vignette|Les royaumes hellénistiques en La civilisation hellénistique désigne l'état de la civilisation grecque antique qui s'est épanouie et diffusée à grande échelle durant l'époque hellénistique, de la mort d'Alexandre le Grand en 323 , jusqu'à la conquête romaine de l'Égypte ptolémaïque en 30

Inscrite dans la continuité de l'époque classique, elle profite de la dynamique initiée par les conquêtes d'Alexandre et la constitution des grands royaumes hellénistiques en Macédoine, en Égypte et au Proche-Orient. Ces royaumes mettent au premier plan le modèle politique monarchique, jusqu'alors d'une influence limitée dans le monde grec, même si les cités restent les institutions de base et se multiplient avec de nouvelles fondations.

La domination politique et économique des Grecs permet l'expansion considérable de la culture grecque jusqu'aux confins du monde connu. La culture grecque devient la culture de référence et jouit d'une influence jusqu'alors inégalée. Ce phénomène, désigné sous le nom d'« hellénisation », contribue à la diffusion de formes artistiques et architecturales grecques, de bâtiments et de pratiques telles que le théâtre et le gymnase, du culte des divinités grecques, de la langue grecque (la koinè). Les Grecs s'ouvrent également davantage aux influences extérieures en s'implantant dans de nouveaux territoires.

Cette période est particulièrement dynamique dans les domaines littéraires, philosophiques, scientifiques et techniques, grâce notamment à l'activité de nouveaux centres royaux, comme Alexandrie.

Structures et pratiques politiques Rois et royauté hellénistiques vignette|Statue en bronze d'un roi ou d'un prince hellénistique (« Prince hellénistique »), , palais Massimo des Thermes.

Du point de vue politique, la principale rupture introduite par l'époque hellénistique est la domination des monarchies grecques. Les rois (basileus) deviennent les personnages les plus importants des événements politiques et militaires de l'époque, en lieu et place des cités. La conquête d'Alexandre puis la constitution des royaumes hellénistiques accouchent en revanche de l'apparition de royautés de type personnel, dans lesquelles le pouvoir royal est de type patrimonial (l’État est vu comme la propriété personnelle du roi). Peu restreint, il tend vers une forme d'absolutisme, sans toutefois l'atteindre. C'est une conséquence du caractère conquérant de la figure royale qui s'instaure à la suite des conquêtes, justifiant la domination de ses sujets, qui sont un ensemble hétérogènePierre Fröhlich, « Royauté », dans ..

vignette|gauche|Tétradrachme d' de Bactriane le représentant en roi de guerre : casqué, tenant une lance. Musée national des antiquités du Tadjikistan.

En effet, la légitimité de ces rois repose en premier lieu sur le fait qu'ils sont des chefs de guerre, et les rois hellénistiques partent régulièrement au combat, sont célébrés pour leurs victoires et leurs qualités martiales ( le « Preneur de ville » ; le « Victorieux »), tandis que plusieurs d'entre eux meurent sur le champ de bataille. Est donc roi celui qui parvient à s'imposer par les armes, ce qui explique que des généraux victorieux prennent régulièrement le titre de roi, leur capacité à pérenniser cela dépendant de leurs accomplissements militaires. Il en résulte que le territoire sur lequel l'autorité du roi s'étend est simplement celui où il est en mesure de s'imposer (doriktètos, « conquis par la lance »), et pas celui où famille domine de manière coutumière comme cela se fait ailleurs.

Le roi dirige avec son entourage proche, ses « Amis » (philoi), sur les fidélités acquises auprès des élites gréco-macédoniennes (et dans une moindre mesure des autochtones hellénisés). La royauté macédonienne garde en revanche un caractère plus « national » (moins de distance entre élite et dominés, pas de culte dynastique). Le roi doit aussi faire preuve de qualités dans l'exercice de la justice, et de générosité envers ses sujets par ses bienfaits (l'évergétisme royal), et plus largement refléter la richesse et la prospérité, notions recouvertes par le terme tryphé.

Les femmes de la famille royale jouent souvent un rôle important dans la vie politique, qu'il s'agisse des reines, des reines-mères, des sœurs ou filles de rois. La polygamie est pratiquée dans certaines dynasties, mais pas par toutes. Le titre de « reine » (basilissa) est une innovation de la période, qui consacre leur rôle public. Celui-ci est dans plusieurs cas conforté par un culte divin, une fondation de cité à leur nom, et de nombreuses représentations, une stature modelée sur celles des déesses (notamment Aphrodite). Elles sont amenées à jouer un rôle dans la vie politique, la représentation diplomatique, le soutien au culte, l'évergétisme envers les cités Dans une certaine mesure, leur action est donc calquée sur celle des rois. La période hellénistique donne une bonne place à plusieurs reines aux personnalités et aux destins hors du commun, à commencer par Olympias la mère d'Alexandre, Apama l'épouse perse de Séleucos, , figure fondatrice divinisée de la dynastie lagide, qui donne son nom à la « guerre laodicéenne » (troisième guerre de Syrie), de Cyrénaïque devenue reine d’Égypte, et pour finir , dernière reine hellénistique et figure la plus connue de la période.

