L’expression « principautés danubiennes » (en , en grec moderne , en alphabet serbe latin : ) est un ancien syntagme désignant les principautés de Moldavie et de Valachie. Cette appellation est issue des chancelleries diplomatiques depuis le traité de Koutchouk-Kaïnardji de 1774. Elle a été largement utilisée par les historiens et les milieux politiques hors des pays roumains (où on les appelle principatele române : les « principautés roumaines »). Après l'union des deux principautés en 1859, qui inaugure l'existence politique de la Roumanie, les expressions principautés danubiennes ou provinces danubiennes cessent d'être employées dans les chancelleries, mais sont encore utilisées par les historiens non-roumains pour désigner les anciennes principautés.

Enjeux sémantiques Les historiens roumains contestent la pertinence de l'emploi, dans les ouvrages étrangers modernes, du nom principautés danubiennes et plus encore de l'expression provinces danubiennes, avançant quatre argumentsFlorin Constantiniu, Une histoire sincère du peuple roumain, revue et augmentée, éd. Univers encyclopédique, Bucarest, 1997.Alexandru Dimitrie Xenopol, Histoire des Roumains de la Dacie trajane : Depuis les origines jusqu'à l'union des principautés, E. Leroux, Paris 1896. : le refus de l'historiographie russe et européenne d'utiliser l'adjectif « roumains » pour les États et les populations roumanophones d'avant 1859 (au motif que ce serait un néologisme du ) est historiquement infondé et géographiquement inéquitable, car cet adjectif est attesté comme endonyme dès le Bien qu'Ernest Gellner ait écrit que , la notion de Roumain ou Aroumain n'apparaît pas avec la Roumanie moderne (comme l'affirment les historiens occidentaux et soviétiques) mais la précède. Les premières attestations des Valaques se désignant eux-mêmes avec le nom de « romain » datent du , alors que des humanistes italiens commencent à rendre des récits écrits sur leurs voyages dans les zones habitées par des Valaques. Ainsi =: Tranquillo Andronico écrit en 1534 que les roumains () () in: A. Verress, Acta et Epistolae, I, . En 1532 Francesco della Valle accompagnant le gouverneur Aloisio Gritti note que les roumains ont préservé leur nom de romains et qu'. Il cite même une phrase : Sti rominest ? (, roum. : știi românește ?) : […] si dimandano in lingua loro Romei […] se alcuno dimanda se sano parlare in la lingua valacca, dicono a questo in questo modo: Sti Rominest ? che vol dire : Sai tu Romano ? […] (in: Cl. Isopescu, « Notizie intorno ai romeni nella letteratura geografica italiana del Cinquecento », in Bulletin de la Section Historique, XVI, 1929, . Ferrante Capeci écrit vers 1575 que les habitants des « provinces valaques de Transsylvanie, Moldavie, Hongro-valaquie et Mésie s’appellent eux-mêmes roumains (romanesci) » (Anzi essi si chiamano romanesci, e vogliono molti che erano mandati quì quei che erano dannati a cavar metalli… in Maria Holban, Călători străini despre Țările Române, vol. II, . Pierre Lescalopier remarque en 1574 que (Voyage fait par moy, Pierre Lescalopier l’an 1574 de Venise a Constantinople, fol. 48 in Paul Cernovodeanu, Studii și materiale de istorie medievală, IV, 1960, ). Le saxon transylvain Johann Lebel note en 1542 que : Ex Vlachi Valachi, Romanenses Italiani, /Quorum reliquae Romanensi lingua utuntur…/Solo Romanos nomine, sine re, repraesentantes./Ideirco vulgariter Romuini sunt appelanti (Ioannes Lebelius, De opido Thalmus, Carmen Istoricum, Cibinii 1779, . Le chroniqueur polonais Orichovius (Stanisław Orzechowski) observe en 1554 qu’ (qui eorum lingua Romini ab Romanis, nostra Walachi, ab Italis appellantur in : St. Orichovius, « Annales polonici ab excessu Sigismundi », in I. Dlugossus, Historiae polonicae libri XII, col 1555). Le croate Anton Verancsics remarque vers 1570 que : […] Valacchi, qui se Romanos nominant […] Gens quae ear terras (Transsylvaniam, Moldaviam et Transalpinam) nostra aetate incolit, Valacchi sunt, eaque a Romania ducit originem, tametsi nomine longe alieno […] (« De situ Transsylvaniae, Moldaviae et Transaplinae », in Monumenta Hungariae Historica, Scriptores part. II, Budapest 1857, ). Le hongrois transylvain Martinus Szent-Ivany cite en 1699 les expressions : Sie noi sentem Rumeni (, pour le roumain : Și noi suntem români) et Noi sentem di sange Rumena (, pour le roumain : Noi suntem de sânge român) : Martinus Szent-Ivany, Dissertatio Paralimpomenica rerum memorabilium Hungariae, Târnăveni (Tyrnaviae) 1699, . À la même époque, Grigore Ureche (Letopisețul Țării Moldovei : « Chronique du pays de Moldavie », ) écrit : În Țara Ardealului nu lăcuiesc numai unguri, ce și sași peste seamă de mulți și români peste tot locul […] (). Dans son testament littéraire, Ienăchiță Văcărescu écrit : Urmașilor mei Văcărești!/Las vouă moștenire:/Creșterea limbei românești/Ș-a patriei cinstire (littéralement ). Enfin dans son Istoria faptelor lui Mavroghene-Vodă și a răzmeriței din timpul lui pe la 1790, Pitar Hristache versifie : Încep după-a mea ideie/Cu vreo câteva condeie/Povestea mavroghenească/De la Țara Românească (). et les adjectifs équivalents allemand ou italien sont bien utilisés internationalement pour désigner les États et les populations germanophones ou italophones d'avant les unités allemande ou italienne de 1871 ; le terme de principautés danubiennes est géographiquement et historiquement flou pour les non-spécialistes, puisque de nombreuses principautés ont été situées le long du Danube au cours du temps, notamment dans l'Empire germanique ; à partir de 1817 le concept vaut aussi pour la principauté de Serbie, et devrait donc désigner les trois principautés chrétiennes vassales de l'Empire ottoman ensemble, et non les seules Moldavie et Valachie comme c'est le plus souvent le cas dans l'historiographie occidentale, russe ou grecque ; le terme de provinces danubiennes est historiquement encore plus faux, puisque les principautés roumaines furent tributaires du sultan ottoman mais ne furent jamais des provinces ottomanes et ne firent pas partie de l'Empire turc ; il s'agit souvent d'une mauvaise traduction du grec qui signifie (et non « provinces ») et cette erreur aboutit, sur de nombreuses cartes historiques pour la période 1815 – 1878, à représenter la Serbie, le Monténégro, la Tunisie ou l'Égypte comme indépendantes et/ou autonomes vis-à-vis de l'Empire ottoman, tandis que les principautés roumaines ne figurent pas, leur territoire étant rendu comme turcY compris par des centres de diffusion cartographiques importants comme toutes les grandes maisons d'édition françaises, l'Université d'Oxford ou IEG-MAPS (dir. Andreas Kunz de l'Université de Mayence), voir par exemple Map-GermanConfederation.svg.. De plus, les Grecs utilisent plus souvent le terme Μολδοβλαχία (« Moldo-Valachie ») que celui de παραδουνάβιες χώρες.

