150px|vignette|Un clap aux couleurs du drapeau colombien. Le cinéma colombien, au sens large, rassemble les productions cinématographiques réalisées en Colombie ou considérées comme étant colombiennes pour diverses raisons. Il est issu d’un processus historique, comme c’est le cas pour tout cinéma national, et s’inscrit dans une dimension industrielle et artistique.
Au cours de son histoire, le cinéma colombien n’a pas été considéré comme une industrie rentable, ce qui fit obstacle à une continuité de sa production. Lors des premières décennies du , quelques compagnies ont essayé de nourrir un niveau constant de production ; mais le manque d'appui économique et la forte concurrence étrangère ont cassé les initiatives. Grâce à la création de la (FOCINE), quelques productions ont pu être réalisées. Cependant, cette compagnie a été liquidée au début des années 1990. Grâce à la loi du cinéma approuvée en 2003, des initiatives renaissent autour de l’activité cinématographique, ce qui permet une relance du cinéma colombien, autant sur le plan national qu’international.
Histoire
Premières œuvres
L’histoire du cinéma colombien a débuté le , deux ans après l’invention de la cinématographie par Auguste et Louis Lumière à Paris. En effet, c’est la date à laquelle le premier cinématographe est arrivé dans le pays par le port de Colón, grâce à Gabriel Veyre qui était parti du port du Havre le à destination de l'Amérique.
Un historien du cinéma colombien, Luis Alfredo Álvarez, déclare que l'activité cinématographique colombienne débuta en 1897 avec l'arrivée du vitascope de Thomas Edison73. Ainsi, le de cette année, au théâtre Peralta de Bucaramanga, Manuel Trujillo Durán présente pour la première fois un vitascope sur le territoire colombien actuel, ce qui est bien accueilli par le public local. Le , la population de Carthagène des Indes découvre une projection d'images en mouvement grâce à un vitascope Edison. Le , au théâtre municipal de Bogota, Ernesto Vieco présente pour la première fois aux habitants de la capitale une projection de cinéma à l’aide d’un vitascope .
vignette|alt=Olympia de Bogotá en 1914|Olympia de Bogotá en 1914. Peu après l’introduction du cinématographe en Colombie, le pays est en proie à une guerre civile appelée la Guerre des Mille Jours (1899-1902), provoquant la suspension de toutes les productions cinématographiques durant cette période. En 1905, le général Rafael Reyes Prieto, qui est président de la République, engage un cadreur français afin de filmer les principaux évènements officiels de la vie publique. À l’époque, les archives cinématographiques représentent surtout des actes officiels, des inaugurations solennelles et des revues militaires229.
À cette époque, l’essor économique de la Colombie favorise le développement du cinéma. Beaucoup de films sont importés et plusieurs salles de cinéma sont construites, tel l’Olympia de Bogotá inauguré le . On retrouve ainsi les frères italiens Francesco et Vincenzo Di Domenico qui importent des films français et italiens en Colombie. Ces mêmes frères créent, en 1913, la société industrielle cinématographique latino-américaine ( ou SICLA) avec notamment l'aide de leurs beaux-frères Giuseppe et Erminio Di Ruggiero ainsi que leurs cousins Donato et Giovanni Di Doménico Mazzoli. Cette initiative est, selon Luis Alfredo Álvarez, « la première tentative organisée d'un cinéma national ». Les Di Domenico profitent également de l’assassinat du général Rafael Uribe Uribe le pour sortir, un an plus tard, le documentaire (« Le drame du »). Ce film fait scandale car il montrait les deux assassins du général Uribe interviewés dans leur cellule Hernando Salcedo Silva, Fin de la période « primitive », Crónicas del cine colombiano: 1897-1950, Carlos Valencia Editores, 1981. La tentative avant-gardiste des frères Di Domenico d'attirer le public avec un sujet d'actualité sensible a pour conséquence de stopper net le projet d'une production régulière de films les années suivantes. Il faut ainsi attendre sept ans pour qu'Alfredo del Diestro et Máximo Calvo Olmedo réalisent, en 1922, le premier long métrage de fiction colombien, María, adaptation cinématographique du roman du même nom de Jorge Isaacs.
