René Marie Henri Guyot d’Asnières de Salins dit René de Salins, est un officier cavalier puis parachutiste français du engagé lors de la campagne de France (1944-1945) et la guerre d'Indochine (1953-1954). Saint cyrien, il s’est notamment illustré lors de la bataille de Điện Biên Phủ en tant que commandant de la compagnie du bataillon parachutiste de choc à la tête du point d’appui Dominique 4 qu'il a su préserver avec intelligence et ténacité jusqu'à l'issue des combats, ultime rempart du poste de commandement du camp retranché. Il quitte l’armée avec le grade de chef d'escadrons et travaille ensuite dans le secteur privé.

Biographie Origines familiales La famille de René de Salins dit « comte de Salins » a pour nom complet depuis 1894 Guyot d’Asnières de Salins. Elle n'appartient pas à la noblesse françaiseL'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1956, colonnes 900-901.Charondas, Le cahier noir, sans pagination, Patrice du Puy éditeur, 2015.. Elle porte un titre de comte de la noblesse pontificale accordé le en faveur de Victor Marie Joseph Guyot de Salins; )..

Il passe son enfance à Saint-Avé (Morbihan) et poursuit sa scolarité au Collège Saint-François-Xavier de Vannes, où les élèves, reçoivent une éducation rigoureuse dans laquelle leur est inculquée la notion de « service », ce qui incite beaucoup d’entre eux à faire carrière dans l’armée. Il se destine à une carrière d’ingénieur agronome, mais il a à peine passé ses Baccalauréats de Maths et de Philosophie qu'éclate la Seconde Guerre mondiale. « Je n’aurais sans doute pas choisi cette carrière si les circonstances ne nous avaient placés dans une situation de guerre. »

Seconde Guerre Mondiale De mai 1940 à novembre 1942 La défaite Il passe à Rennes le concours d’entrée à Saint-Cyr en , au moment où les armées allemandes débouchent dans les Ardennes pour envahir la Belgique et la France. Après l’Armistice, signé en juin, les Allemands occupent les côtes de la Manche et de l’Atlantique ainsi que le Nord de la France jusqu’à la Loire.

Saint-Cyr N’ayant aucune information sur les suites données au concours d’entrée de Saint-Cyr, René de Salins s’était inscrit en préparation d’Agronomie au Lycée Sainte Geneviève à Versailles. C’est là qu’en , il apprend son admission à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, promotion « Maréchal Pétain » 1940-1942. Il doit rejoindre sans délai la caserne d’Aix-en-Provence où l'ESM était repliée.

Pour la promotion de 1939, sur candidats, 600 avaient été reçus. En 1940, la guerre avait suscité candidats dont auraient intégré l’École si l’Armistice n’avait pas tout stoppé. Les accords d’Armistice autorisent l’intégration de 177 candidats. Parmi les 100 candidats du Lycée de Rennes, 3 seulement sont reçus.

Les deux années d’instruction (1940-1942) passées à Aix-en-Provence sont des années d’entraînement sévères, dans des conditions matérielles difficiles, mais avec l’espoir inébranlable de travailler à une prochaine revanche. En plus de l'effectif, les moyens sont limités, mais la motivation et la qualité des élèves est accrue.

De novembre 1942 à mai 1945 - la reconquête

Novembre 1942 – La zone libre envahie En , après le débarquement des Américains en Afrique du Nord (Opération Torch), l’Armée allemande envahit la Zone Libre et atteint Toulon où la flotte française se saborde.

L’École de Cavalerie de Saumur, repliée sur Tarbes, où René de Salins est en école d’application, est dissoute, chacun se dispersant dans le civil.

L'objectif de René de Salins est alors de rejoindre l’Afrique du Nord pour s’intégrer à une armée moderne équipée de matériel américain. Avec l’instruction dont il a bénéficié, il pense être ainsi plus utile que de grossir une Résistance sans grands moyens. Dans ce but il se fait affecter comme chef de groupe de Chantiers de Jeunesse dans les Pyrénées. Il est cependant difficile, dans cette région très surveillée, de trouver des filières pour traverser les montagnes.

