Le dépôt de munitions des Dix-huit Ponts (ou arsenal des Dix-huit Ponts) est un dépôt de munitions et de matériel du corps d'armée, aménagé par les Allemands dans une ancienne fortification de pierre blanche et briques rouges en périphérie de la ville de Lille sur le boulevard de Belfort.
Il tient son nom de celui du bastion qui l'a précédé, et qui était composé d’un ensemble de 18 casemates de deux étages en voûte en berceau, chaque entrée de couloir, fermée par de hautes grilles, mesurant environ 4 m de hauteur sur 5 de large. Ces casemates servaient de magasin à poudre. Elles étaient protégées par un épais merlon de terre. L'apparence de sa façade était celle de 18 arches, à l'origine du nom du dépôt, en plein cintre sur deux étages. Les profonds souterrains étaient protégés par de solides voûtes recouvertes d’un épais remblai.
L'explosion des Dix-huit Ponts, lors de la Première Guerre mondiale, le , a détruit une partie de la ville de Lille.
Explosion du dépôt des Dix-huit Ponts La nuit du au , à trois heures du matin, pour des raisons à ce jour inexpliquées (sabotage ou accident), le dépôt explose.
L'ensemble du bastion de pierre et les merlons de terre superficiels sont littéralement volatilisés. L'explosion laisse un énorme cratère d'environ 30 m de profondeur et 150 m de diamètreCourte description de l’événement (Académie de Lille) Consulté : 2009 12 25.
La déflagration est entendue jusqu'au centre des Pays-Bas, où elle est prise pour un tremblement de terre. Grâce à deux longs et hauts bâtiments industriels récemment construits en béton armé (Usines Wallaert et Leblan), situés entre le dépôt et le centre ville, une grande partie de la ville est protégée de la violence du souffle. L'explosion fait néanmoins voler des vitres en éclats à des dizaines de km à la ronde et de nombreuses toitures sont endommagées par des pierres ou briques tombant du ciel.
Dégâts physiques L'explosion a soufflé la partie du quartier de Moulins qui n'était pas protégée par ces usines récentes. sont détruites ou gravement endommagées et sont couchées ou pulvérisées par la violence du souffle (dans les rues Kellermann, Desaix, de Trévise, de Ronchin, Alain-de-Lille et sur le boulevard de Belfort). Des milliers d'autres sont endommagées (bris de vitres et de tuiles ou ardoises).
Dégâts humains Le bilan officiel est de : (106 selon d'autres sources), malgré les efforts de la population et des jeunes sauveteurs de la Croix-Rouge Page de la croix-rouge consacrée aux "18 ponts". (mais il est possible que l'occupant allemand n'ait pas déclaré toutes ses pertes).
Réactions de l'occupant allemand L'autorité occupante allemande, via le GouverneurLille, le 11 janvier 1916 (publié dans le Bulletin de Lille du 13 janvier 1916, alors sous contrôle de l'autorité allemande) de Lille annonce une prime à qui dénoncerait un responsableBulletin de Lille, janvier 1916 (avec mention Publié sous le contrôle de l'autorité allemande). Dans la nuit du 10 au 11 janvier le dépôt de munitions a fait explosion à Lille. On soupçonne que la cause est due à un acte criminel. Qui pourra donner des indications précises sur le ou les coupables afin qu'on puisse les arrêter et condamner, recevra une récompense de . La population est avertie du danger qu'elle court à toucher aux pièces de munitions qui sont dispersées. La Mairie a reçu des ordres de protéger, à partir de ce soir, la propriété privée dans la partie détruite de la ville et d'y exercer la surveillance. Les communications concernant des membres de famille ou parents disparus doivent être adressées immédiatement à la Mairie.
Le bulletin de LilleExemplaire du Bulletin de Lille, accessible via le Projet Gutenberg (consulté 2009 12 30), journal alors contrôlé par l'armée d'occupation, semble ne pas vouloir donner une grande importance à l'accident, mais ne peut cacher aux Lillois l'ampleur des destructions, ni le nombre important de victimes civiles (l'état civil conserve les traces d'une liste de décès très supérieure à celle des semaines précédentes).
Un Avis aux Sinistrés est publié le par le même bulletin : Les personnes ayant éprouvé un dommage matériel du fait de l'explosion du 11 janvier pourront en faire la déclaration, 7, rue de Puébla, les lundis, mardis et vendredis, de 9 à 11 heures, ainsi que tous les après-midi (sauf le mercredi) de 2 à 4 heuresACTES DE L'AUTORITÉ ALLEMANDE, A la population de la Ville de Lille, bulletin de Lille du 16 janvier 1916).
