Femmes au bord de la crise de nerfs () est un film espagnol réalisé par Pedro Almodóvar, sorti en 1988.
Il s'agit du premier succès international du cinéaste espagnol, qui signe alors son septième long métrage. Ce film a notamment remporté le prix du meilleur scénario lors de la Mostra de Venise 1988, le prix du public au festival de Toronto 1988, et cinq prix Goya en 1989. Sélectionné parmi les meilleurs films étrangers de l'année dans plusieurs pays, il a particulièrement été nommé pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.
Synopsis
vignette|Affiche du western Johnny Guitare, dont Pepa et Iván doublent une séquence en espagnol. Dans son appartement de Madrid, Pepa rêve d'Iván, son compagnon qui est en train de la quitter. Au même moment, celui-ci lui laisse un message sur son répondeur, lui annonçant qu'il part bientôt en voyage et qu'il souhaite récupérer sa valise et ses affaires chez elle. Ayant pris un somnifère la veille, Pepa se réveille difficilement, décroche le téléphone trop tard puis tente vainement de rappeler Iván au studio d'enregistrement où tous deux travaillent comme acteurs de doublage. Avant d'aller travailler, elle récupère des résultats d'analyse auprès de son médecin, qui lui conseille vivement d'éviter la cigarette et l'alcool. Au studio, elle double d'abord une publicité pour un préservatif puis enchaîne avec une séquence du western Johnny Guitare, enregistrant les répliques de son personnage alors qu'Iván avait déjà réalisé sa partie plus tôt. Le dialogue du film résonnant avec sa propre situation amoureuse, Pepa s'évanouit.
Au secrétariat du studio, elle découvre un papier où se trouvent son propre numéro de téléphone et un autre qu'elle ne connaît pas. Comprenant que ces numéros ont été écrits par Iván lorsqu'il l'avait appelée, elle s'en empare malgré les protestations de la standardiste. Elle tente d'appeler l'autre numéro et tombe sur une femme qui l'agresse et l'insulte. Après avoir raccroché, cette femme, Lucía, se plaint à sa mère d'avoir été appelée par celle qui lui a .
Dans son appartement, Pepa continue d'attendre un appel d'Iván. Par inadvertance, elle brûle son lit avec une allumette après s'être retenue d'allumer une cigarette ; elle prépare du gaspacho bourré de somnifères à l'attention d'Iván ; elle regarde la télévision où elle apprend que des terroristes chiites préparent un attentat... Pepa tente ensuite de rejoindre Iván chez lui mais comme il est absent, elle laisse un mot sur sa porte, lui expliquant qu'elle a quelque chose d'important à lui annoncer qui les concerne tous les deux ; elle croise alors Lucía (qu'elle ne connaît pas) dans les escaliers. Quelques minutes plus tard, elle voit cette dernière sortir de l'immeuble et jeter son mot dans une poubelle. Alors que Lucía prend un taxi, Pepa en arrête un autre et demande au chauffeur de la suivre. Après avoir noté l'adresse de Lucía, elle retourne chez elle.
En parallèle, Candela, une amie de Pepa, quitte précipitamment son appartement et se débarrasse du contenu d'un sac dans une décharge. Pepa reçoit deux appels : son agent immobilier l'informant d'une visite de son appartement le lendemain matin (car elle souhaite le louer pour s'installer ailleurs) et Candela à qui elle dit ne pas pouvoir lui accorder de temps malgré l'évidente panique de son interlocutrice. Durant la nuit, Pepa ressort pour espionner l'immeuble de Lucía. Par un concours de circonstances, alors que Lucía a jeté une valise par la fenêtre, Pepa apprend grâce à une photo qu'Iván a un fils, Carlos. Elle croise alors brièvement ce dernier et sa petite amie, qui s'empressent de récupérer la photo et les différentes affaires dans la rue.
vignette|gauche|Immeuble où vit Lucía, au de la rue Almagro.