Au cours d’un congé en Bretagne, il manque de peu une filière qui vient d’être démantelée, pour atteindre l’Angleterre par bateau à partir de Douarnenez. Finalement il réussit, à partir de la Bretagne, à emprunter une filière faisant passer en Espagne les aviateurs alliés abattus dans l’Ouest. Franchissant les Pyrénées avec un petit groupe dans la nuit du , il est incarcéré 3 mois dans le Camp de Miranda en Espagne avant d’embarquer à Lisbonne pour rejoindre le Maroc.

Octobre 1943 - Septembre 1944: entraînement intensif en Afrique du Nord thumb|Insigne du RCA À Rabat, il se retrouve à déjeuner avec le général Leclerc, qui lui propose d’intégrer sa division. Cette dernière a alors la réputation d’être sous-équipée et d’attirer beaucoup de déserteurs et de mauvais éléments : il décline l’offre. Il demande à être affecté au Régiment de Chasseurs d’Afrique, régiment de Rabat nouvellement équipé de chars américains, qui vient de rejoindre la région d’Oran pour s’entraîner sur les hauts plateaux dans le cadre de la Division Blindée en cours de formation.

Il est affecté comme chef de Peloton dans un Escadron de chars moyens.

Au printemps 1943, le 1°RCA avec son materiel blindé américain mène un entraînement intensif au combat moderne dans le Sud oranais. Il apprend par les services de renseignements que les Allemands viennent de mettre au point une nouvelle arme anti-chars individuelle, appelée Panzerfaust, sorte de tuyau de poêle qu'un voltigeur porte sur son épaule et qui peut projeter à 20 mètres une charge creuse capable de percer un blindage épais et mettre le feu à un char. Les Alliés s'en inspirent pour créer par la suite le bazooka. Chaque escadron de char forme alors des équipes de voltigeurs antibazooka transportés par groupes de 4 ou 5 sur les plaques-moteur des chars, prêts à se jeter à terre pour neutraliser les Panzerfaust dans les casemates, abris, habitations ou tranchées. Cet entraînement particulier sera particulièrement utile à René de Salins pour la suite.

Septembre 1944 - Débarquement en Provence thumb|Insigne DB

Après un an d’entraînement intensif, le , René de Salins embarque de nuit à Oran avec son régiment pour débarquer à Saint-Raphaël cinq jours plus tard au milieu d’une sérieuse tempête. Toulon et Marseille ont été rapidement reconquis par la première vague de la Armée du général de Lattre. La Division Blindée, dont il fait partie, est chargée à Salon-de-Provence sur des trains qui remontent la vallée du Rhône pour atteindre les Vosges en vue de libérer l’Alsace.

La DB est constituée de 3 Combat Command: CC4, CC5 et CC6. Le peloton de chars du lieutenant de Salins fait partie du RCA, le régiment de chars du CC5. Avec son Peloton de Chars Moyens, il se trouve en tête de la Division Blindée dans les combats de libération de la France en Alsace, et pour la conquête de l’Allemagne. « Pouvoir participer ainsi à la libération de mon Pays après les humiliations subies pendant l’occupation allemande fut, je crois, une des plus grandes satisfactions ressenties durant ma vie. »

Bataille des Vosges et d'Alsace

Percée dans la Trouée de Belfort - 14 au 16 novembre 1944 Le RCA est cantonné dans de petits villages au Nord de Vesoul. Mis en état d'alerte depuis le , il reçoit le l'ordre de faire mouvement en direction de Rignosot, au Sud-Est de Vesoul.

Les chars Sherman M4 du peloton dirigés par le Lieutenant de Salins ont été baptisés Grand Ferré, Grénédan, Gramont, Gouraud et GuynemerListe des chars M 4 SHERMAN FRANCAIS sur www.chars-francais.net (Lettre G, 3/1 RCA). Le CC5 est divisé en trois sous-groupements comprenant chacun un escadron de chars moyens, une compagnie de Légionnaires, un peloton de chars légers un peloton de TDTD: Tank-Destroyer, chasseur de char et une section du Génie: Le S/GtS/Gt: Sous-Groupement tactique B sous les ordres du colonel du RCA Le S/Gt R sous les ordres du colonel adjoint du RCA Le S/Gt D sous les ordres d'un commandant du RMLE

Le Escadron du RCA fait partie du S/Gt D.