En français, ce sont Émile Ollivier, Edgar Quinet et Élisée Reclus qui, vers le milieu du ont introduit dans le langage courant le gentilé « roumains », « roumaines », issu de l'endonyme de ces populations, à la place de Danubiennes, Valaques, Moldaves ou Moldo-Valaques.

Origines Aux , on ne trouve dans le bassin du bas-Danube et dans les Balkans que ce que les sources byzantines appellent en grec des ϐλαχίες : valachies, soit l'une ou l'autre des communautés populaires romanophones de l'Europe du Sud-Est, gouvernées par la noblesse roumaine, et entre lesquelles s'intercalent les sklavinies des Slaves méridionauxIl ne faut pas confondre les valachies avec les ϐαλαχάδες - valachades, beaucoup plus tardives, qui sont des communautés hellénophones musulmanes dont l'étymologie remonte au nom Allah et qu'évoque F. W. Hasluck dans son ouvrage Christianity and Islam under the Sultans, Oxford 1929.. Au , à l’ouest, à l’est et au sud des Carpates, la Transylvanie et la Moldavie sont des marches hongroises tandis que la Valachie et la Dobroudja fait partie du royaume bulgaro-valaque. Des populations orthodoxes, slaves et romanes s'y côtoient, gouvernées par des joupans, des cnèzes et des boyards (souvent d'origine bulgare, coumane ou ïasse) : elles sont vassales de la Hongrie, de la Galicie ou de la Bulgarie. Certaines populations, comme les Volochovènes, sont mixtes (slavo-roumaines). En cas d'invasions, comme celles des Mongols et des Tatars, ces populations vivant surtout de pastoralisme se retirent pour se cacher dans les forêts et les vallées closes des Carpates. Au , le recul de la puissance mongole et la raréfaction des raids tatars permet à la noblesse roumaine de réinvestir ces terroirs et de fonder les deux principautés qui seront dites, quatre siècles plus tard, « danubiennes » : la Moldavie et la ValachieAlexandru Avram, Mircea Babeş, Lucian Badea, Mircea Petrescu-Dîmboviţa et Alexandru Vulpe (dir.), Istoria românilor : moştenirea timpurilor îndepărtate (« Histoire des Roumains : l'héritage des temps anciens ») vol.1, éd. Enciclopedică, Bucarest 2001, ..