Cinéma muet
L’époque du cinéma muet en Colombie est une époque dorée dans l’histoire du cinéma colombien puisque, entre 1921 et 1927, une douzaine de longs métrages ont été diffusés sur grand écran. Dans les années 1920, plusieurs compagnies cinématographiques font leur apparition telles que , , , et 74. Jusqu’en 1922, les producteurs de films abordaient notamment des sujets sur la nature ou sur la vie quotidienne. Avec María d’Alfredo del Diestro et Máximo Calvo Olmedo en 1922, on entre réellement dans l’ère du cinéma muet. Ce film est tiré du roman du même nom, María, de Jorge Isaacs qui a été un best-seller en Colombie dès sa publication en 1867. Il ne reste plus aucune copie de ce film. Calvo a conservé quelques photographies du film dans un album et la Fundación Patrimonio Fílmico Colombiano possède encore un fragment de 45 secondes de ce film qui durait trois heures. Ce film entraîne, par ailleurs, la première polémique sur les droits d'auteur dans le monde cinématographique colombien, lorsque la famille Isaacs attente un procès contre le producteur du film, Valley Film.
Un autre film de fiction, (« Aura ou les violettes »), a été adapté d’une œuvre littéraire de José María Vargas Vila et mis en scène par les frères Di Domenico en 1924. Le court métrage, d'une durée de 18 minutes, racontait l’histoire d’un mariage conflictuel entre un riche vieillard et une jeune fille pauvre .
Arturo Acevedo Vallarino, producteur et directeur d’une compagnie nationale de théâtre à Antioquia, a été un autre pionnier du cinéma colombien. En effet, après l'introduction de films étrangers en Colombie, les théâtres n'étaient plus aussi rentables et Acevedo a décidé de créer une maison de production, Acevedo e Hijos (« Acevedo et Fils ») en 1920 Hernando Salcedo Silva, Entrevue avec Gonzalo Acevedo, Crónicas del cine colombiano: 1897-1950, Carlos Valencia Editores, 1981. Cette société de production est la première à avoir réalisé un long-métrage entièrement colombien, (« La tragédie du silence »). Il paraît pour la première fois en salle le au théâtre Faenza à Bogotá, attirant un public nombreux. Cependant, selon Gonzalo Acevedo Bernal, . À la suite de la représentation de à Medellín, Acevedo e Hijos attire l'attention de l'industriel Gonzalo Mejía. Grâce à son aide financière, la compagnie réalise un nouveau film en 1925, (« Sous le ciel d'Antioquia »).
Les films en Colombie ont surtout abordé des thèmes comme la nature, le folklore et le nationalisme, avec quelques exceptions où les films étaient issus de la littérature. En 1926, le film Garras de oro, réalisé par P.P. Jambrina, s'est fondé sur un fait politique, à savoir la séparation du Panama de la Colombie en 1903, tout en critiquant le rôle joué par les États-Unis lors de cet évènement historique Hernando Martínez Pardo, Historia del Cine Colombiano, Éd. América Latina (Bogotá), 1978.
La production cinématographique ne se concentrait pas que sur Bogota. Grâce à une volonté de décentralisation, plusieurs films ont été tournés dans d’autres villes telles que Cali, Medellín, Barranquilla, etc. Par ailleurs, c’est à Cali que fut fondée en 1923 la compagnie « Colombia Film », afin de réaliser des films demandant davantage d’exigences techniques. Elle assura notamment la production de deux longs métrages de Camilo Cantinazzi : (« La Chance et le Hasard ») en 1925 et (« C'est ta faute ») en 1926.
Le film (« Âme provinciale »), réalisé en 1925 par Félix Joaquín Rodríguez, est considéré comme étant l'un des meilleurs films du cinéma muet colombien sur le plan technique. En effet, son réalisateur, qui avait émigré aux États-Unis de 1915 à 1919 et fréquenté le milieu hollywoodien, était revenu en Colombie après avoir appris les techniques de bases de la prise de vues, du développement et du montage Hernando Salcedo Silva, Entrevue avec la veuve du docteur Félix Rodríguez, Crónicas del cine colombiano: 1897-1950, Carlos Valencia Editores, 1981.