16 novembre 1944 – Libération de Sainte-Marie thumb|250px|Des fantassins progressent sous la protection d'un char lourd Sherman M4 Sainte-Marie est un village du Doubs à de Montbéliard et de Belfort, stratégique pour les Allemands puisque sur la ligne de front Arcey, Sainte-Marie, Présentevillers, Écot, Écurcey (dont seul le point d'appui Écot a été réduit), transformé en centre fortifié pour défendre Montbéliard et verrouiller la route stratégique de la trouée de Belfort.

Le au matin, toutes les unités engagées sont arrivées face aux différents centres de résistance. Face au centre fortifié de Sainte-Marie se trouvent du Nord au Sud, le S/Gt D du CC5, 2 bataillons du 8°RTM et le S/Gt du CC5. Le escadron de chars du S/Gt D a cantonné à Montenois. Son peloton a assuré la protection du Génie chargé de déminer la route d'Arcey à Sainte-Marie, pendant que le peloton du Lieutenant de Salins a été envoyé sur la route Montenois-Arcey à l'entrée d'un chemin forestier traversant le bois du Chesnay, où il reçoit à 7 h de son capitaine, dans le cadre de l'offensive générale qui doit être lancée à 9 h sur Sainte-Marie, l'ordre de mener une diversion en attaquant la lisière Nord-Ouest du centre fortifié avec le concours des équipes anti-bazooka de l'escadron transportées sur les plaques-moteur de ses chars.

"Dès la fin de la préparation d'artillerie, il s'engagera sur la piste traversant le bois du Chesnoy (sic), franchira le champ de mines non déminé indiqué sur le calque joint et attaquera par surprise la lisière Nord de l'agglomération."

À 7 h 30, les canons automoteurs de 105 débutent la préparation d'artillerie sur Sainte-Marie, puis à 8 h, sous une pluie glaciale, les cinq chars Grand Ferré, Guynemer, Gouraud, Grénédan et Gramont du peloton du Lieutenant de Salins avec les équipes antibazooka installées sur les plaques-moteur à quatre par char pénètrent tout feu éteint dans le champ de mines. Pour ne prendre qu'un minimum de risques, Salins donne l'ordre de traverser en colonne, chaque char progressant dans les traces du précédent. Une mine explose et sectionne la chenille droite de Guynemer, le char de tête, qui devient inutilisable. L'équipage et les voltigeurs sont choqués mais indemnes, et se répartissent rapidement sur les autres chars. La sortie du champ de mines s'opère sans autre incident. Les quatre chars restants parviennent à 50 mètres du village et le peloton aperçoit des trous individuels distants de 10 mètres les uns des autres: des emplacements de Panzerfaust. Ordre est donné de ne pas s'approcher à moins de 30 mètres, de braquer sur eux les mitrailleuses des aides-pilotes, pendant que les voltigeurs vont à bout portant neutraliser les emplacements d'une rafale de mitraillette, selon les exercices réalisés en Afrique du Nord.

Les chars pénètrent alors en colonne dans Sainte-Marie, tirant au canon et à la mitrailleuse. Ils atteignent la rue principale, détruisant un canon antichar au passage, laissant la place de l'église sur leur gauche. Il est 9 h quand le lieutenant de Salins rend compte à son capitaine qu'il a pénétré par surprise dans le Centre Fortifié et qu'il commence le nettoyage de la rue principale. Il apprend avec stupeur que le 8°RTM a demandé une nouvelle préparation d'artillerie et que l'assaut général, qui aurait dû démarrer à 9 h, est repoussé à 10 h 30. Le détachement du lieutenant de Salins se retrouve donc à 45 hommes, isolé pendant plusieurs heures, à l'intérieur du centre fortifié, face à une garnison retranchée de 200 Allemands, pendant que le gros des effectifs amis fort d'un millier d'hommes reste l'arme au pied en attente de l'ordre d'attaque. La mission de diversion du peloton a été tellement bien menée qu'il se retrouve au milieu du dispositif, assiégé par les assiégés en somme.