminels récidivistes : peut-on les laisser sortir ?, Éditions de l'Archipel, 2009, , chapitre « Patrick Tissier, le sournois ». Il intègre la communauté mormone. Il rencontre par la suite la famille Volckaert, avec qui il se liera d'amitié. Il est surnommé « tonton Patrick » par les enfants Volckaert. À cette période, la famille ignore le passé criminel de Tissier. Ils le considèrent comme étant quelqu'un de et .
Le , à Perpignan, Tissier tue sa voisine de palier Concetta Lemma, . Il l'a probablement violée puis tuée par strangulation. Il la ligote et l'enveloppe dans un rideau de douche, avant de cacher son corps dans le tunnel souterrain des « Coves » à Canohès, à plusieurs centaines de mètres de profondeur. À la suite de la disparition de Concetta Lemma, ses filles demandent à Tissier s'il a des nouvelles, mais celui-ci répond négativement. Tissier leur propose alors de les accompagner au commissariat pour signaler la disparition. Les gendarmes, croyant à un départ volontaire, ne prennent cependant pas la peine d'ouvrir une enquête, la disparue devant comparaître le mois suivant pour complicité de trafic de drogue.
Dans la nuit du 10 au , Tissier agresse une amie, Marie-Josée Gauze, âgée de 41 ans, dans cette même ville. Il tente de l'étrangler avec un foulard, elle lui résiste. Il frappe violemment sa tête contre le sol à plusieurs reprises, elle s'évanouit. Tissier la ligote et la déshabille. Lorsqu'elle se réveille, il l'a très certainement violée. Tissier s'apprête à la tuer, mais Marie-Josée Gauze le raisonne; il se calme et s'en va. La victime appelle les urgences et est hospitalisée. Convaincu d'être recherché pour la tentative de meurtre de son amie, Tissier entame une cavale.
Le , à 18h, sur le parking de l'école primaire, Tissier attend Karine Volckaert, , la fille de Jocelyne Milluy, une amie mormone. Karine accepte volontiers sa proposition de la ramener chez elle. Il se gare près d'un entrepôt à l'abri des regards et lui dit qu'il vont faire un jeu. Il la menotte, la bâillonne et lui met une cagoule. Il l'oblige à descendre du siège et se cacher. Il se rend à Fitou et gare la voiture près d'une maison abandonnée à l'extérieur du village. Il installe Karine à l'arrière de la voiture, la viole en maintenant de force ses poignets. Elle essaie de se débattre, Tissier la frappe plusieurs fois. Réalisant ce qu'il vient de faire, Tissier l'étrangle à mort. Il la viole de nouveau, la transporte, la jette dans le puits de la maison abandonnée et jette des détritus par-dessus pour la dissimuler.
Arrestation, incarcération et conséquences sur la récidive Le , Tissier est arrêté par les gendarmes à Paulhan (dans l'Hérault), après une course-poursuite. Il se rend sans résistance. Dans sa voiture, il y a des armes. Il indique aux enquêteurs où trouver le corps de Karine Volckaert. Au cours des interrogatoires, il avoue l'agression de Marie-Josée Gauze ainsi que le viol et le meurtre de Karine. Tissier est placé en détention provisoire, mis en examen pour meurtre suivi de viol sur mineure de moins de 15 ans à l'encontre de Karine Volkaert et pour la tentative de meurtre de Marie-Josée Gauze.
L'arrestation de Tissier provoque un débat médiatique sur la récidive et engendre une polémique concernant le rétablissement de la peine de mort pour les assassins d'enfants.
Le , Pierre Méhaignerie, alors ministre de la Justice, propose une loi dite de « perpétuité incompressible » qui permet à la Cour d'exclure la libération anticipée d'un condamné pour viol et meurtre sur mineur, évitant pour le futur que d'autres criminels comme Patrick Tissier puissent éventuellement sortir de prison à la fin d'une période de sûreté, si le tribunal le décide.
Le , Dominique Milluy, oncle de Karine, prend en otage le directeur de cabinet du maire de Perpignan dans son bureau, sous la menace d'une arme de poing. Il exige que Patrick Tissier lui soit livré. Il se rend sans conditions aux policiers, peu avant 21h, et passe trois mois en prison pour ces faits« Un preneur d'otage se rend à Perpignan » Article publié le 26 février 1994 dans L'Humanité.
En détention, Tissier envoie de nombreuses lettres à la juge d'instruction, Danielle Braud, dans lesquelles il raconte son mélange de violence et de sexualité. Au bout de deux ans d'incarcération, Tissier affirme avoir des déclarations à faire concernant la disparition de Concetta Lemma.
Le , Tissier est extrait de sa cellule afin de faire ses révélations. Interrogé devant la juge Braud, il affirme, dans un premier temps, ne pas supporter d'être insulté par ses gardiens et codétenus puis dit trouver injuste de ne pas avoir de chocolat au petit-déjeuner. Après avoir longuement discuté de ses mésententes carcérales, Tissier avoue avoir tué Concetta Lemma en l'étranglant, avant de la démembrer, puis avoue avoir dispersé les restes de son cadavre dans un étang de Fitou. Il est mis en examen pour le meurtre de Concetta Lemma. Après que Tissier ait regagné sa cellule, des recherches sont alors menées durant plusieurs mois, mais ne donnent rien. À la suite des recherches infructueuses des enquêteurs, Tissier avoue finalement avoir menti sur l'endroit où il a caché le corps de Concetta Lemma et donne une autre version, dans laquelle il affirme avoir caché le corps sous de gravats. Les aveux de Tissier s'avèrent également être une ..