Les rois disposent d'une cour (aulè) qui, comme souvent dans les monarchies antiques est constituée par l'ensemble de personnes qui sont régulièrement proches de lui, donc leur famille (reines et princes), leurs proches, leur garde rapprochée, leurs domestiques. Concrètement, la cour se trouve donc où le roi se trouve, et elle le suit dans ses déplacements, qui sont nombreux (notamment dans l'immense empire séleucide). Plusieurs palais royaux existent dans chaque royaume, la Macédoine et l'empire séleucide ayant au surplus plusieurs villes royales. Ils forment de véritables secteurs palatiaux, même un quartier à part entière à Alexandrie, isolé du reste de la ville. Ils servent à la fois de résidence pour la famille royale et les hauts dignitaires, de lieu de réception avec de grandes salles de banquets (ces réunions jouant un rôle important pour la cohésion du groupe dirigeant), luxueusement meublés, et ils abritent aussi des secteurs administratifs et militaires, parfois également des petits lieux de culte. Lors de leurs déplacements la cour occupe des tentes qui peuvent être très luxueuses, aussi des bateaux royaux qui sont de véritables palais flottants, comme ceux de et du tyran Hiéron de Syracuse. Les bibliothèques et collections d'objets d'art concourent aussi à l'apparat royal hellénistique.

L'art et l'architecture servent à exalter la puissance royale, par la diffusion de l'image des monarques, et leur ancrage dans le paysage des villes. Les principaux marqueurs de la royauté sont le diadème et le manteau de couleur pourpre. Les souverains hellénistiques doivent en permanence donner de leur personne : au combat, lors de parades militaires, de négociations et rencontres diplomatiques, lors des apparitions auprès de leurs sujets. Plusieurs d'entre eux font montre d'un sens de la mise en scène et de la théâtralité très prononcé (Démétrios Poliorcète, , ), de manière à marquer les esprits de leurs interlocuteurs, si besoin en les dupant, de manière à manipuler leurs émotions et à servir leurs objectifs politiques.

Le caractère personnel du pouvoir le rend instable, d'autant plus qu'aucune règle successorale n'a été précisée, au-delà d'un principe héréditaire, ce qui explique les nombreux coups d’État et conflits pour le pouvoir. Une des caractéristiques premières de la vie politique hellénistique est son caractère très houleux et chaotique, émaillée d'intrigues, de conspirations, de trahisons et d'assassinats. Les familles royales hellénistiques sont particulièrement dysfonctionnelles (même au regard des standards antiques), ce qui est renforcé par les alliances matrimoniales, notamment celles nouées entre Lagides et Séleucides. Avec le temps les monarchies qui se consolident prennent néanmoins un aspect dynastique plus prononcé. Des cultes royaux dynastiques sont mis en place chez les Séleucides et les Lagides, qui permet de renforcer les lignées régnantes, et sont marqués par des fêtes en l'honneur des rois, comme les Ptolémaia à Alexandrie. Cela donne un aspect divin et sacré aux rois hellénistiques, qui conforte leur autorité.

Administration des territoires et des populations vignette| en tenue de pharaon, entre les déesses Ouadjet et Nekhbet, symbolisant respectivement la Basse et la Haute-Égypte. Temple d'Horus à Edfou.

Les deux piliers sur lesquels s'appuient les rois hellénistiques pour gouverner sont les « Amis » (philoi) et l'armée. Cela renvoie à la fois au caractère personnel et au caractère militaire de ces monarchies.

Les Amis sont des proches du monarque, parmi lesquels sont choisis les cadres de l'administration centrale et provinciale (gouverneurs) et de l'armée. Pour l'essentiel, la classe dirigeante hellénistique est issue de grandes familles d'origine macédonienne et grecque, ou alors dans quelques cas des indigènes hellénisés. Ces hommes assistent et conseillent le roi dans son Conseil (symboulon ou synédrion), se voient confier les missions les plus délicates, accompagnent le roi lors de ses chasses et des banquets. Cette position tend à se transmettre des parents aux enfants, puisque les princes sont éduqués avec les fils des Amis de leur père, ce qui conduit progressivement au développement d'une aristocratie hellénistique.

L'armée est le second pilier des royautés hellénistiques. Le roi est entouré d'un corps de troupes d'élite, tandis que des garnisons et des colonies militaires quadrillent les territoires contrôlés par les rois, qui les confient à leurs représentants provinciaux. L'éducation des princes et de l'aristocratie comprend notamment une formation militaire avec des cours d'équitation et des chasses, voire la stratégie. L'institution monarchique repose sur la victoire militaire, et les revers mettent en péril la stabilité et l'intégrité des royaumes, justifiant notamment à plusieurs reprises des sécessions.

Les institutions des régions dominées par les royaumes hellénistiques sont hétérogènes, de même que les modalités de leur contrôle par le pouvoir central. Il existe une organisation provinciale, qui est souvent reprise des entités politiques antérieures (satrapies perses chez les Séleucides, nomes égyptiens chez les Lagides). Le rôle de leurs gouverneurs est d'y assurer la sécurité (dont l'entretien de garnisons), les cultes, et les prélèvements de richesses. L'économie royale repose sur des terres agricoles, qui fournissaient des revenus considérables d'autant plus que leurs exploitants payaient souvent de lourdes redevances. Le roi pouvait concéder les revenus de domaines royaux à des membres de son entourage. Les mines et forêts sont également contrôlées par les rois.