Ce même jour (le ), l'autorité allemande fait savoir que Des essais de tir anglais, sans importance militaire, ont provoqué de nouveau, la nuit dernière, des dégâts considérables dans deux quartiers de la Ville, et inquiété la population. Comme il n'est pas impossible que ces faits se renouvellent, j'invite la population civile à observer les recommandations suivantes :
Les caves offrent le meilleur abri contre les obus ; Pour empêcher des incendies, il faut enlever des greniers toutes matières inflammables et préparer, en quantité suffisante, des récipients remplis d'eau ; Tout incendie doit être signalé immédiatement aux postes de police militaire et civile, et aux postes de pompiers ; Des secours médicaux seront donnés, en cas de nécessité, par tous les membres du service sanitaire allemand ou des hôpitaux militaires ; On peut, à tout poste militaire, demander secours pour les travaux de sauvetage des victimes englouties.
L'exécution de l'art. 2 est sous le contrôle de la police militaire. Les infractions seront punies. (Actes de l'autorité allemande, À la population de la Ville de Lille ; Lille, le ).
L'administration municipale doit s'entendre avec la Kommandantur pour procurer du logement aux personnes sans abri, à la suite de l'explosion du précisera le dernier bulletin du moisBULLETIN DE LILLE, ORGANE BI-HEBDOMADAIRE PARAISSANT LE DIMANCHE & LE JEUDI ; publié sous le contrôle de l'autorité allemande ; En vente chez Madame TERSAUD, 14, rue du Sec-Arembault ; Dimanche 30 janvier 1916.
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Description par le bulletin de Lille (sous contrôle de l'autorité allemande) de la « Catastrophe de Lille »
Solidarité La catastrophe laisse de nombreux sans-abri, en pleine guerre et en hiver. L'Association philanthropique du Nord lance un appel à la solidarité, sollicitant objets de première nécessité (linge, vêtements, objets mobiliers, etc.), et propositions d'hébergement dans des immeubles non occupés. Les habitants sont invités à faire des dons, et seront même prospectés à domicile.
Séquelles En termes de séquelles de guerre, cette catastrophe a eu un impact physique et psychologique énorme sur cette partie de la ville. Du point de vue environnemental, on peut penser qu'un nuage pollué notamment par de la vapeur de mercure émanant des munitions stockées avec les explosifs (les amorces des obus étaient à cette époque toutes constituées de de mercure, sous forme de de fulminate de mercure) est retombé sur une vaste zone sous le vent de l'explosion.
Mémoire thumb|right|Le monument d'Edgar Boutry à la mémoire des victimes de l'explosion dans le quartier de Moulins Il ne reste rien du bâtiment, mais la mémoire du site et de l'événement se perpétue, notamment par : le jardin dit « jardin des Dix-huit Ponts », boulevard de Belfort à Lille ; une « rue des 18-Ponts » à Lille ; un monument situé à l'angle des rues de Douai, de Valenciennes et de Maubeuge, à 500 mètres de l'ancien bastion, sculpté par Edgar Boutry (également auteur du monument Foch, et du « monument aux morts pour la patrie » en 1927 À propos du monument commémoratif de la catastrophe du Bastion des 18 Ponts intitulé "Aux victimes des 18 ponts"). le monument aux morts construit près du Palais Rihour dit « Melancolia », conçu par l’architecte Jacques Alleman et sculpté par Edgar Boutry, qui évoque également l’explosion des Dix-huit Ponts. un carré au cimetière de Lille Sud.
C'est à la suite de cette catastrophe que le géologue Jules Gosselet meurt d'une maladie contractée alors qu'il tentait, à 83 ans, de sauver une partie des collections de son musée détruit par le souffle et les retombées de l'explosion au bout du boulevard des Écoles (ce qui a pu être sauvé a été depuis rapatrié au muséum d'histoire naturelle de Lille).
Notes et sources Bibliographie Alain Cadet, L'Explosion des Dix-huit Ponts. Un "AZF" lillois en janvier 1916. Préface d'Yves Le Maner. Les Lumières de Lille Éditions, .
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes
Enceinte de Lille Fortifications de Lille Dépôt de munitions Munition Première Guerre mondiale Devoir de mémoire Séquelles de guerre Moulins-Lille
Liens externes
Archives dans la série R Affaires militaires 1800 - 1940 des Archives Départementales du Nord : Ref 9R522 Explosion du dépôt de munitions dit des "Dix-huit Ponts", janv. 1916
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