Les principaux longs métrages de l’époque du cinéma muet en Colombie ont été perdus et les copies sur support inflammable ne peuvent plus être consultées. Pour certains de ces films, il subsiste également quelques photographies233.
Les débuts du cinéma sonore
La crise des années 1930 Vers 1928, avec l’arrivée du cinéma sonore, c'est la fin de l'âge d'or de la production cinématographique colombienne qui connaît des difficultés. Le cinéma muet ne peut opposer de réelle résistance face à cette nouvelle technologie plus onéreuse et compliquée à faire. Les films locaux ont été incapables de rivaliser avec les films hollywoodiens offrant une meilleure qualité. À cela s’ajoute la compétitivité des films argentins et mexicains. Ainsi, les frères Di Domenico, qui considéraient le cinéma sonore comme un obstacle infranchissable, vendirent leur stock de films étrangers ainsi que leur matériel cinématographique. En revanche, les frères Acevedo ont continué à projeter régulièrement leurs « Actualités colombiennes » qui traitaient d’évènements officiels, sportifs et sociaux , et ce jusqu’en 1948. Par ailleurs, avec l'arrivée sur le marché le de la compagnie qui diffuse notamment des films importés, les autres entreprises cinématographiques cessent peu à peu leurs activités, à l'exception de Acevedo e hijos. Ces deux sociétés s'associent entre 1929 et 1932 pour réaliser le (les actualités Cineco) qui relate la vie quotidienne de certains secteurs de l'aristocratie nationale, les célébrations sportives, les courses de taureaux, le théâtre, la danse, des processions, les combats de boxe et les carnavals estudiantins.
En 1931, les recherches techniques sur le cinéma sonore, réalisées par Carlos Schroeder qui est d’origine allemande et César Estévez, donnent naissance à un nouvel appareil perfectionné : le . Cette invention était capable de s’adapter sur n’importe quel projecteur de cinéma muet et de permettre la reproduction du son à partir de disques .
Les premières productions Produit par Acevedo e Hijos et Carlos Schroeder, le premier film sonore colombien a été . Lors de sa sortie en salle le , il durait 25 minutes et seulement 9 minutes ont pu être préservées L'arrivée du cinéma sonore et parlant en Colombie, Rito Alberto Torres, Institut du patrimoine cinématographique colombien.
Le premier long métrage de fiction sonore (« Au son des guitares ») a été réalisé en 1938 par Alberto Santana et supervisé par Carlos Schroeder.
Entre 1941 et 1945, dix longs métrages colombiens de fiction ont été réalisés par quatre compagnies : la maison de production Calvo Film, créée en 1941 par Máximo Calvo, a dirigé la production de Flores del valle (« Fleurs de la vallée ») en 1941 et Castigo del Fanfarrón en 1944 ; en 1942, Oswaldo Duperly et les frères Leopoldo et Georges Crane Uribe fondent la compagnie Ducrane Films, le nom de l’entreprise étant issu de l’association de leurs patronymes. Ils ont réalisé divers films tels que Allá en el trapiche (« Là-bas au pressoir ») de Roberto Saa Silva et Gabriel Martínez en 1943, Golpe de gracia (« Coup de grâce ») de Hans Brückner et Oswaldo Duperly en 1944, Sendero de luz (« Sentier de lumière ») d’Emilio Alvárez Correa en 1945 ; en 1943, certains acteurs, s’étant séparés de la Ducrane Films, ont fondé la compagnie Patria Films dirigée par Alfonso Gaitán, Gabriel Martínez, Humberto Onetto et Lily Alvárez. Ils ont produit Antonia Santos et Bambucos y Corazonesen 1944, ainsi que El sereno de Bogotá (« Le Veilleur de nuit de Bogotá ») en 1945 ; en 1944, Cofilma a été fondée par des capitalistes d’Antioquia et a permis la production de Anarkos en 1944 et de La canción de mi tierra (« Le chant de ma terre ») en 1945.