Lorsqu'elle revient chez elle au petit matin, Pepa consulte son répondeur qui contient une succession de messages de Candela, que Pepa ignore, trop agacée de ne pas avoir eu d'appel d'Iván. De rage, elle arrache son téléphone et le lance contre la vitre d'une fenêtre. La porte sonne alors et Candela débarque, toujours à la recherche d'une écoute bienveillante de la part de son amie. Mais Pepa continue de la repousser et est soudainement préoccupée par la nécessaire réparation du téléphone qu'elle a cassé, car cela l'empêcherait d'être jointe par Iván. Elle part donc prévenir un réparateur en demandant à Candela de l'attendre et de préparer du café. Durant son absence, arrivent Carlos et son amie Marisa, car il s'avère qu'ils sont les visiteurs, précédemment annoncés, de l'appartement. Candela ouvre et, alors que le couple parcourt l'appartement, les deux jeunes gens sont stupéfaits par la présence d'un lit brûlé et, sur le chevet, d'une photo montrant Iván avec Pepa. C'est à ce moment-là que cette dernière revient et se présente.
Alors que Pepa et Carlos font connaissance, Marisa observe Candela qui erre sur la terrasse. Cette dernière fait alors une tentative de suicide en sautant par-dessus la rambarde mais se raccroche au dernier moment. Pendue dans le vide, elle est sauvée par Carlos et Pepa que Marisa a alertés. Prenant conscience de l'état grave de son amie, Pepa est enfin disposée à écouter Candela. Elle raconte donc qu'elle est récemment tombée amoureuse d'un homme, qu'elle ne s'est pas méfiée, que celui-ci est en fait l'un des terroristes chiites et qu'il s'est même servi de son appartement pour préparer l'attentat avec ses complices. Elle est donc effrayée, redoute d'être arrêtée et s'inquiète aussi des conséquences sur Pepa qui pourrait être accusée de complicité en l'aidant. Carlos suggère de contacter une avocate féministe, Paulina Morales, à qui sa mère avait fait appel lorsqu'elle avait été quitté par Iván et qu'elle avait été internée dans un hôpital psychiatrique. Pendant ce temps, Marisa découvre le gaspacho dans le réfrigérateur, en consomme et s'endort sur la table de la cuisine.
Pepa décide d'aller voir l'avocate et charge Carlos de veiller sur Candela et Marisa, ainsi que de réparer le téléphone. Après son départ, Candela avoue savoir que les terroristes veulent détourner un vol Madrid-Stockholm pour le contraindre à aller au Liban. Carlos suggère de prévenir anonymement la police mais Candela pense que l'appel sera localisé. Le jeune homme se porte volontaire pour appeler à sa place et donner l'information rapidement afin de ne pas être repéré. Candela lui fait remarquer qu'il ne sera pas assez rapide à cause de son bégaiement, mais le jeune homme se lance quand même, délivre l'information et embrasse fougueusement Candela après avoir raccroché. La jeune femme se met alors à pleurer et Carlos n'aura alors de cesse de vouloir à la fois la réconforter et la séduire, alors que Marisa est toujours profondément endormie, ne s'agitant qu'à une seule reprise, lors d'un apparent rêve érotique. Pendant ce temps, Paulina Morales dit à Pepa qu'elle n'a ni le temps ni l'envie de s'occuper de Candela car elle est sur le point de partir pour Stockholm et qu'elle pense que Candela doit simplement assumer ses actes et être condamnée. Le ton monte entre les deux femmes et, de rage, Pepa gifle l'avocate.
vignette|L'appartement de Pepa est situé au dernier étage du de la rue Montalbán, dans un immeuble à l'architecture similaire à celui-ci, situé en face au .
Plus tard, Iván tente vainement de récupérer ses affaires chez Pepa tout en évitant de voir celle-ci. Depuis une cabine téléphonique située près de l'immeuble de Pepa, il laisse un nouveau message sur son répondeur alors que celle-ci passe à proximité pour déposer la valise de son ex dans une benne. Paulina Morales, qui est en fait la nouvelle maîtresse d'Iván, attend celui-ci dans sa voiture et, voyant la scène, récupère la valise. De son côté, Iván se cache pour ne pas être vu par Lucía, qui arrive à son tour, ayant précédemment téléphoné à Pepa pour lui annoncer qu'elle viendrait chez elle pour tenter de parler à Iván.