Spécificités thumb|Pierre tombale du prince Radu Mihnea () portant les armes de la Valachie et de la Moldavie, dans le monastère de Radu Vodă. thumb|Monnaie d'1,3 para des « principautés danubiennes » avec les armes des deux États. Les deux principautés de Moldavie et Valachie avaient leurs souverains nommés voïvodes, hospodars ou domnitori selon les époques et les sources), leurs conseils (sfat domnesc ou conseil princier), leur législation (pravila), armées (oastea), flottes sur le Danube (bolozanele) et un corps diplomatique (clucerii).

Elles avaient une monnaie commune (galbeni, bani, parale…), ont eu comme langues de chancellerie et liturgique le slavon, le grec et le roumain, et utilisaient la même écriture gréco-slavonne spécifique de 43 signes qui leur était propre, et dont la translittérationIon-Aurel Candrea, Dicţionarul enciclopedic ilustrat „Cartea românească”, , Cartea Românească, Bucarest, imprimé entre 1926 et 1931 : +LettreNom de la lettreValeur numériquePrononciationCorrespondant actuel 1 Α α az 1 // a 2 Б б buche // b 3 В ϐ vede 2 // v 4 Г г glagol 3 // g, gh 5 Д δ dobru 4 // d 6 Є ε iest 5 // e 7 Ж ж jivete // j 8 Ѕ ѕ dzelo, dzialu 6 // 9 З з zeta, zemlia 7 // z 10 И η ije, ita 8 // i 11 І і I 10 // i 12 К ϰ capa, caco 20 // c, ch 13 Л λ lambda, liude 30 // l 14 М μ mi, mislete 40 // m 15 N ɴ naş 50 // n 16 О o on 70 // o 17 П π pi, pocoi 80 // p 18 Р ρ riţi, râţă 100 // r 19 С с slovă 200 // s 20 Т τ tvirdo, ferdu 300 // t 21 Ѹ ѹ Ucu 400 // u initial 22 У ȣ u // u ordinaire 23 Ф ф fârtă 500 // f 24 Х χ heru 600 // h 25 Ѡ ω ot 800 // o 26 Щ щ ști / ște // șt 27 Ц ц ți 900 // ț 28 Ч ч cervu 90 // c devant e et i 29 Ш ш șa // ș 30 Ъ ъ ieru //// ă 31 Ы ы ieri ///ʲ/// â, î i 32 Ь ь ier ///ʲ/// ăi 33 Ѣ ѣ eti /e̯a/ ea 34 Ю ю iu /ju/ iu 35 Ѩ ѩ iaco /ja/ ia 36 Ѥ ѥ ie /je/ ie 37 Ѧ ѧ ia /ja//e̯a/ iaea 38 Ѫ ѫ ius // â, î 39 Ѯ ξ csi 60 /ks/ x 40 Ѱ ѱ psi 700 /ps/ ps 41 Ѳ ѳ fita 9 //, /ft/ 42 Ѵ υ ipsilon, ijiţă 400 //// iu 43 Џ џ gea // g devant e ou i. permet de rendre les patronymes et les toponymes roumains anciens en graphie roumaine moderne, ce qu'ignorent la plupart des cartographes historiques actuels qui, par crainte non-fondée d'être anachroniques, emploient les formes allemandes, hongroises, polonaises, ottomanes (pourtant transcrites de l'écriture arabe, celles-là), tout sauf roumaines.

Une monarchie élective