Dans l'appartement, Candela est à nouveau en panique, d'autant que, lorsque Lucía sonne, celle-ci apparaît suivie de deux policiers qui se sont retrouvés avec elle dans l'ascenseur. Ayant tracé l'appel de Carlos, ils enquêtent pour retrouver l'informateur anonyme. Ils commencent donc à interroger les occupants de l'appartement. Pepa, qui a entre-temps cassé à nouveau son téléphone par colère, leur affirme qu'il est techniquement impossible que l'appel ait pu être émis de son appartement, alors que Lucía clame pour sa part qu'il s'agit d'un mensonge car elle a réussi à joindre Pepa peu de temps avant ; mais la folie de Lucía lui enlève toute crédibilité, d'autant qu'arrive alors le réparateur de téléphone qui confirme qu'un appel était impossible. Perplexes, les policiers tentent de comprendre ce qui relie les différentes personnes en présence, alors que les échanges entre les deux femmes tournent autour d'Iván et non des terroristes. Pepa propose aux policiers de boire du gaspacho et en sert à tout le monde (Carlos, Candela et Pepa font semblant d'en boire). Tout en parlant, Pepa recoupe différents éléments qu'elle a vécus lors des deux journées précédentes et comprend soudainement qu'Iván et Paulina Morales sont ensemble et vont prendre un avion pour Stockholm. Le réparateur puis les policiers s'endorment, et Lucía, qui n'a pas entamé son verre, s'empare des armes des deux agents puis lance son gaspacho dans les yeux de Pepa avant de s'enfuir avec la volonté explicite d'intercepter Iván pour le tuer.
Le menaçant avec les pistolets, Lucía contraint un motard de l'emmener à l'aéroport de Madrid. Pepa sort de l'immeuble quelques secondes plus tard, accompagnée par sa jeune voisine Ana, qui est persuadée que le motard, qui est son petit ami, la trompe sous ses yeux avec une autre femme. Pepa et Ana arrêtent un taxi, retrouvant le même chauffeur que précédemment. Celui-ci se lance alors à la poursuite de la Harley-Davidson, mais Lucía finit par tirer des coups de feu sur le véhicule qui la suit, contraignant le taxi à prendre une autre route. Arrivée à l'aéroport, Lucía commence à viser Iván mais Pepa, arrivée à temps, lance sur elle un chariot à bagages. Déstabilisée, Lucía tombe et tire en l'air puis, vite maîtrisée par des policiers, elle demande elle-même à être de nouveau internée. Alors que Pepa s'est évanouie, Iván la prend dans ses bras, mais elle le repousse lorsqu'elle reprend ses esprits. Elle déclare que tout est désormais trop tard pour elle, qu'elle voulait seulement le sauver et qu'elle ne veut plus de lui. Iván retourne vers Paulina et Pepa rentre chez elle, se disant qu'elle a finalement envie de garder son appartement car elle s'y sent bien. Les trois hommes sont toujours endormis sur le sol, alors que Carlos et Candela, enlacés, se sont aussi assoupis sur le canapé. Marisa, quant à elle, se réveille enfin. Elle déclare à Pepa qu'elle a l'impression d'avoir perdu sa virginité durant son sommeil. Pour sa part, Pepa lui annonce qu'elle est enceinte, ajoutant que Marisa est la première à le savoir.
Fiche technique
vignette|Esther García et Agustín Almodóvar (ici en 2017), respectivement directrice de production et producteur du film. Titre original : Titre français : Femmes au bord de la crise de nerfs Scénario : Pedro Almodóvar, librement inspiré de La Voix humaine de Jean Cocteau Musique : Bernardo Bonezzi Photographie : José Luis Alcaine Montage : José Salcedo Décors : Félix Murcia Costumes : José María de Cossío Effets spéciaux : Production : Agustín Almodóvar, Pedro Almodóvar, Antonio Llorens Direction de la production : Esther GarcíaAu générique de ce film, son nom est écrit « Ester García ». Sociétés de production : Laurenfilm et El Deseo Sociétés de distribution (première sortie si non spécifiée) : En salles : Laurenfilm (Espagne), Orion Classics (États-Unis), Sony Pictures Classics (États-Unis, 2006), Tamasa Distribution (France, 2015)